Page 1
L'AMOUR DE L'ART Louis Bréhier : Les Fresques Moldaves Orfèvrerie Persane Inédite Un Nouveau Fauvisme : Aujame Directeur : René Huyghe --- 12e Année - Nov. 1931 France : 10 Francs
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
L'AMOUR DE L'ART Louis Bréhier : Les Fresques Moldaves Orfèvrerie Persane Inédite Un Nouveau Fauvisme : Aujame Directeur : René Huyghe --- 12e Année - Nov. 1931 France : 10 Francs
SEPTEMBRE 1931 SECOND VOLUME ANNÉE XXXIV FASCICULE IV NOUVELLE SÉRIE L’ARTE Revue bi-mensuelle d’Histoire de l’Art, Médiéval et Moderne ADOLFO & LIONELLO VENTURI, DIRECTEURS ANNA MARIA BRIZIO, RÉDACTEUR EN CHEF SOMMAIRE GIUSTO NICCO. - L’Art de Matthias Grünewald dans la critique. M. BERTELLO PANCIERA. - Pour la critique de Corot. GINO SEVERINI. - Procès et défense d’un peintre d’aujourd’hui. WART ARSLAN. - Un Christ de Pitié, d’Antoni Viwarini. L. V. - Une fresque du style de Cavallini à Ravello. ANNA MARIA BRIZIO. - Bibliographie de l’Art italien. TARIF DES ABONNEMENTS Un An : Italie. --- L. 100 --- — Un fascicule . . . . . . L. 20 --- Etranger . . . . . . L. 150 --- — Un fascicule. . . . . . L. 30 --- Administration : Messagerie Italiane, Via dei Mille, 24 - TORINO Rédaction : Corso Marsala, 3 - TORINO
ARTISTES, AMATEURS Nous informons MM. les Artistes et Amateurs que le Service Photographique de la Librairie de France (Collection Druet) a été transféré chez VIZZAVONA Photographe Editeur 65, Rue du Bac Tél. Littré 93-85 Nous prions nos clients et amis de bien vouloir confier dorénavant leurs travaux à M. VIZZAVONA, qui par son organisation et son expérience, est à même de leur donner toute satisfaction. --- Comme nouveau Dépositaire de la Collection Druet, la Maison VIZZAVONA se charge de tous les tirages d’épreuves à effectuer d’après les clichés de cette Collection. Représentation Générale de la Collection ALINARI, de Florence
Edouard BOUET, Réparateur de Tableaux, Sculptures, Objets d'Art 9, Rue de Penthièvre (Maison Fondée en 1885) English Spoken ———— Tél. : ÉLYSÉES 61-96 ———— Man Spricht Deutsch ACHAT — — VENTE --- LA PREMIÈRE REVUE D’ART DU MONDE THE BURLINGTON MAGAZINE Une revue internationale pour amateurs Fondé 🐦 en 1903 Le Burlington Magazine est indispensable à tous ceux qui s’intéressent sérieusement à l’art. Il étudie toutes les formes de l’art, tant ancien que moderne, et par là même s’adresse autant à l’étudiant qu’au collectionneur. Ses collaborateurs sont les historiens d’art les plus célèbres du monde entier ; ses illustrations, par leurs dimensions et leur présentation, sont inégalables ; pendant plus d’un quart de siècle il a gardé la première place par l’importance de son contenu. Les articles portent sur des matières telles que : de Vieux Maîtres inédits ou nouvellement découverts (peintures et dessins), les Vieilles Etoffes, les Porcelaines, le Fer forgé et toute branche d’art ancien qui puisse présenter de l’intérêt pour le collectionneur et l’étudiant d’art. Illustré, Mensuel 2 s. 6 d. (3 s. franco). Abon’ d’un an : 35s. Si vous n’êtes pas déjà lecteur du Burlington Magazine et si vous désirez en voir un numéro, un exemplaire-spécimen vous sera adressé gratuitement à la réception de la forme ci-contre. --- THE BURLINGTON MAGAZINE LTD BANK BUILDINGS, 16 a. St. James’s Street, LONDON. S.W.1. (England) Please send me a specimen copy of THE BURLINGTON MAGAZINE, post free NAME ADDRESS --- Pour aller en CORSE, la traversée la plus courte se fait par Nice Les meilleurs paquebots de la Compagnie Fraissinet effectuent quatre fois par semaine (mardi, mercredi, vendredi et dimanche), la traversée de Nice en Corse, dans l’après-midi. Trois de ces traversées mettent la Corse à 24 h. de Paris. En effet, les voyageurs partis de Paris, le lundi, le mardi ou le samedi, à 17 h. 05, par le train 15, formé de voitures de 1re et de 2me classes, de voitures de luxe, de Pullman et d’un wagon-restaurant, arrivent en gare de Nice à 10 h. 30 le lendemain ; ils y trouvent un autobus qui les conduit au port d’où le paquebot, partant à midi, les déposent en Corse le soir même. — Des traversées rapides de jour sont également assurées au retour de Corse. Elles ont lieu le mardi (départ de Calvi à 14 h. ; arrivée à Nice à 21 h.) et le jeudi (départ d’Ile Rousse à 14 h. ; arrivée à Nice à 20 h. 15).
