Extrait

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4e Année. — Numéro 17 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • L'AUTONOMIE DES MANUFACTURES NATIONALES Il y a bien longtemps qu'on en parlait, au moins pour la manufacture de Sèvres ; une commission avait été nommée dès 1912 ; ses travaux furent interrompus par la guerre ; ils aboutirent néanmoins à un projet de loi qui fut voté par la Chambre en décembre 1920, mais resta en instance devant la commission des finances du Sénat, où certaines oppositions irréductibles s'étaient manifestées. Brusquement, voici que la recherche des économies possibles dans les services publics remet en lumière et fait aboutir le projet en suspens ; elle en étend même l'application aux manufactures des Gobelins et de Beauvais, où moins d'emprisement peut-être, et pour cause, avait été mis pour activer sa réalisation. Sèvres, en effet, depuis quelques années surtout, non seulement montre de l'activité et de la bonne volonté, mais l'Exposition de 1925 a prouvé que la manufacture pouvait toucher un public d'acheteurs de plus en plus étendu. Les règlements seuls, qui la régissaient jusqu'ici, l'ont empêché de profiter de certaines commandes. Les manufactures de tapisseries pourront-elles rencontrer les mêmes occasions ? Elles ont besoin de clients singulièrement plus fortunés que les amateurs de céramique. Mais à supposer qu'elles les rencontrassent, elles se trouveraient obligées, de par la loi, de réclamer d'avance au client, qui pourrait être choqué de cette exigence, le prix d'une œuvre, lente à exécuter par définition, à titre de provision. La nouvelle loi va mettre beaucoup plus de souplesse dans leurs opérations ; elles se constitueront un fonds de réserve et vivront sur leurs bénéfices, que l'Etat se propose, du reste, de partager avec elles en récompense du personnel, de l'outillage et des locaux qu'il leur fournit. Voici à titre d'indication les dispositions qui avaient été prévues en 1920 pour la manufacture de Sèvres et que M. Herriot, en 1926, a incorporées dans son projet en modifiant quelque peu les chiffres, pour tenir compte de la dépréciation monétaire. « 1° Attribution à la manufacture, à titre de donation, des approvisionnements, des produits fabriqués ou en cours de fabrication, à la date de la mise en vigueur du régime nouveau ; 2° Allocation, pendant quatre années, d'une subvention décroissante égale, la première année, aux crédits ouverts au budget de 1927, et réduite successivement d'un quart, de la moitié et des trois quarts pour chacune des années suivantes, l'établissement devant se suffire ensuite à lui-même ; 3° Possibilité de contracter, en une ou plusieurs fois, un emprunt maximum de 2,500,000 francs ; 4° Constitution d'un fonds de roulement et de réserve alimenté par les excédents de l'exploitation jusqu'à concurrence de 4 millions, ces excédents devant ensuite revenir intégralement à l'Etat, après prélèvement d'un pourcentage attribué au personnel à titre de participation aux bénéfices ; 5° Obligation, pour la manufacture, de payer à l'Etat un loyer annuel, pour les terrains, bâtiments, machines et outillage nécessaires à son exploitation et application de toutes les charges de droit commun qui gèrent l'industrie privée. » M. Herriot espère réaliser de ce fait et par paliers successifs une économie de 5 millions sur le budget des Beaux-Arts, soit 2.500.000 francs pour Sèvres, 1.500.000 francs pour les Gobelins et 800.000 francs pour Beauvais. L'Etat ne saurait toutefois rompre les liens qui l'attachent aux manufactures et abandonner le souci qu'il peut avoir de maintenir leur prestige. Il reste leur commanditaire et contrôlera leur exploitation à l'aide d'un Conseil d'Administration, la qualité aussi de leur production qui ne saurait déchoir pour devenir banale et commerciale. Il n'empêche que la responsabilité des administrateurs des trois illustres maisons va se trouver singulièrement accrue, mais la partie est belle à jouer et aucun d'eux ne se plaint de la lourdeur de la tâche, ni M. Lechevallier-Chevignard à Sèvres, ni M. Planès aux Gobelins, ni M. Ajalbert à Beau-

