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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - La Peinture aux Salons RENÉ JEAN - La Sculpture aux Salons PAUL VITRY - La Verrerie au Musée Galliéra MAURICE GUILLEMOT - Les Poupées de Mademoiselle Kaulitz M. P.-VERNEUIL - Planche hors texte: Verres TIFFANY --- JUILLET 1910 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. — Etranger : 2 fr. 50 14e Année, N° 7

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- ABONNEMENT ANNUEL Paris & Départements . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs Étranger . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 francs Prix de la Livraison. France : 2 francs. — Étranger : 2 fr. 50 L’Année parue ...

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AUBURTIN Le Miroir de la Mer. La Peinture aux Salons $\mathcal{L}$ es temps sont loin où la Société Nationale des Beaux-Arts, affirmait héroïquement des tendances et une esthétique différentes de celles de sa rivale, la Société des Artistes français. A cohabiter dans le même palais, les deux sociétés ont dû sans doute de voir leurs dissemblances s'effacer. Aujourd'hui, il n'y a plus guère entre elles que la séparation factice des tourniquets, et les étudier l'une après l'autre revient, en somme, à étudier séparément les œuvres réunies dans tel ou tel groupe de salles, en faisant abstraction naturellement des milliers de toiles que chacun sait, dont il n'y aurait rien à dire si elles n'accaparaient les meilleures places au détriment des œuvres sincèrement émues, exilées souvent au plus près des corniches. Certes, la Société Nationale garde encore son caractère de distinction et d'élégance. Les œuvres du même artiste, plus nombreuses et groupées, donnent aux salles plus d'unité et de tenue. Mais déjà il semble, bien que Gaston La Touche, digne successeur de Dubufe, ait conquis des titres à la gratitude de tous, il semble qu'il y ait tendance à abandonner cette règle féconde du groupement et à éparpiller les toiles signées du même nom: les beaux portraits de Raymond Woog sont dans deux salles différentes, comme sont aussi séparées la probe et gracieuse effigie de $M^{\text{me}}$ L., et l'élégante et mélancolique Hippolyte, qui se souvient à la fois du Gilles de Watteau et du Blue Boy de Gainsborough, dues à M. Henri Farge, et on pourrait en citer beaucoup d'autres à leur suite. De nombreux détails accusent encore les ressemblances entre les deux salons. Si MM. Henri Martin et Ernest Laurent sont absents de la Société des Artistes français, on ne voit rien de Zuloaga à la Société Nationale et de M. Besnard, absorbé sans doute par la préparation de l'exposition de son œuvre décorative au Pavillon de Marsan, où on a pu voir et apprécier le lyrisme de ce maître, le plus grand poète du début du xx° siècle, M. Besnard s'est contenté de montrer, dans la lumière d'un matin ensoleillé, l'arabesque prestigieux de deux corps nus, étendus près de l'onde. Deux artistes vivants bénéficient d'une exposition d'ensemble: avenue Nicolas II, c'est Boggio, disciple alourdi

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Art et Décoration CH. COTTET Le Pont de Cordoue (Cliché Orecans) d’Henri Martin; avenue d’Antin, on a réuni quelques œuvres froidement correctes de M. Jacques Blanche. La dernière crue de la Seine étend ses ravages dans les deux expositions; sauf peut-être les deux vues de M. Jean Enders, et l’Inondation, de Raffaelli, maître toujours égal à lui-même, il ne semble pas qu’elle ait produit aucun résultat fécond; Les sujets d’actualité sont aussi — et on peut le déplorer, — peu favorables à nos artistes: par exemple, quand M. Thévenot évoque l’atterrissage à Douvres de l’aviateur Blériot, il n’a pas grand chose à envier, si ce n’est le nombre de personnages, à M. Marius Roy, montrant la remise par M. Loubet, de leur drapeau aux élèves de Polytechnique. Ces deux œuvres sont des commandes de l’Etat; on pourrait en citer de nombreuses autres .nontrant, comme elles, ce phénomène curieux, que si les achats faits par M. Dujardin-Beaumetz, laissent, dans leur ensemble, assez peu à désirer au point de vue artistique, les résultats des commandes sont assez piteux. Faut-il compter comme une exception les quatre grands panneaux que M. G. La Touche a exécuté pour un salon du Ministère de la Justice? L’artiste, pour ce milieu austère, a voulu symboliser, ou, peut-être plus exact, représenter le poète, le peintre, le sculpteur et le musicien. Ils sont tous, sauf le musicien à son piano, entourés de jeunes femmes dévêtues et escortées de cygnes. Malgré les qualités de fantaisie et de grâce aimables, malgré les facultés de peintre de G. La Touche, c’est bien de la monotonie qui se dégage de cet ensemble où l’animation est superficielle, comme est bien désagréable, l’uniforme teinte jaune qui veut baigner le tout des rayons d’un soleil factice. Aussi, comme il est reposant de tourner les yeux vers une œuvre d’où toute formule systématique est bannie, par exemple, dans la même salle, vers Les Marais, de Mme Wells, qui a certainement regardé, senti et aimé les œuvres de Brangwyn dont l’influence, tempérée de délicatesse et de sensibilité féminines, est ici très visible. C’est dans le groupe de la Société Nationale que l’on voit, cette année, les œuvres décoratives les plus intéressantes. On ne