L'AMOUR DE L'ART REVUE MENSUELLE FRANCE : 95 fr. BELGIQUE : 107 fr. Douzième Année ETRANGER : 150 et 175 fr DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE Secrétaire de Rédaction : Germain Bazin --- SOMMAIRE DU N° 11. Novembre 1931 76 illustrations ETUDES. - Art Ancien. - Un aspect imprévu de la peinture murale : Les fresques extérieures des églises moldaves .. Louis Bréhier. - Une collection inédite de bronzes persans .. Comte Alexis Bobrinskoy. - Art moderne. - Un nouveau fauvisme : Aujame .. Germain Bazin. SYNOPTIQUE. - Peintres et Sculpteurs de la Renaissance. Echanges et rapports .. René Huyghe. CHRONIQUES. - Les Arts de la scène. Ballets anciens. Ballets modernes.. Valentin Parnac. - Les Editions de luxe. Quelques beaux livres .. Raymond Geiger. - La Photographie. Un livre allemand .. Léonard Beck. - Les Arts Publicitaires. L’Affiche, peinture populaire .. Francis Séjourné. - Archéologie. Les fouilles aux forums impériaux .. Pierre Michaut. - Les Disques .. Marcel Auris. - Les Livres.. R. H. - Les Revues.. --- RÉDACTION, ADMINISTRATION : LIBRAIRIE DE FRANCE, 110, Boulevard St-Germain, PARIS (VIe) -- Télèph. Littré : 67-91 et 67-92 Publicité : C.A.P., 146, rue Montmartre, PARIS (IIe)
--- Marcel Bernheim & Cie TABLEAUX MODERNES impressionnistes et contemporains EXPOSITIONS PERMANENTES 35, Rue La Boëtie - PARIS (8e) Téléphone : ÉLYSÉES 14-46 Télégrammes : MABERNECO PARIS 47 --- CHEMINS DE FER DU NORD LE RÉSEAU DE LA VITESSE, DU LUXE ET DU CONFORT. Via Calais : Traversée maritime la plus courte. Service de luxe « Flèche d'Or » en correspondance avec le paquebot de luxe « Canterbury » mettant Londres à 6 h. 35 de Paris. Via Boulogne : Services quotidiens avec l'Angleterre. Voie très fréquentée par les touristes venant passer le week-end sur les plages françaises. Via Dunkerque : Service journalier sur l'Angleterre via Tilbury. Traversée de nuit. Voitures directes à Tilbury pour Leeds-Manchester-Derby-Glasgow et vice-versa. Paris Nord à Londres --- L'ATELIER /SPECIALISTE DU MEUBLE MODERNE/ /E/ PRIX MODERE / • CATALOGUE F° 75. B° du MONTPARNA // E. PARI / DECORATION - TAPI / - PAPIER / PEINT / --- CHEMINS DE FER DE L'ETAT LA NUIT.. VOUS SEREZ MIEUX EN COUCHETTES pour les plus longs parcours vous n'aurez à payer qu'un léger supplément de : 1° cl. 33,75 2° cl. 27,00 3° cl. 22,50 HIVER (N)
N° 11 NOVEMBRE 1931 L'AMOUR DE L'ART ART ANCIEN Un aspect imprévu de la peinture murale : Les fresques extérieures des églises Moldaves par Louis Bréhier Il n'est pas rare de rencontrer des églises dont les façades sont ornées de fresques ou même, comme à Saint-Marc de Venise, de mosaïques murales. En France on connaît les curieuses peintures extérieures de Rocamadour. De modestes églises des Alpes françaises, de Suisse, du Tyrol, d'Italie sont décorées ainsi et il en est de même de certaines églises bulgares. Mais en général ces peintures sont peu nombreuses et ne couvrent qu'une partie de la façade principale. Il existe au contraire un groupe d'églises d'anciens monastères fondés au XVIe siècle par des princes de Moldavie, qui sont couvertes de peintures depuis le sol jusqu'au faîte de murs abrités sous un toit largement débordant et sur toutes leurs façades. On ne trouve dans aucun pays et à aucune