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BEAUX-ARTS vais. Souhaitons-leur bonne chance et bon courage et espérons aussi que les grands amateurs français auront à cœur de soutenir de leur active sympathie la production moderne de nos manufactures nationales dont la fortune n'intéresse pas seulement l'administration des Beaux-Arts, mais la natfon tout entière. Paul Vitry. --- NOUVELLES - Légion d'honneur. — Parmi les dernières promotions et nominations, nous relevons les suivantes : Grand Officier, M. Jules Chéret, artiste peintre ; Commandeur, M. Marcel Baschet, membre de l'Institut ; Officiers, MM. Gustave Kahn et Jouve ; Chevaliers, MM. Alizard, Crochepierre, Guedy, Labatt de Lambert, Rousseau-Decelle, Penat, artistes peintres ; Cornu et Roustan, sculpteurs ; Favier et Boyer, architectes ; Gaillard, Garnier, Mazellier et Samazeuilh, compositeurs de musique ; Milles Chatrousse, directrice d'école d'arts appliqués et Germain, artiste décorateur ; MM. Comiot, membre des Conseils d'administration des sociétés des Amis du Louvre et des Amis du Luxembourg ; d'Ardenne de Tizac, conservateur du musée Cernuschi ; Mansard de Sagonne, inspecteur des Monuments historiques ; Mouret, archéologue ; Astruc, administrateur des musées de Bordeaux ; Oberderfer, critique musical ; Bouvy, bibliothécaire à la Faculté de Droit de Paris. - Conseil supérieur des Beaux-Arts. — Par arrêté en date du 27 septembre 1926, M. Dalimier, député, est nommé membre du conseil supérieur des Beaux-Arts. - Musées nationaux. — Par décret en date du 24 août 1926, M. l'abbé Drioton (Etienne) a été nommé conservateur adjoint des antiquités égyptiennes au Musée du Louvre, en remplacement de M. Boreux, nommé conservateur. - Bibliothèque nationale. — Par décret en date du 26 juillet, M. Emile Dacier, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, président de la Société de l'Histoire de l'Art français, a été nommé conservateur-adjoint. - Palais nationaux. — Par décret en date du 1er octobre, les palais nationaux de Compiègne, Fontainebleau, Malmaison et Pau, ainsi que le Musée Guimet sont rattachés à la réunion des musées nationaux, investie de la personnalité civile. - Manufactures nationales. — Une série de décrets en date du 1er octobre viennent de conférer la personnalité civile et l'autonomie financière aux manufactures nationales de Sèvres, des Gobelins et de Beauvais. La même mesure est étendue au Musée de sculpture comparée et à l'Académie de France à Rome. - Grands Prix de Rome de 1926. — En composition musicale, le grand prix a été décerné à M. René Guillou, en gravure en taille-douce à M. Troussard, en gravure en médailles à M. G. Guiraud, en sculpture à M. René Letourneur, en architecture à M. Jean-Baptiste Hourlier. Il n'a pas été décerné de grand prix en peinture. Un premier second grand prix a été attribué à M. Jules-Alfred Gless. - Le Salon d'Automne. — Le Salon d'Automne, qui ouvrira ses portes le 5 novembre, comprendra une section hollandaise et une section espagnole. Les artistes de l'Est disposeront d'une salle. Les rétrospectives abonderont : Roger de la Fresnaye, Dorignac, Ramon Pichot, Maufra, Willette, Valloton, Zak, Bakst, Lambert, Mais les deux clous du Salon seront les expositions d'Armand Guillaumin et de Meryon. - Une exposition d'art flamand à Londres. — La Royal Academy of Londres organise pour le mois de janvier une grande exposition d'art flamand. On dit que le gouvernement belge donnera l'autorisation d'y transporter la célèbre composition des frères Van Eyck : L'Adoration de l'Agneau. - Recherches archéologiques en Asie-Mineure. — Le gouvernement turc vient d'autoriser l'Institut d'Archéologie de Berlin à effectuer des fouilles en Asie-Mineure pour mettre au jour les restes d'un temple d'Auguste à Angora et d'un temple de Zeus à Aizansi. Les travaux seront dirigés par les professeurs Daniel Kraucker et Martin Schode. - Le cambriolage du château de Chantilly. — Nous avons appris au cours de l'impression de ce numéro le cambriolage audacieux dont a été l'objet, dans la nuit du 11 au 12 octobre, le Musée Condé. Nous reviendrons la prochaine fois sur les circonstances de ce vol et sur la liste des bijoux disparus. --- NÉCROLOGIE - L'architecte Camille Formigé est décédé le 28 août. Né en 1845 au Bouscat (Gironde), il entra à l'Ecole des Beaux-Arts où il fut l'élève de Ballu dont il devait devenir le collaborateur pour la reconstruction de l'Hôtel de Ville de Paris. Au Salon de 1881, il obtenait la médaille d'honneur. En 1885, comme architecte des promenades et des plantations de Paris, il construisit les nouvelles serres de la Ville et à l'exposition de 1889 on lui dut la construction des fontaines lumineuses et des bâtiments du Champ de Mars consacrés aux Beaux-Arts et aux Arts libéraux. Formigé appartint aussi au service des Monuments historiques. Il a restauré notamment les arènes de Lutèce, l'arc de triomphe de Saint-Rémy et le théâtre d'Orange. Depuis 1920, il était membre de l'Académie des Beaux-Arts. — Cet été est mort, dans sa quatre-vingt-sixième année, le peintre MAILLART. Né le 28 octobre 1840 à la Chaussée du Bois-de-l'Ecu, il avait obtenu, en 1864, le grand prix de Rome après avoir été l'élève de Cornu et de Léon Cogniet. Inspecteur des travaux d'art à la manufacture des Gobelins, Maillart avait abordé les genres les plus divers : gravure, illustration, vitrail, peinture décorative, mais il s'était principalement adonné au portrait.

