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4e Année. — Numéro 14
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
Y A-T-IL UN STYLE LOUIS-PHILIPPE ?
L'Exposition charmante et instructive, qui vient de se tenir à la Galerie Charpentier, va-t-elle contribuer, après celles que l'on nous a déjà présentées au Pavillon de Marsan, et avant celles que l'on nous promet pour le centenaire du Romanisme, à créer décidément un retour de faveur pour « les grâces surannées et maniérées » qui caractérisèrent le décor de la vie de nos grand mères et de nos arrière-grand-mères?
A-t-on naguère eu assez de mépris pour ces mobiliers désuets et bourgeois que la mode, toute-puissante, semble vouloir nous ramener à admirer aujourd'hui? Ce mépris était-il aussi injuste qu'on commence à le dire et ressemble-t-il au discrédit dans lequel était tombé jadis l'art ingénieux, pittoresque et charmant du xvième siècle? Il semble qu'il y ait une notable différence à faire et qu'il convienne ici de résister à l'entraînement de la mode.
Certes, il reste dans les productions contemporaines de la Monarchie de Juillet, dans les plus simples surtout, une certaine manière traditionnelle qui, à travers la Restauration, remonte à l'art de l'Empire et à l'art Louis XVI, mais avec quelque chose de diminué, d'aminc et d'étriqué. Le goût officiel, le goût dominant, le goût de luxe, est vraiment détestable; pour quelques chaises élégantes et simples, comme celles que l'on nous montrait l'an dernier au Pavillon de Marsan, de forme « dépouillée », comme l'on dit aujourd'hui, que de fauteuils et de trônes où l'or « se relève en bosse » et où l'ornement écrasant et sans style prépare les redondances macaroniques du Second Empire!
La terrible manie du pastiche que le Premier Empire avait inaugurée, en se bornant du reste aux modèles gréco-romains, sévit de plus en plus. Les motifs du gothique troubadour, dont on s'amuse aujourd'hui et auxquels on va demain trouver une certaine saveur et une qualité subtile, sont des déformations inconscientes et maladroites de modèles mal choisis et mal compris. Les bibelots incohérents et enfantins, comme ces presse-papiers de verre demi-sphériques « dans l'épaisseur desquels s'immobilise une floraison nostalgique », sont des créations dont la puérilité égale la laideur. Petitesse, complications arbitraires, harmonies discordantes, surtout absence grandissante du sentiment de la beauté des matières et de la qualité technique de leur travail, remplacé par un goût de là-peu-près et du simili, tels sont les tares d'un art décoratif que toutes les raisons sentimentales, que l'on peut invoquer, ne nous amèneront jamais à considérer comme une des formes vivantes et fécondes de l'art français.
Que l'on prenne plaisir, par un certain goût intellectuel et sentimental de restitution et de souvenir, que l'on trouve même de l'intérêt à imaginer ou à conserver le décor dans lequel vécurent, pensèrent et aimèrent des hommes et des femmes dont nous admirons infiniment l'esprit et le cœur, passe encore, mais que l'on ne nous présente pas ces restitutions sentimentales comme des modèles à suivre pour la production contemporaine! Avouons que tel puissant génie littéraire, un Victor Hugo ou un Balzac, manquait complètement de goût. Reconnaissons que les esprits les plus raffinés comme les plus médiocres se contentaient d'un cadre de vie d'une indigence déplorable.
Il est peut-être, à côté des « exemples à ne pas suivre », des éléments d'un art traditionnel et instinctif qui sont les derniers restes d'un art vivant, avant la confusion morbide et le pèle-mêle d'imitations qui a duré plus d'un demi-siècle et d'où les tentatives modernes nous ont fait sortir; on peut s'intéresser à ces survivances en les dégageant des additions funestes qui les dénaturent, on peut essayer de renouer, en s'y rattachant, la chaîne de la tradition, mais que l'on se garde de s'extasier sur des bibelots ridicules et des combinaisons sau-
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grenues de formes et de couleurs, sur « les plateaux de tôle qui simulent le satin noir brodé d'or », sur les tableaux en plumes, les planchettes de perles, les bouquets dans un cornet de papier blanc; que l'on ne cherche pas à excuser certaines fantaisies ou certaines impuissances contemporaines en les rattachant à des enfantillages surannés; que l'on soit bien persuadé surtout qu'il n'y a ni un système d'efforts cohérents, ni un ensemble de créations typiques auxquels on puisse historiquement donner le nom de style Louis-Philippe!
Paul Vitry.
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NOUVELLES
- Nominations. — Par arrêtés du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts en date du 1er juillet 1926, MM. Dufrène et Chadel ont été nommés respectivement professeur d’études documentaires et examinateur (enseignement pédagogique) à l’Ecole nationale des Arts décoratifs.
- Hommage aux bienfaiteurs des Musées nationaux. — Un décret en date du 3 juin 1926 prescrit de graver sur les plaques disposées en l’honneur des principaux bienfaiteurs du Musée du Louvre, les noms de MM. Henri Mutiaux, Charles Comiot, Paul Cosson, Abraham Preyer et Georges Bénédite.
