Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ARCHITECTE REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT COMITÉ DE DIRECTION - MM. ARFVIDSON - J. AUBURTIN - LOUIS-H. BOILEAU - LOUIS BONNIER - BOUWENS DE BOIJEN - A. DEFRASSÉ - AD. DERVAUX - TONY GARNIER - L. GODEFROY - CH. LETROSNE - PIERRE PATOUT - CH. PLUMET - H. SAUVAGE - LOUIS SOREL - ANDRÉ VENTRE Rédacteur en chef : Michel ROUX-SPITZ --- NOUVELLE SÉRIE 3° ANNÉE N° 3 MARS 1926 --- SOMMAIRE TEXTE - ARCHITECTURE ET MACHINE . . . . . JEAN PORCHER. PLANCHES - Pl. 13 à 17. — Groupe d’habitations à bon marché, rue des Amiraux, à Paris . . . H. SAUVAGE. - Pl. 18. — Grand Place de Casablanca. — Centre des services administratifs. H. PROST et J. MARRAST. --- Un numéro : France, 12 frs. — L’abt (12 nos) : France, 120 frs. L’abt Étranger : 1° Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Congo Belge, Bulgarie, Canada, Chili, Cuba, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Colonies Américaines, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie. 140 frs. 2° Autres pays ...

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L'ARCHITECTE ARCHITECTURE ET MACHINE Qu'elles se trouvent réunies chez un seul, ou partagées entre plusieurs collaborateurs, des connaissances d'ingénieur et des qualités d'artiste sont également nécessaires à l'architecte. Non qu'il suffise d'une simple juxtaposition, ni d'adapter vaille que vaille deux séries parallèles de formules et de solutions indépendantes, travail commode dont nous voyons tous les jours les résultats pitoyables : ces connaissances et ces qualités doivent, au cours du travail de construction, s'organiser sans cesse en fonction les unes des autres ; elles se prêtent appui, se combattent, se limitent, s'équilibrent à chaque instant ; leurs rapports sont variables à l'infini, et nul ne saurait a priori dire où se termine le rôle de l'ingénieur, où commence celui de l'artiste : cette collaboration souple et permanente est la condition même de l'œuvre architecturale. Par un accident unique peut-être dans l'histoire, les perfectionnements si remarquables et si rapides qu'ont reçus les arts de la mécanique dans les dernières années du xixe siècle ont peu à peu séparé de l'ingénieur l'artiste. Dédaigneux de suivre de tels progrès ou impuissant à en comprendre l'esprit, celui-ci, bientôt isolé et comme débordé par son temps, n'a plus créé que des œuvres sans vie, pauvres et vides, répétitions médiocres de modèles périmés ; ou bien il a fini par tomber au rang d'auxiliaire, de simple décorateur auquel on faisait appel par habitude, et dont il semblait inévitable que l'on dût un jour se passer tout à fait. — Formé par définition à la plus récente technique, connaissant mieux que personne les exigences et les moyens d'une époque où l'importance de la machine grandit de jour en jour, l'ingénieur au contraire pouvait apparaître comme le maître d'œuvre unique de l'avenir. Quel mal à cela, dira-t-on ? S'il faut en croire certains prophètes, l'univers ne sera bientôt qu'une immense et parfaite mécanique, consacrée tout entière à la « production » et au « rendement » ; l'homme vivra par les machines et pour elles : que viendrait faire ici l'artiste ? L'ingénieur sera roi sans partage ; et la question architecturale est ainsi réglée. Mais cet idéal n'est pas celui de tous : d'autres augures tiennent au contraire que bien loin de lui être soumis c'est nous qui soumettrons la machine : elle simplifiera la vie, nous donnera l'ordre et le loisir, nous délivrera. Nous utiliserons cette force prodigieuse, tout en sachant la discipliner : l'artiste nous y aidera. Cependant il est clair que l'architecture ne sera là encore que du travail d'ingénieur, si l'artiste est incapable de s'adapter à son temps ; s'il ne voit en la machinerie qu'un moyen plus rapide de faire du classique ou du roman, il disparaîtra, et ce sera bien fait. Il est possible heureusement d'éviter cette catastrophe, par un moyen certain : puisque la machine, cette construction strictement utilitaire, est bien l'objet qui marque le plus profondément l'originalité et le caractère de notre époque, que l'artiste étudie cette pure fleur de la vie moderne, qu'il l'analyse, qu'il recherche curieusement ce qui en fait la beauté, qu'il la prenne pour modèle. N'est-elle pas dégagée de tout parti pris archéologique ? Sa valeur esthétique est-elle autre chose qu'une sorte d'aboutissement nécessaire, une éclosion spontanée qui ne doit rien aux vieux préjugés traditionnels ? Un style nouveau naîtra d'elle, style de notre temps, qui ne devra rien aux âges morts ; dans la maison moderne l'homme moderne pourra se reconnaître enfin, il sera vraiment chez lui. Tels sont les conseils que donnent certains critiques. Ainsi l'un d'eux écrivait dernièrement dans la revue belge Sécession, à propos de l'architecture à l'Exposition des Arts décoratifs, qu'à la place de tous ces palais disparates il eût été plus utile de nous présenter quelques belles séries de locomotives. Ces idées ont quelque chose de simple et de séduisant. Mais elles ne reposent sur rien, ou sur un malentendu, ce qui revient au même. Prendre la machine pour modèle, cela peut s'étendre de plusieurs manières : ou voir en elle un produit scientifique et qui n'est que cela, une résultante de forces, belle comme toute chose naturelle et vivante, et souhaiter à l'architecte l'obéissance, la passivité de l'ingénieur, artiste sans le savoir ; ou en reproduire purement et simplement l'aspect extérieur, par imitation ; ou enfin lui emprunter son procédé de construction, la fabrication en série. Voyons ce que valent ces différents systèmes. La machine qu'on propose à notre étude, dont la forme claire nous plaît, cette auto, ce paquebot, cette locomotive, prenons garde qu'elle n'est pas le résultat automatique du calcul de l'ingénieur ; la disposition harmonieuse de ses organes, l'excellence de ses proportions, tout cela est le fait de ces artistes que sont les constructeurs, les carrossiers ; leur « ligne » vient de l'art, non de la science. On n'a pas obtenu du premier coup, par le jeu seul de formules mathématiques, ces profils simples et dépouillés ; cette vive impression que nous produisons certaines machines modernes, MARS 1926.