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BEAUX-ARTS — Le sculpteur Ernest Dagonet est décédé dernièrement à l'âge de soixante-dix ans. Élève de Jean-Paul Laurens et de Moreau-Vauthier, il était l'auteur du monument de Greuze inauguré cet hiver au cimetière Montmartre. — Le 2 octobre mourait subitement, à Poitiers, Edgar Mareuse. Né à Moy (Aisne), en 1848, il s'était adonné à des recherches relatives à l'histoire de Paris. Membre de nombreuses sociétés savantes, il a été, pendant de longues années, secrétaire du Comité des Inscriptions parisiennes et de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France ; en 1922, il devint président de cette dernière société. Il avait réuni une importante bibliothèque documentaire consacrée à l'histoire de Paris et de la région bordelaise. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 23 juillet. M. Fougère annonce que, le 11 juin 1926 et le 5 juillet 1926, deux tremblements de terre se sont produits en Crète et ont détruit plusieurs salles du Musée de Candie. Les dégâts sont graves : plusieurs objets détruits étaient inédits. M. du Mesnil du Buisson fait une communication sur une installation syro-hittite au village de Mishrifi. Séance du 30 juillet. M. le président annonce le décès de M. Bernard Haus-soulier, membre ordinaire de l'Académie depuis 1905. M. Delaporte, professeur à la Faculté des lettres de Paris, présente la photographie d'une coupe sassanide inédite sur laquelle est figuré le roi Bahram-Ghour (420-438), luttant avec un lion, tandis qu'une lionne, la patte brisée, s'enfuit rapidement. Il rappelle que les coupes d'argenterie sassanide sont très rares ; celle-ci est la plus belle après celle de Chosroës II, léguée par le due de Luynes au Cabinet des Médailles. Académie des Beaux-Arts Séance du 10 juillet. M. Ch.-M. Widor, secrétaire perpétuel, offre à l'Académie le Dictionnaire biographique des facteurs d'orgues nés ou ayant travaillé en France, ouvrage du comte Paul de Fleury, dont il a écrit la préface. L'Académie reçoit également en hommage un livre de M. Zéphirin de Winter sur : Pharaon de Winter, son père. Séance du 17 juillet. L'Académie a rendu son jugement sur le concours de Rome de peinture. Séance du 31 juillet. M. Charles Widor donne lecture d'une lettre adressée à l'Académie par M. Jarry, président de la Société historique d'Auteuil et Passy, et dans laquelle il expose le triste état où se trouve, au cimetière d'Auteuil, la tombe du peintre Hubert Robert. L'Académie a voté immédiatement les fonds nécessaires à la réfection de cette tombe. LE PORTRAIT DE Mrs DAVENPORT PAR ROMNEY Dernièrement, MM. Duveen achetaient en vente publique, à Londres, chez Christie, un portrait par Romney, pour la somme impressionnante de 60,900 livres. Ce prix mérite d'autant plus d'être relevé que la vente eut lieu sans qu'aucune publicité exceptionnelle ait été faite auparavant. C'est que l'œuvre s'imposait par sa valeur artistique. Il s'agit du portrait de Mrs Davenport exécuté par Romney, à l'occasion, sans doute, du mariage du modèle, c'est-à-dire aux environs de 1777 et conservé jusqu'à ce jour dans la famille. On sait le nombre extraordinaire d'œuvres de ce genre que peignit Romney ; il est peu de grandes familles en Angleterre qui n'en possèdent quel- ROMNEY. Portrait de Mrs Davenport. (Appartient à MM. Duveen.) que exemplaire, mais on sait aussi combien l'artiste se montra souvent inférieur à lui-même dans ces portraits exécutés, la plupart du temps, dans un but mercantile. Mais pour peu que le modèle lui plût, le peintre retrouvait vite ses remarquables qualités. Ce fut le cas, assurément, le jour où Charlotte Davenport vint poser devant son chevalet. La jeune femme est peinte, en buste, de trois-quarts à droite, coiffée d'un grand chapeau, comme le voulait la moine d'alors. Elle se détache sur un fond qui représente le versant abrupt d'une colline au-dessus de laquelle apparaît un pan de ciel bleu.

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BEAUX-ARTS L'expression de Mrs Davenport est celle de la jeunesse consciente de sa séduction où se mêle comme une nuance de défi. La luminosité de l'ombre portée sur son fin visage par les bords du chapeau, le rendu de sa fraîche carnation et des étoffes de sa toilette, enfin, les couleurs rares qui composent le paysage font assurément de ce portrait un des chefs d'œuvre de ce genre où excelle l'Ecole anglaise. Ajoutons que le tableau figura aux expositions de Burlington House de 1878 et de 1892 et qu'il a été gravé à l'aquatinte par John Jones. MONUMENTS HISTORIQUES Calvados. — Le château de Lion-sur-Mer est bien connu de tous les touristes et les archéologues qui ont parcouru le département du Calvados. C'est un pittoresque ensemble de constructions d'époques diverses dont la plus intéressante est le pavillon principal de forme carrée que surmonte une très haute toiture en pavillon qui rappelle celle de Fontaine-Henri. Aux deux angles du bâtiment de jolies petites échauguettes sont posées en encorbellement sur des colonnes sans chapiteaux. Les baies du premier étage ont conservé leurs créneaux Phot. Palisson Château de LION-SUR-MER. cruciformes et leurs encadrements moulurés. Les lucarnes sont surmontées de frontons aigus que soutiennent de petits arcs-boutants et qu'ornent des bustes en saillie. A l'Ouest, une petite tourelle d'escalier en encorbellement ajoute encore à l'agrément de cette charmante demeure dont le classe- ment permettra de conserver la pittoresque silhouette sans modifications malencontreuses. Prieuré de SOUVIGNY. Galerie occidentale du Cloître. Allier. — Le prieuré de Souvigny conserve de son ancienne splendeur, non seulement la grande église romane si justement célèbre par l'ampleur de ses proportions, sa belle tenue architecturale et les riches tombeaux qu'elle contient, mais aussi des restes importants des bâtiments conventuels, appartenant actuellement à des propriétaires privés et qu'un décret récent vient de classer parmi les Monuments historiques. Il s'agit des constructions situées au Sud de l'église ; la galerie occidentale du cloître, la seule qui nous soit parvenue et qui date du début du xvie siècle dont les voûtes d'ogives sont soutenues par des nervures curieusement disposées de façon à former alternativement des triangles et des losanges du fait que les piles extérieures ne sont pas dans le même axe que les piles engagées dans le mur ; la salle capitulaire, fortement délabrée, mais dont les voûtes d'ogives retombent sur un pilier central orné d'un beau chapitau à crochets qui porte, comme le reste de cette construction, la marque du style du début du xime siècle ; enfin les restes de la maison des religieux qui s'appuient au Nord sur un mur roman orné de grandes arcades aveugles où les uns ont voulu voir les vestiges d'un ancien narthex alors que les autres croient y reconnaître une partie de l'église consacrée en 1064. Cette maison de religieux, reconstruite au xviiie siècle nous montre encore une belle ordonnance de pilastres cannelés et la porte principale est surmontée d'un pavillon carré aux angles abattus qu'ornent des vases décoratifs et des guirlandes de feuillage du meilleur style Louis XVI. Jean VERRIER.