époque un ensemble aussi important d'édifices ornés systématiquement de cette manière et suivant un plan aussi raisonné. L'iconographie religieuse, conforme aux modèles byzantins, a fourni les sujets de ces fresques. Les mêmes thèmes recouvrent avec des variantes insignifiantes les murs de toutes ces églises. De plus elles sont groupées dans une région restreinte. Les monastères auxquels elles appartiennent ont été fondés par Etienne le Grand et ses successeurs dans cette magnifique région de la Haute-Moldavie, plus connue sous le nom de Bucovine que lui avaient donné les Autrichiens, située au pied des Carpathes dans la haute vallée du Sereth. C'est dans ce cadre pittoresque, au milieu d'une nature alpestre, entourés de forêts impénétrables que dominent des sommets neigeux, que se trouvent ces monastères, semblables à de petites forteresses avec leurs enceintes flanquées de tours de défense. Dans chacun d'eux, suivant l'usage orthodoxe la grande église entièrement dégagée occupe la partie centrale, et c'est ce qui explique que toutes ses façades aient pu recevoir des peintures, qui sont préservées des intempéries par le haut toit moldave débordant, le même que celui de la maison paysanne. Ce n'est pas sans un certain étonnement qu'après avoir pénétré dans l'enceinte, on se trouve en face de ces édifices, dont la silhouette est celle d'une église romane, surmontée d'une tour ronde au clocher pointu (fig. 3) et terminée par trois absides disposées en trèfle (fig. 2). De longues fenêtres gothiques au remplage flamboyant éclairent leur partie antérieure, qui constitue le narthex. Des baies plus petites à linteau et à jambages ornés de baguettes qui se pénètrent, éclairent la nef et les absides. Et ce décor tout occidental tranche de la manière la plus étrange sur le champ immense des peintures, qui se développe sur toutes les surfaces. C'est un véritable chatoiement de tonalités claires rehaussées par les rouges des costumes et parfois par l'or des nimbes, et qui se détachent sur des fonds d'un bleu profond, mais d'une grande douceur. L'impression est celle que donnerait un tapis d'Orient tendu sur les murailles, et ce qu'on doit admirer, c'est l'assemblage harmonieux des couleurs qui se fondent pour ainsi dire, et produisent une impression d'unité parfaite, d'autant plus remarquable que les sujets traités sont multiples et que leur ordonnance compliquée ne va pas sans une certaine confusion. Enfin ce n'est que pendant une période assez courte que ces peintures extérieures ont été en usage. Le plus ancien ensemble, celui de Moldovitsa, est daté par une inscription de 1537. Les peintures de Suscevitsa qui sont les plus récentes ont été exécutées vers 1600. Après cette date on ne peut en citer aucun exemple en Moldavie. Ces peintures extérieures représentent donc une mode passagère et ce qui leur donne un grand intérêt c'est leur caractère à la fois national et populaire. Elles correspondent à une période très courte pendant laquelle le peuple moldave est parvenu à créer un art à son image. Depuis plusieurs années les peintures extérieures
L'AMOUR DE L'ART Fig. 1. — MONASTÈRE DE SUCEVITSA (BUCOVINE). VUE D'ENSEMBLE. XVIe SIÈCLE. Fig. 2. — MONASTÈRE DE HUMOR (BUCOVINE). L'EGLISE. XVIe SIÈCLE.
