Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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4e Année. — Numéro 15
1er-15 Août 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE •
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LE MUSÉE CÉRAMIQUE DE ROUEN
Historique des collections.
Parmi les collections publiques dont la ville de Rouen peut être fière à juste titre, celles du Musée céramique, malgré leur universelle renommée,
ment; pour en retrouver les circonstances, nous avons dû faire appel directement au fonds des Archives municipales complété heureusement à bonne source dans ces articles, si bien documentés et d’une si sûre information, qu’écrivait Darcel
Rouen, Plateau, decor rayonnant, camaieu bleu.
n’ont pas fait jusqu’ici l’objet de l’importante étude que mériteraient à la fois la qualité et le nombre des éléments qui les composent.
Ni guide, ni catalogue qui rappellent les conditions dans lesquelles fut fondé cet établissement pour le Journal de Rouen ou la Gazette des Beaux-Arts.
L’étude, encore nouvelle, des grands monuments d’architecture de la France médiévale absorbant presque totalement, jusqu’au milieu du xixe siècle, l’activité des archéologues et des historiens d’art,
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agricoles, industriels et artistiques contemporains, attirant par là même un très nombreux public, patronnées officiellement et constituées par les trésors que les collectionneurs locaux ne savaient pas refuser, ces Expositions révélèrent souvent avec une magistrale ampleur tout le glorieux passé artistique de nos métiers provinciaux. Elles ne soulevèrent pas seulement l'enthousiasme passionné du
ITALIE. Decor sur engobe, fin du xvi siècle.
(Musée départemental, Rouen.)
avait provoqué un immense mouvement d'intérêt et de curiosité, et attiré — parallèlement — l'attention sur ce qu'on appelait alors les anciens arts industriels.
Des « Rétrospectives » accompagnaient presque toutes les Expositions, et dès les premières années du Second Empire, on en vit se produire dans chaque ville de quelque importance comme un complément indispensable de ces fameux « Concours régionaux » institués par le Pouvoir central.
Faisant connaître simultanément les produits
DILLET. Violon en faïence.
dilletante : elles suscitèrent les études et les travaux des historiens, des critiques et des artistes, les uns espérant y découvrir le logique enchâinement des faits, les autres d'admirables exemples ou de puissantes leçons, voire de profitables modèles.
À l'occasion d'un de ces concours régionaux, du 22 mai au 9 juin 1861, dans la grande salle du Palais de Justice nouvellement restauré, se tint à Rouen la première exposition d'Art ancien. Toutes les grandes collections du département y étaient représentées par des pièces de choix, mais la faïence rouennaise y brillait d'un éclat tel qu'un mouvement
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FAIENCE DE DELUT.
Assiette à décor chinois, bleu, rouge et or. Assiette à décor chinois, bleu et vert. Assiette à décor chinois polychrome.
d'opinion se dessina immédiatement en faveur de la création d'un musée destiné à conserver les plus beaux monuments d'une si magnifique industrie locale — et qui, peut-être, en réveillerait l'activité éteinte depuis moins d'un demi-siècle !
Au service d'une telle idée, les organisateurs de l'Exposition, dirigés par leur président, le comte de Germiny, déployèrent la plus louable activité ; désireux d'aboutir à une solution pratique et immédiate, ils offrirent d'aider la municipalité en lui abandonnant le produit des entrées : celle-ci accepta avec empressement.
Mais constituer un musée par un système d'acquisitions méthodiques, et pièce à pièce, pour ainsi dire, était aussi coûteux qu'impraticable ; il fallait débuter tout de suite avec un ensemble capable à lui seul de former un noyau suffisamment important pour intéresser le public, éveiller et maintenir en haleine les bonnes volontés, tant particulières que collectives.
Il s'agissait donc d'acquérir en bloc une collection, et nulle ne pouvait être comparée pour l'importance, la qualité et la variété de ses échantillons, à celle d'André Pottier, bibliothécaire de la ville de Rouen, amateur passionné de Céramique. C'est sur cet ensemble de plus de 1100 pièces que se fixa le choix de la commission, et les démarches de M. de Germiny, facilitées par l'extrême libéralité d'André Pottier, aboutirent à une acquisition que le Conseil Municipal de Rouen votait sur le rapport favorable de Dutuit, le 17 juillet 1863, pour une somme de 25 430 francs.
Il s'agissait maintenant d'installer tant de richesses, de les classer et de les mettre en valeur, ce fut à leur ancien possesseur que la ville recourut : nommé conservateur, chargé d'organiser le nouveau Musée dans l'aire Sainte-Marie, Pottier termina cette lourde tâche rapidement et le 15 août 1864, à l'issue du Te Deum chanté pour la fête de l'Empereur, M. Verdrel, maire de Rouen, pouvait déclarer ouvert définitivement le Musée céramique de Rouen.