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L'ARCHITECTE à quoi est-elle due ? A la machine elle-même, ou plutôt à ce qui lui a été ajouté ? Ne confondons pas moteur et carrosserie, c'est tout-à-fait indépendant. Ce que nous voyons n'est qu'une enveloppe, un décor. Les automobiles vieilles de dix ou quinze ans, qui nous paraissent aujourd'hui grotesques, avec leur capot bas, leurs grandes roues, leur carrosserie élevée, toutes leurs verticales, étaient-elles en fait beaucoup moins rapides que telle moderne torpédo, aplatie et comme effilée par la vitesse ? Parfois ces vieilles disgracieuses valaient mieux : elles étaient plus confortables, le moteur était plus fini, plus résistant ; mais ce sont là des qualités dont l'œil est incapable de juger : la voiture actuelle fait plus d'effet non par ce qu'elle peut avoir de réellement meilleur au point de vue mécanique, mais par son seul aspect, où la machine n'a rien à voir. Il y a entre une Ford et une Renault, par exemple, la même différence extérieure qu'entre tel autre produit de l'industrie américaine et son analogue français, mais quel rapport cette différence de forme peut-elle avoir avec une différence possible de solidité ou de vitesse ? Pas le moindre, c'est évident. Ce qui est vrai de l'automobile l'est également de la locomotive, du paquebot : ils nous plaisent par l'effet de qualités purement architecturales, et la machine, encore une fois, n'y est absolument pour rien. Comment l'architecture prendrait-elle ici l'idée d'un style, puisqu'à l'analyse elle ne trouve en ces prétendus modèles qu'une ferraille inutilisable en elle-même ? Certes, il y a d'autres machines, belles aussi, d'une beauté à la fois plus subtile et plus fruste, qui sont de pures créations d'ingénieur : turbines, grues, élévateurs, dynamos, métiers, avions aussi ; beauté plus subtile en ce qu'elle exige, pour être goûtée, un minimum de préparation : il faut, si peu que ce soit, savoir à quoi elles servent, et de quelle manière ; plus fruste, car elles ne sauraient éveiller en nous qu'un seul ordre de sentiments, toujours le même : l'orgueil ému de la puissance de l'homme, de son ingéniosité maîtresse du temps et de l'espace, de ses ruses qui triomphent des forces de la nature, etc., en un mot une sorte de romantisme élémentaire d'assez basse qualité. Qu'il se mêle à l'impression que nous fait un avion, par exemple, même lorsque nous croyons en apprécier uniquement la forme, le sentiment confus qu'il y a là d'abord une mécanique qui permet d'accomplir des choses inouïes, comme d'aller en trois jours de Paris à Bombay, et que cette impression soit inséparable d'un tel sentiment, je ne crois pas qu'on puisse le nier. Nous sommes loin du plaisir élevé et désintéressé que procure l'architecture, et c'est par une singulière confusion, à peine plus excusable, et de même nature que celle des rapetasseurs de vieux styles, que certains architectes proposent à notre admiration des monuments en forme d'antennes, de glissières, d'échafaudages, et jusqu'à des espèces de jouets mécaniques. Ils se réclament du mouvement constructiviste, or rien n'en est plus éloigné que ces copies étranges, produits d'imaginations hantées par l'usine. — Mais on aurait beau jeu à faire état de ces bizarreries. Que peut donc nous apprendre la machine ? Rien que nous ne sachions déjà. Sans tenir compte en effet de l'imitation pure et simple des formes, qui ne saurait donner que des monstres, on voit de quelle illusion son victimes ceux qui recommandent à l'architecte de s'inspirer d'elle. De quelle machine s'agit-il ? Je ne vois que des œuvres décoratives, ou des ensembles capables de force et de mouvement et qui ne valent que par là. Les premières, sans doute, peuvent nous réapprendre beaucoup s'il le faut, mais seulement de ce qui appartient en propre à l'architecture et qu'elle n'aurait jamais dû oublier ; de neuf, absolument rien ; reconnaissons que le mérite est encore grand, mais reportons-le tout entier non à la machine, en vertu d'une espèce de loi d'automatisme imaginaire, mais à la décoration, c'est-à-dire en dernière analyse, à l'architecture elle-même. Des autres, des ensembles mécaniques, on cherche vainement quel enseignement architectural (et non sentimental) on pourrait tirer. Reste la question de la fabrication en série. On nous dit : la perfection de la machine vient des conditions même dans lesquelles elle est faite : les constructeurs sont aussi des commerçants ; pour vendre ils doivent perfectionner sans cesse leurs produits, par conséquent se tenir toujours au courant des derniers progrès ; ils doivent produire beaucoup, et vite, et meilleur marché, donc simplifier et diviser le travail ; peu à peu l'inutile tombe, il ne reste que l'essentiel, de plus en plus dégagé, plus voisin chaque jour du type définitif, parfait, unique. Le travail « standardisé », la reproduction à l'infini du même modèle, sont le signe que ce modèle est excellent, et rendent seuls possible cette excellence. Il nous faut la maison en série, le mobilier en série : par élimination progressive nous arriverons à la Maison idéale, au Mobilier idéal. Est-ce bien sûr? Que

