Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ARCHITECTE REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT COMITÉ DE DIRECTION - MM. ARFVIDSON - J. AUBURTIN - LOUIS-H. BOILEAU - LOUIS BONNIER - BOUWENS DE BOIJEN - A. DEFRAASSE - AD. DERVAUX - TONY GARNIER - L. GODEFROY - CH. LETROSNE - PIERRE PATOUT - CH. PLUMET - H. SAUVAGE - LOUIS SOREL - ANDRÉ VENTRE Rédacteur en chef : Michel ROUX-SPITZ --- NOUVELLE SÉRIE 3° ANNÉE N° 7 JUILLET 1926 --- SOMMAIRE TEXTE LES HABITATIONS À BON MARCHÉ (à suivre). PLANCHES Pl. 37 à 42. — Le Foyer Rémois . . . . . J.-M. Auburtin. Un numéro : France, 12 frs. — L'abt (12 n°s) : France, 120 frs. L'abt Étranger : 1° Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Congo Belge, Bulgarie, Canada, Chili, Cuba, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Colonies Américaines, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie. $5,60 — £1.3.4 — Frs suisses 28. » — Pesetas 40. » — Fl. hol. 14. » 2° Autres pays. $6. » — £1.5.0 — Frs suisses 30. » — Pesetas 42.85 — Fl. hol. 15. » --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY 2, RUE DE L'ÉCHELLE — PARIS (1er) Tél. : Louvre 33-87. Chèques postaux 6690. R.C. Seine 64-696

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L'ARCHITECTE LES HABITATIONS A BON MARCHÉ L'accroissement des centres urbains est un phénomène relativement récent en notre pays, du moins l'accroissement rapide, vertigineux parfois, auquel on assiste depuis une vingtaine d'années. Autrefois les villes faisaient bien craquer leurs ceintures de pierres et des faubourgs prenaient naissance à la sortie des portes, mais leur croissance était lente, progressive : Versailles au xviie et xviiie siècles, St-Étienne au xixe, étaient des villes nouvelles que l'on se plaisait à considérer comme des exceptions. L'industrie, avec sa centralisation nécessaire, avec ses nécessités économiques, a changé tout cela. De plus en plus on assiste à un reflux de la population rurale vers les villes; les villes naissent et croissent là où l'exigent les besoins de l'industrie, les villages et les bourgs demeurés à l'abri du mouvement industriel se dépeuplent et tombent en ruines. Il paraît inutile d'épiloguer sur cette situation indéniable et qui d'ailleurs n'est pas spécialement particulière à la France. Il suffit de la constater et de chercher à résoudre les très délicats problèmes qu'elle pose en matière d'urbanisme et de construction. Tant que la loi de l'offre et de la demande a joué librement, tant que les placements immobiliers ont été en somme aussi avantageux que tous autres, le mot crise ne pouvait être prononcé. Paris de 1880 à 1900 a vu croître sa population de près de 500.000 habitants et pourtant cette masse énorme a trouvé à se loger sans aucune difficulté, les maisons nouvelles, les quartiers nouveaux s'étant édifiés dans une proportion très sensiblement égale. Le commencement de la crise remonte à quelques années avant la guerre. À ce moment les placements immobiliers devinrent moins avantageux comme revenu, la sécurité traditionnelle des immeubles se trouva combattue et minée par des mesures fiscales et surtout par des menaces fiscales. On construisit moins, alors que la population des centres urbains et spécialement de Paris croissait toujours. Les mesures d'exception nées de la guerre, qui au point de vue du logement ont donné tous les droits à une catégorie de citoyens contre une autre, ont détruit et le crédit et la confiance. De 1914 à 1921 on ne construisit rien et même on n'entretenait pas les immeubles. Les victimes immédiates de cette situation ont été la classe moyenne et la classe populaire, autrement dit la quasi-totalité de la population laborieuse dont les moyens sont limités, ceux qui ne peuvent payer un loyer en rapport avec le coût actuel de la construction, ni devenir, en payant comptant, propriétaires d'un logement ou bien d'un pavillon. Le grand déficit de logements n'est pas un déficit d'appartements somptueux, ni de villas considérables, c'est un déficit de petits logements, de petits pavillons; la crise actuelle du logement c'est surtout, pour ne pas dire uniquement, la crise du logement populaire. Cette crise est grave non pas seulement au point de vue technique, mais plus encore au point de vue social et national. On se plaint communément de