- Monuments commémoratifs. — Le dimanche 4 juillet, au cours de la célébration du 10e anniversaire de la bataille de la Somme, a été inaugurée, sous la présidence du général Debeney, représentant le ministre de la Guerre, la statue en bronze du maréchal Foch, œuvre du sculpteur Firmin Michelet.
— La statue s’élevée à la mémoire du maréchal Gallièni sur l’esplanade des Invalides a été inaugurée le dimanche 11 juillet par le Président de la République entouré par les membres du gouvernement et de la municipalité parisienne. Le monument dû au ciseau du sculpteur Jean Boucher conporte l’image du vainqueur de l’Ourcq campé sur un piédestal à quatre faces, dont chacune symbolise, en haut-reief, une des phases de la carrière de Gallièni.
— Sur la façade de l’école de la rue Camou, à l’angle de l’avenue de la Bourdonnais, on vient d’inaugurer un buste de Jules Ferry, œuvre du sculpteur Guillaume.
— Ces jours derniers, a eu lieu, dans les ateliers du fondeur, la présentation de la statue de Chopin, due au sculpteur Waclaw Szymanowski, qui sera érigée prochainement à Varsovie.
La cérémonie, à laquelle assistaient M. l’ambassadeur de Pologne et Mme Chlapowska, réunissait un grand nombre de personnalités du monde diplomatique et artistique.
- Au Donjon de Vincennes. — Sur l’initiative des Amis de Vincennes et sous la présidence de M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, vient d’avoir lieu dans une salle du donjon de Vincennes la double remise par S. E. le marquis de Crewe, ambassadeur de Grande-Bretagne, d’un émail rappelant la mort du roi d’Angleterre, Henri V, en ce lieu et, par les Amis de Vincennes, d’une plaque commémorant la mort du roi Charles IX en ce même lieu.
A l’issue de cette cérémonie, on inaugura les restaurations effectuées dans cette salle par les soins de l’administration des Beaux-Arts sous la direction de M. Ventre, architecte en chef des Monuments historiques.
- Découvertes archéologiques. — Au cours de travaux de terrassement exécutés dans le centre d’Amiens, d’intéressantes trouvailles archéologiques ont été faites, notamment des objets en bronze, des vases décorés, des monnaies, le tout datant de l’époque gallo-romaine. On se propose de déposer au Musée d’Amiens les objets transportables.
- L’Exposition de peinture française à Amsterdam. — Ainsi que nous l’avions annoncé, vient de s’ouvrir à Amsterdam, dans des salles remarquablement aménagées du Rijksmuseum, une exposition de la peinture française « de Lenain à nos jours ».
Cette manifestation, qui a rencontré un très vif succès, est due à la collaboration de M. Jean Guiffrey, conservateur au Musée du Louvre, et de M. Schmidt-Degener, directeur du Rijksmuseum. Le Louvre y a participé en envoyant à Amsterdam quelques-uns des chefs-d’œuvre de notre Ecole nationale qu’il possède. Les amateurs ont suivi son exemple et ont prêté librement les trésors de leurs collections; aussi l’ensemble réuni représente-t-il dignement l’art français.
L’inauguration de l’exposition se fit avec quelque solennité. M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, avait tenu à y assister. Il était entouré de M. de Marcilly, ministre de France à La Haye, de M. Loudon, ministre des Pays-Bas à Paris, et de hautes personnalités hollandaises et françaises, notamment M. Raymond Koechlin, président du Conseil des Musées nationaux, et M. Jean Guiffrey.
- Les nouvelles Monnaies italiennes. — Le professeur Romagnoli, directeur de l’Ecole d’Art de la médaille, chargé de fournir le modèle de la nouvelle monnaie de nickel de cinq lires, vient de faire connaître les résultats de son travail. On espère pouvoir commencer bientôt la frappe des nouvelles pièces.
- Fouilles en Italie. — Le Giornale d’Italia annonce qu’au cours des travaux exécutés pour le dégagement du mausolée de l’empereur Auguste, on entreprit des fouilles destinées à retrouver les chambres sépulcrales des Césars.
On vient de découvrir une inscription qui permet de supposer qu’on est parvenu aux abords du tombeau de l’empereur Nerva.
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NECROLOGIE
On annonce la mort à l’âge de 55 ans de M. Fernand Israel, conservateur des Musées de Saint-Quentin, président d’honneur de la Société des architectes de l’Aisne. Les Musées de Saint-Quentin, si éprouvés par la guerre, sont encore actuellement en sommeil. Mais la tâche de
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M. Israël ne fut pas toujours une sinécure et il vécut des heures tragiques. Il accompagna à Maubeuge, pendant l'occupation allemande le trésor des pastels de La Tour et y connut des jours très durs dont sa santé était restée ébranlée.
ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 2 juillet
M. Fougères fait une communication sur la tête de Zeus récemment découverte à Cyrène et qu'on a rapprochée à tort du Jupiter olympien de Phidias. M. Fougères démontre que le Zeus de Cyrène ne peut remonter au delà du n° siècle. M. Salomon Reinach appuie cette conclusion.
M. Vollgraff examine la date du temple d'Apolon à Delphes. Les soubassements, mis à nu par les fouilles françaises, sont du iv° siècle, et l'on sait d'ailleurs d'une façon positive que le gros œuvre était terminé en 340. Cependant, dans le péan delphique à Dionysos, qui est de 335 environ, une strophe commence ainsi : « Heureuse cette génération de mortels qui construira pour Apollon un temple impérissable ». Le temple, encore inachevé, a donc dû être détruit vers 335, et reconstruit. On a d'ailleurs déjà constaté que la charpente avait dû être incendiée. Il résulte donc de cette observation que le chêneau du temple publié dans les Fouilles de Delphes n'a pas été exécuté en 343, comme on le croyait, mais au moins une quinzaine d'années plus tard.
M. Enlart étudie trois émaux cloisonnés d'un type rare, conservés au Cabinet des Médailles : il démontre que deux d'entre eux proviennent du célèbre parement d'autel de la Sainte-Chapelle et que le troisième provient du buste d'or de Saint-Louis exécuté vers 1300 par l'orfèvre de Philippe le Bel, Guillaume Julien. Il reconnaît d'autres œuvres du même artiste dans des émaux conservés à Bologne et à Oxford.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 3 juillet.
La séance a été consacrée à l'audition des cantates pour l'attribution du grand prix de Rome de musique. L'Académie a décerné le grand prix à M. René Guillou et le premier second grand prix à M. Maurice Franck. Après ces deux grands prix, l'Académie a décerné le grand prix Le Guay-Lebrun de dessin (9.000 fr.) à Mlle Jeanne Thil.
Société des Antiquaires de France
Séance du 23 juin.
M. Max Prinet décrit et commente l'illustration du grand nécrologie de Notre-Dame de Paris (xiv° et xve siècles) conservé à la Bibliothèque Nationale.
M. Deschamps lit une notice de M. Lambert sur la chapelle des Templiers de Laon, de forme octogonale. Il fait ensuite une communication sur le tombeau de Saint-Junien (Haute-Vienne) qui date du dernier quart du xii° siècle.
M. Coutil parle des fouilles qu'il a faites à Saint-Samson de La Roque (Eure).
Société de l'Histoire de l'Art français
Séance du 2 juillet
Mlle Sainte-Beuve retrace l'histoire du tombeau de Richelieu à la Sorbonne et communique la découverte qu'elle vient de faire du marché conclu, en 1678, pour l'exécution de ce tombeau, entre la duchesse d'Aiguillon, petite-nièce du cardinal, et Girardon, qui lui semble bien avoir été l'unique auteur du monument et ne s'être pas borné à traduire un dessin de Le Brun.
M. G. Varenne reconstitue la carrière du peintre Lenfant, de Metz (1814-1892), dont la vie passablement errante s'acheva au Havre où cet artiste, renonçant à la peinture d'histoire, se spécialisa dans des scènes d'enfants.
M. Dimier démontre qu'au moyen âge les peintres, qui ne possédaient pas de corporation propre, se réunissaient tantôt aux selliers, tantôt aux imagiers (sculpteurs), mais qu'il n'y eut jamais, à proprement parler, de peintres-selliers et de peintres-imagiers.
M. Dimier estime que deux seuls tableaux peuvent être attribués au Primatico. Ces deux compositions se trouvent en Angleterre : Ulysse et Pénélope à Castle Howard et l'Evanouissement d'Hélène chez Lord Pembroke à Wilton House.
M. Vitry signale un petit tableau représentant une Diane au cerf attribué à l'Ecole de Fontainebleau parmi les œuvres d'art figurant à l'intéressante exposition qui vient de s'ouvrir au château de Blois.
LES PEINTURES MURALES DU PALAIS D'ÉTÉ D'ALGER PAR LÉON CAUVY
La résidence du gouverneur général de l'Algérie, sur les coteaux de Mustapha, est une villa mauresque restaurée et amplifiée par le talent de l'architecte Darbéda. C'est au milieu de somptueux jardins que se dresse ce Palais d'Eté pour lequel le gouverneur a peu à peu abandonné le Palais d'Hiver, situé en bordure du quartier arabe. De grandes salles d'apparat, que l'on a voulues richement décorées, y occupent tout le premier étage; M. Jonnart et M. Darbéda ne se bornèrent pas aux revêtements de faïence multicolore, rappelant tantôt l'art hispano-mauresque, tantôt l'art persan; ils firent aussi d'importantes commandes à trois peintres, qui représenteront, chacun à leur tour, une synthèse de la vie arabe : MM. de Buzon, Léon Carré et Antoni. Nous avons déjà eu l'occa-
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LÉON CAUVY. Peinture murale décorant le Palais d'Été, Alger.
sion (1) de dire ailleurs le grand intérêt de ces ensembles. Nous n'y reviendrons pas.