L'AMOUR DE L'ART des églises de Bucovine ont été étudiées, avant la guerre par les savants autrichiens, plus récemment par des archéologues roumains, et tout dernièrement par un de nos compatriotes, M. Paul Henry, qui s'est attaché à en donner une interprétation correcte et leur a fait une large place dans le beau livre qu'il vient de publier sur les églises de Bucovine (1). C'est en le prenant pour guide et en faisant revivre les impressions inoubliables qu'elles m'ont laissées à moi-même, que je voudrais montrer l'immense intérêt artistique de ces peintures. Ce qui frappe d'abord c'est l'unité de leur programme. Elles se présentent dans un ordre aussi logique et aussi rigoureux que les ensembles de fresques qui revêtent les murs et les voûtes de l'église à l'intérieur. Car c'est là un fait véritablement prodigieux : les peintures extérieures ne forment qu'une partie de la décoration de l'église, et lorsqu'on a franchi le seuil on retrouve dans le narthex entièrement clos, dans la salle funéraire qui lui fait suite, dans la nef couverte d'une coupole et dans les absides, des ensembles analogues de fresques qui tapissent uniformément toutes les surfaces, murailles, conques des absides, calottes aveugles du narthex, coupole sur tambour de la croisée. Et, mis à part les portraits des fondateurs et bienfaiteurs offrant au Christ ou à la Vierge le modèle de l'église, seuls les sujets d'iconographie religieuse, les portraits des saints, l'histoire évangélique, les thèmes symboliques, sont admis dans cette immense illustration répartie en multiples tableaux, qui forment jusqu'à cinq registres superposés, et développée en grandes compositions dans les coupoles et les absides. Il n'y a rien là qui soit spécial aux pays roumains et il en est ainsi dans tout le monde orthodoxe depuis le XIVe siècle. C'est à cette époque que dans les églises il n'y a plus de place que pour l'iconographie religieuse. Devant elle disparaissent les magnifiques lambris de marbre polychrome et tout l'ancien art ornemental de Byzance. Elle règne en maîtresse sur les vases sacrés, sur le mobilier et sur les étoffes liturgiques. Et c'est là un des résultats de la crise de mysticisme qui a troublé le monde byzantin au XIVe siècle. Le croyant ne se contente plus des icones portatives qui se multiplient de plus en plus. Il veut que le décor de l'église soit pour lui une évocation du monde céleste. Les innombrables tableaux qui tapissent en multiples registres les murs des églises ne sont d'ailleurs que des icones agrandies, dont chacune forme comme un tableau séparé qui vaut pour lui-même. C'est ce qui explique l'impression assez confuse que produisent ces immenses surfaces de peinture, dont les détails multiples empêchent de saisir la pensée directrice. Dans le seul narthex de Suscevitsa on a pu faire tenir le Ménologie complet, c'est-à-dire les 365 tableaux qui illustrent pour chaque jour de l'année la vie d'un saint; on y a ajouté en plusieurs tableaux les vies de saint Georges et de saint Nicolas ainsi que les sept conciles œcuméniques. (1) Paul Henry. « Les églises de la Moldavie du Nord », 2 vol. Paris. E. Leroux, 1930. Un grand nombre de ces tableaux sont placés trop haut pour être accessibles à l'œil. Seule la distribution harmonieuse des tonalités donne un plaisir vraiment artistique et M. Paul Henry compare justement cette impression à celle que produisent nos grandes verrières du XIIIe siècle avec leurs médaillons chargés de petits personnages. Ce n'est donc pas sans une véritable surprise que l'on constate la fécondité de cet art religieux, issu de Byzance, qui a pu fournir des thèmes assez nombreux pour couvrir toutes les surfaces de l'église, à l'intérieur comme à l'extérieur. Dans ce champ vraiment infini il y a sans doute bien des redites, mais ce qui est remarquable c'est que le programme de la décoration extérieure diffère par son objet et par son esprit de celui qui a été suivi à l'intérieur de l'église. Conformément aux traditions byzantines, l'illustration intérieure est destinée à rendre sensibles aux yeux des fidèles les mystères ineffables qui se célèbrent derrière l'iconostase : le buste colossal du Pantocrator de la coupole, entouré des prophètes et des milices célestes, la grande Panaghia, figure de l'Eglise placée dans la conque de l'abside, la Communion des Apôtres, la Cène, la Divine liturgie, les tableaux