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[69] 1er-15 OCTOBRE 1926 261 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE La donation David Weill. Avant de se séparer en juillet dernier, le Conseil des Musées nationaux avait reçu communication, et avait adressé de chaleureux remerciements à l'auteur, d'une des plus magnifiques donations dont le Louvre ait été depuis longtemps l'objet. Il s'agit de l'intention, prévue de longue date et qui vient d'être rendue officielle, de la part de M. David Weill de donner au Louvre, en s'en réservant seulement l'usufruit, quelques-unes des pièces les plus importantes de sa collection. En voici la liste qui se passe de tout commentaire : le Portrait de Mme de Sorquainville et le Portrait du comte de Bastard, par J.-B. Perronneau ; Études de têtes de nègres, dessin de Watteau ; Marie-An'oinette, Madame Royale et le Dauphin, miniatures par Dumont ; Portrait de M. de Bréa, émail par Hall ; le buste de la Comtesse de Jaucourt, par Houdon ; le Portrait de Mme Fournaise dans un paysage, par Renoir ; une statuette grecque d'athlète, en bronze ; une statuette égyptienne, en bronze, la Déesse Sechmet. La donation comporte, en outre, plusieurs œuvres d'art chinois : une fresque, une sculpture archaïque en pierre, une statue funéraire de femme en terre cuite, une plaquette : biche courant (argent et or) et un bol en grès blanc. Antiquités Egyptiennes Au cours de sa mission de cette année — qui devait hélas ! être pour lui la dernière — M. Georges Bénélite, avant de partir pour la Haute-Egypte, avait retenu, chez un marchand du Caire, un certain nombre d'objets qui ont été, après sa mort, envoyés à Paris, et dont le Conseil des Musées a voté l'acquisition dans sa séance du 5 juillet dernier. L'ensemble se compose, en premier lieu, de cinq bronzes coptes — une grande lampe à deux becs, deux coupes avec pieds et anses, une aiguière et un support de vase — qui complètent très heureusement le lot des bronzes déjà achetés l'année précédente, et qui prendront place, comme ceux-ci, dans la salle des Antiquités chrétiennes en cours d'installation. Par ailleurs, deux modèles, l'un en calcaire (c'est celui que donne notre planche), l'autre en terre cuite, reproduisant de hautes constructions rectangulaires à étages édifiés en retrait d'une plate-forme à laquelle on accède par un escalier, sont d'un type tout à fait nouveau en Egypte : peut-être faut-il les rapprocher des tours funéraires trouvées à Petra, par exemple, et y voir une preuve en quelque sorte matérielle de l'importance des éléments nabatéens établis à l'époque grecque dans le Delta (ces deux modèles ont été, en effet, recueillis à Sakla, dans le voisinage de Kafr-el-Cheikh). Enfin, un important lot d'ivoires appartenant aux époques préhistorique, prédynastique et archaïque comprend, outre un cylindre-cachet et un sceau en bouton, une figurine de femme nue, du type Modèle de construction égyptienne en calcaire. (Musée du Louvre). des figurines de la collection Mac-Grégor, un lion d'un très beau style, analogue à ceux qu'a livrés la tombe de Negadeh et ayant dû, comme ceux-ci, servir de pièce de jeu, enfin une statuette de femme drapée dans un manteau long, qui faisait apparemment partie de la décoration d'un coffret ou d'un meuble, et qui constitue, non seulement par ses dimensions — elle mesure 14 centimètres 1/2 de haut — mais aussi par son style, une pièce extrêmement précieuse pour l'histoire de l'art égyptien

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BEAUX-ARTS de la période archaïque. L'intérêt de ces cinq ivoires s'accroît encore, au surplus, de ce qu'ils proviendraient, aux dires du marchand, de Gebel et l'Arak, c'est-à-dire de ce même site qui avait déjà Statuette en ivoire. Art égyptien archaïque. (Musée du Louvre). livré le magnifique couteau de silex à manche d'ivoire entré dans nos collections il y a quelques années. Charles Boreux. PEINTURES ET DESSINS Un tableau véronais du XVe siècle M. Laurans a légué au Musée du Louvre un tableau qui semble bien être un côté de coffre nuptial. Cet objet a jadis passé à la vente Aynard où il était désigné sous le titre d'Allégorie à un mariage et attribué à l'école véronaise. Une femme vêtue de jaune, donne la main droite à un chevalier dont l'armure d'acier bruni est niellée d'or. Elle vient de descendre d'un char trainé par deux grosses colombes. Derrière cet attelage, un adolescent joue de la double flûte. Un Dieu, reconnaissable à sa nudité et coié fé d'une couronne, est debout sur un dauphin ; un amour chevauche un semblable animal. Derrière le couple, sur une petite place, qui, avec les colonnes, fait songer à quelque « piazzetta » vénitienne, des cavaliers dressent leurs lances ou embouchent la trompette. D'un palais à arcades deux femmes se penchent pour contempler la scène. Au loin, dans une île, s'élève une église gothique ; à l'horizon se profile une montagne. Que représente cette scène ? L'Amour, les colombes font penser à Vénus et le guerrier à Mars. Ne voyons-nous pas cette déesse coiffée pareillement de deux ailes dans un cassone du Kestner museum à Hanovre (Schubring, Cassoni N° 219) et dans une miniature du Virgile de la Bibliothèque Riccardiana à Florence. Mais Minerve ne porte-t-elle pas la même coiffure dans un