Or le Gouverneur Général actuel, M. Maurice Viollette, vient d'avoir l'excellente idée d'ajouter le nom de Léon Cauvy à ceux des peintres décorateurs du Palais d'Été. La belle série, que cet artiste avait composée pour le Pavillon de l'Algérie à l'Exposition des Arts décoratifs, a pris place dans la grande salle qui est parallèle à la salle des fêtes; il reste d'ailleurs encore une surface importante des murs à couvrir de peintures; lorsque l'œuvre sera achevée, dans quelques mois, on aura devant les yeux un cycle marquant une date importante dans la représentation de l'Orient africain.
Léon Cauvy est un de ceux qui ont abordé
(1) Cf. Le Palais du Gouverneur général de l'Algérie (Art et Décoration, septembre 1924).
l'étude d'une nature riche et colorée avec le plus de franchise et de vigueur; c'est en 1908 qu'il eut avec elle un premier contact, lorsqu'il devint, en même temps que Jouve, pensionnaire de la villa Abd-el-Tif; ils étaient les deux premiers à habiter cette demeure admirablement située, non loin du Jardin d'Essai, et devenue, depuis bientôt vingt ans, un remarquable laboratoire de jeunes talents. En arrivant en Algérie, Cauvy était déjà un coloriste très doué; l'éclat de la lumière, la beauté des vêtements, le caractère des physionomies le frappèrent; une de ses plus anciennes œuvres africaines, Terrasses d'Alger (Musée des Beaux-Arts de la ville d'Alger) est le témoignage vivant — et puissant — de ses premières impressions africaines; œuvre d'une sonorité et d'une tenue de tons qui réunit, en un tout séduisant, les éléments dont se compose le paysage urbain d'Alger. Depuis
LÉON CAUVY. Peinture murale décorant le Palais d'Été, Alger.
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lors se succédèrent des toiles où se parfaissait son métier personnel et grave. Inscrivant en des arabesques saisissantes les personnages du premier plan, les groupant sur un fond chaud et lumineux, sachant mettre en valeur les tons dominants, il a un sens de la composition, et surtout de la composition décorative, qui est assez rare à notre époque, où on n'ose guère affronter les grands ensembles. Aussi a-t-on été heureusement inspiré lorsqu'on lui a confié la décoration du Pavillon de l'Algérie à l'Exposition de 1925; le cycle qu'il a alors exposé est son œuvre maîtresse; et à la place où on a placé au Palais d'Été les toiles qui le composent, il prend toute sa valeur: on y
LÉON CAUVY. Peinture murale décorant le Palais d'Été, Alger.
Figure centrale.
retrouve, en effet, les qualités essentielles de la peinture décorative; l'entente des masses et des tons, la puissance de l'arabesque donnent à l'ensemble cette force de synthèse qui doit en être le caractère fondamental. Une décoration murale est, en effet, autre chose qu'un tableau de chevalet agrandi, sans quoi on tombe vite dans une espèce de contrefaçon.
Les thèmes, que Cauvy a développés, ce sont ceux, bien entendu, qui intéressent les arts décoratifs: le tissage, la poterie, la parure, la fabrication des tapis. Ils sont tous traités avec sobriété, l'attention étant presque toujours retenue par une figure centrale en fonction de laquelle se compose la toile entière, et ceci est une preuve de plus du sens architectural de cet artiste; l'équilibre de l'ordonnance générale donne à cette série de tableaux la solidité et l'ampleur qui caractérisent la peinture murale, autant de qualités qui nous montrent Cauvy décorateur-né, sachant orchestrer dans leurs tons et leurs masses les éléments fondamentaux des grands ensembles, et renouvelant ainsi une noble tradition qui a malheureusement tendance à se perdre.
Jean ALAZARD.
MONUMENTS HISTORIQUES
Seine-et-Marne. — Au cours d'une visite au Palais de Fontainebleau, la Commission des Monuments historiques avait décidé, sur la proposition de M. Albert Bray, architecte du château, de faire supprimer les portes vitrées et les fenêtres qui fermaient, depuis le règne de Louis-Philippe, les arcades du grand portique qui occupe le fond de la cour des Fontaines et supporte la terrasse sur laquelle donne la galerie François Ier.
Ce travail vient d'être terminé par M. Bray, rétablissant ainsi une disposition ancienne, dont il est d'ailleurs assez malaisé de déterminer avec exactitude l'époque à laquelle elle fut exécutée.