de la vie de Jésus, les figures des patriarches, des prophètes, des saints, c'est le monde céleste tout entier rendu sensible à ceux qui participent aux divins mystères. D'autre part les peintures du narthex glorifient l'Eglise militante, les légions de saints et de martyrs qui ont rendu témoignage au Christ et ont mérité par leurs épreuves de prendre place dans le monde céleste. C'est le programme byzantin dans sa pureté. Celui de la décoration extérieure est tout autre. Qu'y voit-on en effet ? Autour des trois absides des tableaux multiples représentent le triomphe de l'Eglise : au centre le buste de « l'Ancien des Jours » bénissant, puis la Vierge et l'Enfant entourés des prophètes, l'Enfant dans une coupe adoré par les anges (symbole de la victime ineffable qui s'est substitué à l'agneau de l'ancienne iconographie), enfin rangées dans un ordre hiérarchique, les apôtres, les martyrs, les saints militaires patrons des armées chrétiennes, les saints évêques, prêtres, diacres, ascètes, ermites. Sur les murs se développe la grande composition de l'Arbre de Jessé, suivie des vingt-quatre stations de l'Hymne Akathiste, l'hymne qu'on chante debout, composée d'après la tradition par Sergius après le siège de Constantinople par les Avars et les Perses en 626. On attribuait la défaite des ennemis à la protection de la Vierge dont on avait promené une icône miraculeuse sur les remparts. Cette hymne, dont les douze premières stations rappellent les épisodes de la vie de Marie, dont les douze dernières montrent sa glorification, tient une grande place dans la piété orthodoxe. C'est ensuite le thème si curieux de l'Echelle céleste, qui montre les épreuves subies par l'âme qu'assaillent les démons et que protègent les anges avant son entrée au paradis. Puis viennent les tableaux de la vie de plusieurs saints, en particulier de saint Nicolas, un des
L'AMOUR DE L'ART Fig. 3. — ABBIDE PRINCIPALE DE L'ÉGLISE DE SUCEVITSA. Communiqué par les Éditions Leroux.
L'AMOUR DE L'ART saints les plus populaires du monde orthodoxe, et de saint Georges le Nouveau, jeune Grec de Trébizonde, martyrisé par les Tartares à Akerman en 1330 et devenu le patron de la Moldavie après qu’Alexandre le Bon eut fait transporter ses reliques à Suceava en 1402. Enfin, en général, à la façade occidentale se développe un immense Jugement Dernier. On saisit l’originalité de cette ornementation et tout le contraste qu’elle présente avec l’intérieur de l’église. Elle a surtout un but instructif et catéchétique. Elle rappelle aux fidèles les dogmes auxquels ils doivent adhérer avant de pouvoir pénétrer dans le sanctuaire. Comme le dit justement M. Paul Henry, c’est une Somme de la religion chrétienne, comparable à celle qui se développe sur les façades et les verrières de nos cathédrales gothiques. Mais ce ne sont pas des peintres moldaves qui ont arrêté ce programme. Malgré l’intrusion de quelques thèmes occidentaux, comme l’Arbre de Jessé, il vient de Byzance. Il représente en réalité le programme de décoration des grands réfectoires monastiques. On sait que dans les monasteries orthodoxes, en particulier au Mont-Athos, la « trapéza », le réfectoire, est construit sur le plan d’une église avec sa nef, son transept, son abside dans laquelle se trouve la table de l’higoumène, surélevée de quelques marches. Le repas a un caractère profondément religieux. Les moines sont assis autour de tables de marbre en forme de sigma, survivance archaïque qui s’est maintenue dans l’iconographie byzantine de la Cène. Un lecteur, du haut d’une chaire, lit pendant le repas des livres édifiants, mais cette instruction est complétée par les fresques qui garnissent les murailles. Au réfectoire de Lavra (Mont Athos), dont les peintures sont datées de 1512, le programme de décoration est le même que celui des églises moldaves. On y retrouve le Ménoige, plusieurs vies de saints disposées en registres, les stations de l’Hymne Akathiste, l’Arbre de Jessé et sur la muraille du fond le Jugement Dernier. Le programme de Lavra lui-même est originaire de Constantinople. On sait par le voyageur espagnol Clavijo, qu’en 1402 le réfectoire du monastère de la Peribleptos était orné de mosaïques et de fresques représentant l’histoire sacrée et qu’on y voyait l’Arbre de Jessé. Rien ne montre mieux la fécondité de cette puissante école d’art byzantin, que l’on a considérée longtemps