Extrait

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4e Année. — Numéro 4 15 Février 1926 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • --- L'EXPOSITION DU MOYEN AGE à la Bibliothèque Nationale Joinville offrant à Louis le Hutin son Histoire de saint Louis. (Manuscrit français, xive siècle) De toutes les œuvres, que nous devons au passé, il en est peu qui soient aussi essentiellement humaines que les vieux manuscrits que conservent nos bibliothèques, nous voulons dire où l’homme ait mis autant de lui-même. En eux, il a déposé sa mobile sagesse, ses certitudes et ses croyances, et ce sont d’humbles mains d’artisans qui patiemment, péniblement ont ouvert, calligraphié et décoré ces feuillets de parchemin que nous ne saurions tourner aujourd’hui avec trop de respect. Nés, certains, depuis un millénaire, combien d’orages, de guerres, de révolutions ont-ils dû traverser pour nous parvenir en un état d’intégrité et de fraîcheur qui parfois semble tenir du prodige! Tour à tour, admirés, choyés, précieusement conservés ou bien, au contraire, méprisés, délaissés, ignorés, ils ont connu toutes les vicissitudes que la vie réserve aux humains et c’est chargés d’histoire qu’ils nous arrivent, riches d’évocations troublantes pour qui sait lire entre leurs pages jaunies. Devant le Psautier de saint Louis, comment n’être pas ému en songeant que sur ces mêmes images que nous contemplons aujourd’hui, le pieux roi a, sans doute, autrefois posé ses regards tandis qu’il suivait l’office en sa Sainte Chapelle? Mais ces impressions un peu austères ne sont pas les seules qu’éprouve le visiteur de l’exposition qui est présentement ouverte à la Bibliothèque nationale : de véritables émotions d’art lui sont également réservées. On se souvient des œuvres somptueuses qui furent livrées, il y a deux ans, au pavillon de Marsan, à l’admiration fervente d’un public sans cesse renouvelé et cependant les maîtresses pièces étaient, pour la plupart, absentes de cette exposition. La Nationale, jalouse de ses trésors, s’était refusée à s’en dessaisir, ne fût-ce que quelques semaines. Aujourd’hui, elle nous invite à venir chez elle contempler le plus bel ensemble de manuscrits à peintures qu’aucune collection publique au monde puisse se vanter de posséder. Nous n’essaierons pas de passer ici en revue, même rapidement, les cent douze manuscrits qui figurent dans les vitrines de la rue Richelieu, mais nous ne pouvons, à la vue de tant d’authentiques chefs-d’œuvre, cacher notre étonnement qu’il ait fallu attendre la grande manifestation des Primitifs en 1904 pour qu’il devint évident à tous les yeux que ces productions si abondantes, si variées, si manifestement françaises, dues à d’obs-curs artistes, ont préparé l’éclosion de la grande peinture. Aujourd’hui, grâce aux beaux travaux du comte Durrieu, du comte Alexandre de Laborde, de MM. Omont, Henry Martin et Amédée Boinet, appuyés sur les ouvrages d’édution des Vallet de Viriville et des Léopold Delisle, la miniature de manuscrits nous apparaît avec tous les caractères

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BEAUX-ARTS d'un art complètement évolué, c'est-à-dire présentant des origines déterminées, une phase d'apogée, un déclin définitif. Cette évolution, qui dura cinq siècles, se caractérise essentiellement par un lent passage des for- Jean Hayton et Jean Sans Peur. (Manuscrit français, xiv°-xv° siècle) mes conventionnelles et hiératiques de l'art byzantin à un réalisme plein d'observation. Au cours du Moyen-Age, la miniature cessa d'être pratiquée par les seuls religieux; peu à peu des ateliers laïques s'ouvrirent et les nouveaux artistes apportèrent un sens de la vie, une curiosité des aspects de la nature qui manquaient aux religieux travaillant loin du siècle. Nous assistons à l'épanouissement d'un art complet abordant les genres les plus divers. Les allégories mystiques subsistent encore, mais les scènes de mœurs et d'histoire se multiplient. Dans la deuxième moitié du xive siècle, un sentiment profond de la nature se révèle. C'est le moment où les frères de Limbourg donnent pour fonds à leurs peintures les délicats paysages de France qu'ils avaient sous les yeux. L'artiste lui-même a élargi sa manière; il n'est plus seulement miniaturiste, il est peintre au sens élevé du mot. Il est capable d'exécuter un retable d'autel comme il sait enluminer un livre d'heures. Le haut Moyen-Age n'avait connu que la grande peinture décorative à fresque. La peinture proprement dite est née maintenant; elle s'est envolée des feuillets des manuscrits pour s'étaler aux murailles des chapelles et des châteaux. C'est ce qu'avaient bien compris les organisateurs de la mémorable exposition des Primitifs et c'était pour faire saisir, d'une façon évidente, cette filiation que, parallèlement à la manifestation du pavillon de Marsan, ils avaient réuni à la Bibliothèque nationale un choix de manuscrits qui fit l'émerveillement des visiteurs d'alors. Peut-être dira-t-on que l'exposition d'aujourd'hui n'est qu'une redite. Cela ne serait pas tout à fait exact, car les œuvres, qui