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4e Année. — Numéro 13
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
RELATIONS ARTISTIQUES FRANCO-ESPAGNOLES
Au cours de la visite qu'il vient de faire à Paris, S. M. le roi d'Espagne Alphonse XIII, qui avait été élu, comme l'on sait, membre de l'Institut de France au titre d'associé étranger de l'Académie des Beaux-Arts, est venu prendre séance à l'Académie le lundi 28 juin.
Salué d'abord par M. Dampt, président de l'Aca-démie des Beaux-Arts, et par M. Widor, secrétaire perpétuel, le roi a tenu, en un discours très nourri de faits et d'idées, à remercier ses confrères, à affirmer sa sollicitude de souverain d'une nation artiste et gardienne de trésors d'art fameux pour les arts sous toutes leurs formes, à rappeler les liens que la race, l'intelligence et le goût ont créés entre les deux pays. La glorieuse tradition artistique de l'Espagne se poursuit par l'activité contemporaine que le roi n'hésite pas à qualifier de Renaissance, mais l'orientation vers Paris, « pèlerinage où affluent les artistes du monde entier », est indéniable aussi suivant lui. Un accueil fraternel y attend, il le reconnaît, les artistes espagnols.
Mais, d'autre part, la nation espagnole et son souverain ont prouvé leur sollicitude en faveur des initiatives qui tendent à faire connaître les richesses d'art et les œuvres des grands maîtres nationaux. La création de la Casa Velasquez a vivement intéressé le roi et le concours, qu'il y a apporté et qu'il qualifie de modeste mais enthousiaste et décidé, a été déterminant, puisque c'est le terrain même sur lequel s'élève l'accueillante maison dont il a posé la première pierre en 1920, qu'il a donné à la France, et ce terrain de la Moncloa, où jadis, paraît-il, s'élevait la maison de campagne de Vélasquez, plateau qui jouit d'une perspective étendue jusqu'à la Sierra de Guadarrama, est un endroit privilégié par la nature et les souvenirs. Les générations d'artistes, d'archéologues et d'historiens qui vont s'y succéder, agents de rapprochement intime et efficace, rendront hommage à l'intention gracieuse du souverain.
Celui-ci, après avoir évoqué les témoignages impérissables de l'influence de l'art architectural du Nord et principalement français, que fournissent les cathédrales, rappelle la protection dispensée par ses aieux, les princes de la maison de Bourbon, à l'art et aux artistes français et retrace succinctement l'historique de l'interpénétration des arts espagnol et français, et il termine en rendant hommage aux meilleurs ouvriers de l'œuvre de rapprochement qu'il exalte :
« Le courant d'échange littéraire et artistique a pris un tel essor à la fin du siècle dernier que c'est la France qui nous a donné un des plus profonds connaisseurs de la littérature espagnole ancienne : M. Morel Fatio lui a consacré cinquante ans d'études qui ont eu une influence considérable sur le mouvement dont La Revue hispanique, dirigée magistralement par M. Foulché del Bosc et le Bulletin hispanique sont des porte-voix éloquents. Je ne dois pas oublier dans le champ de l'histoire de notre art l'illustre M. Emile Bertaux, tombé pour la France dans la Grande Guerre.
« Les liens artistiques qui se sont noués entre nos deux pays au cours de quatre expositions remarquables : l'Exposition hispano-française de Saragosse en 1908, celle de l'Art français à Madrid en 1918, à laquelle contribua puissamment un peintre illustre, grand ami de l'Espagne, Léon Bonnat ; l'Exposition d'art espagnol à Paris en 1919, qui s'est renouvelée à Bordeaux dans la même année et à laquelle j'ai envoyé des tapisseries de Goya et un livre sur les collections de tapisseries de ma Maison. Ces manifestations artistiques ont permis de se rendre compte de la communauté qui existe entre nos deux peuples quant à la perception et à l'interprétation de la beauté que j'ai constatée tout à l'heure.
« Digne de mention est également le labeur de l'Institut français de Madrid avec ses filiales de Barcelone et celui des cours de vacances de Burgos, fruit du travail personnel de l'insigne
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M. Ernest Mérimée, poursuivi efficacement par M. Henri Mérimée et par M. Pierre Paris.
Je ne veux pas terminer sans consacrer un souvenir ému à un de vos illustres collaborateurs qui a particulièrement contribué à resserrer les rapports entre la France et l'Espagne. Je veux parler de celui qui s'est tant distingué dans l'activité sympathique des Comités de rapprochement franco-espagnol, M. Imbart de La Tour, dont nous pleurons tous la disparition.
Je veux offrir ici également un hommage de ma gratitude envers les nombreux et illustres professeurs des Universités de Paris, de Bordeaux et de Toulouse qui accomplissent un travail magnifique.
NOUVELLES
Légion d'honneur. — Dans une nouvelle liste de promotions de chevaliers nommés à l'occasion de l'exposition des Arts décoratifs, nous relevons les noms suivants : MM. Besnard, architecte en chef des Monuments historiques ; Langlois, Patout, Boille, Tony Selmersheim, Bagge, architectes ; Boutlerin, architecte en chef des Bâtiments civils et des Palais nationaux ; Ragon, sculpteur ; Jean-Louis Vaudoyer, critique d'art ; Guérin, conservateur adjoint du Musée des Arts décoratifs ; Cheffer, Reymond, Waroquier, Rigal, artistes peintres ; Subes, artiste décorateur ; Giot, dessinateur ; Cartier, professeur de tapisserie à la manufacture de Beauvais ; Martin, conservateur du Musée des médailles de la ville de Marseille.
