Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - Étoffes japonaises M. P.-VERNEUIL - Henry Caro-Delville LOUIS VAUXCELLES - Camille Lefèvre PAUL VITRY - Gardes de sabre japonaises COMTE G. DE TRESSAN - Planche hors texte: Étoffe japonaise (COLLECTION MUTIAUX) --- FÉVRIER 1910 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFOYETTE PARIS Prix de la Livraison: 2 fr. — Etranger: 2 fr. 50 14e Année, N° 2

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL Paris & Départements . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs Étranger . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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Étoffes Japonaises --- O N ne peut, en vérité, rien imaginer de plus merveilleux que l'art ornemental japonais. De quelque côté que l'on se tourne, on se sent immédiatement séduit et charmé par la maîtrise et la fécondité de ces décorateurs incomparables. Toutes les techniques leur sont familières, et en toutes ils sont passés maîtres; la céramique et la ciselure, la fonte et les émaux, les pochoirs et les estampes, les étoffes tissées ou imprimées, ont su exciter leur verve et leur ont servi de prétexte à mille chefs-d'œuvre indiscutables et indis-cutes. Mais ce qui est peut-être le plus admirable, c'est la variété vraiment inouïe des motifs, toujours imprévus, en même temps que la fraîcheur, la force et la jeunesse de ces œuvres toutes de charme et d'harmonie. C'est aussi ce don inestimable de compréhension des formes et des beautés naturelles que tout Japonais porte en soi, et que savent si bien traduire les artisans de ce peuple foncièrement artiste. « Comme tous les peuples orientaux, les Japonais ont le sens inné de la décoration; mais affiné par un don de race très subtil, par une conception très personnelle de la nature, par l'antique influence des mœurs et par beaucoup d'autres causes complexes, telles que la forme de l'écriture et la façon de se servir du pinceau; ce sens a été poussé chez eux jusqu'à ses dernières limites. Il est encore avivé par le goût naturel de la synthèse, par (MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS)

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Art et Décoration Vol de Grues. (collection Isaac) un instinct merveilleux des ressources de la couleur, une connaissance approfondie des lois de leur harmonie, une délicatesse infinie à varier leur emploi. Ce concours unique de qualités a fait des Japonais la nation la plus apte à approprier l'art aux images courantes de la vie, à l'ornementation du home, une nation vouée au luxe, à la parure, à la grâce, à la fantaisie du décor. C'est une prédominance absolue du principe décoratif dans toutes les branches de l'art qui m'a permis d'affirmer que les Japonais étaient les premiers décorateurs du monde ». Ainsi parle M. Gonse dans une étude sur le Génie des Japonais dans le décor, qui parut autrefois, dans le beau recueil de vulgarisation artistique que fut le Japon artistique de Bing. On doit être de l'avis de l'auteur, et répéter ce que nous disions plus haut, les Japonais furent d'incomparables décorateurs. Leur race les y prédisposait, certes ; l'art et l'amour de l'art fait partie intégrante de l'âme japonaise, de même que l'amour de la nature et des beautés naturelles dans toutes leurs manifestations. Et c'est chose peu aisée à comprendre pour nous, peuples occidentaux, chez qui la compréhension de ces beautés reste en quelque sorte le privilège d'une classe affinée et d'une culture supérieure, que la faculté qu'a ce peuple de goûter la beauté d'un site, d'une roche, d'un arbre en fleur, d'une plante ou d'un objet d'art précieux. On conçoit qu'avec de telles facultés, engendrant nécessairement des besoins correspondants, les artistes et les artisans se soient trouvés dans des conditions exceptionnellement favorables au développement de leurs facultés esthétiques, aussi bien que de leurs techniques artistiques.

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ETOFFE JAPONAISE (Collection MUTJAUX) Supplement à Art et Décoration, Février 1910.