figurèrent en 1904, ne remontaient pas au-delà du xme siècle, tandis qu'aujourd'hui aucune borne n'a été posée du côté du passé: le premier manuscrit, que mentionne le catalogue, est une œuvre du vie siècle. De ce fait l'apport byzantin et les magnifiques réalisations de l'époque romane se trouvent, pour la première fois, pleinement mis en lumière. On a tenu compte des travaux des historiens sur le xive et le xve siècle depuis vingt-cinq ans et le choix des pièces exposées s'en est trouvé, en partie, renouvelé. Assurément les chefs-d'œuvre sont les mêmes, mais nous pensons que personne ne se plaindra de les revoir. Depuis un quart de siècle, ils n'ont été contemplés que par Le Christ au Jardin des Oliviers. (Gravure anonyme sur bois, xiv°-xv° siècle) les initiés et il était bon qu'ils fussent montrés aux nouvelles générations. Celles-ci n'ont pas renié le jugement de leurs ainées et l'empressement, qu'elles mettent à se rendre rue Richelieu, est la preuve que l'administrateur de la Bibliothèque na-

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BEAUX-ARTS tionale, M. Roland-Marcel, a eu raison de penser que c'était bien servir la cause de l'art et celle de l'institution qu'il dirige que de révéler au grand public une des plus belles séries des trésors que comptent ses collections. Si le Département des Manuscrits a apporté une contribution capitale, le Cabinet des Médailles et le Cabinet des Estampes sont, eux aussi, représentés par des pièces qu'on ne saurait négliger. Un ensemble très important de monnaies du Moyen Age a été réuni avec le souci très justifié de montrer que les monnayeurs de cette époque firent, eux aussi, œuvre d'art et ne le cédèrent en rien à leurs contemporains enlumineurs, émailleurs ou verriers. Les séries d'ivoires et d'orfèvreries ont fourni également quelques objets remarquables, dont certains sont depuis longtemps célèbres. L'année 1500 étant imposée comme date extrême à la présente exposition, l'apport du Cabinet des Estampes se trouvait du même coup singulièrement réduit. Cependant un choix judicieux d'estampes, datant de la fin du xive siècle ou du siècle suivant, met sous les yeux des connaisseurs des documents d'une particulière importance pour l'histoire des origines de la gravure. André Linzeler. NOUVELLES Le Cinquantenaire des Prix du Salon et Bourses de voyage. Il y a cinquante ans que la Direction des Beaux-Arts, sur l'invitation avisée du marquis Philippe de Chennevières, créa l'utile institution des Bourses de voyage et du Prix du Salon qui en constitue la principale. La variété et la célébrité actuelle des talents qui furent encouragés et aidés dans leur développement, sinon suscités, par cet adjuvant salutaire des voyages plus ou moins lointains, librement choisis suivant le tempérament de chacun, sont la preuve de l'idée de Philippe de Chennevières et du libéral éclectisme qui fut apporté dans son application. L'Association des Boursiers de voyage et des Prix du Salon va célébrer ce cinquantenaire par une exposition qui aura lieu au Grand-Palais du 20 février au 20 mars. La « Maison des Artistes ». La nouvelle maison des artistes a été inaugurée le 4 février, sous la présidence de M. Paul Léon. Elle est aujourd'hui installée boulevard de la Tour-Maubourg. Le comité d'honneur de la Fédération des Artistes qui dirige cette institution, comprend MM. Albert Besnard, Bourdelle, Despiau, Desvallières, Forain, Karbowski, Landowski, Lemordant et Louis Morin ; ces artistes réputés avaient composé avec quelques-unes de leurs œuvres une première exposition pour inaugurer celles qui seront consacrées à leurs jeunes confrères. Découvertes archéologiques. Un cultivateur d'Aubigny-en-Plaine (Côte-d'Or), en labourant un champ, non loin d'une voie romaine, a mis au jour un haut-relief mesurant 0 m. 24 de largeur et 0 m. 30 de hauteur. Il représente un quadrupède mutilé, un cheval en marche et une femme en amazone. Celle-ci, coiffée à la manière de l'imperatrice Faustine, est vêtue d'une légère tunique dessinant toutes les formes du corps moins les jambes qui sont drapées dans le pallium. La main gauche disparaît derrière l'enclure du cheval, l'autre tient une bourse. À la dernière séance de la commission des Antiquités de la Côte-d'Or, MM. Baujard et Machérás ont présenté un rapport sur les découvertes récemment faites à Mailly-le-Port. Une trentaine de sépultures d'hommes, de femmes et d'enfants ont été exhumées. On croit se trouver, non pas en présence d'un cimetièr, mais de sépultures creusées à la suite d'un massacre ou d'une lutte ayant pour objet le passage d'un gué voisin. De nombreux vestiges gallo-romains ont été trouvés. Trois sépultures ont fourni un mobilier de l'époque barbare : framée, plaque de ceinture, fibules de bronze, etc... Les fouilles prévues par le programme des fêtes de Virgile ont amené la découverte d'une galerie donnant accès à la grotte de la Sibylle de Cumes. Cette galerie, que suivaient ceux qui venaient consulter l'oracle, se trouvait, à la suite d'un éboulement, obstruée depuis dix siècles. Une exposition d'art français à Vienne. Sous les