D'autre part, le peintre Lemordant a été promu grand-officier.
Nominations. — Par arrêté du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts en date du 11 juin 1926, M. Paul Gasq, statuaire, a été nommé professeur de modelage (cours de l'enseignement simultané des trois arts) à l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, en remplacement de M. Allar, décédé.
Par arrêté du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts en date du 25 mai 1926, Mme Henry Lapauze, critique d'art, est nommée membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts.
Les Artistes indépendants. — L'Assemblée générale de la Société des Artistes indépendants tenue récemment a procélé à la constitution de son comité dont le président reste M. Paul Signac.
La société comptant aujourd'hui 4.251 membres inscrits, il a été décidé que la réception des adhésions était suspendue jusqu'à la prochaine exposition. A ce moment, de nouveaux membres seront reçus dans la mesure des places laissées vacantes par les sociétaires non exposants.
La Sauvegarde de l'Art français. — L'Assemblée générale de la Sauvegarde de l'art français a eu lieu dernièrement chez Mme la comtesse de Rohan-Chabot. Le duc de Trévise, président et fondateur de cette société, a rendu compte de son voyage aux Etats-Unis et du chaleureux accueil qui lui a été partout réservé.
La Fondation américaine pour la Pensée et l'Art français. — Les sept jurys de Littérature, Peinture, Sculpture, Art décoratif, Architecture, Gravure et Musique de la Fondation américaine pour la Pensée et l'Art français viennent d'achever leurs travaux et de répartir, sous la présidence de la fondatrice, Mme Florence Blumenthal, et du directeur des Beaux-Arts, M. Paul Léon, les quatorze bourses destinées à soutenir durant deux années de jeunes artistes ou littérateurs : MM. André Chamson, Jean Prévost et Champly pour la littérature ; Antral et Paul Charlemagne pour la Peinture ; Paul Belmondo et René Duparcq pour la Sculpture ; Maximilien Vox, Gabriel Lacroix, Jean Adnet et L. Sognot pour les Arts décoratifs ; Henry Le Menu pour l'Architecture ; Robert Cami pour la Gravure et Robert Siohan pour la Musique.
Les bourses ont été généreusement portées cette année par la fondatrice de 12.000 à 20.000 francs.
A Saint-Bertrand de Comminges. — Des fouilles effectuées à Saint-Bertrand-de-Comminges par le comité universitaire des recherches archéologiques ont amené la découverte de statues en marbre blanc dans une cachette où elles avaient été, sans doute, dissimulées vers la fin du IVe siècle de notre ère lors de la destruction des édifices paens. L'une de ces statues représente un guerrier blessé ayant un genou à terre, une autre une Victoire ailée.
A propos de Saint-Bertrand-de-Comminges, signalons l'article que M. Henri Drouot vient de publier dans la Revue de Bourgogne sur le Tombeau dit de Hugues de Châtillon. Les lecteurs de la Gazette des Beaux Arts (novembre 1925) se souviennent des intéressantes considérations émises par M. Drouot au sujet de la place qu'occupe ce monument dans l'histoire iconographique de la sculpture funéraire en France. Aujourd'hui, l'étudiant à un point de vue purement archéologique, il se rallie à l'opinion de M. Enlart suivant laquelle ce tombeau est formé d'un sous-bassement du xve siècle et d'une statue de gisant exécutée au siècle précédent.
Une exposition Eugène Boudin au Havre. — Du 15 août au 15 septembre, s'ouvrira au Havre une exposition organisée par la Municipalité de la ville et consacrée au grand peintre de marines, Eugène Boudin, qui naquit non loin de là, à Honfleur, en 1825. Le Musée du Havre exposera ses 218 tableaux et études du maître, qu'il possède. On espère que de nombreux collectionneurs possesseurs d'œuvres de Boudin tiendront à participer à cette manifestation qui constituera une intéressante, quoique un peu tardive, célébration du centenaire du grand artiste.
Une exposition Steen à Amsterdam. — Il vient de s'ouvrir à Amsterdam une exposition consacrée à Steen qui a le mérite de ne réunir que des œuvres de qualité. Les soixante-dix-sept tableaux, qu'elle comprend, proviennent pour la plupart des musées et des collections particulières hollandais ; un certain nombre ont été prêtés par l'étranger, notamment par les musées de Berlin et de Cassel.
L'exposition durera jusqu'à la fin du mois d'août.
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NÉCROLOGIE
Née à Pittsburg en 1845, MARY CASSATT vient de mourir laissant derrière elle une des œuvres les plus remarquables qui soient dues à l'art américain contemporain. Après avoir étudié à l'Académie de Philadelphie, elle voyagea d'abord en Italie, en Espagne et en Hollande avant de se fixer à Paris où elle se lia bientôt avec Degas et Renoir. Adepte de l'impressionnisme, elle consacra son talent, fait de dessin nerveux et de claire luminosité, à exprimer les joies et les grâces de l'enfance et les émotions de la maternité.
— La mort a frappé à Sèvres, il y a quelques jours, le céramiste DAMMOUSE, très peu de temps après son élévation au grade de commandeur de la Légion d'honneur qui avait consacré sa longue et probe carrière. On sait qu'il compte avec Chaplet et Delaherche parmi les rénovateurs de la céramique moderne et qu'il se spécialisa dans l'art de la pâte de verre. Il fut aussi parmi les créateurs et les soutiens de la section d'art décoratif à la Société nationale. Il exposa également aux Décorateurs et au Salon d'automne. Il était membre du comité de perfectionnement de la manufacture de Sèvres.
