Page 1
ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS MARS 1934 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART CE NUMERO FRANCE : 106.
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS MARS 1934 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART CE NUMERO FRANCE : 106.
tons "vieil étain" "argent" "nickel" toute la gamme, du mat au polt étincelant, se réalise en décoration métallique. Le zinc possède des fona- lités d'une distinction rare et une malléabilité qui permet d'en tirer mille applications aussi nouvelles qu'imprévues. ROYALE AUTURIENNE DES MINES 1, Rue de Cirque, PARIS Dépositaire de "LA DÉCORATION MÉTALLIQUE" ZINC Figure 1: A detailed illustration of a decorative item, possibly an ornamental piece or a sculpture. The image is in black and white and appears to be a high-contrast, possibly scanned or photocopied version of the original document. It includes a central figure with intricate details, surrounded by smaller figures and objects, suggesting a richly detailed design. The background features a textured surface, possibly a wall or a surface with a patterned texture. The overall composition suggests a sense of depth and complexity, emphasizing the craftsmanship and detail of the object.
ART ET DÉCORATION L’ART DECORATIF ET LES ECHOS D’ART 38e ANNÉE - RÉDACTEUR EN CHEF : L. CHERONNET Administrateur : M. JARYC • TOUS LES DROITS SUR LES ARTICLES ET LES REPRODUCTIONS SONT RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS, LES MODÈLES PUBLIÉS SONT ET DEMEURENT LA PROPRIÉTÉ DE LEURS AUTEURS ; TOUTES LES REPRODUCTIONS OU IMITATIONS, MÊME PARTIELLES, SONT INTERDITES ET SERONT POURSUIVIES PAR LES AUTEURS. • PRIX : FRANCE : LE NUMÉRO 10 FRANCS. L’ABONNEMENT ANNUEL (12 NUMÉROS) 100 FRANCS. PAYS À TARIF POSTAL RÉDUIT : AFRIQUE DU SUD (UNION DE L’) ALBANIE, ALLEMAGNE, ARGENTINE, AUTRICHE, BELGIQUE, BRÉSIL, BULGARIE, CANADA, CHILI, COLOMBIE, CONGO BELGE, CUBA, ÉGYPTE, ÉQUATEUR, ESPAGNE, ESTHONIE, ÉTHIOPIE, FINLANDE, GRÈCE, GUATÉMALA, HAÏTI, HONGRIE, LETTONIE, LIBÉRIA, LITHUANIE, LUXEMBOURG, MAROC (ZONE ESPAGNOLE) PARAGUAY, PAYS-BAS, PERSE, POLOGNE, PORTUGAL ET SES COLONIES, ROUMANIE, SALVADOR, TCHÉCO-SLOVAQUIE, TERRE-NEUVE, TURQUIE, U. R. S. S., URUGUAY, VENEZUELA, YOUGOSLAVIE. LE N° 12 FR. 50. L’ABONNEMENT ANNUEL, 125 FRS. AUTRES PAYS : LE N° 15 FRS. L’ABONNEMENT ANNUEL 150 FRS. EMBOÎTAGES JUSQU’à 1931 INCLUS, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UN SEMESTRE : À PARTIR DE 1932, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UNE ANNÉE : 15 FRS (PORT EN SUS : FRANCE 3 FRS. ÉTRANGER 4 FRS). CHÈQUES POSTAUX : PARIS 66-90. TÉL. OPÉRA 65-38. • PARIS, 2, RUE DE L’ECHELLE LES ÉDITIONS ALBERT LEVY --- SOMMAIRE • MARS 1934 • Un manifeste de l’Union des artistes modernes, Joël et Jan Martel, sculpteurs d’aujourd’hui, par Anny Lévy-Gutmann. André Lhote, par Jean Cassou. Les meubles ingénieux de Paul Bry, par René Chavance. Un club champêtre en Espagne. Kiyoschi Hasegawa, peintre japonais de Paris, par Henri Hertz. Pour un nouveau Palais des Expositions, par R. C. Les Sunlights de Daumier, par Louis Cheronnet. Les Expositions, par René Chavance. Une cuisine-salle à manger, de Georges Appia, par Pierre Migennes. Costumes pour le danseur Mouradoff. • LES ÉCHOS D’ART REVUE DES REVUES - INFORMATIONS ET NOUVELLES EXPOSITIONS --- Les prochaines Expositions de LA GALERIE D’ART ET DÉCORATION seront annoncées dans notre numéro d’avril --- A DETACHER ET A ENVOYER A VOTRE LIBRAIRIE OU A LA REVUE “ART ET DÉCORATION”, 2, RUE DE L’ECHELLE. PARIS-I* Veuillez m’inscrire pour un abonnement d’un an à “Art et Décoration” à partir du mois d______ 19 *Vous en trouverez, ci-inclus, le montant en un $\frac{\text{chèque}}{\text{mandat}}$ de Frs _______________ J’en porte le montant, soit Frs** _______________ au crédit de votre compte chèque postaux Paris n° 6690. Date _________________________ Signature : Nom : _________________________ Prénom : _________________________ Profession : _________________________ Adresse : _________________________ * Biffer la mention inutile. ** Abonnement (12 N°), France, 100 fr. — Pays à demi-tarif postal, 125 fr. — Pays à plein tarif postal, 150 fr.
