Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ARCHITECTE REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT COMITÉ DE DIRECTION - MM. ARFVIDSON - J. AUBURTIN - LOUIS-H. BOILEAU - LOUIS BONNIER - BOUWENS DE BOIJEN - A. DEFRASSE - AD. DERVAUX - TONY GARNIER - L. GODEFROY - CH. LETROSNE - PIERRE PATOUT - CH. PLUMET - H. SAUVAGE - LOUIS SOREL - ANDRÉ VENTRE Rédacteur en chef : Michel ROUX-SPITZ --- NOUVELLE SÉRIE 3e ANNÉE N° 6 JUIN 1926 --- SOMMAIRE TEXTE LES NOUVEAUX GRATTE-CIEL . . . . . JEAN PORCHER. PLANCHES Pl. 31. — New-York. — Vue générale de Manhattan. Pl. 32 et 33. — New-York. — Gratte-ciel. Pl. 34. — Immeuble rue Beaujon, à Paris. H. SAUVAGE. Pl. 35 et 36. — Immeuble boulevard Raspail, à Paris ...

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L'ARCHITECTE LES NOUVEAUX GRATTE-CIEL S'il fallait un exemple pour prouver que l'adaptation parfaite à la fonction et au milieu est une des conditions les plus certaines de la beauté architecturale, on n'en trouverait pas de meilleur que le gratte-ciel. Nulle part mieux qu'en ces produits colossaux de la centralisation industrielle américaine ne s'affirme la nécessité essentielle et l'influence bienfaisante d'une direction capable d'unir et de coordonner, d'un ensemble de règles limitatrices de la fantaisie brouillonne. Leçon d'autant plus frappante qu'on l'attendait moins. Longtemps le constructeur américain a cherché un style sans trouver autre chose que l'énorme : décupler toutes les dimensions, empiler cinquante étages là où nous en mettons cinq, voilà qui peut être émouvant et faire un certain effet ; pour l'ingénieur c'est un beau tour de force ; mais pour l'artiste c'est très peu, ce n'est rien. L'architecture résulte des efforts combinés de l'un et de l'autre : le gratte-ciel, chef-d'œuvre du seul ingénieur, n'a présenté jusqu'à ces dernières années qu'un intérêt architectural tout à fait médiocre. Sans doute, destiné spécialement au commerce et à l'industrie, il avait le grand mérite de tenir un compte exact de leurs besoins, et de mettre à leur disposition les perfectionnements les plus récents de la technique : le gratte-ciel est admirablement adapté à sa fonction. Mais ce n'est pas tout : pour être infiniment plus vaste et plus haut que nos maisons ordinaires, il n'en fait pas moins partie, tout comme elles, d'une ville, d'un ensemble architectural qui, lui aussi, a d'imperieuses exigences : on ne saurait sans dommage faire abstraction du milieu. Avant la loi dite zonière, qui réglemente à New-York, depuis 1924, sa construction, et qui a été imitée dans d'autres États de l'Union, le gratte-ciel pouvait s'élever librement, indépendant de son entourage. C'était le chaos : on bâtissait sans plan d'ensemble, sans égard à aucune autre considération que celle de l'utilité immédiate, dans la hâte de profiter des possibilités fournies par les méthodes nouvelles ; on se lançait à la conquête de la hauteur, avec une témérité de plus en plus folle. Chaos esthétique par le disparate invraisemblable de ces masses semées au hasard, de toutes formes, de toutes tailles, parées des défrôques prétentieuses de tous les styles du monde ; chaos matériel, par l'accumulation en un même quartier de foules énormes, créant des encombrements auprès desquels les embarras de la circulation parisienne ne sont rien. Après, au contraire, l'ordre naît, et, grâce à lui, un style ; style encore hésitant, mais qui s'affirme, et que seul a rendu possible l'énoncé de quelques règles architecturales simples et logiques. La liberté absolue nuisait à la vie et à l'esthétique urbaines ; mais surtout elle ne développait dans le gratte-ciel que des qualités particulières, étroites, strictement utilitaires, et par là elle ne présentait pour lui que des inconvénients graves. Tout se tient si bien en architecture, la technique de l'ingénieur se passe si difficilement de l'expérience de l'artiste, dont le rôle est de composer, que la loi de 1924, qui introduit précisément le souci d'une composition dans la construction du gratte-ciel, offre à l'ingénieur même des possibilités et des facilités nouvelles. Certes, il est peu de spectacles plus impressionnants que de voir, en arrivant à New-York par mer, s'élever peu à peu, au fond de l'immense baie, dans le ciel plein de vapeurs et de bruit, les tours gigantesques de Manhattan ; la puissance, l'audace, l'énergie sans limite sont inscrites sur ces masses ; il n'est pas d'architecture qui traduise avec plus de force le caractère d'un peuple. Mais le spectacle serait d'une tout autre qualité si le quartier des affaires, au lieu d'avoir poussé sans ordre, avait été composé, voulu, comme le quartier nouveau que représentent