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ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 18 juin.
L'ordre du jour appelle la nomination d'un membre de la commission des médailles, en remplacement de M. Foucart, décédé. M. Prou est nommé.
La commission Piot propose d'allouer 2000 francs à la société des arts de Charlieu (Loire), pour les fouilles entreprises sur l'emplacement de l'ancienne abbatiale ; 4000 fr. à M. Léon Rey, directeur de la mission archéologique française en Albanie, pour la continuation des fouilles d'Apollonie.
M. Rostovtseff décrit une statuelle de bronze doré, acquise en Chine par M. C.-T. Loo, et appartenant à la collection de M. John-D. Rockefeller : elle représente un cavalier nomade chevauchant un lion ailé ; elle était fixée au couvercle d'une cassette. Une pièce similaire a été trouvée en Russie orientale et est conservée au musée de l'Ermitage, à Péetrograd : ces statuettes avaient été agencées pour servir de vases à libations. Leur comparaison avec les monnaies et monuments de l'Inde septentrionale permet de constater qu'elles appartenaient à l'art de l'Asie centrale, restée longtemps, à cet égard, sous l'influence iranienne et indoscythe : elles ont dû être fabriquées au Turkestan ou en Mongolie au IIe ou IIIe siècle après Jésus-Christ. Les cavaliers représentaient les dieux d'un panthéon semblable à celui des rois kouchanes de l'Inde du Nord.
À l'issue de la séance, les académiciens félicitent leur confrère M. Franz Cumont, nommé officier de la Légion d'honneur pour sa mission de Doura et ses travaux en Syrie.
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Séance du 25 juin.
Lecture est donnée d'une lettre de M. Roussel, directeur de l'Ecole française d'Athènes, relative aux dernières fouilles, portant notamment sur le temple d'Esculape à Delos et sur une curieuse statuette d'éphèbe courant, trouvée dans la baie de Marathon, ainsi que sur les objets découverts à Calydon, en Etolie.
M. Cuq donne connaissance d'un rapport de M. Hrozny, de l'université de Prague, sur les fouilles poursuivies par ce savant à Kultépé, près de Cesarei, aux frais de MM. Masaryk, Benès, Karlik et Heidler, avec l'agrément du gouvernement tchécoslovaque. Outre des archives de commerçants assyro-cappadocéens trouvées sous forme de tablettes cunéiformes, M. Hrozny a dégagé aussi, sur un terrain dominant la ville, un palais en ruine aux murs énormes, peut-être un château-fort hittite, ainsi que des objets multiples et des fragments de statues ayant été employés à la construction.
M. Théodore Reinach fait remarquer que ces découvertes corroborent les récits d'Hérodote.
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Académie des Beaux-Arts
Séance du 19 juin.
L'Académie a décerné les deux grands prix Le Guay-Lebrun, de 9.000 fr. chacun, l'un au peintre Hervé, pour sa Fête de village, l'autre au sculpteur Botiau, pour ses bas-reliefs décoratifs.
Elle a décerné le prix Piot (2.000 fr.) à Mlle Heuvelmans, grand prix de Rome de sculpture, et le prix de la Société française de gravure (1.400 fr.) à M. Pénat.
L'Académie a ensuite attribué des prix de peinture à M. Maury (4.000 fr.) ; à Mlle Franceschi, MM. Clamens et Bazé (3.000 fr. chacun) ; à Mlle Barrier (1.500 fr.) ; à M. Giess (1.000 fr.) ; à M. Rousseau-Decelle (500 fr.) ; à M. Vilpelle (300 fr.).
Séance du 26 juin.
M. Whitney Warren, architecte américain, membre associé, assiste à la séance.
M. Henry Lemonnier a donné lecture de quelques passages de son dernier volume sur l'ancienne Académie royale d'architecture.
L'Académie a décerné le prix Tramont, de 2.000 fr., au peintre Herviault, auteur du plafond La Liberté, destiné à la Mairie de Levallois-Perret.
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Société des Antiquaires de France
Séance du 7 avril.
Mgr Batiffol donne lecture d'un mémoire de M. Jean Hubert relatif à quelques vues de la Cité au xve siècle dans un bréviaire parisien conservé à la Bibliothèque municipale de Châteauroux.
M. le marquis de Beauchesne étudie l'emplacement de deux villas de Pline le Jeune sur le lac de Come.
M. Jean Babelon étudie un médaillon d'Henri II d'une collection privée et montre à ce propos comment les médailleurs des Valois savaient interpréter les crayons et les peintures.
Séance du 21 avril.
M. le comte de Loisne communique les noms de trois
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maîtres d'œuvres qui ont travaillé à divers châteaux sous les rois angevins de Sicile.
M. de Mély signale une tuile de la série dite d'Abgare, découverte dans un tombeau mérovingien de Saint-Mathurin (Maine-et-Loire).
M. du Mesnil du Buisson étudie un petit bronze représentant le Baal de Béryte.
M. Martin-Chabat donne les renseignements sur la chute du clocher de la Dalbade à Toulouse.
Séance du 28 avril.
M. Lacroq adresse une notice sur la chapelle élevée dans l'église de Monteil-au-Vicomte (Creuse) par les soins de Pierre d'Aubusson, grand maître de l'ordre de Rhodes, en 1476.
Séance du 5 mai.
M. Marquet de Vasselot présente à la Société des ivoires de la fin du ive siècle, acquis récemment par le Musée du Louvre.
Séance du 12 mai.
M. L. Serbat attire l'attention sur des sculptures peu connues de certaines églises de la Manche, notamment un Christ de Gloire du xire siècle, de Saint-Sauveur-la-Pommeraye.