cassone du Ridolphinum de Prague, attribué par M. Schubring (N° 163) au Maître de l'histoire de Paris ? Et puis, si Mantegna se permet de représenter dans le studiolo d'Isabel e d'Este, dont la fidélité était éprouvée, les amours coupables de Vénus et de Mars, il eut été singulier de célerber sur un coffre nuptial cet épisode extra-conjugal. Peut-être s'agit-il des noces de Thétis et de Pélée. Dans le tableau du Louvre qui représente le Corfège de Thétis (1416 b), Bartolommeo di Giovanni a montré cette déesse assise dans un char analogue et suivie de Neptune que nous retrouvons ici. Dans l'autre cassone (1416 a), où Bartolommeo peignit les Noces de Thétis et de Pélée, la déesse est accompagnée de l'Amour et Pélée est un guerrier. L'auteur a subi de nombreuses influences. Le souvenir de Mantegna apparaît dans la figure de Neptune, dans les nuages effilés dont le centre s'arrondit en coquille, dans le type du joueur de Pélée et Thétis. Ecole véronaise, xve siècle. (Musée du Louvre). double flûte, dans la manière de poser les rehauts d'or. D'autres personnages font songer à l'Ecole de Ferrare, les cavaliers aux fresques de Cossa au palais Schifanoja ; le décor évoque une Venise

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[71] BULLETIN DES MUSÉES 263 fantaisiste ; Carpaccio, dans son Arrivée des Ambassadeurs, a représenté des arcades en perspective d'une manière presque semblable et montré le même goût pour le pittoresque. Le couronnement de l'avant-corps avec son toit en plein cintre et son fronton à enroulement est tout vénitien. Certains détails nous entraînent à Vérone : on retrouve ces architectures dans les œuvres de Libérale da Verona, telle que la Mort de Didon (Londres, Galerie nationale) ; la manière de draper, de dessiner les chevaux chez Michele da Verona (coffre des Sabines et des Romains de la collection Lippmann à Berlin, Schubring op. cit. 678. 679). Les figures un peu lourdes, les faces raides aux sourcils arqués, aux nez courts, aux mentons accentués existent chez Francesco Morone. La technique est encore celle de la miniature, comme il advient fréquemment à Vérone : sur un champ coloré l'auteur, d'un pinceau chargé de couleur à l'œuf, a posé des touches parallèles pour accentuer les lumières ; tout cela nous rapproche de Vérone, cette ville où la tradition de Mantegna survivra, où les enseignements des Ferrarais ne furent pas ignorés, où le pittoresque vénitien était connu. L'attribution donnée dans le catalogue Aynard, sans doute par Bertaux, nous semble donc justifiée. L'œuvre est curieuse. Elle n'est pas sans défaut. La perspective est peu correcte ; les casques posent mal sur les têtes, la déesse paraît trainer à son mariage un enfant déjà grandelet ; les pieds de cette déesse marine semblent palmés ; les chevaux ligneux ont des naseaux large ouverts qui attestaient la fougue généreuse des pur-sang à bascule, délices de notre enfance ; les dauphins ont été empruntés à quelque fontaine et gardent la paline du bronze ; les colombes pataugent sans nager ; le char aquatique est muni de roues. Ce sont là naïvetés qui amusent. Et pourtant la composition est bien établie ; le groupe des cavaliers est vivant. La couleur est savamment distribuée : les rouges éclatent à la périphérie ; rouge du char, du manteau de Neptune, de l'oriflamme, des tuniques et des harnois. Les jaunes du centre sont mis en valeur par les cuirasses sombres ; les lointains ont des tons violacés qu'on retrouve dans les architectures et le soleil se reflète sur les vaguelettes innombrables où flottent les galères. Grâce à M. Laurans, le Louvre ajoute donc à sa collection italienne une œuvre intéressante de l'Italie du Nord. Louis HAUTECOEUR. Acquisitions diverses. Comme suprême souvenir aux Musées Nationaux qu'il dirigea avec tant de dévouement, M. Henry Marcel leur a légué une œuvre à laquelle il tenait tout particulièrement : un portrait au pastel de Mirabeau où le Provençal Joseph Boze (vers 1746-1826) s'est surpassé. Abandonnant sa manière habituelle, un peu petite, il a fait revivre, avec réalisme, le visage ravagé et enflammé du tribun. Un tel don sera accueilli avec une entière gratitude. Cl. Serv. Phot. B.-A. JOSEPH BOZE. Portrait de Mirabeau. (Musée du Louvre). Nous avons déjà signalé la donation, rendue effective par la mort du donateur, venant de M. Christian Robert de Mantes et comportant sept tableaux de Corot : 1° une muse ; 2° un moine lisant ; 3° une vue de Florence ; 4° le château de Rosny ; 5° le village de Rosny ; 6° et 7° Portraits d'enfants (Louis et Maurice Robert) ; de plus, de curieuses peintures murales ornant une chambre de bain dans la maison de M. Robert à Mantes où Corot a fait plusieurs séjours. Cette décoration, qui représente des sites d'Italie, va prochainement rejoindre au Louvre les tableaux que nous venons de mentionner. Quand ce transfert sera effectué, nous reparlerons plus longuement de la salle de bain et des tableaux. Le Cabinet des Dessins a acquis un important album, précieux au point de vue documentaire, où Edouard Pingret (1788-1875) nous relate par le