UN VRAI "FRIGIDAIRE" DÉGÈLE LES CAPITAUX... --- PARADOXE ? Que non pas. Voyez plutôt : Un appartement non loué dans un immeuble, c'est, pour son propriétaire, un capital gelé. Eh bien, pour louer rapidement un local vacant, la recette est simple : l'on y installe un "Frigidaire", mais : ... un vrai !... Le résultat ne se fait pas attendre. La maîtresse de maison en quête de logis a vite fait de " repérer " Frigidaire, et, sachant le supplément de confort et les économies que procure " Frigidaire ", conseille à son mari de louer. Or, ce que femme veut... Et c'est ainsi qu'un propriétaire de nos clients a réussi récemment à louer la totalité des appartements de son immeuble neuf, avant même la réception provisoire !... Et voilà comment un véritable " Frigidaire " dégèle les capitaux. --- "FRIGIDAIRE" 46, RUE LA BOÉTIE, PARIS TÉLÉPHONE : ÉLYSÉES 66-50
VERONESE 4, Rue Saint-Philippe-du-Roule Elysées : 68-14 Présente ses dernières créations chez JEAN PASCAUD, DÉCORATEUR 165, Boulevard Haussmann, PARIS --- CARDEILMAS ORFEVRE — PARIS 14 Place Verdôme — LA --- A CINÉMAS MODERNES LES ÉCLAIRAGES MODERNES DE PHILIPS-LUMIÈRE C'est au matériel si complet de Philips Lumière que le cinéma Trianon, à Fécamp, a fait appel pour la réalisation de ses splendides éclairages : voyez les merveilleux effets qu'il a su en obtenir. Philips-Lumière offre à MM. les Architectes non seulement la gamme de ses appareils, mais aussi la collaboration de ses services spécialisés dans cette branche si délicate. --- PHILIPS LUMIÈRE 2, CITÉ PARADIS, — PARIS (Xe) - Demandez-nous notre catalogue général N° 2.082 et notre Bulletin “Architecture et Lumière”. - Important : Nous sommes spécialistes de l'éclairage des façades par projection. Ecrivez-nous pour tous renseignements utiles. --- Le cadre de scène du Trianon de Fécamp. Le plafond lumineux du Trianon. Installateur M. Delauné à Fécamp.