M. J. Vallery-Radot étudie les dates de construction de la nef de la Trinité de Fécamp qui a été élevée entre 1187 et 1220.
M. Formigé communique une tête antique d'homme en marbre trouvée à Vaison.
Séance du 26 mai.
Communications de M. de Mély sur les origines nobles de Claus Sluter et des sculpteurs qui l'assistèrent à Dijon et qui possédaient tous des fiefs nobles dans le voisinage de la carrière de Marquise (Pas-de-Calais).
De M. J. Vallery-Radot sur l'architecture de l'abbatiale de Fécamp.
Séance du 9 juin.
M. Jules Formigé montre des photographies et un plan qui donnent l'état d'avancement des fouilles du temple d'Orange, le plus grand des temples dont il subsiste des traces en Gaule.
Société de l'Histoire de l'Art français
Séance du 5 juin.
M. Jean Cordey étudie un manuscrit à miniatures du xviie siècle, exécuté par Jacques Bailly qui reproduisit, pour le Roi, les tapisseries des Gobelins des Éléments et des Saisons, en reprenant à part, dans une interprétation libre, les devises avec leurs encadrements.
M. Bouvet décrit plusieurs dessins de la Bibliothèque de l'Opéra, — costumes ou décors — dus à Boucher ou à son atelier, à Chauveau, à Cochin le fils, à Wille et à René-Louis Boquet.
M. Jean Vallery-Radot prouve qu'Abraham Bosse n'est nullement l'auteur de la gravure satirique, la Déroute ou la Confusion des Jansénistes qui orne l'Almanach de 1645, dit des Jésuites, mais seulement de la réplique réduite quoique très fidèle destinée à illustrer le pamphlet écrit par Le Maistre de Sacy en réponse aux Jésuites.
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UN NOUVEAU PORTRAIT DE CATHERINE DUCHEMIN
par Sébastien Bourdon
L'exposition des femmes-peintres du xviie siècle, qui vient de finir rue de la Ville-l'Evêque, a ramené l'attention sur les femmes académiciennes; puisque « l'Académie royale de peinture et de sculpture plus féministe que l'Institut actuel, accueillait galamment dans son sein des académiciennes », comme le dit M. Réau dans son intéressante préface du catalogue.
Ce regain d'actualité nous autorise à revenir sur la première de toutes les académiciennes, une de ces « femmes-peintres qui étaient encore au
SÉBASTIEN BOURDON. Portrait de Catherine Duchemin.
xviie siècle une exception » : Catherine Duchemin, femme du sculpteur Girardon.
Le peut article, que nous lui avons consacré à propos de sa miniature du musée de Troyes, dans le numéro du 15 avril de Beaux-Arts, nous a valu d'apprendre l'existence d'un autre portrait d'elle qui nous était inconnu, œuvre de Sébastien Bourdon, qui appartient à un descendant de sa famille, M. Duchemin.
Elle y est représentée grandeur nature, assise devant son chevalet, à côté d'une fenêtre ouverte, tenant palette et pinceaux et peignant des pavots placés dans un vase auprès d'elle. La tradition rapporte que les pavots sont de sa main
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et certainement le faire en est sensiblement différent de celui du reste de la toile. C'est bien le même type de femme que dans la miniature du musée de Troyes; on retrouve les sourcils arqués, les yeux en amande, la petite bouche; mais l'expression est plus sympathique, la physionomie douce et fine a beaucoup de charme. Ce n'est plus la mondaine en grande toilette, mais l'artiste en tenue de travail, en costume feuille morte éclairé d'un fichu blanc avec petits nœuds de velours noir, et la coiffure est aussi toute simple, sans petites boucles.
Ce portrait (1), qui nous la fait mieux connaître et mieux aimer, a été exposé en 1878, à l'exposition des Portraits nationaux, sous l'étiquette Sébastien Bourdon (1616-1671) et sous le no 2932 du Catalogue. De fait, bien qu'il ne soit pas signé, l'attribution traditionnelle ne seurait faire de doute, tant il s'apparente au portrait de Sébastien Bourdon par lui-même qui est au Louvre (2), avec le même rideau vert bouteille servant de fond, et les mêmes tonalités pour les carnations.
C'est un très beau portrait, et pour lequel l'intérêt historique et iconographique s'ajoute à l'intérêt artistique.
M.-E. SAINTE-BEUVE.
L'EXPOSITION LOUIS-PHILIPPE
à la Galerie Charpentier
Au fur et à mesure du recul du temps, la consécration historique s'accentue et le charme de la découverte et de la restitution s'ajoute à la valeur propre des œuvres anciennes. Ce recul, de nos jours, comme le remarque très joliment M. J.-L. Vaudoyer dans la préface de cette exposition, semble s'opérer avec une rapidité folle et nous avons déjà assisté à des exhumations qui nous paraissent presque archéologiques des modes, des idées et du décor de 1880, voire de 1900.
Le règne de Louis-Philippe, qui n'a pas encore un siècle de date, nous apparaît avec évidence aujourd'hui comme une époque historique, au même titre que celui de Louis XV ou de François Ier. Cette exposition n'est pas la première à rassembler souvenirs et documents et ne sera certainement pas la dernière, car ils sont abondants, variés, émouvants ou pittoresques. Celle-ci que vient d'organiser avec autant de zèle que de goût Mme Maurice Hottinguer en l'hôtel Charpentier est des plus instructives et des plus évocatrices.