les planches 32 et 33. De l'un à l'autre, il y a toute la différence de l'art organisateur à la force indisciplinée. --- A l'origine du gratte-ciel on trouve le phénomène connu, encore plus marqué dans les villes américaines que dans les nôtres, de la concentration en un même lieu de toute la vie commercante : on travaille au centre, on habite la périphérie. D'où l'accumulation obligatoire des bureaux sur un espace restreint, le plus restreint possible, pour éviter les pertes de temps résultant de longues distances à parcourir ; il faut rapprocher les différentes industries et l'expérience prouve que les moyens variés de tuer l'espace que les hommes ont inventés sont incapables de remplacer absolument le voisinage matériel. De cette concentration naît la nécessité d'utiliser au mieux un terrain de plus en plus rare et cher, et il n'était pour cela qu'un moyen : l'utiliser en hauteur. Mais le gratte-ciel n'a été possible que du jour où, abandonnant le système des murs portants, chargés de tout le poids de l'édifice, JUIN 1926.

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L'ARCHITECTE on imagina de faire reposer tous les planchers sur des supports spéciaux. L'idée est due à l'architecte Jenney (1883). Du même coup la largeur des murs au pied de la construction, les dimensions des différentes ouvertures, cessaient de dépendre de sa hauteur; théoriquement, elles ne la limitaient plus. On sait ce que permet de réaliser, à l'heure actuelle, l'utilisation du béton et de l'acier; dans nos modestes maisons parisiennes à six étages elles-mêmes, le mur extérieur n'est plus qu'un revêtement, sans autre rôle pratique que celui de clore la charpente métallique qui forme ossature. On a dressé les plans de gratte-ciel de quarante étages entièrement faits d'acier et de verre ; rien n'est plus éloigné du domaine de la fantaisie: cela peut être réalisé demain. Tout le poids dont le mur était ainsi dégagé se reportait nécessairement sur les fondations. Le sol particulièrement favorable de New-York a joué ici un rôle important: il est recouvert d'une couche de sable à travers laquelle il est aisé de couler les énormes colonnes de béton allant prendre appui sur le roc solide qui en forme le fond. Il ne peut être question de décrire ici la façon dont sont établies ces fondations, non plus d'ailleurs que de donner aucun détail technique sur la construction des gratte-ciel ; c'est affaire aux livres spéciaux, qui ne manquent pas. Notons seulement,

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L'ARCHITECTE --- FIG. 72. — NEW-YORK. — Woolworth Building (1913). en passant, que la superposition d'un aussi grand nombre d'étages (le Woolworth Building, à New-York, en a cinquante-cinq), suppose à elle seule une foule d'organisations indispensables à l'utilisation du colosse, et dont le constructeur dépend jusqu'à un certain point : ascenseurs, téléphones, poste, service du chauffage, de l'aération, du nettoiement, protection contre l'incendie. Le tout a été porté à un degré de perfection et de précision dont nous n'avons, en Europe, aucune idée. De telles organisations, chez nous, sont une concession au progrès plutôt qu'une nécessité absolue ; elles tiennent toujours un peu du luxe. Le gratte-ciel, lui, ne saurait s'en passer : il pose les différents problèmes du service domestique avec une ampleur que la maison ordinaire ignore et qui leur donne, pour l'architecte, une importance primordiale. Que l'on songe par exemple au rôle des ascenseurs, dont certains «sky-scrapers» possèdent une vingtaine, desservant chacun telle ou telle série d'étages, et dont la marche, réglée avec une précision minutieuse, FIG. 73. — SAINT-LOUIS.— Southwestern Bell Telephone Company's Building (1926). est enregistrée sur des tableaux indicateurs automatiques. Les dispositions contre l'incendie, qui mériteraient à elles seules une étude détaillée, sont aussi particulièrement remarquables : elles sont fondées presque uniquement sur l'utilisation de fusibles et leur fonctionnement assure soit la fermeture de portes formant cloisons étanches pour limiter le sinistre, soit l'arrosage automatique, en attendant les secours, des pièces menacées. Nous reviendrons quelque jour sur tout cela. * Jusqu'en 1924, aucune règle, avons-nous dit, n'a limité, pour la forme et le plan, la fantaisie des constructeurs de gratte-ciel et les résultats de cette liberté ont été des plus fâcheux. Que les architectes américains aient hésité avant de trouver un style décoratif qui convint à leurs édifices, il serait assez ridicule de le leur reprocher. Au temps où ils élevaient les premiers gratte-ciel, la plupart d'entre eux était tributaires des écoles d'Europe.