Ce portique comporte actuellement sept grandes arcades réunies par un motif architectural composé de deux pilastres doriques à bossages encadrant une petite baie en plein cintre; aux extrémités le motif ne comprend qu'un pilastre; l'entablement est interrompu au-dessus de chaque arcade par une balustrade. Selon le Père Dan, qui écrivait son Trésor des Merveilles de Fontainebleau en 1642, ce serait sous le règne de Henri IV, en 1594, que le portique aurait été ainsi établi remplaçant, dit-il, un «grand pont de bois» construit sous François Ier, lequel «n'enrichissait pas assez ce lieu». Il ajoute que des statues de marbre blanc ornaient chacune des petites baies. Mais, contrairement à ce dire, une curieuse peinture conservée dans la galerie François Ier et donnant l'aspect de la cour des Fontaines au début du xvie siècle montre à cet emplacement une terrasse supportée sur une série d'arcades qui ont tout à fait l'aspect d'une construction de pierre.
D'autre part, les dessins de Ducerceau figurent le fond de la cour occupé aussi par un portique à terrasse, mais comportant onze arcades à archivoltes moulurées sur impostes, réunies par des pilastres lisses à chapiteaux corinthiens supportant
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un entablement continu, non coupé par des balustrades. C'est aussi le même aspect que lui a donné Abraham Bosse dans sa gravure, datée de 1633, représentant la cérémonie de la création de l'Ordre du Saint-Esprit à Fontainebleau.
savoir gré à la Commission des Monuments historiques et à son exécutant, M. Bray, d'avoir rétabli une disposition qui rendra à cette cour, comme à celle du Grand-Trianon, un aspect dont l'ancienneté n'est pas douteuse.
Château de FONTAINEBLEAU. Restauration du portique de la Cour des Fontaines.
Il semble bien que, sans examiner le monument lui-même, A. Bosse se soit contenté de copier les dessins de Ducerceau, très différents, on vient de le voir, de l'état actuel qui est celui décrit par le Père Dan; et il paraît difficile de croire à des inexactitudes du grand architecte, d'autant que les mêmes dessins montrent le soubassement de l'aile de la Belle Cheminée décoré des larges pilastres doriques à bossages qui existent encore.
Les dessins de Ducerceau étant de 1570 environ, ce serait donc bien vers la fin du xvie siècle, comme l'a indiqué le P. Dan, que le portique aurait été établi dans ses dispositions actuelles et dans le désir d'uniformiser le style du fond de la cour des Fontaines en reproduisant les pilastres doriques à bossages et l'entablement du soubassement de l'aile de la Belle Cheminée.
Toutes les gravures postérieures et notamment une gravure d'Israël Silvestre figurant la cour des Fontaines vers 1700 montrent ce portique ouvert avec des statues dans les petites baies, selon la description du Père Dan, et c'est seulement sous le règne de Louis-Philippe qu'elle fut fermée pour en faire une orangerie; d'où le nom de galerie des Fleurs qu'on lui donne parfois aujourd'hui.
En attendant qu'une trouvaille d'archives heureuse, comme celles auxquelles M. Maurice Roy nous a habitués, permette de dater avec exactitude cette partie du château de Fontainebleau, il faut
Eure. — Chacun connaît le site admirable que forme la boucle de la Seine, dominée par les imposantes ruines du château Gaillard, près des Andelys. L'installation récente de fours à chaux sur le bord de la route qui longe le fleuve et l'exploitation de terrains avoisinants pour en tirer le pierre destinée à être transformée en chaux ne pouvaient manquer de soulever de vives protestations.
La Commission des Monuments historiques s'est aussitôt préoccupée de limiter autant que le lui permettait la loi du 31 décembre 1913, l'acte de vandalisme qui menace la célèbre forteresse normande. Après de laborieuses négociations, après le refus des propriétaires de consentir au maintien des lieux dans leur aspect actuel, elle a demandé le classement d'office des parcelles voisines du château de façon à y interdire toute construction qui fût de nature à en modifier l'aspect.
Il ne restera pas moins que l'usine installée subsistera, qu'elle continuera à répandre sur toute la verdure d'alentour sa fine et blanche poussière, alors que l'on eût voulu voir ce site immuablement conservé tel que nous l'avaient laissé les siècles passés. Mais les lois ne donnent malheureusement la possibilité de classer que les terrains avoisinant immédiatement les monuments historiques et seule une modification de la loi sur les sites pittoresques pourrait permettre, contre le gré des propriétaires, une sauvegarde des paysages analogue à celle des monuments eux-mêmes.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
LE LEGS DE MADAME LOUIS STERN
Mme Louis Stern avait, par son testament, disposé en faveur de nos musées d'une série d'objets prélevés sur les collections conservées dans son somptueux hôtel du faubourg Saint-Honoré. Ces objets viennent, conformément aux volontés de la testatrice récemment décédée, d'être présentés au Conseil des Musées qui les a acceptés avec reconnaissance.
C'est, en premier lieu, une pièce célèbre de l'art égyptien fatimite du xie siècle, un lion de bronze formant aquamanile qui avait figuré en diverses expositions.