On y a moins cherché les grandes œuvres
(1) Peint à l'huile sur toile. 1 m. 30 × 0 m. 96.
(2) Salle Mollien.
et les grands noms que les documents peu connus révélateurs d'une humanité, d'une société où Hugo et Musset, Chopin et Lizt, Stendhal et Guizot, la Malibran et Juliette Drouet nous attirent cependant singulièrement plus que tel bourgeois inconnu ou telle « amazone aux lévriers ». De même nous nous consolons de voir peu d'Ingres et de Delacroix, un seul Corot, un seul dessin de Daumier, en nous intéressant aux petits maîtres qui furent parfois de grands ouvriers de peinture, un Lami ou un De Dreux, aux peintres d'histoire ennuyeux qui se trouvent avoir été parfois de délicieux intimistes ou des portraitistes savoureux, Court ou Couture, Deveria ou Scheffer. Des aspects de la vie privée ou publique, Louis-Philippe dans son cabinet de Neuilly, l'Atelier de la princesse Marie d'Orléans ou la réception de la reine Victoria à Eu, le Souper à la Maison d'Or ou le Contrat de Mariage nous permettent de revivre en imagination dans ces palais ou ces appartements presque également bourgeois, car c'est une impression qui domine et un mot qui revient comme un leit-motiv : le luxe même et les fêtes du roi-citoyen furent d'une somptuosité médiocre. De tous ces portraits, de tous ces intérieurs une certaine intimité, parfois une profondeur intellectuelle ou sentimentale se dégagent; mais l'ensemble de la vie, de son décor, de son allure générale reste honnêtement mesquin, sans grâce et sans goût.
Quant au décor réel que l'on nous convie à admirer, l'exhumation peut en être utile historiquement, aussi bien que curieux au point de vue sentimental. Voilà donc ce qu'étaient devenues entre 1830 et 1848 les traditions décoratives et constructives des meubliers français! Une élégance simple et pratique paraît encore dans certains de ces meubles de citronnier et de palissandre, mais c'est une fin, une survivance, et le décor plaqué qu'il soit gothique, troubadour ou rocaille pseudo-Louis XV, apparaît dans les meubles comme dans les pendules: les porcelaines s'encombrent de tableaux et de fleurs au naturel aux coloris violents; la manufacture de Sèvres rivalise de mauvais goût avec la porcelaine de Paris et les fabrications de Jacob Petit. Voilà donc le décor où vécurent et les bibelots qu'aimèrent les héroïnes de Musset et de Balzac! Nous sommes heureux de le savoir. Mais nous espérons que toute cette pacotille rentrera dans les fonds d'armoire où elle se cachait et que, s'il en reste quelques échantillons dans les musées et les pièces dites de restitution que l'on peut tenter d'installer ici ou là, on ne va pas essayer de les lancer dans la circulation de la « curiosité ».
P. V.
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MONUMENTS HISTORIQUES
Seine. — Il nous faut signaler, sans y insister cependant, tant les édifices sont connus, le classement, parmi les monuments historiques, d'une part, de l'hôtel Biron et de ses jardins affectés, on le sait, au musée Rodin, et d'autre part, de l'Observatoire et de son parc, dont l'abandon presque total par les services astronomiques risque de lui faire donner une destination qui pourrait modifier son caractère.
La robuste et simple architecture de Perrault vaut bien du reste cet honneur, et si les astronomes pour qui elle a été construite devaient s'en retirer, il est à souhaiter qu'une destination adéquate à son genre de beauté et à sa destination primitive, lui soit réservée.
Hérault. — Une des dernières habitations de plaisance que les riches habitants de Montpellier firent construire au XVIIIe siècle dans les environs immédiats de la ville était menacée de disparaître à peu près complètement, ou, en tous cas, d'être dépouillée de la plupart des œuvres d'art qui l'ornent encore, si le classement, récemment prononcé contre le gré de son propriétaire, n'était venu interrompre cette œuvre de dévastation. Il s'agit du château de Lengaran, charmante résidence d'été que Loys, seigneur de Marigny, fit élever dans la seconde moitié du XVIIIe siècle avec une partie des matériaux provenant du célèbre château de la Mosson que le fastueux financier Joseph Bonnier avait fait construire entre 1723 et 1729 et qui avait été vendu et démoli dès 1758.
S'il paraît improbable que le château lui-même de Lengaran, délicate construction aux proportions heureuses et aux lignes sobres, soit fait des deux ailes du château de la Mosson, il est certain que la grille d'entrée, remarquable ferronnerie pleine de mouvement, tout en restant sobre et très ornementale, provient de cette dernière demeure. C'est aussi à la Mosson que le seigneur de Marigny acquit les vases décoratifs et les statues dont il orna son propre parc, entre autres une très gracieuse figure de Diane ou de nymphe chasseresse qui n'est pas sans rapport avec celles que le roi avait fait jadis disposer dans les parterres de Marly. Une succession de jardins en terrasses, dessinés à la française, égayés par des pièces d'eau, conduit en pente douce jusqu'à une fontaine monumentale que surmonte un groupe d'amours jouant avec un dauphin.
C'est un fort bel exemple de ces fontaines ornées de mosaïques et d'assises de « rustiques », dont les habitants de Montpellier avaient le goût. Outre celle du château de la Mosson heureusement conservée, on peut encore citer celle du château de la Mogère, la plus remarquable de toutes peut-être. Dans cette dernière une statue de dieu marin orne encore la niche centrale couronnée d'un motif sculpté de deux enfants jouant avec un cheval, attribut de Neptune.