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Art et Décoration Canards mandarins. (COLLECTION VIGNIER) --- taisie peut se faire jour, en même temps que la richesse du décor et l'éclat des colorations. Il est des obis admirables. Mais déjà, l'échelle des ornementsations y est plus réduite. Dans les robes d'apparat dont nous parlions plus haut, l'étoffe était vue en larges plis raides, et l'ornementation y devait être elle-même large et somptueuse ; rosaces ou fleurs fortement stylisées s'y étalaient en de vastes décors. Dans les obis, l'ornementation devient plus petite tout en restant très largement décorative. C'est le point riche de l'ensemble, et la japonaise s'y permet des colorations plus vives que sur ses robes généralement de teintes atténuées et neutres. Mais d'autres étoffes présentent des ornementsations plus menues; ce sont les pochettes à tabac, pochettes de soie, dont certaines sont de véritables petites merveilles; des scènes pittoresques s'y déroulent souvent : promenades de nuit aux lanternes, fêtes nocturnes ou éclatent des feux d'artifices, oiseaux et plantes stylisés, insectes, que sais-je. Car ceci est admirable dans l'art japonais, que tout est bon à l'artiste pour en composer un décor: fleurs tombées sur un ruisseau et que le courant emporte; vols de papillons ou des grues, de chauves-souris ou de personnages mythologiques; grappes de glycines tombant sur un treillage, ou paons à la queue étalée; bébés jouant à des jeux divers; boîtes et évén-tails mêlés à des branches feuillues; toutes les manifestations de la nature sont pour les japonais prétexte à décors spirituels, fortement stylisés, et d'un arrangement toujours ingénieux et inattendu. Quant à l'interprétation elle-même des formes naturelles, nul système étroit ne l'enserre en ses lois; et nous trouvons tour à tour des motifs où la représentation de la nature est très fidèle, et des interprétations géométriques poussées aussi loin qu'il est possible de le rêver. Bref, c'est la fantaisie toujours, fantaisie d'artiste pleine de tact et de mesure, de goût et d'harmonie. Celle-ci ne fait jamais défaut dans les étoffes anciennes, ou souvent les colorations sont cependant hardies et complexes; mais toujours la difficulté est résolue avec élégance, et si la couleur chante, elle n'est jamais en dissonance. Nous reproduisons ici quelques étoffes tissées japonaises, de caractères très divers, et toutes intéressantes à différents points de vue. Voici d'abord, sur un fond d'un bleu sombre,

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Étoffes japonaises Étoffe à personnages. (COLLECTION E. LÉVY) sur lequel court un réseau géométrique, des fleurs et des feuilles de paulownia, fortement stylisées, et tissées en un argent oxydé du plus riche effet. Des étoffes portent ainsi des motifs d'armoiries extrêmement décoratifs. Plus loin, c'est un vol de grues passant sur des flots agités. La composition est curieuse, où pour varier les motifs, les grues sont alignées en séries de trois rangs aux poses différentes. Vient ensuite une étoffe des plus intéressantes, où des passiflores bleues, orangées et

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Art et Décoration Paons. brunes sont jetées sur un fond blanc que par- sément des feuilles tissées ton sur ton. Le problème d'avoisiner un bleu et un orangé était certes très délicat. Mais il a été résolu à merveille dans cette étoffe, grâce à l'interposition Aubergines. des bruns. On ne saurait imaginer plus de frai- cheur et de gaieté que dans cette composition charmante, où les fleurs sont impeccablement dessinées, et ornemanisées suivant un goût si savant et si pur. Plus triste un peu est l'étoffe suivante, où des canards manda-rins sont posés sur un réseau de lignes bri-sées. Mais quelle fan-taisie, dans la soierie suivante, où parmi les nuages des femmes-esprits planent, jouant d'un orgue de bouche aux multiples tuyaux. Et c'est regrettable qu'un fragment seulement de cette étoffe intéressante ait pu être reproduit ici. Il nous aurait montré le souci de fantaisie dont est animé l'artisan japonais. Le motif, natu-rellement, est à répétition; les sujets se succèdent, les uns au dessous des autres, semblables de dessin. Chez nous, la coloration aurait, elle aussi, été identique, d'un bout à l'autre de l'étoffe. Le japonais veut plus d'imprévu et moins de mono-tonie; sans doute, les motifs se répètent; mais chaque fois les colorations changent sur le fond immuable: à une harmonie jaune et verte succède une harmonie orangée et verte, que remplace ensuite une harmonie bleue et jaune, etc. Et ces couleurs sont si habile-ment choisies, si heureusement harmoni-sées, que l'effet d'ensemble est charmant, et