Pottier, par sa formation, son goût, ses moyens et ses relations personnelles, — il était le descendant direct du dernier faïencier de Rouen, — par l'immense quantité de renseignements qu'il avait groupés en
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vue de son grand ouvrage, ne pouvait être qu'un excellent et dévoué conservateur. Travailleur infatigable, il devait succomber à la tâche le 26 avril 1867, après avoir libéralement ajouté à son Musée plus de 500 pièces de carrelages émaillés.
Avec beaucoup de discernement, Pottier avait su ne pas se borner à recueillir uniquement des pièces rouennaises ou supposées telles; il avait voulu étayer ses choix d'exemples typiques des fabrications contemporaines, de celles qui l'intéressaient au plus haut degré. Des pièces italiennes, hispano-arabes ou orientales, représentaient les nécessaires étapes de la fabrication de la faïence; il avait discerné aussi tout ce que les éléments du décor de Nevers, de Delft et de Chine avaient apporté aux ornements rouennais et il n'avait pas manqué non plus de recueillir des témoignages capitaux de ces diverses influences.
C'est à lui et à l'abbé Colas, son successeur, dès 1867, qu'on doit tant de magnifiques spécimens des céramiques étrangères — dont quelques-uns sont restés en dépôt au Musée Départemental et dont bien d'autres, dans les galeries du musée actuel, permettent d'instructives et savoureuses comparaisons.
Par un beau Nevers, plat à sujet mythologique, d'une technique profondément influencée par l'Italie, on comprend tout ce que doivent à l'art méridional les grands artisans des décors à figures du premier quart du XVIIIe siècle; la polychromie, qui ne devait se manifester pendant cette période qu'exceptionnellement à Rouen, est presque tout entière issue de ces exemples.
Mais Nevers a contribué largement aussi à l'éumulation des potiers rouennais: un grand buste, moulé d'après un antique, paré d'un émail d'un bleu magnifique, s'il n'est pas le seul exemple de cette influence, n'en demeure pas moins un document des plus importants et des plus suggestifs.
Rouen. Pot de pharmacie, par Massicot Abaquesne xviie siècle.
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De Delft, le violon célèbre, les plats, les coupes et les assiettes, attestent aussi avec force la part prépondérante que leurs éléments décoratifs prirent à Rouen pendant une longue période. Enfin, les céramiques chinoises et japonaises permettent avec les décors chers à Guillibaux et à ses successeurs de constater que les Rouennais ne sont jamais moins brillants, ni moins variés.
L'abbé Colas, dont nous avons cité le nom tout à l'heure, devait lui aussi généreusement offrir au musée qu'il dirigeait plus de quatre cents pièces; il avait eu, avant son décès survenu en 1871, la joie d'enrichir le musée de deux célèbres sphères peintes par Pierre Chapelle en 1725.
Maillet du Boullay, nommé en 1874, recueillait un dépôt important de Sèvres et très vite, en 1875, Gaston Le Breton lui succédait.
Celui-ci se dépensait sans compter et, grâce à ses relations, à son activité, à ses connaissances universellement appréciées, donnait une nouvelle vie au musée. Les dons canalisés par son efficace activité ne se comptent plus. Lui-même, fervent collectionneur, devait offrir à maintes reprises d'importantes pièces. L'Etat ne manquait pas d'encourager de si patients efforts et, à maintes reprises, déposait au musée des types céramiques des plus variés.
Rouen. Plat à décor polychrome portant l'inscription: Brument 1699.
Gaston Le Breton présida au transfert des céramiques municipales réunies jusqu'en 1885 dans l'aire Sainte-Marie, côte à côte avec les collections départementales; il installa les salles au premier étage du Palais des Beaux-Arts construit par Sauvageot, les ordonna de son mieux avec la compétence que chacun se plaît à lui reconnaître et continua à les gouverner jusqu'au jour où, fatigué, il offrit sa démission.
Marque de faîncier rouennais du xvn° siècle, sous une assiette à décor imitation de Delft.
G. Lormier, qui termina sa carrière en 1925, connaisseur et collectionneur, lui succéda. D'heureuses acquisitions, des dons et des legs importants lui permirent d'ajouter encore aux trésors dont il avait la charge; des collections entières comme celles de M. Barbet, des legs comme ceux de M. Gérus apportèrent de nouveaux éléments d'une importance exceptionnelle au musée où, cependant, la céramique rouennaise tient toujours, comme il se doit, la place prépondérante.