UN PORTRAIT KEFER-DORA MAAR Maillot 04-99 — 45 bis, boulevard Richard-Wallace, Neuilly-sur-Seine
UN MANIFESTE DE L'UNION DES ARTISTES MODERNES Nos lecteurs ont pu se rendre compte par l'intérêt et les nombreuses réponses qu'à suscité notre enquête de l'année dernière « Evolution ou Mort de l'ornement », combien depuis deux ou trois ans les problèmes d'esthétique et d'économie sociale que pose le style de l'art décoratif moderne ont pris un tour aigu. En réponse à certaines affirmations ou propositions parues à ce sujet dans divers opuscules ou articles et qu'ils considèrent comme tendancieuses ou spécieuses les membres du jeune groupement de l'UAM ont décidé d'entrer effectivement dans le débat à leur tour en éditant un Manifeste qui tout en voulant être une mise au point objective de la question leur permet néanmoins de prendre position. Voici quelques extraits de cette brochure qui vient de paraître. La vitalité d'un art peut se mesurer au degré d'opposition qu'il rencontre. S'il est incontestable que les questions d'art décoratif depuis 1900 et depuis l'Exposition de 1925 passionnent effectivement le public, il n'en demeure pas moins que, depuis quelque temps, les vociférations et les haros qui accueillent généralement, dès sa naissance, chaque évolution esthétique, quelle qu'elle soit, augmentent d'intensité et semblent même trouver des échos inquiétants. Les attaques contre l'art moderne, c'est-à-dire l'art le plus représentatif du temps et le plus conditionné par l'époque, se font de plus en plus vives. Et le fait même que plusieurs revues autorisées aient songé à ouvrir des enquêtes sur un débat qui, somme toute, ne pourrait être qu'un épisode de la vieille querelle des anciens et des modernes, montre l'importance du conflit. En effet, il ne s'agit pas seulement aujourd'hui de se contenter de compter des points qui sont à l'actif de l'avant-garde et du traditionalisme dans une phase critique de l'éternel balancement action-réaction, mais de résoudre toute une série de problèmes artistiques étroitement liés et que viennent compliquer des faits sociaux, techniques, psychologiques et économiques entièrement nouveaux. Si l'on ajoute à cela que l'esthétique est une philosophie encore à l'état embryonnaire, et dont il n'appartient peut-être pas à l'homme de découvrir les principes, ainsi que nous le verrons plus loin, on se rendra compte de tout ce qu'un tel examen de conscience présente de dramatique complexité si l'on ne veut pas, pour l'effectuer, s'appuyer sur des théories simplistes et se justifier à l'aide de précédents spécieux. Les pages qui vont suivre n'auront pas d'autre but que de vouloir honnêtement débrouiller une confusion générale, où s'entremêlent, plus ou moins inconsciemment, des opinions et des intérêts plus ou moins sincères. Qu'on ne nous accuse donc pas d'égoïsme ou de cruelle sécheresse. Nous disons seulement que lorsqu'on a conscience de ses responsabilités dans la conduite d'un passage difficile, tout vain attendrissement peut être désastreux quant aux résultats de l'entreprise. Nous pensons que l'art doit être en état de révolution permanente. Tant pis pour les morts, c'est-à-dire les faits accomplis. Aux yeux de ses détracteurs, l'art moderne est d'inspiration étrangère ; esclave de la machine, il tue les métiers d'art et la tradition artisanale ; il crée le chômage et ruine l'expansion du goût français ; enfin en tant que style, il est d'une pauvreté qui confine à l'inexistence, par conséquent, il ne saurait procurer aucune satisfaction. Nous allons donc d'abord considérer l'art en tant qu'expression d'une tradition nationale, puis nous parlerons du beau et de ses rapports avec la machine d'une part, et le commerce, d'autre part, et enfin nous donnerons notre opinion sur l'ornement. Et c'est seulement alors, la place étant nette, que nous proposerons nos conceptions personnelles, car nous ne pensons pas être des destructeurs, mais des constructeurs.