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L'ARCHITECTE Nous-mêmes, à cette époque, que faisions-nous? Du pastiche; on n'eut pas imaginé qu'un hôtel de ville pût n'être pas renaissance, une église, gothique ou byzantine, une bourse ne point ressembler à un temple antique. Comme nous, l'architecte américain a tout d'abord été dépassé par la technique. Il est naturel qu'il ait couvert consciencieusement ses trente ou quarante étages de décors d'emprunt, croyant vraiment, comme on le lui avait appris, que c'était là du grand art. Cette fidélité aux idées reçues n'interdisait pas le choix, d'ailleurs, et l'on admit bientôt que deux styles se recommandaient entre tous pour habiller le gratte-ciel: le gothique et le style renaissance. Affaire de mode sans doute: quelque jour, peut-être, nous aurions pu voir des copies phénoménales de Trianon, ou admirer, à 600 pieds en l'air, une reconstitution fidèle du cloître de Moissac. Après des essais variés de cubes et de tours, on semblait s'être arrêté sur le type cube terminé par une tour. C'est la forme du Woolworth Building (1913); avec son placage gothique, il ressemble à quelque formidable église doulou- reusement étirée vers le ciel; c'est colossal, aussi imposant qu'on le voudra; cela vaut par la masse, par toutes les idées d'effort, de domination industrielle qui s'y attachent. C'est émouvant comme une machine puissante et bien conditionnée, mais il lui manque pour être beau la marque d'une direction architecturale ferme et décidée. C'est là justement ce qu'apporte la loi de 1924: elle stipule qu'à partir d'une certaine hauteur, déterminée par la largeur de la rue, le bâtiment ne doit pas dépasser une ligne partant du milieu de la rue et tangente au sommet du mur élevé à l'alignement de la rue. C'est obliger à construire les étages en retrait à partir de ce sommet, imposer une forme logique à l'édifice, supprimer du coup les causes innombrables de laideur qui entravaient le développement du gratte-ciel, introduire dans sa construction un élément de proportion et d'équilibre qui lui faisait cruellement défaut. L'expérience dira si cette loi souple et ingénieuse suffira à résoudre le problème urbain; il est certain en tout cas que l'idée d'établir une proportion entre la largeur de la rue et la masse des maisons qu'ils bordent, par conséquent le nombre de ceux qui l'utilisent, est extrêmement heureuse. Du point de vue purement architectural, ses résultats sont déjà remarquables et ouvrent au gratte-ciel des possibilités de renouvellement inattendues. On en jugera par la vue ci-jointe du Southwestern Bell Telephone Company's Building de St-Louis (fig. 73) en cours de construction, et celles du Shelton Hôtel de New-York (1924) que nous avons publiées dans notre Fig. 74. — Immeuble rue Beaujon, à Paris. — Plan d'un étage.