FERNAND GUEY
Rouen. Pichet, décor en camarieu bleu influence nivernaise.
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La Faïence de Rouen
Rouen existait déjà comme centre céramique au Moyen Âge, mais pour cette époque on connaît seulement des carrelages de technique semblable à ceux des autres régions de la France. Le Musée céramique n'en possède aucun exemple; ceux qu'a pu acquérir la ville sont réunis au Musée des Antiquités.
Rouen ne prend vraiment son importance qu'au xve siècle avec Masseot Abaquesne. Le joli pot de pharmacie en faïence peinte, imitée de la technique italienne, que nous reproduisons (p. 228), est caractéristique de l'œuvre d'Abaquesne; il fait partie de la série signalée à Pont-Audemer et à Mantes par l'abbé Porée (1). Le décor peint en bleu, en jaune, en vert et en manganèse, sans trace de rouge, représente une tête de guerrier entourée d'une couronne de lauriers rappelant les médaillons italiens, tandis que les feuillages qui courent sur la panse sont d'une légèreté toute française. Ce style français est une des particularités d'Abaquesne, surtout dans ses œuvres décoratives car, à côté de ces pots de pharmacie qu'il a exécutés en grande quantité, il a produit de magnifiques pavages comme ceux d'Ecouen, de Polisy, de Langres et de la Bâtie d'Urfé.
Les grands ensembles du château d'Ecouen, portant l'inscription: «Rouen 1542» sont d'un effet décoratif admirable et sont conçus absolument dans le style de la Renaissance française; on y trouve les motifs connus des armoiries du connétable de Montmorency: les mains tenant les épées, les lances enflammées, etc., exécutés dans les mêmes couleurs que le pot de pharmacie que nous reproduisons, et sans rouge également, couleur excessivement rare chez Abaquesne.
Le plus beau pavage sorti de cet atelier est peut-être celui de la chapelle du château de la Bâtie d'Urfé dont M. Guey vient de retrouver dans les réserves du musée un très important fragment aux chiffres de Claude d'Urfé. Toujours de même technique, le modèle en a été attribué, par Le Breton (1), à Geoffroy du Monstier qui descendait d'une famille rouennaise. Tout en admirant les fragments conservés au Musée de Rouen, nous ne saurions oublier de mentionner que la marche de l'autel se trouve au Musée du Louvre et que cet ensemble intact permet de juger le talent du faîencier.
Originaire de Cherbourg, Masseot Abaquesne était déjà fixé à Rouen, sur la paroisse Saint-Vincent, en 1526. Il était mort en 1561, mais sa veuve continuait son commerce et leur fils, Laurent, était établi sur la paroisse Saint-Pierre-Saint-Honoré. Tous deux marquèrent souvent leurs ouvrages de leurs monogrammes.
Longtemps on a cru que la céramique avait cessé à Rouen pendant près d'un siècle et que les Abaquesne avaient été des isolés; il n'en est probablement rien,
(1) Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine Inférieure, 1879 à 1881, t. V, p. 171.
(1) Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 1898, p. 393.
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M. Milet a déjà signalé (1) Jean Berthellemey, habitant la paroisse Saint-Nicaise en 1608 et mort sur celle de Saint-Etienne en 1620. D'autres noms viendront certainement s'ajouter à celui-ci et former le lien avec les Poterat.
Nicolas Poirel, sieur de Grandval, huissier du cabinet de la reine Anne d'Autriche alors régente du royaume, obtint, en 1614, le privilège de faire « toute sorte de vaisselle de fayence blanche et couverte d'esmail de toutes couleurs »; il l'affermait à Edme Poterat qui s'établit immédiatement au faubourg de Saint-Sever qui allait devenir le grand centre de l'industrie céramique rouennaise.
Les objets très rares de cette première fabrication portent l'inscription « fait à Rouen, 1617 ». Le Musée de Rouen en possède trois exemplaires, un plat aux armoiries des Poterat, une assiette et une bouteille de pharmacie; d'un émail jaunâtre-rosé, elles sont simplement décorées d'un motif bleu et jaune. La technique d'Edme Poterat est très particulière : sa terre est épaisse, son émail crémeux semble très épais également et cependant il est transparent et laisse apercevoir la couleur rougeâtre de la terre. Il est à remarquer que ces pièces mises à côté de celles d'Abaquesne ne heurtent pas le regard, ce qui donnerait à penser que Poterat opérait selon des procédés de fabrication existant à Rouen, continuation naturelle de ceux du XVIe siècle.
(1) Id. 1897 à 1899, t. XI, p. 55.
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Rouen. Plat à barbe, décor rayonnant, 1757.
