Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Le 5e Salon de la Société des Artistes Décorateurs
CHARLES SAUNIER
- Planche hors texte:
Panneau décoratif
AMAN JEAN
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AVRIL
1910
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFOYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr. — Etranger : 2 fr. 50
14e Année, N° 4
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
Paris & Départements . . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
Étranger . . . 25 francs
Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50
L’Année parue ...
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Le 5me Salon
de la
Société des Artistes Décorateurs
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A visiter ce Salon, on a la sensation très nette de la vitalité d’un mouvement nécessaire et logique. Un art décoratif vraiment moderne, c’est-à-dire adapté aux goûts et aux besoins du temps et de notre pays, est en pleine formation. Jadis compromis par des éloges prématurés autant que par des critiques trop acerbes, cet art débarrassé des extravagances s’est ressaisi.
Il y a peu d’années encore on ne rencontrait que volontés éparses, recherches contradictoires, surenchère dans la fantaisie. Où devait s’arrêter cette avalanche? Cette exubérance s’est tarie, la logique seule demeure les caractères d’un style particulier se peuvent discerner déjà, et — c’est le plus bel éloge que l’on puisse faire aux artistes décorateurs réunis au Pavillon de Marsan: leurs créations ont malgré des différences apparentes, une cohésion certaine entre elles. L’avenir n’aura pas de peine à dater les productions décoratives, et, en particulier, les meubles des environs de 1910, dans lesquels prédominent ces qualités essentielles: sobriété de la ligne soutenue par la délicatesse du décor et la qualité de la matière; logique dans l’assemblage et la disposition des parties concourant à l’utilisation de formes rationnelles déterminées par la destination. Ces qualités générales n’empêchent certes pas les productions de chaque artiste d’être différenciées par des caractères qui découlent soit de l’emploi des matériaux, soit de la conception du décor. Tous les exécutants ne sont pas également émancipés aussi. Mais ces plus et ces moins, les trouvailles heureuses des uns, les défaillances des autres, s’atténuent dans l’effort commun.
Il faut, cette année, tenir compte de la nouvelle et excellente organisation des locaux. Les salles latérales au grand hall central qui
LE BOURGEOIS
Bois sculpté.
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RAPIN
Villa au bord de la mer.
ont été mises à la disposition des artistes décorateurs, exposant des ensembles mobiliers, sont divisés en salonnets éclairés par une large fenêtre dont chaque intéressé peut accepter ou réduire l'ouverture en vue d'obtenir la lumière la plus favorable à l'ensemble qu'il présente. De plus, ces salonnets étant réservés chacun a une volonté directrice, ne souffrent pas de voisinage nuisible. Il y a unité d'échelle, souci de proportion, toutes choses qui assurent aux objets disposés ici et là, aux meubles principalement, une si-
Plan . REZ. DE CHAUSSEE
Plan . 1er ÉTAGE
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Buffet.
gnification qu'il était bien difficile d'obtenir, dans les galeries trop vastes aux plafonds trop haut, acceptées dans le passé, où armoires, tables, buffets, chaises, paraissaient jouets d'enfants.
Bref, ce V° Salon de la Société des Ar-
tistes décorateurs donne l'impression très nette qu'il existe en France un mouvement fécond d'où peuvent sortir, d'où sortent déjà des créations ornementales de haute valeur.
Toutefois, est-ce suffisant? Nous avons des artistes ingénieux, pleins de goût, qui ont le
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Jallot
Table à coiffer en noyer.
sentiment très net des nécessités du temps présent et qui en traduisent les aspirations.
Mais, ce qui leur manque ce sont les débouchés. Aussi viennent-ils de lancer aux industriels d'une part, aux amateurs d'autre part, deux appels qui sont remplis d'excellentes choses.
Tout en reconnaissant que les industriels sont fort tentés d'exécuter, les amateurs d'acheter «des œuvres copiées sur celles de nos musées, d'une beauté «officiellement reconnue», consacrée par l'admiration des générations ou simplement leur passé», les artistes décorateurs ajoutent très finement et très justement «tel est le bénéfice des objets anciens, que fussent-ils même d'une ridicule laideur, ils gardent toujours, au moins ce charme d'être des choses surannées.» Cependant tout lasse. «Aussi, l'industriel français peut-il craindre, très prochain le jour où sa clientèle entièrement «saturée», se refusera à absorber davantage un éternel Louis XVI». Il faut trouver autre chose et cet autre chose, disent aux industriels, les auteurs de l'appel, doit être non du Louis XIV ou du gothique, mais un style vraiment neuf et rationnel dont les artistes sont prêts à fournir les éléments mais dont l'exécution n'est possible qu'avec le concours des industriels. Et qu'ils se hâtent. L'étranger nous devance et inonde Paris de ses produits. «Nous comptons pour le meuble vingt maisons (étrangères), l'orfèvrerie huit maisons, les tissus dix maisons, la céramique cinq maisons, etc., sans compter les dépôts.»