la démoralisation populaire qu'entraîne le développement des grands centres, mais si chaque famille pouvait posséder un logement convenable et approprié à ses besoins normaux les inconvénients seraient bien atténués. Ils sont aggravés au contraire si la population ouvrière est contrainte de vivre dans des taudis ou véritablement entassée dans des locaux insuffisants, comme c'est malheureusement le cas dans tous les grands centres ouvriers à l'heure actuelle. Etant donnés les besoins en logement, étant donné que dans les conditions économiques actuelles les placements immobiliers ordinaires ne peuvent être suffisants, pour chercher à résoudre en partie du moins la crise aiguë que nous traversons il faut donc avoir recours à des moyens artificiels, qui seraient même nuisibles en temps ordinaire, c'est-à-dire à l'intervention financière de l'État en matière de logement par l'intermédiaire de la législation sur les H. B. M. Habitations à bon marché est assurément un mot à la mode. Depuis la guerre il est peu de questions dont on ait autant parlé et de sujet sur lequel on ait autant écrit. Il convient de dire que l'on a également beaucoup travaillé et l'honneur des résultats obtenus revient à un petit nombre d'hommes qui, pénétrés du sentiment du bien public, ont réussi à vaincre tous les obstacles, ont poursuivi leur but et l'ont réalisé en partie. A la tête de ces hommes on doit placer M. Georges Risler, l'éminent et dévoué Président de la Fédération des organismes d'H. B. M., président de la plus importante Société de Crédit Immobilier JUILLET 1926.

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L'ARCHITECTE de France, qui a véritablement été, surtout depuis la guerre, l'apôtre et le défenseur de la législation sur les H. B. M. dont Alexandre Ribot avait été le père. Beaucoup ne se rendent pas compte des résultats obtenus à ce jour parce que les groupes d'H. B. M., au lieu d'être localisés sur un point déterminé, sont au contraire disséminés, non pas seulement aux quatre coins de Paris et de la région parisienne, mais dans toutes les villes de France. Actuellement plus de 30.000 logements sont édifiés et habités. L'Etat depuis la guerre a prêté plus d'un milliard pour faciliter la construction d'H. B. M. Il a donné gratuitement à titre de subvention pour les logements destinés aux familles nombreuses plus de 400 millions. La Ville de Paris de son côté a fait un effort financier considérable et il n'a pas tenu à elle que cet effort soit plus considérable encore; mais l'Etat a souvent entravé les grands projets municipaux. Il existe aujourd'hui, approuvées par le Ministre du Travail, plus de 1.000 sociétés d'H. B. M. constituées sous la forme coopérative ou anonyme. Il existe environ 150 Offices publics d'H. B. M. et 175 Sociétés de Crédit Immobilier. Si encourageants que puissent être ces résultats obtenus en des années de désarroi économique et de crise financière, il n'en est pas moins vrai que notre effort peut paraître dérisoire auprès de l'effort britannique ou même de l'effort belge. Nous devons donc considérer nos résultats non pas comme une fin et un aboutissement, mais au contraire comme un simple début et une voie toute tracée. Beaucoup ne se font pas des H. B. M. une idée bien exacte. Trop d'architectes même pensent que les H. B. M. sont des maisons de seconde zone en quelque sorte, qui doivent être construites avec des matériaux inférieurs et sans y apporter tout le soin désirable pour arriver à n'importe quel prix à faire « bon marché ». C'est là une erreur des plus graves. Les H. B. M. sont des logements ou des pavillons toujours simples, destinés à la classe ouvrière et à la classe moyenne de la population. Les H. B. M. sont des maisons absolument comme les autres, édifiées en matériaux durs et de bonne qualité choisis au mieux selon la région et les conditions particulières. La loi limite le prix des H. B. M. en vue d'éviter des abus, mais par ailleurs elle se montre particulièrement prévoyante et même sévère en ce qui concerne les conditions d'hygiène et d'habitabilité. Les H. B. M. n'ont rien de commun avec les baraques provisoires ou les constructions semi-provisoires que l'on voit avec effroi s'élever de tous côtés autour de nos villes et particulièrement dans la banlieue parisienne. Quelle est la clientèle