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L'ARCHITECTE --- cette loi vaille pour la machine, vouée à un travail bien délimité, toujours le même, dont la définition ne souffre aucune hésitation ni aucune difficulté, soit : la meilleure sera celle qui s'acquittera le mieux de la besogne spéciale pour laquelle elle est construite. Mais en architecture ? Qui nous donnera la formule de la Maison, du Mobilier? Cela peut-il seulement se concevoir? Si nous sommes contraints d'habiter des logis faits à la grosse, c'est par le malheur des temps; l'architecture n'a rien à y gagner, tout à y perdre. Car elle vit précisément de la variété des problèmes qui se posent à elle ; tarir cette source éternelle de renouvellement, c'est remplacer l'art par la confection, dépousseder l'individu, seul facteur de progrès, au profit du nombre brutal. Il est possible que l'avenir soit à la fabrication en série de tout (y compris des cervelles, car cela va de pair) : alors tant pis pour l'humanité future, marquée du signe de l'esclavage et de la sauvagerie. JEAN PORCHER. --- EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHES 13 à 47. — Groupe d'habitations à bon marché, rue des Amiraux, à Paris. — H. SAUVAGE, architecte. Commandé à l'architecte par la ville de Paris, ce groupe est situé sur la rue des Amiraux et la rue Nouvelle. Il représente un essai important d'application au programme des maisons ouvrières du principe des « gradins » dont l'immeuble de la rue Vavin, que nous avons précédemment publié, était une première réalisation. Le projet primitif de ce groupe subit de nombreuses modifications. Les services administratifs de la ville de Paris furent quelque peu déroutés par la nouveauté de tous les détails du projet. Toutefois, à force de persévérance, l'architecte obtint gain de cause sur la Fig. 34. — GROUPE D'HABITATIONS A BON MARCHÉ, RUE DES AMIRAUX, À PARIS. — Plan du rez-de-chaussée.