RÉPONSE A CERTAINES APPELLATIONS STYLE PAQUEBOT: c'est bien vivement dit si l'on songe qu'un grand paquebot actuel ressemble, en réalité surtout, à un musée ou à un luxueux hôtel particulier où abondent les ors, les moulures, les imitations de style et les surcharges décoratives qui font riche, le tout inflammable comme à plaisir : conception périmée bien loin d'une formule rationnelle de paquebot tout acier qui éloignerait le danger d'incendie sans que le poids soit un obstacle puisque, d'après les calculs, le tonnage n'est pas sensiblement augmenté. Nous dirions bien plus volontiers que le style paquebot, tel qu'on le conçoit aujourd'hui, est le contraire de notre idéal. Mais néanmoins nous n'allons pas repousser ainsi ce qualificatif, il peut nous servir : si l'on veut exprimer par «style paquebot» l'idée d'un style qui résulterait d'une étude éprouvée, des leçons qu'on peut tirer de l'expérience de vie en commun dans des aménagements restreints..., bien que les paquebots aient été les premiers à oublier un tel programme, nous continuerons à penser que ce n'est pas être dans le mauvais chemin que de persévérer dans des recherches d'esthétique pratique, qui permettent d'intégrer, dans les H.B.M. par exemple, des éléments de formes séduisantes, mais logiques d'abord. N'oublions pas que, par la force des nouvelles conditions économiques, nous sommes de plus en plus appelés à vivre dans des logis exigus, secondés par un service qui ressemble de moins en moins à la servante au grand cœur... et que nous devons considérer les heures de repas et de repos comme des heures nécessaires, dont il ne faut perdre aucune minute. Et cela est vrai aujourd'hui à peu près pour toutes les classes de la société, même, toutes proportions gardées, pour les plus fortunées. Bravo pour le «style paquebot» s'il nous apprend à nous meubler clairement, gaiement, simplement, s'il fait d'une chambre de 10 mètres carrés non plus un fouillis ou bric-à-brac où l'on ne peut plus bouger, mais une cabine agrandie parce qu'en ordre, lumineuse parce que claire et unie. Mais ce n'est pas tout. L'on nous dit : « Cette maison de l'architecte X... ressemble à s'y méprendre à un paquebot. » Bien. Cependant, à quoi, s'il vous plaît ressemblaient les châteaux arrière des voiliers du XVIIe siècle... si ce n'est... à des châteaux? Et Pierre Puget eut-il deux styles : l'un pour les figures de proue que lui commandaient les armateurs pour orner leurs bateaux, l'autre pour les cariatides que lui demandait la noblesse d'Aix pour orner ses portails d'hôtels? STYLE CLINIQUE: nous pouvons continuer à sourire. Regardons la Leçon d'Anatomie de Rembrandt, visitons la grande et si belle salle de l'hospice de Beaune, que voyons-nous? Ici la table d'opération est en bois, là les lits à baldaquin, les tables de chevet, sont en bois. Or en quoi étaient faits les mobiliers bourgeois de tous les siècles qui nous précédèrent : en bois. Ainsi donc nos aieux vivaient dans des demeures «style hôtel-dieu», et personne n'a jamais songé à le leur reprocher. Style clinique pour désigner des meubles en métal et verre est une stupidité. Ce ne sont pas les besoins différents qui créent des styles ou inventent des matériaux. Ce sont les matériaux qui s'imposent et, selon les emplois qu'on leur demande, supportent des factures différentes, tout en sachant se plier à des tracés généraux et polyvalents selon les époques : ce qui forme, à proprement parler, les styles. En effet, dans les styles, tout se teint harmonieusement, étroitement. L'antiquité fut soumise au nombre philosophique et architectural, le roman et le gothique furent foi et force, le classicisme fut esprit, et notre temps est sous le signe du mouvement et de la vitesse, du rythme. Et qui n'associerait dans une unique image les temples et les maisons grecs, l'église et le château-fort romans, la cathédrale et l'hôtel de ville gothiques, les chapelles rococo et les folies de la fin de l'ancien régime? Alors pourquoi refuser à notre époque de traiter dans une même facture ses usines, ses gares, ses maisons et ses églises? AFFREUX NUDISME: ainsi donc le nudisme — c'est-à-dire (pour parler français, car nudisme n'est pas un mot de langue française) — le nu, la nudité sont «en soi» affreux. Créateur qui nous fis nus, voilà ton œuvre jugée. Si nous comprenons bien, c'est le vêtement qui est «la beauté». Ainsi donc, la Vénus de Médicis et l'Hermès de Praxitèle seraient mieux s'ils étaient couverts d'oripeaux, je veux dire d'ornements. Ainsi donc, si nous avons bien compris, seul le décor est capable d'apporter de la beauté à la forme la plus pure. On nous permettra de ne pas partager cet avis : pour nous c'est seulement à un corps disgracieux et laid qu'un vêtement peut apporter une correction illusoire, un travesti superficiel de beauté; pour nous, un vêtement n'existe qu'en fonction de son support humain : ôtée et vide, une robe, par exemple, n'est qu'une loque sans forme. Il en est de même des architectures, quelles qu'elles soient (bâtiments, meubles, objets) : tous les décors rapportés dont on les revêtira ne sauraient rien leur ajouter, si elles sont proportionnées et équilibrées. Quant aux imparfaites..., mais nous n'avons