L'intérieur du château de Lengaran n'est pas non plus sans intérêt. Un certain nombre de pièces sont encore décorées de charmants reliefs en plâtre sculpté, de ces gypseries dont les Italiens avaient apporté le goût au XVIIe siècle, à l'exemple des palais de Gênes, du palais Doria notamment et dont les riches hôtels de Montpellier étaient ornés (1).
Jean VERRIER.
(1) Les éléments de cette notice et les illustrations sont extraites de l'ouvrage de MM. Emile Bonnet et André Joubin, Montpellier aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Château de LENGARAN. Façade principale.
Fontaine du château de LENGARAN.
Jean VERRIER.
(1) Les éléments de cette notice et les illustrations sont extraites de l'ouvrage de MM. Emile Bonnet et André Joubin, Montpellier aux XVIIe et XVIIIe siècles.
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BULLETIN DES MUSÉES
MUSÉE DU LOUVRE
Peintures et dessins
Deux nouveaux portraits par Corot
Deux portraits par Corot viennent d'entrer au Louvre, donnés par la famille de Mme veuve Lemarinier, à la suite d'une entente dont M. Geor-
Cl. Serv. phot. B.-A.
Corot. Portrait de Mlle Sennegon.
(Musée du Louvre.)
ges Lemarinier fut le principal artisan.
Ces portraits offrent un double intérêt : du point de vue anecdotique en quelque sorte et aussi du point de vue esthétique, puisqu'ils nous permettent d'étudier, par leur simple juxtaposition, l'évolution de Corot dans l'art du portraitiste.
On sait qu'une des sœurs de Corot devint Mme Sennegon. Elle eut une fille que Corot portraictura alors qu'elle avait 16 ans.
Il en fit une image délicate soignée, pleine d'une poésie balzacienne; œuvre d'oncle admiratif, œuvre spirituelle aussi dans ses moindres détails: le bleu du chapeau à bavolet, le noir des mitaines sur la blanche robe. Le fond est inventé, exécuté avec des glacis plus hâtifs. En sorte que la figure elle-même, composée d'un pigment plus épais et plus lisse, se détache sur ce fond, avec un relief très léger, mais pourtant très sensible.
Mlle Sennegon se maria, devint Mme Charmoy, eut une fille, petite-nièce de Corot, dont il fit encore le portrait. Cette petite-nièce, que Corot avait portraicturée quand elle était enfant et qui mourut aïeule, est précisément Mme Lemarinier dont le décès fit entrer au Louvre les deux tableaux dont nous parlons.
Ce deuxième portrait est d'une technique toute autre que le premier. La figure est réalisée au moyen de ces terres que Corot employait avec tant de finesse, qu'il nuançait avec tant de mesure, et qui nous feraient croire que Corot a tenu la gageure qu'énonçait Delacroix quand l'auteur des Croisés s'écriait: « Donnez-moi de la boue et j'en ferai de la chair de femme ».
La figure, toute puérile et fraîche, très largement traitée, apparaît dans une ove de fleurettes exécutée avec une brusquerie tendre, avec une exquise fantaisie, du bout du pinceau.
Cl. Serv. phot. B.-A
Conor. Portrait de Mlle Charmoy.
(Musée du Louvre.)
En même temps que deux œuvres de grande valeur, infiniment riches de charme, c'est un peu du cœur affectueux et familial de Corot qui entre au Louvre par l'effet de ce don très généreux.
Robert Rey.
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Sculptures du Moyen-Age
Deux statuettes bourguignonnes du XVe siècle
Le Louvre aura rarement eu l’occasion de s’enrichir de morceaux d’une qualité équivalente à celle de ces deux petits bois bourguignons ; et il faut
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Statuette de saint. Bois.
Ecole de Bourgogne, xve siècle.
(Musée du Louvre.)
tout d’abord savoir gré à l’amateur de goût sûr et de science archéologique certaine qui avait su les recueillir jadis, qui les avait, dans l’intérêt général, laissé mouler par le Trocadéro et qui, après une négociation amiable, a consenti à s’en défaire au bénéfice des collections nationales.
M. Georges Mougeot avait acquis ces deux statuettes d’un antiquaire de Gray en 1906 et il était par ses recherches, arrivé à la conviction qu’elles provenaient de l’abbaye cistercienne de Teuley près de Gray, abbaye qui relevait du diocèse de Langres et dont l’un des protecteurs Jean III de Vergy († 1418) avait son tombeau dans l’église abbatiale. L’abbaye possédait aussi, paraît-il, un retable en bois duquel proviendraient probablement nos statuettes ainsi que plusieurs autres, car on en connaît un certain nombre de même style et de valeur
approchante ; on peut citer entre autres un abbé mitré qui est entré au Musée de Dijon avec la collection Grangier. D’autres sont encore dans une collection particulière dijonnaise : enfin le Louvre possédait déjà, grâce au legs précieux d’Albert Bossy, un Saint-Etienne qui, depuis son entrée au musée en 1904, a été bien des fois admiré et publié, notamment par Paul Leprieur dans les Monuments Piot.
Il y a un rapport de parenté évident entre le Saint-Etienne Bossy et le diacre Mougeot qui était peut-être un Saint-Laurent, quoique la disparition de tout attribut nous empêche de préciser ce vocable. Le Saint-Etienne nous est arrivé avec quelques restaurations, la main gauche et le manipule notamment, mais avec une polychromie et une dorure conservées assez intactes et sans additions en tous cas de couches postérieures. C’est un très bon spécimen de bois « étoffé » de sa couche crayeuse supportant l’or et la couleur, et laissant aux parties
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Statuette de diacre. Bois.