Un portrait de femme coiffée d'un chapeau noir, par J. Reynolds viendra très à propos renforcer au Louvre les collections de peinture anglaise qui comportent encore bien des lacunes que l'on est heureux de voir peu à peu se combler. Un panneau de bois sculpté de l'école tourangelle du xve siècle représentant un des anges portant les instruments de la Passion complètera une série jadis publiée dans la Gazette des Beaux-Arts, dont le Louvre possédait déjà trois spécimens.
Deux objets d'ivoire égyptiens, une statuette de saint Jean-Baptiste, travail allemand du xve siècle, destinée au musée de Cluny, complètent la donation qui comporte également un élégant portrait d'enfant du xvie siècle destiné au Musée d'Azay-le-Rideau, auquel Mme Louis Stern s'était particulièrement intéressée lors de sa fondation.
MUSÉE DU LOUVRE
Peintures et dessins
Le département a encore bénéficié dans les dernières semaines de plusieurs libéralités importantes que nous nous bornerons à enregistrer ici, quitte à y revenir plus tard pour leur consacrer quelques pages de commentaires.
C'est d'abord un des tableaux de la collection Warneck, le Paysage au Soir, de BROUWER qui avait atteint une des plus fortes enchères de la vente et que le Louvre, malgré son désir, n'avait pu retenir. Un ami américain de notre pays, dont la libéralité s'était déjà récemment manifestée en faveur du Louvre, le colonel Friedsam, l'a racheté pour l'offrir au Louvre en un geste spontané dont on lui sera de nouveau très reconnaissant.
On sait la merveilleuse qualité de ce petit tableau déjà plusieurs fois publié notamment par M. Schmidt-Degener et par le Dr W. von Bode, qui font tous deux le plus grand cas de son exécution magistrale et de sa poésie profonde.
De l'étranger encore nous sont venus trois dessins de premier ordre qui ont figuré dans la collection Robliano à Amsterdam et qui, par l'intermédiaire de M. Mensing, qui fut chargé de cette vente, nous ont été offerts par un généreux anonyme. Il s'agit d'un dessin de JÉRÔME Bosch représentant la Tentation du Mourant, d'un dessin de BREUGHEL LE VIEUX où paraît un décor de ville du xvie siècle; enfin d'une feuille d'études d'hommes nus par PISANELLO.
En outre, M. Wildenstein a donné au Louvre un très beau tableau, d'un artiste qui n'était pas encore représenté dans nos collections, Wallerand Vaillant, peintre du xviiie siècle, originaire du Nord
A BROUWER. Paysage au soir.
(Musée du Louvre.)
de la France, dont le musée de Lille possède quelques tableaux. Celui-ci nous montre un jeune artiste dessinant d'après le modèle en plâtre; l'intimité de la composition, la chaleur du coloris font penser au groupe savoureux des grands réalistes de ce siècle, les frères Lenain, et annoncent déjà le style de Chardin.
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Enfin, à sa dernière séance, le Conseil des Musées a voté l'acquisition d'un charmant tableau de Fragonard, resté inconnu jusqu'ici, un Colin-Maillard dans un Parc qui se rapproche, par la qualité et la date, du célèbre tableau de la Banque de France.
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MUSÉE DE SAINT-GERMAIN
La Collection Paul du Chatellier
La collection, qu'avait réunie dans son château de Kernuz, près de Pont-l'Abbé, M. Paul du Chatellier, vient d'entrer au musée de Saint-Germain.
WALLERAND VAILLANT. Jeune homme dessinant.
(Musée du Louvre.)
Les objets qui la composent proviennent presque tous de Bretagne. Ils ont été découverts au cours de nombreuses fouilles faites les unes dans le Finistère par M. du Chatellier lui-même et les autres dans le Morbihan et les Côtes-du-Nord par ses amis, le commandant Le Pontois et le commandant Martin.
Les trouvailles se répartissent sur toute la longue période qui va de la fin du néolithique à l'occupation romaine; mais les plus anciennes sont à la fois les plus nombreuses et les plus intéressantes. M. du Chatellier et ses amis ont fouillé un grand nombre de monuments mégalithiques du type le plus récent, à grande chambre. Ils y ont trouvé plusieurs séries de poignards de bronze aux manches décorés de clous d'or, des pointes de flèche en silex d'une merveilleuse finesse, quelques bijoux d'or, des colliers de callais et une grande quantité de vases. Cet ensemble d'objets comble une lacune du musée de Saint-Germain où les mobiliers des mégalithes bretons n'étaient jusqu'ici qu'à peine représentés. Des mêmes monuments proviennent quelques grandes dalles décorées de cupules et de rainures que M. du Chatellier avait transportées à Kernuz en même temps que le contenu des tombes qu'elles recouvraient.
Quelques objets ont été aussi trouvés isolément, telle la grande lunule en or de travail irlandais découverte à Saint-Potan, dans les Côtes-du-Nord; mais, en Irlande même, connaît-on aucune de ces lunules qui ait été trouvée dans une tombe?