auspices de l'Association Française d'Expansion et d'Echanges Artistiques, s'ouvrira au Kuenstlerhaus de Vienne, dans les premiers jours de mars, une exposition de tableaux et de dessins d'architecture moderne, comprenant des œuvres de Braque, Delaunay, Derain, Dufy, de la Fresnaye, Gleizes, Gromaire, Herbin, Jeanneret-Lecorbusier, Laglenne, Lhote, Lurçat, Mallet-Stevens, Marcoussis, Masson, Metzinger, Moreux, Ozenfant, Perret, Valmier, etc., etc. L'exposition comprendra également une centaine de dessins des élèves des écoles primaires de la Ville de Paris. Elle a été organisée sur la demande de la Société d'art moderne de Vienne désireuse de faire connaître en Autriche les expressions les plus récentes de notre art et d'établir une liaison entre les jeunes artistes viennois et la jeune école française. Le Désensablement du Sphinx. Entreprise par le service des Antiquités égyptiennes sous la direction d'un égyptologue français, M. Baraize, l'opération est sur le point d'être terminée. Elle a permis de découvrir de chaque côté des flancs du Sphinx deux piédestaux sur lesquels devaient être édifiées des statues dont l'une a été retrouvée. Ce travail de désensablement a du être accompli à plusieurs reprises au cours des siècles et l'on se souvient que le Journal des Débats ouvrit autrefois une souscription pour permettre à Mariette de dégager partiellement les pattes du monstre et de remettre au jour la stèle placée sur sa poitrine par le pharaon Toutmès. NÉCROLOGIE Le 4 février est mort Adolphe Willette. Né en 1857 à Châlons-sur-Marne, il devait devenir à l'Ecole

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BEAUX-ARTS des Beaux-Arts l'élève de Cabanel. Ses premières œuvres furent des peintures. En 1881, il exposait au Salon une Tentation de saint Antoine qui fut remarquée, mais c'est comme dessinateur que Willette atteignit à la célébrité. Collaborateur de Rodolphe Salis au Chat noir, il décora le célèbre cabaret d'une vaste composition, le Parce Domine, et d'un vitrail, le Veau d'or, qui étaient des manières de chefs d'œuvre. Il passa bientôt au Courrier français; pendant les vingt-trois ans qu'il y resta, il donna à ce journal le meilleur de son œuvre. Il décora nombre de bars, petits théâtres, demeures particulières et même un salon de l'Hôtel de Ville. Ses peintures, ses affiches et ses dessins d'un coloris toujours délicat, conçus avec une verve endiablée, évoquent, pour la plupart, les bals et les fêtes du joyeux Montmartre d'avant-guerre. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 29 janvier M. Huart donne lecture d'une notice de MM. Rykmans, professeur au grand séminaire de Malines, et F. Moreau, astronome à l'observatoire de Bruxelles, sur un cadran solaire arabe trouvé à Carthage par le R. P. Delattre. Ce petit monument date de 756 de l'hégire (1355 de notre ère) et marque le temps de la prière à Tunis. M. Théodore Reinach entretient l'Académie de la statue de l'Apolлон de Délos aujourd'hui perdue et qui n'est connue que par les auteurs anciens, notamment Plutarque. Érigée vers le milieu du sixième siècle, elle représentait le dieu tenant dans l'une de ses mains, la droite, comme le prouve une monnaie d'Athènes, un groupe figurant les trois Grâces. Les dimensions de la statue d'Apolлон et celles des trois Grâces ne nous sont pas parvenues. S'aidant des inscriptions trouvées à Délos et plus particulièrement des comptes des hiéropes, M. Théodore Reinach s'efforce de les déterminer. Une des inscriptions mentionne que Stratonice, épouse de Séleucos Nicator, offrit une couronne pesant 609 statères pour la tête d'Apolлон et trois couronnes pesant ensemble 31 statères pour les trois Grâces. M. Reinach en conclut que la tête d'Apolлон avait un diamètre au moins quatre fois supérieur à celle de chacune des trois Grâces et que toutes les proportions étaient dans le même rapport. Si donc la statue avait 6 mètres (les colonnes du temple en ont 3), les figurines pouvaient atteindre 1 m. 50. SUR UN TABLEAU DU POUSSIN Le "Satyre buvant" du Musée de l'Ermitage Parmi les répliques de la main même du Poussin, on cite le Satyre buvant du Musée de l'Ermitage (Grautoff, 54), dont l'original, acheté en 1724 des héritiers du peintre C. Maratta, pour le compte du roi d'Espagne, Philippe V, est aujourd'hui conservé au Musée du Prado; on a pu admirer ce dernier, l'an passé, au Petit Palais, à l'Exposition du Paysage français. On est moins bien fixé sur l'historique de la réplique. Sans doute, l'on sait qu'elle figura dans la célèbre collection de Jean-Baptiste Boyer d'Aguilles, procureur général du Roi au Parlement de Provence, qui mourut en 1709. On en trouve la gravure d'après J. Coelemans, dans le Recueil des plus beaux tableaux du cabinet de Messire Jean-Baptiste Boyer, seigneur d'Aguilles... publié en 1709, à Aix. Pierre-Jean Mariette tira, en 1744, une seconde édition de cette suite qu'il intitula: Recueil d'estampes d'après les tableaux... qui sont à Aix dans le Cabinet de M. Boyer d'Aguilles... De la série de notices, qui précède cette édition, nous extrayons celle consacrée à notre tableau: «Un satyre buvant: un petit Amour lui aide à soutenir le vase qu'il porte à sa bouche; une femme nue assise à leurs côtés leur fait signe de cesser...». On sait ensuite que ce tableau passa dans la collection Crozat, qui fut acquise en bloc pour le compte de Catherine II, en 1771: c'est ce qui explique pourquoi le Satyre buvant se trouve aujourd'hui en Russie. Mais entre la sortie de ce tableau, de la collection Boyer d'Aguilles, au décès de son propriétaire, c'est-à-dire en 1709, et son entrée dans la collection Crozat, on ignorait jusqu'à présent quel avait été le sort du Satyre buvant. Il semble bien qu'un document d'archives, trouvé par M. Oudot de Dainville, archiviste de l'Hérault, qui nous l'a aimablement communiqué, permette de combler cette lacune. En classant la belle collection, dont le comte de Boisgelin a enrichi les Archives du Var, M. Oudot de Dainville a trouvé une estimation des tableaux de l'abbé Louis Lauthier, prévôt de l'église Saint-Sauveur d'Aix, mort en 1737 (1). Parmi quelques toiles, qui ne durent pas être sans mérite, figure un tableau de Poussin intitulé le Satyre coudé; il est prisé 200 livres. Ce Louis Lauthier appartenait à la famille de l'apothicaire Toussaint Lauthier, qui fit figure d'amateur au XVIIe siècle, en la ville d'Aix, et dont la collection de pièces gravées, acquise de Bagarris, passa plus tard au Cabinet du Roi. La trouvaille de M. Oudot de Dainville a d'autant plus d'intérêt, si on l'envisage du point de vue local, qu'Edmond Bonnaffé, auteur d'une notice sur Toussaint Lauthier, déclarait n'avoir aucun renseignement à donner (1) Archives départementales du Var. Série F. Collection Boisgelin. Dossier Saint-Sauveur.

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sur la vente du cabinet Lauthier, en 1737 (2). Relativement au tableau qui nous occupe, son intérêt n'est pas moindre. Ce Satyre coudé de Poussin, qui se trouve en 1737 à Aix, vingt-huit ans après la dispersion dans la même ville du cabinet Poussin. Le Satyre buvant. (Gravure de Coelemans) Boyer d'Aguilles, ne serait-il pas le même, en effet, que le Satyre buvant, le coude haut levé, de cette dernière collection? La chose n'est pas prouvée, car l'estimation des tableaux de Louis Lauthier n'e t malheureusement pas accompagnée des dimensions de ces derniers, mais elle demeure extrêmement vraisemblable. En 1755, le Satyre buvant est mentionné de nouveau dans le Catalogue des tableaux du Cabinet de M. Crozat, baron de Thiers publié en 1755, vraisemblablement par les soins de Lacurne de Sainte-Palaye. Ce tableau est ainsi décrit à la page 36: « Un satyre buvant et à côté de lui une femme nue tenant un globe de verre, par Nicolas Poussin... ». On sait que le baron de Thiers était l'un des trois neveux de l'illustre collectionneur Pierre Crozat, l'ami de Watteau. A la mort de Pierre Crozat survenue en 1740, le marquis du Châtel hérita de ses sculptures. Quant aux peintures elles furent partagées entre le marquis de Tugny et le baron de Thiers. Si l'on rapproche l'époque de la constitution du cabinet du baron de Thiers, 1740, de la date de la mort de Louis Lauthier, 1737, on se rend compte que la chronologie ne s'oppose pas à ce qu'un tableau de l'une de ces collections soit passé dans l'autre. C'est ainsi que, si l'on admet notre hypothèse, on peut suivre, presque sans interruption, l'histoire du Satyre buvant, réplique du tableau du Prado, depuis son entrée dans le cabinet Boyer d'Aguilles jusqu'à son exode en Russie, où il est toujours conservé depuis l'achat fait pour le compte de Catherine II, en 1771, de la célèbre collection du baron de Thiers. Jean VALLERY-RADOT. MONUMENTS HISTORIQUES Seine-Inférieure. — Ce n'est pas sans étonnement que l'on a appris dans le courant de décembre dernier la mise aux enchères publiques de l'« Aître Saint-Maclou », à Rouen. Tout le monde connaît ce célèbre monument, presque unique dans notre architecture nationale, qui se dissimule dans une rue voisine du chevet de l'église Saint-Maclou, au milieu du si pittoresque quartier de Martinville. C'était, on le sait, le cimetière de la paroisse; suivant une disposition assez fréquente jadis, mais dont il ne reste que de rares exemples, des galeries surmontées de galetas destinés à recevoir les ossements, entourent l'espace réservé aux tombes. Le célèbre cimetière des Innocents, à Paris, était aménagé de cette façon et malgré « les embellissements » que leur ont fait subir de récentes restaurations, les charniers de Saint-Séverin donnent encore une idée exacte de ce qu'étaient ces galeries de cimetières. On peut citer encore le cimefère de la cathédrale d'Orléans, celui de Donnemarie-en-Mon- Cl. Mon. hist. ROUEN. L'Aître Saint-Maclou. tois (Seine-et-Marne), de Beaune-la-Rolande (Loiret), de Montfort-l'Amaury (Seine-et-Oise), dont les galeries sont en maçonnerie et ceux de Saint-Saturnio à Blois et de Montivilliers (Seine-Infé- (2) Edmond Bonnaffé. Un dossier de catalogues inédits dans Gazette des Beaux-Arts, 1878, T. 1, p. 426. Cf. du même auteur : Dictionnaire des amateurs français au XVIIe siècle. Paris, 1884, p. 167.