normale des H. B. M.? La loi dit « toute personne peu fortunée et notamment les travailleurs vivant principalement du produit de leur salaire ». Pratiquement la clientèle comprend donc la masse de la population, la masse des travailleurs manuels et intellectuels : ouvriers, employés, fonctionnaires, ouvriers agricoles, etc... Ne sont exclus des H. B. M. d'un côté que les misérables, clientèle d'ailleurs indésirable et qui ne pourrait payer régulièrement un loyer modeste. Il ne faut pas perdre de vue en effet que si les organismes d'H. B. M. sont au premier chef œuvre sociale, ce ne sont pas néanmoins des organismes d'assistance ou de charité. De l'autre côté sont exclus des H. B. M. les personnes fortunées. A ce sujet une large tolérance est nécessaire, il faut se garder d'exclusions hâtives. On doit considérer comme certain en règle générale qu'une personne vraiment fortunée ne voudra pas habiter un logement très modeste ou un petit pavillon. L'Etat tout récemment, suivant des inspirations néfastes, avait voulu considérer comme criterium de personnes fortunées l'inscription au rôle de l'impôt général sur le revenu. Cette base n'était évidemment pas assez large, surtout à Paris. Sur les protestations véhémentes mais parfaitement justifiées de tous les organismes d'H. B. M., le Ministre, mieux éclairé, a décidé que seules les personnes inscrites au rôle de l'impôt général sur le revenu pour une somme élevée (3 à 400 fr.) seraient mises en dehors du bénéfice de la législation sur les H. B. M. L'intérêt professionnel que présente cette énorme clientèle n'échappera pas à l'architecte. Toute cette population désire ou un logement sain et agréable ou bien un pavillon en propriété personnelle. Elle ne peut réaliser seule son désir, car elle n'a pas les moyens de payer comptant. Elle est donc obligée d'avoir recours au crédit. Des multiples sources de crédit nous ne retiendrons qu'une, la plus importante d'ailleurs : le recours aux prêts et aux subventions de l'Etat par l'intermédiaire de la législation sur les H. B. M.

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L'ARCHITECTE --- L'Etat consent des prêts aux organismes d'H. B. M. (offices publics d'H. B. M., Sociétés de Crédit Immobilier, Sociétés coopératives ou anonymes d'H.B.M., Unions et Sociétés de Secours mutuels), au moyen de fonds fournis par la Caisse des Dépôts et Consignations. Le taux d'intérêt des prêts est fixé uniformément à 3,50 %. Les règles d'attribution varient selon la nature de l'organisme et l'objet du programme. Pour les Offices publics et les Sociétés d'H. B. M. si l'organisme bénéficie de la garantie du département ou d'une commune la proportion du prêt s'élève à 75 % du prix de revient total du programme mis en œuvre. Cette proportion est limitée à 60 % lorsqu'il n'y a pas de garantie. Il s'agit du prix de revient total et non pas seulement du coût des constructions, c'est-à-dire qu'entrent en jeu, pour fixer le chiffre du prêt, le prix du terrain, les frais d'acquisition, le coût des constructions, des aménagements divers et les honoraires des architectes. Si l'organisme effectue des opérations de location ordinaire de pavillons ou de logements, la durée du remboursement peut atteindre 40 ans. Dans le cas d'opérations d'accession à la propriété (location vente ou prêts hypothécaires) la durée de remboursement est limitée à 25 ans. Pour les Sociétés de Crédit Immobilier dont l'objet est uniquement limité au consentement de prêts hypothécaires pour la construction de pavillons, les sommes allouées sont fonction non pas d'un programme, mais d'une faculté calculée en tenant compte des éléments du capital social, des créances acquises ou à acquérir et des réserves mathématiques des polices d'assurance en cas de décès souscrites par les emprunteurs. Par le jeu de la loi une Société de C.I. constituée au capital de 1 million, dont le quart seulement est versé et converti en valeurs déposées à la Caisse des Dépôts, peut obtenir 4.480.000 fr. de prêts si elle n'a pas la garantie communale ou départementale et 8.960.000 fr. si elle bénéficie de cette garantie. * Il ne peut entrer dans le cadre très général de cet article de donner des détails sur la marche administrative à suivre pour bénéficier des prêts; il nous suffira de souligner l'intérêt que présente actuellement