Si la fabrication d'Edme Poterat peut s'identifier grâce à ces quelques pièces marquées, il n'en est pas de même pour celle de son fils aîné, car les œuvres de Louis Poterat sont inconnues. Il obtint en 1673 un privilège distinct de celui de son père pour exécuter de la « porcelaine semblable à celle de la Chine, et de la fayence violette peinte de blanc et de bleu, et d'autres couleurs, à la forme de celle d'Holande ». Ne possédant aucune pièce datée pour la fin du XVIIe siècle, on ne peut distinguer cette double fabrication. Les seules pièces qui, après un examen approfondi fait avec M. Guey, le conservateur actuel du musée, nous paraissent un peu archaïques, sont une série de plats de forme octogonale, de terre très épaisse, simplement décorés en camaïeu bleu d'un motif central et d'une bordure peu chargée ; ce qui les distingue c'est que la petite bordure dentelée si souvent employée à Rouen est ici en relief au lieu d'être simplement peinte.
L'un de ces plats, portant les armoiries des Montmorency-Luxembourg traitées d'une façon assez grossière, pourrait être attribué à l'époque de Charles-François-Frédéric de Montmorency, duc de Luxembourg, nommé gouverneur de Normandie en 1691. Il mourut en 1726 et fut remplacé par son fils qui avait la survivance depuis 1718.
Nous pourrions donner encore à ce duc, mais pour le début du XVIIIe siècle, le grand ensemble reproduit page 228 de carreaux représentant une noce de village et dont les angles portent les armoiries des Montmorency-Luxembourg grossièrement traitées.
Peut-être faut-il attribuer aussi à cette première fabrication une cruche, d'influence nettement nivernaise, au décor de rinceaux feuillagés en camaïeu bleu avec réserves ornées de paysages et de motifs en ronde bosse ?
La question se pose alors de la porcelaine exécutée par Louis Poterat, dont André Pottier a cru reconnaître un exemple dans un sucrier du Musée (1). Après avoir longuement étudié différentes pièces avec M. Guey, nous n'avons pu en rapprocher aucune autre de cette technique, mais nous avons pu grouper, pour le XVIIIe siècle seulement et dans le décor en camaïeu bleu, style de Delft, une série de pièces très légères et assez sonores, généralement moulées, dont l'extérieur du marli est godronné et le bord dentelé. Le décor est en bleu assez foncé, très profond et quelquefois resté noir quand il est mal fondu, tandis que, quand la pièce est bien réussie, l'email est extrêmement brillant. Ne serait-ce pas là des exemples de la faïence à l'imitation de Delft que faisait Louis Poterat. Nous avons relevé sur plusieurs de ces pièces la marque N B avec une fleur de lis. La fleur de lis semble avoir été accordée comme marque aux manufactures royales, ce qui pourrait concorder avec le privilège de Louis Poterat. Mais pour toute cette fabrication nous en sommes réduits aux conjectures.
Pour la fin du XVIIe siècle, il existe une pièce très intéressante : c'est le plat signé « Brument 1699 », nous en parlerons plus loin, car il ne doit pas appartenir aux Poterat.
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Pour le XVIIIe siècle, le Musée de Rouen est extrêmement riche en exemples de la fabrication rouen-
(1) Histoire de la faïence de Rouen, pl. VI.
Rouen. Buste d'Apollon, décor polychrome.
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naise; les pièces que nous reproduisons donnent une idée de l'opulence du décor rayonnant qui apparaît dérivaient du vase à laver les mains que les protestants normands avaient adopté comme vase de
définitivement fixé vers 1708. Nommé aussi décor à broderie, il est imité des incrustations de cuivre et d'écaillle que Boulle, sous l'inspiration de Bérain, prodiguait sur ses meubles, il renferme de même deux techniques employées simultanément, le décor en bleu sur blanc et le décor en blanc sur bleu, dit à réserve, qui correspondent à la première partie et à la contre-partie des inscrustations. Il se mélange aussi avec les motifs empruntés à la ferronnerie qui nous paraissent avoir été employés dès les débuts de la fabrication. Les pièces, que nous reproduisons, donnent une idée de la richesse de ce décor qui assura la vogue de Rouen au moment où le monarque abandonnait la vaisselle d'argent pour la vaisselle de faïence; signalons parmi elles ces aiguières en casque qui ont immortalisé le nom de Rouen, elles communion. Le décor assez simple nous paraît appartenir aux premiers temps du xviie siècle de même que les mascarons sous le verso qui rappelent ceux de Nevers.