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L'ARCHITECTE numéro de février dernier. On le vérifiera aussi sur les photographies que nous donnons ici, qui permettent de comparer l'ancien quartier des affaires de New-York (planche 31) et les nouveaux quartiers de gratte-ciel (planches 32 et 33). Nous empruntons par exemple à un article de M. Randolph W. Sexton cette idée que la terrasse produite par le retrait pourrait être utilisée un jour comme une voie élevée, pour les piétons, voie fort agréable, baignée d'air et de lumière, loin du bruit et du mouvement des voitures. Son influence a également agi sur la décoration : il n'est plus guère question de renaissance ou de gothique ; on sent qu'à des édifices si originaux, si indépendants désormais de tout ce qui n'est pas leur fonction propre, si complets, il faut une décoration originale. Dans tous les détails, cette loi régulatrice aura été un principe de vie, alors que la fantaisie désordonnée de la période précédente ne créait que le mesquin ou le laid, et menait à l'étouffement, à la mort. JEAN PORCHER. EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHES 31 à 33. — New-York, vue générale de Manhattan. — Gratte-ciel. New-York est à l'heure actuelle, avec ses dix millions d'habitants, la plus grande ville du monde; c'en est également la plus active commercialement et la plus riche. Admirablement placée sur une baie vaste et profonde, capitale de fait d'un pays merveilleusement prospère, il se peut qu'elle devienne un jour une des capitales de l'architecture. Du moins ce serait dans l'ordre : il serait sans exemple qu'une ville remarquable à tant d'égards et jouissant d'avantages si extraordinaires ne se fit point tôt ou tard remarquer également par la qualité de ses monuments. On ne saurait dire que ce soit le cas jusqu'à présent; l'urbanisme — pour employer ce mot nouveau qui désigne une très vieille chose — et l'architecture telle qu'on doit la comprendre (l'architecture de l'architecte, non celle du décorateur ou du dessinateur) étaient, il y a bien peu de temps encore, malgré les apparences, le dernier souci des Américains (comme de quelques autres). Ce qui donnait la caractéristique de leur façon de construire, c'était le colossal; à part cela, rien qui distinguât leurs édifices des édifices du Vieux Monde, si ce n'est toutefois une certaine exagération dans le mauvais goût et le désir de faire riche. New-York a grandi comme la plupart de nos villes européennes, sans plan d'ensemble, par annexions FIG. 75. — IMMEUBLE RUE BEAUJON, A PARIS. — COUPE.

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L'ARCHITECTE --- Fig. — 76. — Immeuble rue Beaujon, à Paris. Façade sur la cour. successives et de plus en plus larges de faubourgs, ce qui explique les particularités de son aspect. Fondée par les Hollandais en 1626 sous le nom de Nieuwe Amsterdam, elle ne comprit d’abord que la pointe sud de l’île de Manhattan, autour du jardin actuel de Battery-Park. C’est encore aujourd’hui le quartier le plus animé de la ville, à cause du voisinage du port et de la centralisation des affaires. C’est là aussi que s’élevèrent les premiers gratte-ciel. Mais les rues tortueuses, étroites de l’ancien plan ont été conservées, et prennent, écrasées qu’elles sont par les masses formidables de ces bâtisses de 20 à 55 étages, l’aspect de véritables tranchées obscures et privées d’air. La figure 71 donne une vue du quartier de la Bourse, vers Wall-Street, qui permet de se faire une idée juste de cette partie de la ville : l’impression d’entassement, de disproportion, est très forte; malgré tout, il se dégage de cette accumulation un sentiment intense d’activité et de vie. La planche 31 représente la presque totalité de l’île Manhattan (moins la partie Nord-Ouest, la plus éloignée de la pointe de la Batterie, vers Harlem et Spuyten Duyvil) : on distingue au premier plan l’ancien quartier avec ses gratte-ciel, limité au nord par Canal-Street et Grand-Street, et traversé de biais par la grande artère de Broadway, qui coupe toute la ville du Sud au Nord. Au delà de l’East River, et reliée à New-York par son célèbre pont, la ville de Brooklyn, annexée à Manhattan depuis le 1er janvier 1898 (Greater New-York). En 1663, Nieuwe Amsterdam devint anglaise et prit le nom de New-York; peu à peu elle gagna jusqu’à l’extrémité nord de l’île. Au delà de Canal-Street commence la « ville haute » (Up Town), ainsi nommée par opposition à l’ancien quartier ou « ville basse » (Down Town). Là le plan commence à se régulariser en damier, d’une régularité contrariée toutefois par la forme angulaire de l’île et les agrandissements successifs de la ville, ainsi que par la longue Broadway, qui coupe le tout de biais. Dans cette partie neuve de New-York, les « avenues », ou voies Sud-Nord, sont numérotées de l’Est à l’Ouest (1 à 8), et les « rues » qui les traversent à angle droit, du Sud au Nord (1 à 226), avec une sous-division Est et Ouest à partir de la 6e avenue. Mais, jusqu’à ces dernières années du moins, le plan seul offrait quelque chose de moderne (s’il est permis d’appeler moderne une régularité que l’on retrouve dans les villes antiques et les villes-neuves médiévales) : les maisons, tout comme nos maisons européennes, n’y avaient que quatre ou cinq étages. Ce n’est que tout récemment, deux ans à peine, que l’on a commencé à y construire, comme dans la ville basse, des gratte-ciel. Les planches 32 et 33 donnent deux aspects d’un même quartier, celui dit des Confectionneurs, vers la 8e avenue et la 38e rue : on aperçoit encore des édifices en construction, avec leur charpente métallique formant ossature, « cage » comme disent les américains. C’est là ce qui se fait de plus récent en gratte-ciel, et il est fort intéressant de comparer ces dernières planches à la planche 31 et au quartier de la Bourse représenté dans la figure 71. On y voit les effets heureux de la loi zonière de 1924, et combien est avantageuse à tous points de vue la régularité qu’elle a introduite dans la construction; sans doute celle du plan des rues est pour beaucoup dans l’effet d’ensemble, mais ces artères auraient été Fig. 77. — Immeuble rue Beaujon, à Paris. Dispositif d’ouverture des portes de garage.