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BEAUX-ARTS rieure) où les galeries sont comme à l'Aître Saint-Maclou, élevées en pans de bois. À Rouen, ce sont des constructions en pans de bois que les sculpteurs Denis et Adam Lesselin et Gauthier Le Prévost décorèrent vers 1530 d'attributs funéraires : ossements, outils de fossoyeurs, cloches, croix, bénitiers, etc., tandis que les poteaux avaient été ornés de statuettes, de personnages, très mutilés malheureusement par les Huguenots, figurant une danse des Morts, suivant le thème habituel : la Mort sous la forme d'un squelette entraînant, dans une sarabande diabolique, tout à tour un roi, un évêque, un prince, un moine, un laïc, une femme, etc. Quelles que soient les raisons qui aient pu faire envisager l'aliénation annoncée, le service des Monuments historiques se devait de prendre, à l'égard de l'acquéreur éventuel, toutes les précautions, de lui imposer toutes les servitudes de nature à interdire une modification quelconque de cet ensemble si curieux et si pittoresque. Aussi bien a-t-il fait inscrire dans le cahier des charges de l'adjudication, retardée à cet effet — nous n'osons espérer pour toujours — une clause garantissant ce vestige incomparable du vieux Rouen. On voudrait espérer que la ville de Rouen, soucieuse comme elle l'est du bon renom de ses musées et de ses monuments, se décidera à acquérir ces bâtiments vénérables, d'ailleurs en assez bon état, et à y transporter dans un cadre approprié et plus large les collections d'antiquités entassées dans les locaux devenus trop étroits du cloître Sainte-Marie. A moins qu'elle n'y installe tout simplement son Musée d'art normand expulsé de l'église Saint-Laurent, comme on sait, au bénéfice des collections Lesecq des Tournelles et pour lequel les installations projetées à l'église des Augustins, par exemple, sont encore à bien lointaine échéance. Pas-de-Calais. — Calais, qui a conservé bien peu de restes de son passé pourtant si riche d'histoire, est menacé de voir disparaître un des vestiges les plus curieux de ses vieilles constructions. Il s'agit de l'immeuble élevé en 1389 par les Anglais, alors maîtres de la ville, pour servir d'entrepôt de laines. Transformé par la suite et devenu la résidence des rois et des grands personnages de passage à Calais, le roi Henri II de France en fit don, en 1558, au due de Guise qui avait repris la ville, d'où le nom d'hôtel de Guise dont on le désigne encore à l'heure présente. Si les bâtiments qui entourent la grande cour ont été assez fortement altérés au cours des siècles, l'ancienne porte, dont nous donnons ici la photographie, et sous laquelle passe une rue, présente une silhouette curieuse. C'est cette partie qui est sur le point d'être démolie pour un élargissement de la voie que les besoins de la circulation rendraient nécessaire. L'édifice n'étant pas classé parmi les Monuments Historiques, l'administration des Beaux-Arts intervient auprès de la municipalité de Calais, qui en est propriétaire, pour empêcher cette destruction et celle-ci mise en garde contre la mesure projetée, pourra peut-être, par une étude immédiate de son plan d'aménagement, rechercher des solutions qui répondent aux nécessités de la circulation sans faire disparaître une construction dont l'intérêt historique et artistique est considérable et dont malheureusement l'état actuel de délaboration est assez inquiétant. Jean VERRIER. Cl. Mon. hist. CALAIS. Hôtel de Guise. Cl. Mon. hist.

