Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'AMOUR DE L'ART VI NOVEMBRE 1945 PRIX : 80 FRS

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--- CAMUS "LA GRANDE MARQUE" COGNAC EXPRESS - PUBLICITÉ

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vient de paraître : QUADRIGE REVUE MENSUELLE DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE LA PENSÉE : Lettres et Sciences L'ART : Arts plastiques et Spectacles LA VIE : Économique, Politique et Sociale L'ÉLÉGANÇE : La Mode et le Luxe Dans les premiers numéros GÉRARD BAUER, M. et L. de BROGLIE, CASSOU, CLAUDEL, COLETTE, MAX JACOB, FRANÇOIS MAURIAC, PROFESSEUR MONDOR, ROMAIN ROLLAND, PAUL VALERY 80 PAGES EN DEUX COULEURS... 150 FRANCS NOMBREUSES ILLUSTRATIONS EN QUADRICHRONIE 14, RUE GAILLON Yves ROUÉ Joaillier 61, Bt. MALESHERBES, PARIS (St-Augustin) Éditions Paul Dupont 4 bis, RUE DU BOULOIT, 4 bis — PARIS vient de paraître: URBANISME Jean LEBRETON La Cité Naturelle RECHERCHE D'UN URBANISME HUMAIN Livre de foi et de raison dédié à ceux qu'intéresse l'amélioration de la condition humaine. 1 vol. de 180 p. in 4° carré (22,5 × 28,5) avec 36 reproductions, hors-texte et figures. — PRIX : 225 FRANCS. Tirage sur Vélin supérieur (limité à 50 exemplaires). PRIX : 400 francs.

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L'AMOVR DE L'ART VI REVUE MENSUELLE VINGT-CINQUIÈME ANNÉE SOMMAIRE COMITÉ DE DIRECTION - Président : RENÉ HUYGHE Conservateur en chef des Peintures au Musée du Louvre - M. FLORISOONE NICOLAS H. de LARIE - JACQUES LASSAIGNE - E. McFARLANE - J. CHARLES MOREUX - M. R AVAL Secrétaire de Rédaction DOMINIQUE KERVEN DIRECTEUR : GERMAIN BAZIN Conservateur au Musée du Louvre DIRECTION ADMINISTRATION PUBLICITÉ 139 Faubourg Saint-Honoré Tél. Balzac 35-15 ABONNEMENTS FRANCE 1 an : 800 Fr. 6 mois : 450 Fr. ÉTRANGER 1 an : 950 Fr. --- VUILLARD PEINTRE DE LA VIEILLESSE... Claude ROGER-MARX UNE LETTRE DE LONDRES... John Russel LE MEUBLE MODERNE ET LES LEÇONS DU PASSÉ... Pierre Verlet CAHIER DE PHOTOGRAPHIES AU SALON D'AUTOMNE... Jacques de LAPRADE LA PATELLIÈRE... Jean Leymarie LES EXPOSITIONS J. de L. LES FAITS : PAUL PELLIOT... Jeannine Auboyer --- ÉDITIONS PAUL DUPONT 4 bis, Rue du Bouloi - Paris 1er

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PHOTO TISNÉ. Portrait de Duret, par Vuillard.

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Vuillard peintre de la vieillesse LE modèle de prédilection de Vuillard et qu'il a représenté à toutes les époques, sous tous les aspects, toutes les lumières, c'est la grande, la seule vraie compagne de sa vie, c'est sa mère. Nous la voyons tour à tour rue Saint-Honoré, rue Truffaut, rue de Calais, place Vintimille, préparer le repas, arroser ses jacinthes, vaquer au ménage, coudre à sa fenêtre, lire près de son infusion; le titre de "femme âgée", suffit souvent à la désigner. Modèle qu'il connaît par cœur mais dont ses yeux sont insatiables. Chaque regard vérifie une communion que la mort même ne détruira pas (1928). Si beaucoup de portraits de Mme Vuillard, comme le "Déjeuner" du Musée du Luxembourg, peuvent être rangés au nombre des "intimités" c'est qu'il s'agit là véritablement de l'intimité la plus profonde. A trente-deux ans (1897), Vuillard peint un de ses premiers chefs-d'œuvre : "La Femme au bol". Par quel miracle, par la combinaison de quelles vertus

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à la fois plastiques et domestiques, une scène aussi dépourvue de mystère — le petit déjeuner — revêt-elle une pareille solennité ? L'attitude de cette femme qui se recueille avant de commencer sa journée et maintient incliné entre ses mains, à portée des lèvres, un bol de faïence, est celle d'une élévation. Le mot choquerait peut-être s'il n'émanait tant de recueillement du visage, tant de sérénité de l'atmosphère. Quelle droiture dans le port de la tête, quelle foi dans le regard clair, quelle belle lumière répandue sur le front bombé, les mains, les épaules ! C'est véritablement une révélation qui nous est faite au sein de la vie ordinaire. Comme dans "Les Pèlerins d'Emmaüs", le seul mobilier est une table sans luxe sur laquelle on a posé la cafetière en terre commune, l'assiette, le beurrier rustique, et ce couteau à manche blanc qui, par sa diagonale, fait songer aux couteaux de Manet. Humble chambre, pareille à cent autres avec son papier quadrillé, sa porte grande ouverte qui laisse deviner un couloir sombre et d'autres pièces aussi banales. Et malgré cela, et sans doute à cause de cela, je ne sais quelle présence surnaturelle — peut être tout simplement la lumière — consacre les objets, revêt d'une douceur véritable la bonne robe pelucheuse, rajeunit les murs usés, souligne d'un rais les champs de la porte, pose un reflet sur une table, sur le rebord d'une oreille, ou bien au sommet d'une joue, irise la ten-ture et fait communier dans un silence perceptible les murs et le personnage principal.