comme immuable et qui a su se renouveler à travers les siècles. On voit donc clairement quelle est la source de la décoration extérieure des églises de Bucovine. Mais, et c’est là ce qui fait l’intérêt de ces peintures, les peintres moldaves n’ont pas copié servilement leurs modèles. M. Paul Henry a relevé les nombreuses divergences qui séparent les thèmes roumains de ceux des réfectoires de l’Athos. Si le programme est commun, les sources ne sont pas toujours les mêmes. Surtout les peintres moldaves ont montré une grande liberté dans l’interprétation de leurs modèles. Ils ont émaillé leurs compositions de détails locaux, introduisant par exemple une église moldave dans certains tableaux ou donnant à Jérusalem l’aspect d’une ville de Transylvanie. Enfin ils ont mêlé aux thèmes traditionnels des motifs empruntés à leurs légendes nationales et à des traditions populaires. L’Arbre de Jessé, dont l’origine occidentale ne fait aucun doute, s’est enrichi et compliqué dans l’art byzantin de figures et de scènes nombreuses qui lui donnent un aspect assez confus. Sur les verrières occidentales et dans certains manuscrits, les prophètes, ancêtres selon l’esprit, accompagnent les rois de Juda, ancêtres selon la chair. A Voronets et dans la plupart des autres églises de Bucovine les chefs des douze tribus d’Israël montent comme une garde d’honneur autour de la tige symbolique. On ne trouve rien de pareil au Mont-Athos. Puis ce sont des séries d’épisodes rappelant des prophéties ou empruntés à la vie de Jésus. D’autres ancêtres mineurs sont rejetés aux extrémités et parmi eux figurent des ancêtres de Jessé lui-même. De pareilles inadvertances sont nombreuses. On a l’impression que les peintres ont travaillé vite. Enfin au milieu des prophètes qui ont prédit l’Incarnation, se trouvent d’une manière inattendue les figures des sages païens qui ont eu, par une grâce particulière la prescience de l’avenir. Le même thème figure à Lavra, mais les personnages ne sont pas les mêmes. A Voronets ils portent le costume royal et tiennent des phylactères sur lesquels sont inscrites leurs prétendues prédictions (fig. 6). Aristote y est qualifié de « tsar », la Sibylle de « tsaritsa », puis on voit Platon, Pythagore, Socrate et d’autres dont les noms sont illisibles. Avant leur nom se trouve l’épithète d’« Hélène » qui dans la langue religieuse a le même sens que païen. Il y a là une tradition très curieuse dont l’origine monastique et populaire paraît probable. C’est de cette manière que les moines illettrés se représentaient naïvement la science des anciens. Un autre tableau absolument particulier aux églises de Bucovine et dont on ne trouve aucun exemple ailleurs, représente au-dessous de l’Hymne Acathiste le siège de Constantinople, allusion évidente à l’origine de cette hymne. Deux exemples sont bien conservés, l’un à Humor, l’autre à Moldovitsa (fig. 4), mais l’on en trouve d’autres, plus ou moins détériorés, à Arbove, à Baia, à Saint-Georges de Suceava, à Balineschti. Malgré des variantes les éléments fixes sont une ville fortifiée attaquée par terre et par mer, sur les remparts une procession portant l’icone de la Vierge et la Sainte-Face (Mandylion), accompagnée par l’empereur et l’impératrice; dans la mer, des navires agités par la tempête et couverts d’une pluie de feu et à travers les collines qui entourent la ville des guerriers s’avancant. Sauf à Arbore, où une inscription donne le nom de Chosroès, allusion au siège de 626, et où les combattants ont un équipement ancien, partout ailleurs ceux-ci sont habillés en Turcs et s’avancent à cheval ou à pied, les fantassins armés de hallebardes et précédés de batteries de canons. Il y a là un anachronisme voulu et, sauf à Arbore, c’est bien le siège de 1453 plutôt que celui de 626 que l’on s’est efforcé de représenter. Comme le fait remarquer M. Paul Henry, ces peintures

Cette publication de "L'Amour de l'Art" présente des études sur l'art ancien et moderne. Elle inclut un article sur les fresques extérieures des églises moldaves par Louis Bréhier, une exploration de bronzes persans inédits par le Comte Alexis Bobrinskoy, et une analyse d'un nouveau fauvisme par Germain Bazin. La revue aborde également des sujets tels que les échanges artistiques de la Renaissance, les arts de la scène, les éditions de luxe, la photographie, l'art publicitaire, l'archéologie et la musique.