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[17] 15 FÉVRIER 1926 55 BULLETIN DES MUSÉES LA DONATION ERNEST MAY au Musée du Louvre Depuis quelques jours, le Musée du Louvre expose les tableaux et les sculptures que, d'accord avec les conservateurs intéressés, M. Ernest May avait donnés dès 1923, ne s'en réservant que Cl. Serv. phot. B.-A. JEAURAT. Piron à table avec ses amis. (Musée du Louvre) l'usufruit. Cet ensemble montre l'électisme élégant et délicat de cet amateur dont la générosité et l'extrême courtoisie égalaient le goût. Ils sont rares aujourd'hui les amateurs collectionnant les tableaux depuis le début du xvie siècle jusqu'à nos jours, jusqu'aux productions de nos plus jeunes artistes, les montrant, les prêtant, les donnant même, le plus libéralement du monde. Nombreux sont les Musées de France ayant bénéficié des largesses de M. Ernest May. Le lot qu'il réservait au Louvre comprenait quelques-unes de ses plus heureuses trouvailles. Le plus ancien tableau de cet ensemble est une œuvre fort curieuse : l'esquisse du Martyre de saint Erasme de Poussin, conservé à la galerie du Vatican. C'est peut-être la seule esquisse qu'ait peinte Poussin, la seule du moins que nous connaissions. Peu de temps après son arrivée en Italie, le jeune peintre français recevait du pape la commande de ce tableau. Peut-être dut-il accepter d'en présenter tout d'abord une esquisse et cela expliquerait cette anomalie dans son œuvre. Les différences entre le nouveau tableau du Louvre et celui que conserve la galerie du Vatican sont peu importantes; pourtant l'exécution du premier est plus apparente, les colorations plus vives et plus chaudes. L'influence des maîtres vénitiens, Titien et Paul Véronèse, y est manifeste. Longtemps conservé dans la collection du prince Sciarra à Rome, cette esquisse passa entre les mains de M. Fairfax Murray avant de parvenir, il y a peu de temps, chez M. Ernest May (1). Un très amusant tableau représente, dans ce groupe, le xvime siècle français et fait figurer, pour la première fois, le peintre Jeaurat dans les galeries du Louvre. Piron y est peint à table traitant joyeusement ses deux amis Panard et Collé; dans un coin, un artiste, la mine réjouie, crayonne; nous devons sans doute y reconnaître Jeaurat lui-même, familier de la maison. Ce tableau est cité comme son chef-d'œuvre; il est plein de verve et de belle humeur. Les écoles étrangères ne figurent que par un bon portrait de femme attribué avec toute vrai- Cl. Serv. phot. B.-A. TASSAERT. L'Artiste dans son atelier. (Musée du Louvre) semblance à Cotes, il fera, certes, bonne figure dans les salles du Musée, encore bien pauvres, consacrées à l'école anglaise. (1) Otto Grautoff: Nicolas Poussin, Geo Muller, Munich et Leipzig, 1914, t. II, n° 14.

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Tous les autres tableaux ont été exécutés au xixe siècle. C'est en 1845 que fut peint par Tassaert un coin de son atelier qui est un admirable morceau de peinture. Coin d'atelier bien humble où, devant un âtre vide, est assis à terre, près d'une boîte à peinture ouverte, un jeune garçon pelant mélancoliquement des pommes de terre, près de lui, un chat blanc est le compagnon de sa misère. Quelques pots, quelques ustensiles traînent à terre ou sur la cheminée, tout cela est peint de main de maître et l'on songe, devant ce petit tableau, à Chardin et à Corot. Je crois bien que la donation Ernest May fait entrer au Louvre le centième Corot : c'est une Cl. Serv. phot. B.-A. fort belle œuvre : une cour de ferme de quelque village des environs de Paris exécutée entre 1865 et 1870 (1), présentant les plus délicates harmonies de gris et une étonnante intensité de lumière. Toute la vie honnête, exempte de complication de nos braves paysans français est exprimée dans ce tableau d'une bien modeste demeure que rien n'agrément mais dont les murs sont caressés par les rayons dorés d'un soleil d'été. Corot est le grand inspirateur de l'école impressionniste dont les principaux représentants figurent ici avec des œuvres de choix. Une sorte de triptyque réunit dans un même cadre trois paysages de Claude Monet, de Sisley et de Pissarro, qui durent être exécutés à la même époque, vers 1880, c'est-à-dire lors du plus bel épanouissement du talent de ces trois maîtres, que nous voyons (1) L'Œuvre de Corot, par Alfred Robaud... et Moreau-Nélaton, Paris, Floury, 1905, t. III, no 1102. avec joie représentés de la sorte, dès maintenant, au Louvre. Leur ami Renoir est là aussi avec une œuvre d'une très rare qualité qui, autrefois, appartenait à M. Gustave Geffroy. Certainement ce petit tableau représentant une femme au lit tenant une rose, est un des chefs-d'œuvre du maître, il dut être exécuté vers 1878, époque du portrait de Mme Charpentier avec ses enfants. On ne peut exprimer avec plus de sensibilité les nuances les plus sacrées de la chair féminine au milieu des draps blancs, dans une lumière légère que tamise un rideau. Cela évoque le souvenir de certaines toiles de Watteau et de Fragonard, sans leur être inférieur ; c'est de la plus pure tradition française. Il faut mentionner trois autres œuvres fort précieuses : un magnifique pastel de Bracquemond