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BEAUX-ARTS dessin et par la plume — car un mémoire écrit accompagne cet album — la visite du roi Louis-Philippe à la reine Victoria, à Windsor, en 1844. Quelques feuillets en avaient figuré à la récente exposition Louis-Philippe de la galerie Charpentier. OBJETS D'ART DU MOYEN AGE ET DE LA RENAISSANCE Le département s'est enrichi, grâce à la générosité de Mademoiselle Hache, d'une très jolie statuette en ivoire du xive siècle représentant une Vierge à l'Enfant qui appartient à une série connue et très appréciée aujourd'hui, mais qui en est un des plus délicats spécimens. Un ivoire chrétien acquis par le Musée du Louvre Le département des Objets d'art a récemment acquis un ivoire important, qui vient enrichir une série particulièrement rare, celle des premiers siècles de l'époque chrétienne. C'est une plaque en hauteur (0 m., 197 sur 0 m., 078) qui représente trois miracles du Christ, disposés en trois compartiments superposés : au registre supérieur, la guérison de l'hémorroisse, au dessous la guérison du paralytique et au bas la guérison d'un possédé. Des moulures saillantes, décorées d'oves et d'olives en chapelet, encadrent les scènes. Le groupement des sujets dénote clairement que cette plaque n'a pas été conçue comme un objet isolé, complet tel qu'on le voit, mais qu'elle a dû appartenir à un ensemble où des scènes analogues étaient retracées. Aussi n'est-il pas surprenant de constater que le nouvel ivoire du Louvre fait pendant à une autre plaque, représentant trois autres épisodes de la vie du Christ, disposés de même ; celle-ci est conservée au Musée de Berlin ; on y voit le massacre des innocents, le baptême du Christ et le miracle de Cana. Son importance a été depuis longtemps reconnue ; elle a été publiée notamment par MM. Van Drival, Rohaut de Fleury, Stuhlfauth, Haseloff et Adolph Goldschmidt. Ces deux plaques de Berlin et du Louvre, qui comptent parmi les plus beaux ivoires de l'époque chrétienne, ont sûrement fait partie d'un même monument : leurs dimensions, leur disposition et leur style concordent, leurs sujets se font suite logiquement. Elles ont été montées toutes deux de la même manière : à chacune d'elles une rainure est menagée derrière une des moulures latérales et deux tenons en bois, disposés symétriquement, complétaient l'assemblage ; une bande unie (partiellement coupée, à la plaque du Louvre) les borde d'un côté ; enfin leurs deux tranches supérieures sont taillées en sifflet, derrière la moule d'encadrement. Le monument, dont elles ont fait partie, ne peut être qu'un grand diptyque à cinq panneaux. Ceux de ces précieux monuments qui subsistent présentent tous le même arrangement : au centre une plaque rectangulaire portant le sujet principal ; encadrant celle-ci latéralement, deux plaques plus étroites, divisées verticalement en deux ou trois compartiments ; en haut et en bas, deux plaques rectangulaires en largeur. Ce sont les deux plaques latérales d'un volet Cl. Serv. Phot. B.-V. Plaque d'un diptyque. Art chrétien, début du v° siècle. (Musée du Louvre). visées verticalement en deux ou trois compartiments ; en haut et en bas, deux plaques rectangulaires en largeur. Ce sont les deux plaques latérales d'un volet

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BULLETIN DES MUSÉES¹ de ce genre que les musées de Berlin et de Paris ont recueillies, à vingt-trois ans d'intervalle. La logique seule aurait suffi à le faire deviner ; mais une autre constatation en fournit la preuve décisive. Le diptyque aujourd'hui démembré, auquel appartenaient ces deux plaques, a joui durant le moyen-âge d'une réputation que sa beauté justifie pleinement ; il a été copié, à la fin du huitième siècle ou au début du neuvième, par l'auteur d'une plaque de reliure en ivoire que possède aujourd'hui la bibliothèque Bodléienne d'Oxford. L'artisan carolingien a reproduit son modèle avec une gaucherie qui montre combien les arts avaient dégénéré depuis l'époque chrétienne, mais aussi avec fidélité : les six sujets de Berlin et de Paris s'y retrouvent, dans le même ordre vertical. Il faudrait encore déterminer l'origine et la date du diptyque démembré ; mais ces questions sont compliquées et nous ne saurions les traiter ici. En attendant une étude détaillée (qui paraîtra dans les Monuments et Mémoires de la Fondation Piot) nous nous bornerons à rappeler qu'on a déjà reconstitué un groupe assez homogène avec la plaque de Berlin, celle de Nevers, la reliure de Milan, le coffret de Werden. Toutefois, si ces objets peuvent être assignés à une même école, il est difficile de préciser où cette école travaillait, comme le prouvent les hypothèses très variées que les érudits ont proposées à son sujet., M. Stuhl-fauth a attribué ces ivoires à un atelier milanais ; M. Haseloff, à un atelier romain ; M. Strzygowski, à l'art de l'Asie-Mineure ; M. Baldwin Smith, à l'art de la Provence ; M. Wolff et M. Vollbach, à celui de la Palestine. Devant ces théories contradictoires, M. Dalton a, en dernier lieu (1925), jugé prudent de ne pas donner encore une origine précise à cet ensemble, qu'il serait tenté pourtant de rattacher à l'art chrétien d'Occident. Il est du moins plus facile, par la comparaison avec des monuments datés, de préciser l'époque où ces ivoires ont vu le jour. Leur indéniable beauté, leur allure encore classique, permettent de les attribuer à la fin du quatrième siècle ou au début du cinquième. J. J. MARQUET DE VASSELOT. AU MUSÉE DE CLUNY On peut voir depuis quelque temps au Musée de Cluny le résultat du travail de reclassement de quelques séries importantes, entrepris depuis que la conservation du Musée de Cluny a été jointe à celle du département des Objets d'art du Moyen âge et de la Renaissance du Louvre, sous la direction de M. J.