Les objets de l'époque de la Tène et de la période romaine sont abondants. M. du Chatellier avait fouillé, près du village de Saint-Jean-Trolfmon, le cimetière gaulois de Kerviltré, qui lui a donné de beaux vases unis ou estampés et des objets en or, et les recherches qu'il a faites tout près de là, dans le village gaulois et gallo-romain de Tronoën, ont enrichi ses collections d'une grande quantité de poteries et de monnaies.
A ces objets, qui remplissaient les 90 vitrines du musée de Kernuz, s'ajoutaient deux monuments tout à fait remarquables: un petit cône de pierre d'époque gauloise décoré de swastikas et de grec-
Vase trouvé à Kerougan en Plounévez
(Musée de Saint-Germain)
ques et un grand menhir trouvé près de Plobannalec, dont les quatre faces portent des représentations grossièrement sculptées de dieux romains. Le menhir est resté provisoirement à Kernuz, et le musée de Saint-Germain n'en possède encore
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que des moulages, tandis que l'autre monument, plus maniable, a suivi l'ensemble de la collection. Les objets, qui la composent, sont d'ailleurs trop nombreux pour rester tous au musée de Saint-Germain; ils y ont été apportés pour être réparés, — et ils en avaient certes grand besoin, — et pour qu'un triage puisse être fait à loisir. Si bien faites qu'aient été les fouilles de M. du Chatellier, elles manquent un peu de précision, comme toutes celles de la même époque, et le travail de classement qui se fait en ce moment à Saint-Germain était indispensable avant qu'on puisse songer à exposer aucun objet. Dans quelque temps, la masse principale de la collection, consolidée et rangée, reprendra le chemin de la Bretagne. Et il ne restera au musée de Saint-Germain que les ensembles les plus typiques.
Françoise HENRY.
Lunule en or découverte à Saint-Potan. (Côtes-du-Nord)
(Musée de Saint-Germain)
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
A l'Exposition de Céramique, qui eut lieu à Marseille voici quelques années, on avait admiré partiellement la collection de faïences de Mme Abram. Un grand nombre de ces pièces de choix provenant de Moustiers et de Marseille viennent d'entrer récemment au Pavillon de Marsan, grâce au legs de Mme Abram.
De Moustiers, il faut noter un plat d'une belle qualité, représentant une pittoresque chasse à l'autruche, d'un dessin extrêmement net, fait d'après
Bouquetière en faïence de Marseille, xvm° siècle.
(Musée des Arts Décoratifs)
les gravures de Tempesta (xvie siècle); une charmante écuelle à orillons, des faïences polychromes, un broc d'un travail très fin et une pièce particulièrement importante: une grande fontaine et son bassin, avec sujets coloriés en relief, figurant le
Plat en faïence de Moustiers, xviu° siècle.
(Musée des Arts Décoratifs)
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Triomphe d'Amphitrite. Citons encore un plat aux armes d'un prince de la maison de Lorraine, chevalier de Malte.
Parmi les Marseilles, un objet rare et intéressant mérite de retenir l'attention : c'est un grand plat rond à bords découpés, avec marli enfermant des paysages et au centre : Andromède. Il a été exécuté à Saint-Jean-du-Désert, à la fin du XVIIIe siècle. De Marseille encore : une assiette armoriée avec un écu tenu par deux enfants ; une bouquetière et une soupière polychromes, des assiettes à bords chantournées avec médailon, et de nombreuses faïences fabriquées dans les ateliers de la veuve Ferrin et de Robert.
Tous ces objets sont venus compléter les collections du Musée des Arts décoratifs, qui présentaient, bien que déjà très riches, certaines lacunes que le legs Abram a très heureusement comblées.
Jacques Meurgey.
CABINET DES ESTAMPES
M. Emile Javal, un de nos amateurs les plus réputés de l'art japonais, a tenu dans une délicate pensée, au moment où il allait se séparer de sa collection d'estampes japonaises, à en laisser le souvenir au Cabinet des Estampes. Dans la très intéressante série de gravures qu'il vient d'offrir à la Bibliothèque, nous remarquons spécialement l'ambassade de l'empereur de Corée de Moronobu, une mère jouant avec son enfant, de Toyonobu, un fort beau portrait d'acteur de Shunyei, un autre portrait d'acteur de Shunko, deux scènes de théâtre d'Hokusai et un paysage d'Hiroshigé. Ce don généreux de M. Javal complète heureusement la belle série d'acteurs de Toyokuni provenant de la même collection.
Un autre amateur, à qui le Cabinet des Estampes doit déjà beaucoup et, entre autres, d'admirables séries de gravures de Forain et de Steinlen, M. Raymond Koechlin, vient de lui offrir également deux belles estampes japonaises. L'une de Kyionaga représente deux femmes de Yédo se promenant par un jour de pluie; l'autre d'Hokusai représente les sept dieux du Bonheur; elles faisaient partie de la collection Ch. Salomon.
Ces deux dons constituent un nouvel et précieux enrichissement pour la série japonaise du Cabinet des Estampes.