point à étudier comment on truque une œuvre et comment, si l'on possède un métier habile, on sait dissimuler les défauts, masquer une impuissance. Du point de vue de l'esthétique pure, le tatouage du sauvage, ce maquillage intrinsèque des formes est loin de correspondre à une phase sublime de civilisation, non plus que l'église de Brou n'apparaît comme un résultat de raffinement classique. Personne ne le contestera. Et encore, pour nous, préférons-nous toujours la barbarie à la décadence, l'ingénuité spontanée à la surenchère compliquée. Le décor nous fait aussi penser souvent à la fausse grande cuisine qui utilise les restes et sait faire passer les mauvais morceaux, grâce aux artifices des sauces épicées. La simple grillade est bien plus difficile à réussir. On naît rôtisseur, on devient cuisinier. Il y a beaucoup trop d'habiles cuisiniers en art. * Pour nous la tradition est dans l'esprit, c'est-à-dire demeure une mesure logique et humaine, constamment adaptable aux progrès techniques et aux évolutions sociales, et non dans la lettre, c'est-à-dire un bric-à-brac de formes intraduisibles, inutilisables et sans vertus génératrices. Ainsi quand nous disons : « Seule la proportion est beauté, tandis que la décoration, actuellement, ne relève plus, ou à peu près, que d'un état de fortune », ou bien encore : « On peut faire de la décoration sans jamais rien employer de décoré » (ce qui ne veut pas dire qu'il suffit de dévêtir, de dépouiller, de gratter, de dénuder ou d'imager des surfaces de revêtement nues aussi arbitraires que la pire décoration pour « faire moderne »), nous ne pensons vraiment pas être des révolutionnaires (voilà le grand mot lâché), des marionnettes aux mains de l'esprit étranger, des impuissants, des escrocs d'art ou des farceurs. Au contraire, nous pensons véritablement être dans la plus pure des traditions, celle dont le maintien dans une souplesse constante demande un effort implacable à ceux qui ont pris à charge d'assurer son passage vers le futur à travers le présent. Nous savons qu'en innovant toujours nous courons sans doute des risques d'erreurs (ce en quoi nous n'échappons pas à une loi commune), mais aussi des chances de laisser une œuvre durable, parce qu'authentique et spontanée. Entre le passé et l'avenir, nous nous efforçons de poursuivre un programme qui nous paraît sainement adapté à tous les conditionnements du temps que nous vivons. Nous aimons l'équilibre, la logique et la pureté. Dans les logements, nous préférons la lumière à l'ombre, les tons joyeux aux couleurs tristes. Nous voulons offrir à l'esprit et aux yeux un repos après la hâte épuisante et la multiplicité de nos journées. Nous pensons pouvoir allier esthétiquement un équipement pratique à une atmosphère psychologique, c'est-à-dire qui exprime plus la personnalité de l'occupant (son sexe, ses fonctions, ses goûts) que sa classe sociale ou son état de fortune. Nous rêvons de villes vastes, saines, aérées, joyeuses dans la verdure... Vraiment est-ce là un programme répréhensible, condamnable? Et pour cela nous avons cherché des formes nouvelles, parce que justes et exactes; nous avons créé des matières neuves, réhabilité des méconnues. Nous avons tenté de profiter de chaque découverte, de chaque progrès. A côté de l'ancien duo : bois et pierre, que nous n'avons jamais négligé, nous avons essayé de constituer le quator : ciment, verre, métal, électricité, quator harmonieux dont nous avons voulu déterminer les principes et établir les accords. Nous avons fait, comme d'autres l'ont fait avant nous, appel à tous les métiers d'art sans exception (tissage, céramique, bijouterie, etc.), nous avons demandé son concours à la sculpture décorative, nous n'avons jamais refusé une collaboration avec les peintres, nous avons rénové le vitrail, nous n'avons négligé ni la roture du chauffage ni la noblesse de l'éclairage. Enfin, même nous sommes descendus dans la rue pour que le panneau publicitaire ait sa part de beauté. Et en agissant ainsi, nous sommes persuadés que nous n'avons rien tué, que nous n'avons rien fait disparaître qui ait valu la peine d'être conservé, que nous n'avons rompu aucune tradition. Au contraire, nous sommes persuadés que les efforts et les sacrifices que nous exigeons de nous-mêmes d'abord, des autres ensuite, ne peuvent qu'être salutaires à l'esthétique contemporaine, parce qu'ils exigent, dans leur renoncement au facile, une gamme de sensibilité toujours plus affinée et plus pure.