surtout une participation financière de l'Etat à un taux d'intérêt aussi avantageux, avec des délais de remboursement aussi favorables. L'Etat, indépendamment de ces prêts consentis à l'aide des fonds de la Caisse des Dépôts accorde également des subventions gratuites. Ces subventions peuvent atteindre 33 % du prix de revient total d'un programme. Elles sont uniquement réservées aux opérations de location simple (construction de pavillons ou de maisons collectives) et pour lesquelles l'organisme s'engage à réserver jusqu'à concurrence des deux tiers des valeurs locatives les locaux à des familles nombreuses. Le terme «familles nombreuses» est pris ici dans un sens plus restrictif qu'on ne l'entend d'habitude. Sont réputées familles nombreuses par la législation sur les H. B. M. celles qui comptent au moins quatre enfants de moins de 16 ans. Bien entendu, si un organisme ayant pris l'engagement demandé, ne trouvait pas lors de l'achèvement de ses locaux un nombre suffisant de familles nombreuses, il pourrait louer à titre précaire à des familles comptant un nombre d'enfants inférieurs à 4, en donnant la préférence en ce cas aux jeunes ménages et aux mutilés de guerre. Ces subventions gratuites de l'Etat permettent en abaissant le prix de revient de la construction de louer les locaux à des prix sensiblement inférieurs à ceux qu'il faudrait demander autrement. Il s'agit donc d'un sacrifice financier important pour l'Etat, mais s'appliquant en faveur des familles nombreuses; on comprendra qu'il ne peut y avoir de dépense plus véritablement utile et productive dans l'intérêt général. Il est permis de cumuler la subvention gratuite de l'Etat et le prêt de la Caisse des Dépôts, sous réserve que leur somme ne dépasse pas 85 % du prix total. L'organisme bénéficiaire doit en effet toujours contribuer à l'aide de ses fonds propres à la dépense pour au moins 15 %. On voit combien remarquablement comprise a été la législation sur les H. B. M., la loi sociale la plus efficace, la plus bienfaisante. Cette législation comporte pourtant encore bien des lacunes, bien des imperfections que l'on s'applique patiemment à faire disparaître peu à peu et c'est là une des raisons pour lesquelles cette législation en progrès continuel présente quelque peu l'aspect d'une mosaïque et est souvent compliquée. (A suivre.) ***

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L'ARCHITECTE EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHES 37 à 42. — Le Foyer Rémois. — J.-M. Auburtin, architecte (D.P.L.G.). Le Foyer Rémois, société anonyme d'habitations à bon marché, a été créé à Reims en 1912 au capital de 1.200.000 frs., par un groupe de philanthropes réunis autour de leur président, M. Georges Charbonneaux. Le but de la société était d'arriver à bâtir en une dizaine d'années des logements individuels, sains et hygiéniques, en nombre suffisant pour loger les 1.025 familles nombreuses que comptait Reims en 1912. En 1914, 36 habitations étaient construites et 80 étaient en construction. Ce premier effort fut anéanti par la guerre : les logements furent aux trois-quarts détruits, les travaux en cours rasés par les bombardements. Dès l'armistice, M. Charbonneaux entreprit de reprendre et de hâter l'exécution du programme d'avant-guerre quoiqu'on manquât de tout à cette époque. Les maisons réparables étaient remises en état en juillet 1919 et les bases étaient établies d'un projet de construction de deux grandes cités-jardins, l'une de 600 maisons individuelles, l'autre de 400, situées aux deux extrémités de la ville, dans des quartiers sains et aérés. La première, appelée cité du Chemin Vert, couvre un terrain de 30 hectares bordant par un de ses côtés le Boulevard Pommery et possède 15 hectares réservés pour une extension future. Elle est terminée depuis plus de deux ans. Les directives données par la Société à l'architecte étaient les suivantes : avant tout éviter la monotonie par la variété d'aspect des maisons et des tracés des voies, prévoir des avenues larges, des maisons tantôt individuelles ou doubles, tantôt par groupement de quelques logements contigus, les uns en bordure des avenues, d'autres en retrait de quelques mètres ; éviter les vis-à-vis à moins de 25 mètres l'un de l'autre; le centre de la Fig. 80. — Le Foyer Rémois. — Plan général.