représentant une brave paysanne s'arrêtant un instant dans la lecture de la Bible qu'elle fait à trois fillettes groupées près d'elle, fortement traité par cet artiste si curieux et si divers, jusqu'ici fort incomplètement représenté dans les collections nationales. Puis nous nous arrêterons un instant devant la première pensée du tableau de l'Ex-voto d'Alphonse Legros, exposé au Musée de Dijon, première pensée en vérité fort différente du tableau définitif, pour terminer cette trop rapide nomenclature par le tableau de Degas, repris longtemps après qu'il l'eût commencé et presque achevé, nous montrant à la Bourse quelques figures de financiers. Il fait partie de la série où Degas a tenté de représenter certains spectacles de la vie moderne. Ces tableaux seront tout particulièrement chers à ceux qui eurent le grand plaisir et la faveur enviée d'être admis souvent dans le bel appartement du Faubourg St-Honoré, dont tous les murs disparaissaient derrière une muraille de tableaux, où M. Ernest May aimait à recevoir, avec tant de bonne grâce et d'agrément, ceux qu'il voulait bien honorer de son amitié, et qui lui gardent un très affectueux souvenir. J. G. Les six sculptures de la donation Ernest May nous apportent également de précieux documents qui témoignent de l'intelligente et éclectique curiosité de l'amateur. C'est, pour le xviiie siècle, un excellent exemplaire de ce buste de Vauban par Coysevox, dont l'original, qui semble aujourd'hui perdu, fut exposé au Salon de l'Académie en 1704. On en connaît différentes répétitions en plâtre qui ont été énumérées dans le bel ouvrage de Georges Keller-Dorian sur Coysevox. Mais celui-ci considérait le plâtre de la collection May comme le meilleur qui

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BULLETIN DES MUSÉES fût. Il ne semble pas que ce soit un plâtre original moulé sur la terre même modelée par l'artiste, mais un exemplaire très soigné et repris à l'outil d'un moulage sur le marbre. Les détails de la perruque et du costume militaire très précis, Carpeaux, qui parut au Salon de 1872, prendra place avec avantage à côté du Garnier et du marquis de Laborde, dans notre galerie déjà assez peuplée des bustes de l'auteur de la Danse. Non loin de celle-ci, le Louvre a déjà fait une place aux œuvres, plus sages et presque contemporaines, de Chapu. Nous y verrons avec intérêt la petite esquisse du monument au grand avocat Berryer que Chapu exposa en 1877 et qui est certainement une des meilleures statues iconiques de la fin du xixe siècle. M. Ernest May avait demandé à Mercié, qui l'avait exécutée spécialement à son intention, après le grand succès de son Gloria Victis du Salon de 1874, une petite réplique avec variantes du groupe qui figure aujourd'hui en place d'honneur à l'hôtel de ville de Paris. Traité avec toute la liberté d'une esquisse, ce groupe, fondu dans un bronze d'une belle patine noire, apportera dans les collections du Louvre le premier témoignage relatif à l'œuvre du sculpteur brillant et habile, disparu il y a juste dix ans. la figure animée et souple, la physionomie expressive donnent beaucoup de prix à cette effigie dont l'éminente qualité du personnage représenté ad vivum fait aussi une grande partie de l'intérêt. Pour le xvime siècle, c'est une jolie terre cuite de ce buste d'enfant assez célèbre dont on connaît plusieurs répétitions en marbre, bronze ou plâtre et que l'on a parfois attribué indûment à Houdon. La présente terre cuite porte la signature beaucoup moins célèbre de Saly, ce sculpteur valenciennois qui s'en alla travailler au Datemark, signature que l'on retrouve aussi sur certains plâtres. L'œuvre en tous cas, où l'on a voulu parfois reconnaître sans raison une fille de la Pompadour, que l'on a supposée aussi représenter un enfant de la famille du peintre Hallé, fait grand honneur au talent de Saly, lequel aurait ainsi, à côté de son confrère Vassé, auteur de délicieux bustes enfants, précédé dans cette voie les réussites fameuses de Houdon. Un bronze magnifique du buste de Gérôme par C'est encore un souvenir d'artiste ami et un témoignage de la libéralité de l'amateur que le dernier bronze de la série, un Prudhon assis, groupé dans une esquisse pleine d'un sentiment délicat

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BEAUX-ARTS avec son élève, Mademoiselle Mayer. M. Ernest May n'avait pas voulu que cette composition charmante d'Alfred Lenoir, qui ne put recevoir une exécution définitive, fut exposée aux risques qui menaçent les terres ou plâtres originaux et il en avait fait couler une épreuve en bronze qu'il a léguée aux collections nationales, lesquelles l'accueilleront très volontiers. P. V. MUSÉE DE LA GUERRE Pour honorer la mémoire du cardinal Mercier, le Musée de la Guerre a groupé quelques documents caractéristiques exposés au Pavillon de la Reine. Témoignages peu nombreux mais qui réussissent à évoquer l'attitude héroïque de l'archevêque de Malines pendant l'occupation allemande. Citons : les mandements, les tracts rédigés par le cardinal afin de soutenir le moral du peuple belge ; puis les affiches éditées par la propagande américaine, celle de Ch. Fouqueray; les portraits de Bazin et d'Arengo, une