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ne manque pas, comme on pourrait le craindre, d'homogénéité. C'est là un artifice du tissage qui donne à l'étoffe un intérêt ornemental beaucoup plus puissant, et qui témoigne de l'habileté de l'artiste qui le conçut et le réalisa. Nous en trouvons, d'ailleurs, de très nombreux exemples dans les étoffes japonaises. Ce sont des paonstrès fortement et très habilement stylisés qui viennent ensuite; et le caractère de l'étoffe est très séduisant, en même temps que l'harmonie en est très fine. Le petit semis d'aubergines sur un fond brun est lui aussi d'un bon effet. Mais l'étoffe bleue lamée d'argent qui vient ensuite nous retient particulièrement par son charme exquis, et la distinction rare de son ornementation. Les animaux, des renards, semble-t-il, sont très sobrement Renards. (MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS)

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Art et Décoration On doit regretter, malgré l'intérêt que présentent les étoffes reproduites ici, que les dimensions de cette Revue n'aient pas permis d'y faire figurer de nombreuses étoffes, à l'ornementation large et à grande échelle. Certaines sont d'un style et d'une beauté admirables. Environ deux cents des plus belles étoffes japonaises ont été reproduites dans un ouvrage dont les planches sont exposées au Musée des Arts Décoratifs. Elles ont été choisies parmi les plus intéressantes des collections de ce Musée, aussi bien que dans celles du South Kensington Museum de Londres, du Musée des Tissus de Lyon; les plus importantes collections particulières ont bien voulu collaborer à cet ensemble remarquable, qui forme pour le décorateur une excellente documentation. M. P.-VERNEUIL. Étoffes à personnages. (MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS) stylisés, mais d'un beau caractère; et l'on doit admirer la justesse de ton du rouge introduit si discrètement et avec tant de discernement dans cette composition, sans cela, froide et d'un intérêt certainement beaucoup moindre. La force de la faculté d'invention décorative est ici remarquable. Les petits personnages sur fond d'argent de la dernière étoffe reproduite sont amusants et traités avec une habileté surprenante.

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La Manucure. HENRY CARO-DELVAILLE Monsieur Henry Caro-Delvaille, indifférent au bruit qui se fait autour de son nom, travaille sans relâche, tant que règne la lumière du jour; il scrute, déchiffre, pénètre, interprète son modèle; il interroge la vie, la transpose, n'en interrompt pas le mouvement. L'éclat prodigieux de ses débuts, la clameur des bravos ne l'a pas grisé. Ce Bayonnais n'est pas un exubérant aux gestes emphatiques; il médite, se concentre, et suit, avec la sûre logique de son puissant instinct, la voie où il marche d'un pas résolu. Tâchons d'en fixer les étapes. Dès sa prime enfance, il est curieux d'art, regarde autour de soi, dessine. Par bonheur, une nature d'élite, toute de tendresse, de sensibilité et de compréhension aimante, veille sur lui et le protège, sa mère, écrivain distingué qui a signé plusieurs romans et des vers charmants; c'est elle son premier guide, son défenseur, son meilleur maître. Un court voyage en Espagne devant les rudes maîtres réalistes est pour lui une première révélation. Séjour de quelques années à l'école municipale de peinture et dessin de Bayonne Henry Caro-Delvaille n'y apprend rien. Le jeune homme part pour Paris. Le voici élève de M. Léon Bonnat. Jamais maître n'a moins marqué son disciple. Il apprend son métier — malgré l'Ecole. Ayant tiré d'elle un maigre profit esthétique, il s'installe dans un petit atelier de la rue de Vaugirard et brosse sa première toile, une Marche bachique, ou revit la réminiscence de Velasquez. Provincial têtu que la facticité de Paris ne séduit pas, il va se constituer un foyer d'art et d'amour; il se fiance avec une jeune fille fine et douce dont la physionomie spirituelle, aux yeux clairs, la silhouette élégamment mignonne va figurer dans presque toutes les œuvres de début du peintre. Henry Caro-Delvaille trace un premier portrait de sa