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GAILLARD
Buffet
Or, à peine trois ou quatre maisons françaises ayant une vente régulière d'art moderne peuvent être opposées à la concurrence étrangère.
Mais, objectent les industriels, il faut une clientèle. Alors, aux amateurs, collectionneurs de faux anciens, les artistes décorateurs disent: «Il est vraiment à la portée du premier venu d'acheter des copies d'objets ou de meubles dont nos musées: Versailles, Le Louvre, Fontainebleau ont consacré définitivement la beauté.
»On s'étonne que des amateurs qui prétendent avoir un goût personnel supportent de posséder des œuvres dont chacun peut se procurer la réplique, et si facilement.
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M. DUFRÈNE
Buffet
Et ils ajoutent, « maintenant que l'art décoratif s'est essayé et n'emprunte plus rien aux extravagances primitives de l'art nouveau », l'amateur doit rechercher des créations vraiment artistes et modernes, pièces uniques ou tout au moins limitées à un nombre restreint d'exemplaires. « Ainsi, l'amateur aura la certitude de posséder un objet d'art dont il ne redoutera point de rencontrer la réplique chez tous ses amis et qui prendra, de sa rareté même, une plus grande valeur. »
Rien n'est plus juste et il faut faciliter la Société des Artistes décorateurs d'avoir rédigé ces deux appels en termes modérés, réfléchis, d'autant plus convaincants. Ajoutons que ces appels forment deux élégantes plaquettes, d'une typographie bien lisible, protégées par une couverture tirée en deux tons qui reproduit le frontispice composé pour le catalogue du présent Salon, par le regretté Bellery-Desfontaines.
Nous croyons bien que les amateurs sont à demi-convaincus, mais il n'en est pas de même des grands industriels. Le plus grand nombre de ceux-ci restent réfractaires à toute tentative neuve, à toute audace. Cependant avec les décorateurs nous leur dirons que l'instant est grave. Le public est las, en effet, de mo-
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Chambre à coucher.
P. FOLLOT.
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P. SELMERSHEIM
Bibliothèque.
dèles démodés, et la meilleure preuve en est dans le succès qu'ont obtenu dans l'industrie décorative certaines maisons anglaises établies à Paris vers 1889 et qui ont été sans cesse s'agrandissant depuis. Snobisme passager, disent ceux qui ne veulent rien entendre.
Eh! non, leur succès répond à une évolution de goût, à des besoins nouveaux qui exigeaient d'être immédiatement satisfaits.
Une autre invasion menace le marché français, qui pis est le goût national, car on s'habitue à tout : puisqu'il n'y a plus à Paris
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H. BELLERY-DESFONTAINES
Buffet.
d'Exposition universelle, l'Allemagne, dit-on, prenant le prétexte du Salon d'Automne, groupera dans les salles qui lui seront réservées dans ce Salon, un ensemble de sa production décorative, qui est considérable. Elle se prépare à cet effort depuis de longues années. L'infiltration se manifeste déjà, timide, inavouée, mais suffisante pour préparer le public français à accepter des modèles, des formes, des assemblages qu'il avait repoussés en 1900, malgré une remarquable présentation. Certes les artistes et industriels allemands auront en cet automne de 1910 quelque peine à faire accepter leurs meubles aux arêtes dures, aux lignes massives et revêches, mais qui répondent aux goûts, aux habitudes de la race germanique. Il n'en sera pas de même pour les autres objets : les cuivres, la lampisterie,
qui sont couramment vendus en France, dès maintenant, et surtout pour les papiers peints, l'impression des étoffes qui ont été pour les industriels allemands motif à progrès surprenants, obtenus parfois, hélas ! avec la collaboration de jeunes artistes français qui rebutés ici, ont trouvé dans les manufactures de Westphalie, de Saxe, de Bavière, de Hanovre, des situations inespérées. Mais combien auraient été plus beaux, plus significatifs leurs modèles s'ils avaient été exécutés ici, avec l'imprévu que met parfois la main-d'œuvre française dans ce qu'elle est appelée à traduire. Tandis que, là-bas, qu'on le veuille ou non, l'idée la plus ingénieuse, la plus française doit être subordonnée à la volonté de l'employeur, aux exigences des nationaux pour lesquels on modifie un dessin, une nuance, ce presque rien