-J. Marquet de Vasselot. Il s'agit pour le moment de la céramique orientale, des grès et des verres européens. Les pièces les plus importantes que possédait Cluny en matière, de faïences d'Asie mineure ont été ramenées au Louvre où elles ont servi à corser utilement les collections musulmanes. Les autres ont été déposées en partie au Musée des Arts décoratifs, en partie au Musée de Rouen. Cluny a conservé seulement sa magnifique série de faïences hispano-moresque qui a été présentée avec tout le soin et le goût désirables. En revanche, le Louvre a cédé à Cluny les séries qu'il possédait de grès allemands et de verres français et italiens qui forment, groupées avec celles de Cluny, un ensemble incomparable. Une vitrine a été constituée ailleurs, présentant un très curieux ensemble de poteries françaises du Moyen Age et de la Renaissance. Ces présentations et ces échanges font bien augurer du régime nouveau adopté qui mettra plus de souplesse et de logique dans la répartition de nos richesses et pourra s'appliquer utilement à d'autres séries. Les collections de Cluny ont tout intérêt à être aérées et espacées. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS Les salles d'exposition du Pavillon de Marsan vont être consacrées du 8 Octobre au 6 Janvier aux résultats de l'expédition Citroën-Centre-Afrique de MM. Haardt et Audoin-Dubrueil. On y verra, à côté de documents ethnographiques et de dessins du peintre Jacovleff, des collections zoologiques très importantes, des reconstitutions curieuses formant diorama, de magnifiques photographies. Le cinéma lui-même prêtera son concours à cette évocation des régions parcourues par les hardis explorateurs. MUSEE LABADIÉ-GROBET A MARSEILLE Tableaux de l'école des anciens Pays-Bas. On a signalé ici l'ouverture de ce « musée Jacquemart-André de province », collection particulière donnée à la ville de Marseille : meubles, tapisseries, faïences, porcelaines, objets de vitrine, ac- Cl. Heiries

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BEAUX-ARTS cumulés dans une belle maison patricienne sise à l'angle du boulevard de Longchamp, en face des colonnades en hémicycle du Palais où s'abritent les richesses trop négligées de la galerie municipale. Les peintures, dans l'amusant fouillis des ap- Sainte Famille, d'après le MAITRE DE LA MORT DE MARIE. (Musée Labadié-Grobet, Marseille). parlements, apparaissent de valeur fort diverse ; j'en veux détacher seulement quelques tableaux intéressant l'école des anciens Pays-Bas : 1° Une copie, transposée sur toile, du triptyque de Roger van der Weyden au musée de Vienne, le Christ en croix avec la Vierge et saint Jean, la Madeleine et sainte Véronique. La composition se resserre en un champ unique, et la Madeleine émigrée du volet dextre empiète un peu sur le manteau flottant du saint Jean ; Véronique occupe la place des donateurs supprimés. Paysage strictement conforme ; anges voletant plus clairs. Reproduction presque littérale d'un morceau célèbre, il n'y a pas grand chose à y apprendre. 2° Un curieux diptyque attribué à Simon Marmion : couple de donateurs dans un oratoire, et Saint Bernardin de Sienne, en prière. Tonalités délicates, avec des roses dégradés ; ce morceau charmant semble bien d'accord avec le style du miniaturiste étudié par Winkler (1). Les petits personnages ont l'air détachés de quelque « Fleur des Histoires ». L'impression ressentie s'apparente à celle que produit le Miracle du saint Vou de Lucques, de la vente Warneck, acquis pour le Louvre, à propos duquel Friedlaender prononce aussi le nom du « prince d'enluminure ». Cette mignonne page a la fraîcheur pieuse d'un livre d'Heures. 3° Une Présentation au temple, de couleur tendre, à rapprocher de celle de la collection J. N. (Jacques Normand, vendue à Paris en mars 1923), no 13, Ecole de Picardie. Il s'agit vraisemblablement d'une œuvre franco-flamande, issue du milieu provençal. 4° Une Sainte Famille, assez édulcorée, d'après la composition connue du Maître de la Mort de Marie. Elle offre des analogies frappantes avec le précieux tableau du musée d'Epinal, que la récente monographie de Ludwig Baldass (1) ne vite pas. (Pareille omission m'engagera à parler de Joos van Cleve en cette revue, puisque les musées français possèdent plusieurs de ses œuvres importantes). La position des mains de la Madone, aux doigts très espacés, et les bras contournés de l'Enfant saisissant le sein de sa Mère, s'y montrent identiques ; tandis que le saint Joseph, portant ici lunettes — comme à la National Gallery (Legs Salting, no 2603) — mais privé de son large cha- NIGOLAS DE NEUFCHATEL. Portrait de femme. (Musée Labadié-Grobet, Marseille). peau de paille, se confond avec l'ombre du fond, au lieu de se silhouetter, ainsi qu'à Epinal et ailleurs, sur l'azur du ciel. Couteau et fruit entamé (1) Fr. WINKLER. Die Vlämische Buchmalerei des XV. und XVI. Jahrhunderts (Leipzig, 1925). (1) Ludwig BALDASS. Joos van Cleve, der Meister des Todes Maria (Vienne 1925).