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L'ARCHITECTE plupart des points. Des améliorations notables sont donc ainsi apportées aux solutions actuellement en usage pour les habitations à bon marché. L'ossature est entièrement en ciment armé et les murs creux; les façades présentent des retraits successifs permettant des terrasses individuelles sur lesquelles chaque habitant, complètement isolé et invisible de son voisin, peut vivre au grand air sous les rayons du soleil. Tous les extérieurs sont revêtus en céramique blanche. Le grand vide existant au dessous des retraits successifs des étages est utilisé dans la hauteur des trois premiers étages par une piscine de 33 mètres de long et, dans la hauteur du 3e et 4e étage par des caves dont les couloirs prennent jour sur un vaste puits d'air intérieur. Ces caves sont desservies par deux monte-charges nettement accusés en façade. Cette disposition nouvelle des caves au centre de gravité même de l'immeuble évite aux locataires les montées et les descentes pénibles, ceux-ci n'ayant plus, dans le cas le plus défavorable, que trois étages à monter ou à descendre. Le chauffage central est installé dans l'immeuble et les cheminées devenues inutiles ont été supprimées totalement sauf une par logement en cas de maladie

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L'ARCHITECTE 21 à la demie-saison, avant ou après la période de la marche du chauffage général. Les garde-manger et coffres à linge sale sont en ciment armé. Nous en donnons les détails ingénieusement mis au point. Des chutes d’ordures ménagères aboutissent à chaque étage et comportent des appareils d’occlusion hermétique. Les ordures sont ainsi déversées dans des wagonnets en sous-sol conduits mécaniquement sur rails jusqu’à la rue. Enfin les escaliers au nombre de quatre qui desservent l’immeuble sont entièrement en céramique y compris les marches et la rampe. Il est donc impossible de les salir et leur durée dans leur propreté primitive est indéfinie. Tout cet ensemble est étudié avec l’idée dominante de satisfaire aux besoins impérieux de notre vie moderne et aux lois de l’hygiène. La construction scientifique y apporte toutes ses ressources précieuses sans sortir de son rôle de moyen merveilleux permettant actuellement toutes les solutions depuis longtemps désirées. L’architecte s’y est montré le véritable compositeur qui sait utiliser toutes les découvertes de la construction moderne sans se laisser dominer par elles.

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L'ARCHITECTE PLANCHE 18. — Grand Place de Casablanca. — Centre des services administratifs. — H. Prost et J. Marrast, architectes. Une place de vastes proportions qui réunit les services administratifs, les hôtels et magasins de luxe, les cercles, cafés et salles de spectacles ; reliée, d'une part, au port par une large artère ouvrant une admirable perspective sur les bassins et la rade, et d'autre part, à un grand parc public, tel est le cœur de la nouvelle ville de Casablanca conçu par l'architecte H. Prost. L'ordonnance, étudiée par l'architecte J. Marrast, en est en partie réalisée : le Palais de Justice dont il a établi les plans est édifié. Nous reproduisons aujourd'hui son projet pour l'Hôtel de Ville dont la construction lui a été également confiée. Décrivant le Palais de Justice, une des personnalités les plus éminentes du Protectorat a écrit : « Les lignes en sont sobres et pures, l'air et la lumière y sont partout répandus, son noble péristyle, ses amples couloirs, ses vastes cours intérieures expriment notre besoin français de clarté, de simplicité, d'ordre et d'harmonie ; cependant la courbe des arcs, la dentelle fleurie des encadrements et des frises, les minces

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L'ARCHITECTE Page 23 Fig. 41. Façade principale. --- Fig. 42. Coupe longitudinale.