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L'ARCHITECTE écrasées et étouffées par des gratte-ciel du type ancien aussi bien que les rues irrégulières de la ville basse. La terrasse, destinée primitivement à assurer à la rue l'air et la lumière et à éclairer ainsi et dégager les étages inférieurs presque toujours plongés dans l'obscurité, n'a pas seulement un rôle hygiénique et esthétique : dans le développement ultérieur du gratte-ciel et de la rue américaine, elle est destinée à devenir un facteur très important. On compte qu'elle servira puisamment à décongestionner la circulation. Le problème de l'encombrement est en effet celui qui se pose avec le plus d'acuité dans les villes américaines. Cet encombrement a les mêmes origines que dans nos villes; il est seulement infiniment plus grave et gênant. On le doit avant tout au gratte-ciel démesuré, occupé par un nombre énorme d'employés qu'il déverse d'un seul coup sur la chaussée aux heures de sortie des bureaux. Voici quelques chiffres qui donneront une idée de ce que peut être, à un certain moment de la journée, le groulissement des piétons et des autos (on compte à New-York une voiture pour cinq habitants) au pied d'un « sky-scraper » (nous les empruntons à l'ouvrage de Werner Hegemann sur l'Architecture urbaine en Amérique, paru à Berlin en 1923): on a calculé qu'une superficie de bureau de $4 \text{ m}^2$ correspond à un employé; dans le cas du Woolworth Building, qui a cinquante-cinq étages, c'est 14.000 hommes qui viennent l'occuper chaque jour et dont la plupart, pour ne pas dire tous, arrivent au bureau à 9 heures et le quittent à 5 heures. Si l'on admet qu'il faille $0,60 \text{ cm}^2$ de rue par individu, on voit que ces 14.000 employés auront besoin d'un trottoir large de 6 mètres et long de 835 pour pouvoir se tenir en même temps, arrêtés, devant leurs bureaux. Pour un homme en marche il faut une superficie de $0m,60 \times 1m,30$ , donc un trottoir de 6 mètres, long de 2 kil. 01 à l'usage des 14.000 occupants du Woolworth Building. Si un sur dix seulement d'entre eux se servait d'une automobile (chiffre faible à New-York), c'est une rue de 10 kilomètres de long qui serait nécessaire pour assurer un service aisé de ce gratte-ciel. Les rues de la ville basse sont bien loin de présenter un développement pareil. D'ailleurs il faut encore compter avec le mouvement normal de la rue et les occupants des gratte-ciel voisins. On a cru qu'il suffirait d'élargir les rues pour faire disparaître cet encombrement. Mais l'expérience prouve que c'est là une solution inefficace: la rue n'est jamais assez large, les maisons sont toujours trop hautes. Le problème se pose de la même manière exactement que celui des moyens de transport: à mesure que ceux-ci se multiplient et se perfectionnent, ils sont de plus en p.us utilisés; les besoins grandissent avec l'offre, et jamais on n'arrive à les satisfaire définitivement. Il a semblé que l'on pourrait, dans le cas des gratte-ciel, limiter, non pas sa hauteur, mais, ce qui vaut mieux, sa masse, en fonction de la largeur de la rue: d'où la loi zonière de 1924, sur laquelle les architectes américains fondent de grands espoirs, avec raison, croyons-nous. On aperçoit que le retrait prescrit par elle à partir d'une certaine hauteur n'a pas été voulu comme tel, pour faire joli et créer d'agréables terrasses; il résulte d'une nécessité organique