JOEL ET JAN MARTEL L'homme d'aujourd'hui, fatigué des fantaisies d'une sculpture trop raffinée, cherche à retrouver la forme plastique conforme aux lois que, par instinct, l'homme primitif avait conçues. Il se rend compte du réel et c'est avec son intelligence qu'il maîtrise le sauvage et l'indompté. Comme l'instant du primitif lui manque, il se retourne vers la loi, vers l'abstrait, vers le chiffre. Cette tendance, nous la voyons cristallisée avec pureté dans les œuvres des frères Martel. C'est leur mérite d'avoir aidé à purifier la sculpture de tous ses éléments pittoresques en lui rendant son sens original. De cette purification voilà sortie une belle œuvre. Œuvre sans passion, sans pathétique : la passion des frères Martel est leur amour pour la loi et la discipline, pour l'assujettissement à la forme pure. Une étape importante dans l'art, le cubisme, les aida à trouver cette discipline. C'est le cubisme qui leur a indiqué qu'on pouvait atteindre le volume plastique par l'interposition des plans et le mouvement des surfaces. C'est le cubisme également qui leur a montré qu'on pouvait agrandir l'espace en ajoutant le lointain et en y enfermant l'atmosphère invisible. Les sculptures de Rodin flottaient dans l'espace sans relation avec l'entourage atmosphérique : les Martel savent rendre cet espace à la sculpture. Ils agissent doublement : d'une part, en constituant une liaison avec l'architecture, et d'autre part, et c'est ainsi NU MATERNITÉ
SCULPTEURS D'AUJOURD'HUI qu'ils conçoivent leurs statues, en leur ajoutant des lignes invisibles qui, pour ainsi dire, achèvent l'œuvre incomplète. Ce sentiment est presque médiéval, le regard du spectateur est poussé vers un lointain mystérieux et revient, suivant les lignes et les courbes d'une harmonie parfaite, au point de départ. L'inconscient du spectateur est guidé sciemment par l'artiste qui, connaissant le secret du nombre d'or, sait encercler le regard dans sa magie. Voyons la statue de l'Arabe : les lignes et les courbes de son manteau sont des segments qui se ferment en dehors du visible pour former un cercle. Bien que le centre de ces cercles soit parfois en dehors de la statue, l'emboîtement de ces formes imaginaires est fait de telle manière que le centre de gravité se trouve cependant dans le corps même. Ceci est valable également pour le Joueur de polo ; ici les segments du cercle, rendus visibles, sont devenus une forme concrète. C'est, en effet, une idée ingénieuse : l'atmosphère encercle l'objet, et le mouvement, en se continuant, s'est mué en matière visible. Partout dans leurs statues, cette maîtrise parfaite de la forme : le Nu, dont la chair douce et lyrique est tenue par les courbes rigides de ses longs cheveux, la Maternité, où mère et enfant sont encerclés par une volonté austère; l'Accordéoniste au corps rythmé en gammes de musique et le beau Christ de la collection du Baron Cassel (un des rares amateurs d'art ayant le beau --- ARABE DE L'IRAK --- MUSIQUE ---

Cette publication mensuelle d'art moderne, "Art et Décoration", présente dans son numéro de mars 1934 des articles sur l'Union des Artistes Modernes, les sculpteurs Joël et Jan Martel, le peintre André Lhote, et les meubles de Paul Bry. Elle aborde également des sujets tels que les clubs champêtres en Espagne, l'œuvre du peintre japonais Kiyoschi Hasegawa, et des réflexions sur l'architecture et le design contemporains, notamment à travers le concept de "style paquebot" et "style clinique".