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La Peinture aux Salons LA TOUCHE La Sculpture (Clôche Crevaux) peut, en effet, guère compter parmi elles les innombrables grands panneaux de la société rivale, ni louer les soldats de bois que M. Jean-Paul Laurens destine au Palais de Justice de Baltimore et qui sont groupés pour représenter la phase décisive de la Reddition d'Yorktown. Seuls, quelques grands paysages, que nous retrouverons tout à l’heure, montrent les qualités de noblesse et de style que réclament la grande décoration. En dehors d’eux on ne peut citer que l’agréable et lumineux Soir de M. Avy, la Robe à ramages de Pascau, précieux assemblage de tons chatoiants bien faits pour tenter le pinceau d’un peintre; peut-être encore, malgré sa froideur, le panneau de M. Gorguet. A la Société Nationale, au contraire, outre les toiles citées plus haut, on peut admirer les œuvres intéressantes à des titres divers, d’Aman-Jean, de Maurice Denis, de Flandrin, d’Auburtin, de Simon. C’est le deuxième panneau de l’ensemble qu’il destine au Pavillon de Marsan qu’Aman-Jean a envoyé. Il représente la Collation: au

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Art et Décoration A. DE LA GANDARA vie: comme chez la plupart des héros de Watteau, le mystère de l'avenir semble éteindre chez eux le goût des jeux bruyants, cette jeunesse ignore l'insouciance jeune... Mais comme elle s'harmonise avec le paysage calme, aux lignes nobles, aux lointains profonds. Aman-Jean a situé son sujet sur un gazon champêtre, avec les grands arbres d'une forêt proche qui contribue à l'impression de calme, de repos mélancolique qui se dégage de cet envoi si approprié au lieu de silence, de recueillement et d'étude que doit, — ou devrait être — un musée. Une autre toile pourrait aussi prendre place dans un sanctuaire d'art: Le Jardin de la Mer, par Auburtin. C'est dans la grande sérénité qui lui est chère, dans la douceur de teintes apaisées que Puvis n'eût pas reniées, que l'artiste place six naïades gracieuses, qui, à marée basse, s'ébattent parmi les sables et les rocs couverts d'algues. Autour d'elles, tout s'éloigne, s'enfuit, se dégrade insensiblement, les flots se perdent dans l'immensité, se confondent premier plan d'un paysage, une soubrette assise range languissamment les restes d'un goûter, une jeune femme, mollement étendue, la contemple et, à leur gauche, terminant la composition, un groupe est debout, formé d'un jeune homme et de deux jeunes filles pensifs. Il ne faut pas chercher ici la folle exubérance d'une jeunesse en gaité, ces adolescents ne s'abandonnent pas à la frénétique joie de la

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La Peinture aux Salons LUCIEN SIMON La Poursuite (Cliché Crevaux)

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Art et Décoration GUILLONNET Portrait de M. C... avec le ciel; cette œuvre appelle le recueillement, le repos, l'abandon le plus complet. Et j'arrive maintenant à l'une des œuvres les plus intéressantes des Salons de 1910. Rien comme sujet qui cherche à attirer l'imagination: deux fillettes assises sur le parapet de l'arche unique qui enjambe un vallon, et, au fond, le moutonnement d'une pente boisée. Mais le vent peut jouer librement à travers les feuillages aux teintes sobrement variées que Jules Flandrin a choisis. La lumière éclate avec vérité sur les masses grandes et nobles que forment les accidents de ce paysage, un peuheurtélorsqu'on le voit de près, mais qui se crée à mesure qu'on s'éloigne et finit par se confondre avec la nature même. En tout, la vie frémit avec passion dans cette œuvre où des traces lointaines de Cézanne sont facilement discernables. Enfin, il y a Maurice Denis. Maurice Denis, poète des élysées païens et chantre recueilli et inspiré des mystères de la religion du Christ, charme par sa sincérité, plus qu'il séduit par ses côtés agréables ou brillants. Délícât poète, coloriste harmonieux lorsqu'il retrace les joies sereines des enfers païens, il ajoute à ces qualités, dans sa peinture religieuse, une conviction profonde et recueillie. Certes, il est de mode, aujourd'hui, de rattacher indifféremment chaque peintre aux «artistes du Moyen Age», et, en vérité, cela est facile, de trouver, quelle que soit l'œuvre, des rapports et des concordances avec les productions d'une époque qui s'étend sur plusieurs siècles et qui, à côté de l'idéa-