BIBLIOTHÈQUE THIERS
En même temps que l'on inaugurait, le 16 juin dernier les fonds nouveaux ajoutés à la bibliothèque Thiers par les legs Frédéric Masson (livres napoléoniens) et Léger (livres de littérature slave). M. Henri Malo, le distingué conservateur de la bibliothèque, avait organisé, dans le grand salon de l'hôtel qui fut celui de M. Thiers, une présentation de toutes les caricatures, qu'il avait pu réunir, inspirées par la physionomie de l'homme d'État. Il y a peut-être quelque ironie à grouper des charges de Daumier, de Cham et de Gill, au pied du portrait solennel de Bonnat; mais il paraît que Thiers lui-même avait dit n'avoir compris l'étendue de sa propre gloire que le jour, où il s'était vu sculpté en pain d'épice.
MUSÉE DE NANTES
Le Musée, qui possédait déjà un important tableau de L.-O. Merson, Saint François d'Assise prêchant aux poissons, vient de s'enrichir, grâce à un don des hériliers du maître, Mlle Madeleine Merson et le Dr François Merson, d'un ensemble considérable de trente peintures et dessins, et de la série des gravures d'après les crayons et les gouaches de Merson pour l'illustration des Trophées de J.-M. de Hérédia et celle de Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo.
Ce don comprend notamment un portrait au pastel d'Olivier Merson, le père de l'artiste, entouré de ses enfants; un carton grandeur d'exécution pour une partie de la tapisserie destinée aux Gobelins, Les Arts; cinq esquisses peintes pour la décoration du cabinet du recteur à la Sorbonne; deux esquisses peintes, Polyecte et Pauline, Le Cid et Chimère; des cartons dessinés pour le plafond et la décoration de l'escalier à l'Opéra-Comique; des dessins pour la décoration de l'Hôtel de ville de Paris, la tapisserie de La Haye, le billet de banque de cent francs etc., le tout permettant une juste appréciation de l'art précis, conscientieux et délicat du maître.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
ETATS-UNIS
Une annexe du Musée métropolitain de New-York Les Cloîtres
En juin 1925, le Metropolitan Museum of Art de New-York a acquis du sculpteur George Grey Barnard un vaste bâtiment surnommé Les Cloîtres (The Cloisters), construit au bord de l'Hudson, en bordure de Fort-Washington Avenue, avec les très importantes collections d'art médiéval, que l'artiste y avait installées. Grâce à la libéralité de M. John D. Rockefeller jr, ce nouveau musée a pu être ouvert au public le 4 mai 1926. Comme les œuvres d'art, qui y sont exposées, appartiennent presque toutes à la sculpture française du moyen âge, nous ne pouvons nous empêcher de saluer ce nouvel enrichissement du musée de New-York avec un intérêt particulier mêlé de quelques regrets.
Pour donner une idée de ce musée original où, à la différence de nos salles du Louvre, les sculptures sont replacées dans un cadre architectural plus ou moins factice qui leur restitue une ambiance favorable, nous ne saurions mieux faire que de suivre pas à pas M. Joseph Breck, directeur adjoint du Musée métropolitain et conservateur du Département des Arts décoratifs, qui a rédigé à l'usage des visiteurs un excellent petit guide illustré, d'une présentation fort élégante.
M. Breck commence par rappeler en quelques mots la genèse de cette collection. Il y a une vingtaine d'années, pendant un de ses longs séjours en France où il a fait son éducation de sculpteur, M. George Grey Barnard conçut l'idée d'acquérir quelques spécimens de sculpture gothique pour l'instruction de ses élèves de New-York; à cette époque, les étudiants américains étaient privés de toute possibilité d'étudier directement la sculpture du moyen âge, surtout la sculpture monumentale, très insuffisamment représentée dans les collections publiques ou privées. Avec le temps, le projet de M. Barnard devint plus ambitieux et il ne rêva rien moins que la création d'un musée privé d'art médiéval installé sans prétention, mais avec goût, sur un terrain lui appartenant.
Comme ses moyens financiers ne lui permettaient pas d'acheter de seconde main chez les grands marchands, il partit lui-même à la découverte. Prenant comme centre de ses opérations le site de quelque abbaye ou église en ruines, il explorait les fermes des environs, en quête de statues, de dalles funéraires remployées ou jetées au rancart dans les granges, dans les étables.
C'est ainsi qu'il meubla ses Cloîtres de New-York. A l'entrée se dresse la Belle Croix de Montault, près d'Avignon, mutilée par les Huguenots en 1576. La première salle dans laquelle pénètre le visiteur contient les restes du cloître de Saint-Guilhem-le-Désert, célèbre monastère bénédictin, fondé en 804 dans les gorges sauvages de Gellone
Vue générale des Cloîtres.
(Annexe du Musée métropolitain de New-York)
Partie du cloître de Saint Michel de Cuxa.
(Annexe du Musée métropolitain de New-York)