Ce décor déjà magnifique en bleu devint de plus en plus somptueux quand les faïenciers se mirent à le rehausser de rouge et de jaune, et il prit toute sa richesse dans les grands plats ornés de treillage rouge, de guirlandes et d'arabesques comme ceux que nous reproduisons.
Dans cette série, un groupe très homogène se forme encore: ce sont des pièces de style rayonnant d'un bleu puissant rehaussé d'un rouge éclatant en quadrillé assez serrés portant généralement la marque: G.S., marque que l'on serait assez tenté quelquefois d'identifier avec celle de Guillibeaux, ce qui donne-
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GWJ
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Saut a Rouen1647
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N°3
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GS2
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W...
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Marques de faïenciers rouennais du XVIIe et du XVIIIe siècle.
Le II et le V appartiennent à la fabrique de Guillibeaux, le VI à celle de Levavasseur.
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Rouen. Globe terrestre à décor polychrome signé : Pierre Chapelle et daté : 1725.
rait à ce fabricant, une production tout à fait exceptionnelle.
Les potiers, une fois en possession du rouge et du jaune alliés au bleu, produisirent un décor d'une grande richesse qui resta très particulier à Rouen et est attribué à Claude Borne, peintre d'origine nivernaise, qui l'aurait pratiqué vers 1725. Le plat, que nous reproduisons (p. 235), permettra de se rendre compte de cette technique qui, avec si peu de tons, donne un aspect complètement polychrome. Le marli présente le décor à broderies exécuté en bleu et rouge, tandis que le centre montre des groupes d'enfants jouant, traités en bleu sur fond jaune ocré décoré d'arabesques noires. Quelquefois le marli et le médaillon central sont ornés d'arabesques rouges sur fond bleu, ce qui, à distance, produit une teinte violette du plus heureux effet. Nous sommes là en face de l'un des décors les plus particuliers de Rouen ; se rattachant au décor rayonnant par ses motifs décoratifs, il forme une série à part avec ses sujets d'enfants se livrant aux jeux de leur âge, formant des rondes ou symbolisant les arts. Ce décor semble avoir été très employé pour les services de table car,
outre les grands plats, il reste quantité d'assiettes, et le Musée possède un saladier dont le médaillon central contient des enfants jouant à la toupie.
Une troisième série se rencontre encore dans le style rayonnant : c'est le décor régulier polychrome ; composé seulement de quatre tons, le bleu, le rouge, le jaune et le vert ; il renferme les mêmes motifs du décor à broderies sur le mardi et, au centre, des armoiries ou des sujets chinois, mais on y rencontre, plus souvent que dans les camaioux bleus, les motifs empruntés à la ferronnerie dont un exemple typique est certainement une assiette ornée de branches fleuries dans des entrelacs de ferronnerie.
Le décor rayonnant continua fort avant dans le XVIIIe siècle, mais si le marli conserve les enroulements de la ferronnerie et les treillages, le sujet central change : au lieu d'une armoire ou d'un personnage chinois, il contient la reproduction d'une
Rouen. Colonne de poêle à décor polychrome style rocaille.
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gravure contemporaine : ainsi dans le plat à barbe portant la date de 1757 (voir p. 232).
Contemporain du style rayonnant et se mélangeant d'autant plus qu'il porte la marque de Guillibeaux, qui était établi depuis 1720 environ et avait épouse la veuve de Jean-Marie Levavasseur, le fondateur de la fabrique ; il garda celle-ci jusqu'en 1739 où elle revint à son beau-fils Jacques-Nicolas Levavasseur. Plusieurs pièces de ce service sont
quelquefois avec lui, florissait le style chinois ; on y représente, non seulement des sujets de chinoiserie, mais aussi des motifs floraux très influencés par ceux des porcelaines chinoises qui arrivaient alors en grand nombre en Europe.
Comme bel exemple de l'imitation du décor chinois de l'époque de K'ang-hi (1662-1722), on ne saurait mieux citer que le beau service aux armes du duc de Montmorency-Luxembourg. Le duc ayant été nommé gouverneur de Normandie en 1728 et la ville de Rouen lui ayant fait alors de nombreux présents, on croit pouvoir le dater de cette époque connues, notamment un plat creux du Musée du Louvre, portant en rouge, le nom de Guillibeaux, au décor absolument semblable à celui du grand plat long au bord chantourné qui porte, sur le marli à fleurettes vertes sur fond jaune, quelques fleurs bleues disposées en demi-cercle, avec trois réserves blanches à décor floral, la quatrième étant occupée par les armoiries des Montmorency-Luxembourg; sur le fond blanc sont jetées deux branches aux fleurs multicolores près desquelles volent des insectes. Ce motif est absolument imité des grands plats chinois faits pour l'exportation.