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BULLETIN DES MUSÉES déposés à l'avant-plan ; il manque à Marseille toutefois le joli verre à couvercle. Les multiples exemplaires de la composition Sain'e Famille à l'Enfant debout valent, au reste, d'être étudiés séparément. 5° Un portrait de femme par Nicolas de Neufchâtel dit Lucidel, publié déjà dans la Revue de l'Art (février 1926). Cette Nurembergeoise renfrognée, le front ceint d'un cercle d'or, vêtue d'une robe de soie rouge moirée, aux poignets garnis de fourrure, les mains jointes et les doigts chargés de bagues, fut portraiture plusieurs fois par l'artiste montois germanisé : à la National Gallery (n° 184, daté 1561) et dans la Galerie Nostitz à Prague (n° 146 du cat. 1905) (1). Notre portrait, sans faire oublier celui de Londres, n'est pas sans mérite ; l'influence souvent constatée (2) de J.-B. Moroni ne se manifeste guère ici ; aucun éclair d'Italie n'anime le visage fermé du modèle ! J'exprime toute ma gratitude au comte de Demandolx-Dedons qui m'a permis d'illustrer de quelques clichés ces brèves réflexions. Pierre BAUTIER. UN MUSÉE DE L'ECOLE DE 1830 A FONTAINEBLEAU Les locaux vastes et divers dont on peut disposer au palais de Fontainebleau ont déjà permis, comme on sait, d'y installer un conservatoire américain dont cet été a vu encore le développement, la limitation aussi heureusement : car, s'il était légitime d'y offrir à nos hôtes des salles de réunion et de musique, voire des ateliers, il était un peu gênant et dangereux d'y loger leurs cuisines et leurs réfectoires. Ces servitudes ont disparu cette année, au grand bénéfice des pensions de la ville, et l'on se préoccupe d'installer à leur place un Musée des souvenirs et documents relatifs à l'histoire du palais qui sera du plus grand intérêt. On sait qu'une salle a déjà été consacrée, grâce à l'initiative d'une de ses amies américaines, Miss Klumpke, à l'œuvre de Rosa Bonheur. D'autres artistes, qui ont vécu également à Fontainebleau et dans sa forêt, pourront aussi faire l'objet de commémorations du même genre. Presque toute notre école de 1830 peut être évoquée à Fontainebleau. Il faudra évidemment pour l'y représenter dignement, des générosités particulières. Voici déjà qu'une autre américaine, Mrs F. K. Pendleton a eu la délicate pensée d'offrir au Palais de Fontainebleau un magnifique portrait au fusain (1) Répertoire Reinach, VI, 251, 2 (2) Michele Biancale. L'Influsso di G. B. Moroni come pittore di ritratti su Nicola di Neufchatel denominato Lucidel. (Communication au Congrès d'histoire de l'Art à Rome, en 1912). de Campredon provenant de la collection Beurdely et dû au grand peintre de Barbizon, J.-F. Millet. MUSEE DE CHAALIS Le souvenir de Madame Jacquemart-André, la donatrice du musée de Chaalis installé dans le cadre d'une des plus belles abbayes de l'ancienne France, vient d'être consacré par la mise en place dans la chapelle du château, à droite de l'autel, d'une figure funéraire due à M. Denys Fuech. Cette figure, d'un grand caractère, représente la donatrice en gisante à la manière des tombeaux du moyen-âge. L'inauguration a été faite au mois de Juillet en présence de différentes personnalités, notamment de M. Widor, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, qui a dit en un discours ému la reconnaissance de l'Institut pour les bienfaits de Madame André et ses admirables créations. AU CHATEAU DE PAU Depuis quelques années, le château de Pau, comme les autres palais nationaux, a été rattaché pour ordre aux musées nationaux ; un régime d'ouvertures régulières et payantes, des séries de conférences-promenades y ont été instituées par le conservateur-adjoint des Musées nationaux, M. Emile Lemaitre, qui a la charge du Palais. Les visites sont extrêmement abondantes et les conférences très suivies. M. Lemaitre vient, d'autre part, de publier un petit guide-souvenir illustré du château (64 pages, 24 pl. h. t. dont une en couleurs) qui est extrêmement agréable et bien fait. L'histoire du château y est résumée depuis celle de la forteresse féodale du xixe siècle jusqu'au sauvetage du château par la Constituante « comme un hommage dû par la nation à la mémoire d'Henri IV », et même au delà, car l'auteur note avec soin les derniers souvenirs et images du roi Henri et des ses contemporains qui lui ont été envoyé en originaux ou en moulages par la Direction des Musées nationaux, bustes par Jacquet et Tremblay, buste de Dominique de Vic, de Christophe de Thou et de Martin Fréminet, etc... Il est tout prêt du reste à en recevoir d'autres dans le cadre magnifique qu'embellissent ces collections de tapisseries qui ont été déposées au château de Pau un peu arbitrairement, M. Lemaitre le reconnaît lui-même, sous Louis-Philippe « afin d'économiser les frais de décor du château en réparations ». Somptueuses séries des Gobelins d'après les Chasses de Maximilien ou les Mois Lucas, curieuse suite de la fin du xvme siècle, représentant l'Histoire légendaire de Henri IV ; enfin l'Histoire de Psyché, tissée à Paris en 1604 par La Planche et Coomans, et la Tenture de Saint-Jean