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Péguy seul semble définir les qualités spirituelles qui sont à la base d'un tel art. Le milieu originel de Vuillard, sa formation morale, son œuvre entière ne sont-ils pas résumés par ces lignes (L'Argent) : “Le foyer se confondait avec l’atelier, et l’honneur du foyer et l’honneur de l’atelier étaient le même honneur. Qu’est-ce que tout cela est devenu ? Tout était un rythme, un rite et une cérémonie depuis le petit La « femme au bol », par Vuillard.

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lever. Tout était un événement sacré. Tout était une tradition, un enseignement, tout était légué, tout était de la plus sainte habitude, tout était une prière de toute la journée, le sommeil et la veille, le travail et le peu de repos, le lit et la table, la soupe et le bœuf, la maison et le jardin, la cour et le pas de la porte, et les assiettes sur la table". Il y a dans la "Femme au bol" une qualité de tendresse dont on trouverait, hormis chez Fantin, peu d'équivalents dans la peinture du dix-neuvième siècle. Tendresse? Amitié serait plus vrai. Les marrons, les beiges, les lilas dont est composé l'espace enchâssent la précieuse robe d'un bleu de Vermeer; le panneau supérieur du mur, dont le papier de tenture contraste avec la froide nudité du soubassement, a la mystérieuse opulence de certains Odilon Redon. Quant aux accents lumineux, quelle science dans leur répartition, quelle économie dans leur éclat! Pour mettre en valeur un visage, Vuillard n'a pas besoin, comme l'enchanteur de Delft, du rayonnement de la perle. La douceur de la perle il la retrouve dans un simple couteau de nacre et dans un bol de bazar! **Vuillard et les vieillards... Toutes les fois que l'artiste a reconstitué l'apparence d'une femme ou d'un homme délivrés de ce que la jeunesse comporte de reflets, de tumulte et de contradictions, une sympathie immédiate a joué, alors même qu'il était en présence de modèles assez mal connus de lui, comme le sénateur Rosen. Le "portrait de Duret" (1912) précède une autre effigie admirable, qui verra le jour sept ans plus tard: Mme Kapferer mère dans son intérieur. L'ancien champion des impressionnistes, le fringant Duret, aujourd'hui chétif et comme apeuré, tenant son chat Lulu sur ses genoux, surplombe de sa haute taille un bureau chargé de livres et de dossiers. Le visage conserve je ne sais quelle malice et quel éclat enfantin; mais déjà les prunelles, jadis si clairvoyantes, aujourd'hui bordées de rouge, trahissent l'usure, et les mains tremblent. Voici venir l'époque où, réfugié dans son passé, l'homme ne déplace plus beaucoup d'espace et pèse à peine sur la terre. Avec la terne et frileuse apparence désincarnée contrastent la chaleur des cadres et le papillonnement des livres qui tapissent les premiers plans. D'où ce portrait tire-t-il son intensité ? Du fait que Duret renouvelle des gestes, des expressions, une douceur, une lenteur chères, celles des êtres dont les jours sont comptés, dont le déclin est fatal. Vuillard pense à sa mère, dont il a vu se voûter le dos, s'éclaircir les tempes, s'affirmer les rides et qui offre aujourd'hui tant de ressemblances avec l'aïeule d'après laquelle il fit un de ses premiers dessins quand il avait vingt ans. Les années 1917-1920, si riches en portraits maternels, sont dominées par une effigie capitale : "Mme Kapferer". Austérité du dessin, austérité de l'harmonie. Sur un fauteuil à têtière blanche, le buste tourné de trois-quart, les pieds posés sur un coussin bleu, un singulier personnage, strict et comme grimé par les années, poursuit

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un long colloque intérieur. Les mains osseuses qui se rejoignent — quelle force possède encore ce bras maigre!— contribuent à donner l’illusion d’une force intacte. Vuillard n’a pas craint de prêter à la bouche retombante une moue revêche; il a chaussé le nez solide de lunettes perçant de deux excavations tragiques une façade dont l’armature se dessine à travers un reste de chair. Cette femme est comme un soldat sur la défensive, ses pensées sont braquées vers l’Adversaire invisible; pour cela une attention de tous les instants est réclamée, une économie de gestes qui s’accorde avec l’économie même du tableau. Point de couleurs provocantes. Des gris, les tons parme d’un châle, des noirs de jais, le bleu d’un coussin. Tout reste terne à souhait. Mais dans la mise un souci d’élégance demeure, ou du moins de correction. Par prudence, les bras ne se séparent pas d’un réticule. Ici, chaque détail a sa signification: ce coussin dans le dos, cet autre sous les pieds, l’infusion préparée, témoignent des égards que l’on doit à soi-même. Dans cet univers aucune place pour le sourire. Il n’y a de sourire que sur la garniture de cheminée, sur la table de travail, l’abat-jour, et sur les objets souvenirs