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L'ARCHITECTE --- cité devait comprendre une grande place de jeux de plus d'un hectare entourée de quelques maisons et des services sociaux : œuvres de l'enfance, salle de fête et de réunions, bains-douches, administration, service médical, bibliothèque, cercle, etc... La grande majorité des logements devait comprendre 4 pièces d'environ $3 \text{ m}^{50} \times 4$ ; une grande buanderie, water-closet avec effet d'eau, une petite cave et un grenier, un jardin individuel de $300 \text{ m}^2$ environ avec petit hangar, poulailler et clapier. Un tiers environ des logements comporte une pièce en plus ou en moins; enfin 50 logements ont, en supplément, une boutique ou un atelier familial avec installation de force motrice. 12 grands magasins avec boutique, arrière-boutique, magasin, cave, grenier, et logement des commerçants permettent aux 3.600 habitants de la cité de trouver sur place ce qui est nécessaire à l'alimentation : boucherie, épicerie, poissonnerie, fruiterie, ainsi que quincaillerie, mercerie, confection. Une vaste boulangerie à vapeur leur assure le pain et même la pâtisserie. Ce programme fut réalisé en moins de deux ans, malgré les difficultés nouvelles qui surgirent dès le début des travaux. Devant l'impossibilité de se procurer des matériaux sains ou devant le prix prohibitif des matériaux cuits, briques, tuiles etc., la fabrication des matériaux dut être faite sur place et les premiers travaux consistèrent dans l'installation de baraquements en planches, couvrant près de $10.000 \text{ m}^2$ reliés au chemin de fer à la gare de Bezancourt à 18 kilomètres de Reims (pour parer à la fermeture presque continue de la gare de Reims) et au canal à 3 kilomètres de Reims, le port de Reims étant en construction et toujours encombré. Dans ces baraquements furent fabriqués tous les agglomérés et les tuiles en ciment teinté nécessaires à la construction de la cité; toutes les charpentes y furent préparées. De gros approvisionnements furent ainsi réunis, et en février 1921 les travaux commencèrent. Ils furent menés avec la plus grande activité : 7 kilomètres de voie Decauville sillonnaient le vaste chantier pour transporter à pied d'œuvre les matières fabriquées à raison de 500 tonnes par jour et à certain moment jusqu'à 1.500 tonnes. La construction des 600 maisons, des 14 kilomètres d'égout, des 7 kilomètres de canalisation d'eau, l'éclairage électrique, etc. étaient terminés un an après. En dehors de 600 maisons, dont tous les matériaux sont standardisés, mais combinés dans une quinzaine de types d'habitations, la cité comporte : une église, en forme de croix grecque, précédée d'un parvis qui s'élève à l'extrémité d'une avenue tracée dans l'axe de la Cathédrale dont l'imposante silhouette forme décor de fond ; la maison commune, située dans l'axe de la grande place de jeux, et qui groupe les divers services sociaux : au rez-de-chaussée la bibliothèque, le cercle, le service médical, l'administration, et une grande salle des fêtes de 600 places avec scène aménagée, cinéma, etc...; en sous-sol des bains-douches, contenant 50 cabines et une salle de gymnastique ; en étage 3 grandes salles de réunions et en aile les logements du médecin et du directeur ; enfin dans l'axe transversal de la place, la maison de l'Enfance entourée d'un jardin avec pergola et contenant, avec des entrées et porches séparés, la consultation de nourrissons et goutte de lait, la crèche et garderie d'enfants, le jardin d'enfants, salles d'isolement, salles des infirmières ; en étage les salles d'enseignement ménager, un ouvroy, un dortoir où sont recueillis les enfants dont les mères sont malades ou en couche, les chambres d'infirmières Fig. 81. — Le Foyer Rémois. — La maison commune. — Plan du rez-de-chaussée. ---