Ecole de Bourgogne, xve siècle
(Musée du Louvre)
principales, la tête en particulier, toute son énergique finesse.
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BULLETIN DES MUSÉES
Les deux statuettes Mougeot avaient été malheureusement, avant l'acquisition de 1906, décapées et récurées jusqu'au bois, ce qui leur donne un peu plus de rudesse et moins d'enveloppe. On y voit à vif le travail précis et minutieux de la gouge et du ciseau.
Elles ont, d'autre part, l'avantage d'avoir une provenance à peu près certaine et de pouvoir se dire bourguignonnes, indépendamment même de leur style et de leur caractère, tandis que l'on avait pu parfois hésiter à propos du Saint-Etienne, ne sachant s'il s'agissait d'une exceptionnelle réussite de quelque atelier flamand ou brabançon ou d'un bois français.
Ici, en dehors de la provenance même qui nous rassure, nous avons pour affirmer l'origine bourguignonne une autre raison encore. Nous n'avons guère, en effet, parlé jusqu'ici que du diacre si élégant et si nerveux. Mais le personnage qui l'accompagne est exactement de même taille et de même présentation (une petite semelle de bois surajoutée pour approprier sans doute la taille des figures à leur emplacement dans quelque niche de retable, avec, au-dessous de l'une d'elles, une marque VIII qui constituait sans doute un repère pour la pose). Or, ce second personnage barbu et largement drapé, dont l'attribut manque aussi malheureusement, est d'un style slutérien si caractéristique qu'il saute aux yeux au premier coup d'œil. Ces étoffes avec larges plis droits, lancées avec une virtuosité sans égale sont sinon une signature, au moins une marque d'école ou même d'atelier indubitable.
Paul Vitry.
AU MUSÉE DU LUXEMBOURG
Le Musée du Luxembourg, en même temps que la Manufacture des Gobelins, a organisé une exposition d'œuvres de Jules Chéret, prêtées par M. Maurice Fenaille et M. le baron Vitta.
D'autre part, on vient de rouvrir à l'annexe du Jeu de Paume, les salles consacrées aux écoles étrangères réinstallées une fois de plus, après l'exposition hollandaise, grâce à la persévérante activité de M. Dézarrois. Une partie toutefois en est encore occupée temporairement par une exposition des peintures murales exécutées pour la décoration de l'abside de la cathédrale de Vich (Espagne), par le peintre J.-M. Sert, dont on sait le magnifique et ample talent décoratif.
Un groupe d'amateurs américains a offert au Musée pour sa section de peinture étrangère un joli tableau de Bryson Burroughs, représentant une scène mythologique.
Le Musée a reçu en legs, d'autre part, un portrait de Henri Cordier, membre de l'Institut, par le peintre Caillebotte, l'ami des impressionnistes et l'auteur du don célèbre qui a permis de faire entrer la plupart d'entre eux dans les collections nationales. Lui-même était représenté dans cet ensemble par le tableau des Raboteurs de parquets. Le portrait de Henri Cordier qui est représenté à sa table de travail dans une claire bibliothèque, montrera aussi le reflet des doctrines nouvelles sur l'art personnel du généreux donateur.
Un portrait par Odilon Redon
Dans sa manière de cataloguer les artistes le public fait souvent preuve d'une hâte un peu simpliste. Il se rappelle les œuvres qui le surpriment le plus.
Cl. Serv. Ph. B.-A
Odilon Redon. Portrait de femme.
(Musée du Luxembourg)
C'est ainsi que Redon est surtout connu pour ses féeries à la fois florales et mythologiques, toutes précieuses d'ors et de tons étincelants. On commence aujourd'hui à se rendre compte que ce côté visionnaire d'Odilon Redon ne constitue pas tout son talent. Tout en admirant ses rêveries éclatantes ou vaguement sinistres, les amateurs se mettent à rechercher ses œuvres de demi-ton, de mesure exquisément nuancée, ses paysages à la Chintreuil exécutés dans les premiers temps de son arrivée à Paris, après 1870, ses paysages et ses portraits. Or un des plus beaux, parmi les portraits que fit Redon, vient d'entrer au Musée du Luxembourg, grâce à la très délicate générosité de Mme Goedkopp de Jong.
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BEAUX-ARTS
Mme Gœdkopp de Jong possède, en sa splendide demeure de La Haye, au fond de son parc merveilleux où l'on voit nicher des hérons comme dans les tapisseries médiévales, une collection rigoureusement composée de pièces rarissimes.
Elle avait acquis, il y a peu d'années, un portrait de Mme Odilon Redon, exécuté par Odilon Redon en 1882.
Lors d'un récent séjour que je fis à La Haye, Mme Gœdkopp de Jong voulut bien me dire qu'elle éprouvait un peu l'impression de maintenir en exil une œuvre particulièrement émouvante par son caractère d'austère intimité; et, séance tenante, elle me remit ce portrait pour le Luxembourg.
Ce tableau est, par lui-même, fort curieux. Peint à fleur de toile, très légèrement modelé, il donne l'impression de vérisme et, en même temps, de discrétion presque hautaine, qui se dégage de certaines effigies tracées par Degas.
Pourtant je ne sais quelle fixité du regard, quelle brusquerie dans l'indication des méplats du visage lui valent cette allure mystérieuse, un peu d'apparition, qui se retrouve toujours dans les œuvres d'Odilon Redon. Le fond est fait d'ocres sous lesquels apparaissent d'étranges rougeoiements; et dans les cheveux, un petit ornement floral, composé de minuscules empâtements blancs et couleur turquoise, sorte d'orfèvrerie végétale, est tout à fait dans la note la plus habituellement chère à l'auteur des « Rêves ».