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La Peinture aux Salons RENÉ MÉNARD lisme de certaines figures du portail de nos cathédrales, nous a laissé la minutie des délicieuses effigies de ses enluminures et le poignant naturalisme des gisants incrustés sur la pierre des tombeaux. Mais, si l'on veut désigner par là, l'artiste épris d'un idéal supra-terrestre, c'est à la lignée de nos bons «Ymaigiers» que Maurice Denis s'apparente. Le Christ qui, assis dans la calme campagne, accueille la famille du peintre, ne serait-il pas le Beau Dieu d'Amiens, ayant, pour un instant, quitté le porche monumental où le dressa la foi des hommes? Selon la coutume chère aux premiers maîtres italiens, l'artiste est resté acteur de la scène qu'il décrit: agenouillé à quelques pas, il contemple le spectacle du Sauveur bénissant les bambins qui l'approchent avec amour et confiance. Et telle est la douceur qui se dégage de l'ensemble qu'avec l'admiration, un sentiment subsiste seul, l'envie d'une foi assez profonde pour inspirer à qui la ressent autant de sérénité et de calme abandon. Beaucoup de portraits, comme tous les ans. Peu sans doute ont des qualités qui les gravent dans le souvenir des passants: M. Guillonnet avec précision, trace la silhouette maigre et fièvreuse de Cormon, M^ Delasalle nous conte, avec sa coutumière et fière maitrise, la délicatesse de l'enfance juvénile, Max Bohn, dans un coloris où l'on retrouverait un mélange de Lenbach et des maîtres anglais, dresse en plein air, l'élégante silhouette d'une jeune femme que le vent enveloppe de sa robe souple comme d'un péplum antique, Lavalley, dans une préparation en bistre montre des qualités de nature et de souplesse qui ont disparu dans son autre toile plus poussée, Cappiello traite, un peu en affiche, la silhouette hautaine et énigmatique d'Henri de Régnier, Lepape, avec une sobriété digne de tous les éloges, montre une jeune femme debout près de sa cheminée, dans un intérieur empire, Aman-Jean, dresse l'effigie de M. H. T... dans les tons sobrement har-

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Art et Décoration Salomé. monieux et assourdis d'une gamme dont il a le secret et qu'on ne lui voit appliquer que trop rarement aux portraits d'hommes; Simon a envoyé, avec un délicieux groupe composé d'une mère au milieu de ses fillettes rieuses, une ravissante figure de jeune fille; Boldini ne veut pas laisser ignorer qu'il est du pays du fa presto, — je n'ose dire, de l'opera buffa. — Sa facilité est de celles qui séduisent; il ne semble pas, heureusement, qu'elle trouve des imitateurs chez nos jeunes peintres, et que le goût pour le style grandiloquent de l'Italie doive à nouveau s'implanter chez nous. Enfin, Maurice Eliot, rarement aussi bien inspiré, expose le plus ravissant, le plus naturel dans sa pose, le plus délicieux dans son coloris chaud et nuancé, des portraits de femme. La Gandara reste toujours le même. Jacques Baugnies poursuit le charme brillant et mondain qui donne tant de séduction à tel de ses portraits. B. Boutet de Monvel déconcerte en appliquant ses qualités profondes d'observateur perspicace à des toiles où le portrait lui-même, isolé, garde toutes ses qualités, mais, placé dans le paysage choisi par le peintre, rappelle fâcheusement certaines affiches de grands tailleurs. Quant aux paysagistes, ce n'est peut-être pas à la Société Nationale que les plus intéressants se révèlent cette année. Lebourg devient trop fluide et trop fuyant; ses toiles, comme certaines des aquarelles de Turner, n'ont plus que la magie d'une belle palette; les qualités dont il nous charma si souvent disparaissent à demi sous tant de virtuosité; on les retrouve chez un de ses émules, Villéon, qui comme lui recherche la grâce et la délicatesse, et avec plus de vigueur et de force, dans les sites choisis par Madeline. Ce n'est pas non plus à l'ancien Champ-de-Mars que René Ménard compte le plus d'émules qui s'efforcent à retrouver l'effet décoratif des nuages majestueux dans les ciels larges qui

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La Peinture aux Salons s'étendent au-dessus de paysages sereins aux masses sombres, ordonnées avec un soin savant, paysages qui lui sont chers et qui sont chers à qui les contemple. On pourrait même dire que, derrière Cézanne souvent présent, c'est René Ménard et Henri Martin dont le plus grand nombre des jeunes paysagistes s'efforcent de pénétrer l'esprit et de comprendre les leçons. Hommage rendu aux tendances modernes, allais-je dire. Mais, en art, il est toujours dangereux de parler de nouveautés : ne sait-on pas que le procédé du pointillisme, de diffusion des tons, qui, un instant, a paru une audace, était usité dans la peinture antique et que les artistes qui décorèrent les parois des maisons de la Pompéi aujourd'hui silencieuse, connurent et employèrent ce procédé : « On a beau savoir que les Anciens ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, a écrit M. Lechat, on reste pourtant un peu interloqué d'apprendre qu'il n'est pas déraisonnable, à propos de certains peintres de Pompéi, de citer telle ou telle toile du legs Caillebotte, et d'évoquer dans sa mémoire les petites hachures bleues, vertes et rouges, des tableaux de M. Henri Martin... » Et, quant aux teintes plates qui sont en honneur parmi les outran- GORGUET Entrée d'Henri IV à Rennes.