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L'ARCHITECTE et le logement de la directrice. La cité est située sur un point culminant de la ville d'où la vue s'étend sur la ceinture de collines qui l'entourent, au sud la Montagne de Reims, au nord les collines qui portent les forts de Brimont, de Berru, et de Nogent, d'où les Allemands pendant 4 ans journellement accumulèrent les ruines dans la malheureuse ville. Le terrain en pente assez accentuée se prêtait bien au tracé des voies larges augmentées de bandes de gazon latérales et dont les tracés tantôt rectilignes, lorsqu'elles mènent à un fond perspectif intéressant, tantôt courbes, permettent de donner aux 15 types de logement une grande variété d'aspect. Les maisons, groupant 2, 3 et jusqu'à 10 logements sont revêtues d'un gros enduit de chaux ou de ciment du genre des crépis anglais, que commencent à couvrir les plantes grimpantes : clématites, lierre, ou vigne-vierge. Des lisses blanches garnies de haies de troène entourent le jardin. Les maisons les plus longues comportant des logements contigus ont été disposées sur les voies les plus montantes, afin d'éviter les décrochements successifs en hauteur, la monotonie des alignements continus. Les pelouses qui bordent la place des jeux, les squares, les jardins qui entourent l'église et la maison commune, sont parsemées de massifs de fleurs et d'arbres forestiers, parmi lesquels de nombreuses espèces à feuilles persistantes pour conserver même en hiver des taches de verdure. Tel est l'aspect actuel de la cité autour de laquelle le Foyer Rémois s'est assuré de vastes terrains — près de 20 hectares — pour une extension future et pour la création d'une école de plein-air dont le projet est déjà dressé sur les données les plus modernes de

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L'ARCHITECTE Page 55 Hygiène La société n'a pas eu à prévoir d'école primaire, la ville de Reims ayant édifié sur le boulevard Pommery en face de la cité un vaste groupe scolaire pour les 2.000 enfants qui l'animent. De nombreux artistes ont apporté aux édifices principaux le concours de leur talent : MM. Jaulmes, Menu dont les belles décorations peintes soulignent l'architecture très simple de l'église, M. Jean Berque à qui l'on doit un Chemin de Croix remarquable, M. de Villiers et Mlle Thiollier dont les bas-reliefs décorent le maître-autel et le porche, MM. Karbowsky et Billard qui collaborèrent à la décoration de la maison commune, MM. Subes et Robert pour les fers forgés, M. Lalique pour le luminaire et les vitraux de l'église et M. Ernest Laurent pour la peinture décorative du baptistère. De tous les problèmes que pose l'après-guerre dans le domaine architectural, celui du logement en masse, pourrait-on dire, est un des plus pressants et des plus intéressants ; et nous entendons par là non seulement les groupes d'habitations à bon marché, non seulement les Fig. 84. — Le Foyer Rémois. — L'église Saint-Nicaise. — Vue du chœur. Fig. 85. — Le Foyer Rémois. — La maison de l'enfance. — Plan du rez-de-chaussée.