Le Musée du Luxembourg ne possédait jusqu'ici qu'une œuvre de Redon: Les Yeux clos, composition étrange, — qui n'est d'ailleurs pas exposée actuellement — qui représentait insuffisamment un artiste dont la place ne peut que grandir.
ROBERT REY
MUSÉE DE STRASBOURG
On se rappelle que le Musée des Beaux-Arts de Strasbourg était, jusqu'ici, très pauvre en peintures de l'Ecole française des xvie et xviiie siècles. Les efforts, qui ont été faits depuis l'armistice en vue de combler cette lacune, la sollicitude avec laquelle plusieurs amateurs ont encouragé ces efforts, et tout récemment encore, le legs Ernest May et un dépôt du Musée du Louvre, ont considérablement augmenté cette section. Les tableaux de l'Ecole française nouvellement entrés au Musée font l'objet d'une petite exposition dont nous avons déjà eu l'occasion de parler aux lecteurs de Beaux-Arts. En automne, une grande salle sera consacrée aux xvie et xviiie siècles français. Elle comprendra des œuvres de Claude Lorrain, Gaspard Duguet, Francisque Millet, Sébastien Bourdon, Jacques Courtois, Philippe de Cham-
paigne, Largillière, Alexis-Simon Belle, Antoine Watteau, Nicolas Lancret, François Le Moyne, J.-B. Greuze, Joseph Vernet, J.-B. Hilaire, Casanova, Loutherbourg, de Machy, Boilly, Drolling, etc.
Il y a quelques jours, le Musée a pu faire l'acquisition d'un tableau qui vient heureusement compléter cette série. C'est un portrait d'une femme de qualité, costumée en bergère, par Claude Deruet (1588-1660), qui fut, comme on sait, compatriote et ami de Claude Lorrain et de Callot,
DERUET. Portrait d'une dame en bergère.
(Musée de Strasbourg)
ainsi que professeur de dessin de Louis XIII. Cette intéressante peinture reflète admirablement le goût moyen français de la première moitié du xvie siècle: elle conserve des traits de l'école de Fontaircobleau, subit dans son paysage l'influence du Lorrain et s'apparente à Abraham Bosse. « Littérairement », elle semble s'inspirer de « l'Astrée ». C'est, croyons-nous, après les quatre tableaux du Musée d'Orléans et ceux du Musée Lorrain de Nancy, le seul Deruet qui se trouve dans les collections publiques françaises. Il est signé, dans l'aumônière rouge brodée d'or que porte la dame au côté, CL. DERUET, les initiales du prénom étant entrelacées.
H. .H.
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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
BELGIQUE
L'Art français au pays de Liège
Un hommage délicat à notre génie français rendu avec goût et avec science, dans un cadre de valeur, et qui se trouve, par un hasard favorable, merveilleusement adapté et tout particulière-ment éloquent; en résumé, une exposition charmante, féconde en renseignements, une contrepartie heureuse, malgré son importance limitée, à ce que l'Art au Pays de Liège montra à Paris il y a deux ans, voilà ce que nous offrait, dans son hôtel d'Ansembourg la jolie ville de la Meuse: elle affirmait ainsi: une fois de plus sa fine sensibilité, sa délicatesse de vieille race.
Les pièces caractéristiques de l'art de chez nous et du meilleur sont ici abondantes, et toutes cependant puisées dans les musées ou les collections d'une région fort restreinte: Liège ou ses environs immédiats. Ceci déjà est fort remarquable et ne peut s'expliquer que d'une manière: ce pays est un centre d'art à traditions esthétiques anciennes, où, tous, du plus grand au plus petit, s'intéressent au travail bien fait, à la ligne heureuse, à l'ensemble harmonieux, le goûtent, l'apprecient et le recherchent. Ainsi s'indique une différence profonde avec la partie flamande des Pays-Bas, où la richesse, la force et l'éclat sont prisés en premier lieu.
A parcourir les salles du vieux logis d'Ansembourg, toutes garnies de boiseries, de plafonds, de cheminées ou de portes, richement fouillées et sculptées par les artistes locaux, à revoir cet ensemble rempli aujourd'hui de meubles, de peintures et d'objets français, on est frappé du parallélisme des deux arts qui restent cependant tous les deux si personnels. On sent que l'activité de Liège serait incompréhensible sans les créations de chez nous, et, d'autre part, qu'il manquerait quelque chose à notre école, si on l'étudiait sans tenir compte de ce foyer à la fois très voisin et très différent.
Comme il sied au pays de l'ébénisterie, nos meubles et nos sièges sont ici particulièrement nombreux et particulièrement bien choisis: ils illustrent de façon fort claire l'étroite concordance dont nous venons de parler: en effet, au fur et à mesure que les ornements et les garnitures de bronze se généralisent dans notre mobilier, les Liégeois suivant leurs directives propres, tout en s'inspirant de nos acquisitions, décoront leurs meubles, leurs consoles ou leurs bureaux des mêmes motifs, mais en les taillant et les creusant à même le bois.
La verrerie, la céramique, les ivoires sont aussi fort bien représentés. En sculpture, quantité de pièces demanderaient mention et étude spéciales, telle cette Vierge assise de l'Ecole de Reims, pierre du xive, et le Saint-Jean debout, bois détaché d'un calvaire. Aux dessins, une belle page de David, une scène antique, que nous avons regretté
Meubles français du XVIIIe siècle à l'exposition de l'Art français au pays de Liège.