belle lithographie de Forain; les médailles gravées par Josué Dupon et Legastelois. La caricature est représentée par une habile planche du Hollandais Raemaekers et par les dessins hostiles publiés dans le Simplicissimus et dans Ulk. Ceux-ci s'imposent comme autant d'aveux d'impuissance à étouffer la voix du patriote et ne le cèdent en violence qu'à la médaille satirique gravée par W. Eberbach, curieuse pièce qui représente le Michel germanique chassant de Belgique le cardinal indésirable. Henry Marguery. Mosaïque découverte à Vaison. MUSÉE DE VAISON Le dernier bulletin de la Société des Amis des Vaison-la-Romaine, qui n'en est qu'à la fin de sa première année d'existence, nous apporte d'intéressants renseignements sur la campagne de fouilles de 1925 et les accroissements du musée municipal qui en recueille les produits. Celui-ci n'a du reste pas reçu moins de 1.500 visiteurs durant l'année qui vient de s'écouler. Tête laurée (marbre). (Musée de Vaison) M. l'abbé Sautel continue à diriger les fouilles et à classer le musée avec l'activité que l'on sait. Il s'efforce aussi de faire connaître au dehors, par ses travaux et par des conférences, l'intérêt du domaine auquel il est attaché. Grâce aux subventions du service des Monuments historiques, grâce aussi aux libéralités d'un Mécène étranger à la région, M. Maurice Burrus, de Sainte-Croix (Haut-Rhin), les travaux poussés activement dans les vestiges des maisons romaines du flanc méridional de la colline de Puymin ont mis au jour des fragments d'architecture, des mosaïques, des poteries, mais surtout la belle tête laurée en marbre blanc que nous reproduisons ci-contre. Des salles de bains avec leur hypocauste, une cuisine avec ses dépendances, un couloir orné d'une belle mosaïque, enfin un appartement aux parois décorées de fresques à panneaux rouges avec encadrement noir ont été dégagés à la suite des premières pièces déblayées en 1922 et 1923 qui donnaient déjà un important ensemble d'habitations de l'époque romaine disposées harmonieusement sur les pentes de la colline, dans le voisinage du célèbre théâtre.

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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE David et son temps L'Exposition «David et son temps» ouverte simultanément au Musée ancien de Bruxelles et à la Bibliothèque Royale atteint plusieurs buts. Un but éducatif d'abord : venant quelques mois après l'Exposition de l'Art français au XVIIIe siècle, elle fait mieux comprendre que vingt pages de texte, par un simple coup d'œil sur ses salles, le changement complet de goût, de mœurs et l'on devrait dire de monde, qui sépare les deux époques, pourtant si voisines. Voir, à la place où Pater nous montrait ses galantes compagnies et les beaux arbres de ses parcs centenaires, la page si tragiquement nette du Marat de David, où passe comme un souffle puissant et concentré à la fois de la Patrie en Danger, sera pour le public le moins cultivé l'évocation certaine de la réforme profonde symbolisée en David, du milieu qui l'a engendrée. Cette première impression se précisera grâce à quelques autres œuvres du maître, aux toiles de ses élèves, aux sculptures, aux meubles du temps qui créent l'ambiance et ressuscitent vraiment un moment de notre commune histoire de l'art. De telles manifestations viennent heureusement compléter ce rôle pédagogique des musées, auquel la Direction de Bruxelles a su donner, depuis de longues années déjà, une si vive impulsion. En permettant aux amateurs plus avertis de revoir des toiles, certes connues et aimées, mais autrement disposées, dans le milieu et l'entourage qui leur conviennent, en favorisant des rapprochements que la distance, en temps habituel, rend difficiles, ces groupements temporaires, quelque limités qu'ils soient, restent utiles et féconds. Ici, il nous a été enfin donné de pouvoir comparer presque côte à côte et La famille de Hemptinne, ce chef-d'œuvre de Navez, élève et compagnon fidèle de David, et la page fameuse du maître, Le portrait de Madame Morel de Tangry et de ses deux filles, prêtée par le Louvre. Grâce à ce voisinage semblait bien se vérifier l'hypothèse de collaboration émise par M. Charles Saunier : si le dessin magistral des trois Dames de Gand appartient bien à David, toute la peinture serait l'œuvre de Navez. Sans pouvoir entrer ici dans la discussion approfondie de cette intéressante question, disons seulement que le rendu des étoffes, le faire plus gras, le côté plus chatoyant des couleurs, tout paraît bien indiquer, comme l'avait supposé l'érudit spécialiste de l'Ecole de David, la main du peintre belge. Nous retrouvons aussi en pleine lumière, dans des conditions bien plus favorables qu'au Musée d'Anvers, cet étonnant portrait d'Ingres par lui-même, fait en 1863, à 83 ans et signé fièrement J. Ingres, fait par moi pour la célèbre Académie d'Anvers, la mine sévère et distante, le pli d'amertume à la bouche, le regard dominant encore, en grand habit de soirée, tel qu'il allait à ces fêtes des Tuileries apporter à l'élégante et frivole société du Second Empire la vision effarante du Fr. Joseph Kinsoen. Bélisaire retrouve Antonine expirant de douleur. (Musée de Bruges)