Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Les Poissons
M. P.-VERNEUIL
- Brangwyn
LÉONCE BÉNÉDITE
- Figures décoratives de A. Mucha
LANCELOT
- Planches hors texte : Un puits au Maroc x.
- Marchand de fruits Espagne BRANGWYN
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JANVIER
1905
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFAYETTE PARIS
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9e Année, No 1
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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L’Année parue ...
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Les Poissons
TENDANT sans cesse son domaine, le décorateur puise à pleines mains dans les réserves infinies que lui conserve la nature, si prodigue de ses splendeurs. Maître du monde végétal, c'est dans le monde animal qu'il va poursuivre aujourd'hui ses investigations. Déjà nous l'avons vu demander à l'insecte des ornementsations nouvelles; c'est aux poissons que nous le verrons aujourd'hui s'adresser.
De quelque côté que se tourne l'artiste au milieu de la nature, toujours il y découvre de la beauté. Aussi fut-elle et sera-t-elle l'éternelle inspiratrice, mère de toute œuvre artistique et ornementale. Car on ne saurait imaginer une forme en dehors des formes connues de la nature. Notre esprit se refuse à créer absolument, et les formes qui nous paraissent les plus imprévues et les plus anti-naturelles, ne sont, en fin de compte, qu'une transposition de formes remémorées instinctivement.
Voyez les fantaisistes les plus tarouches, dans la composition où ils se sont souvent complus à se livrer aux fantaisies les plus bizarres et les plus débridées de leur esprit, dans la tentation de saint Antoine. Pour créer des êtres fantastiques, effrayants, en dehors du réel, qu'ont-ils trouvé, sinon de juxtaposer des éléments divers empruntés à divers animaux, ou de greffer des parties animales sur un végétal, de mélanger en un tout des éléments dissemblables, en un mot?
L'esprit ne peut concevoir une forme en dehors des formes naturelles. Du reste, s'il le pouvait, le bénéfice tiré de cette faculté serait-il bien considérable, et compenserait-il les efforts que cette création aurait pu coûter? Contentons-nous donc des formes naturelles, et, suivant le besoin, interprétons-les plus ou moins fortement. Du reste, les ressources ne sont-elles pas inépuisables ici?
Certes, dans la nature, toutes les formes ne sont pas utilisables; mais dans les innombrables réserves qu'elle nous offre, n'aurons-nous pas
M. P.-VERNEUIL
Hippocampe
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de quoi varier nos compositions à l'infini? Nous n'avons pas l'absurde prétention de fameuse frise des lions, pour ne parler que de l'art assyrien! Mais leur emploi est rare de nos jours, et peut-être cet abandon presque total est-il injustifié.
Parmi les animaux, et suivant leur mode de vie, les caractères distinctifs sont bien différents. Les mammifères et les poissons, les oiseaux et les insectes, offrent des contrastes de structure ou de formes très accusés, et répondant à leurs besoins matériels d'existence. Le décorateur y trouvera des éléments innombrables de décor et de beauté, soit dans les formes complètes, soit dans des fragments de ces formes, soit dans leurs éléments mêmes.
Ainsi, par exemple, dans un oiseau, on pourra utiliser l'animal entier, nature ou stylisé, ou une aile, ou une plume, ou une ornementation existant sur cette plume.
Le décor existe en tout cela à l'état embryonnaire, et la tâche de l'artiste consiste,
M. MÉHEUT
Anguille, étude
vouloir inventer ici l'emploi des animaux en ornementation. Des exemples fameux des grandes époques ornementales nous en dispensent. Qui n'a présente à la mémoire la
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Les Poissons
non seulement à le découvrir, mais encore à le développer.
Ce sont les poissons, vivant dans l'eau salée ou douce, que nous allons étudier aujourd'hui, et cette étude, pourtant bien restreinte, d'une faible partie du règne animal, mettrasousnosyeux des éléments bien divers et d'une utilisation certaine, soit que cette utilisation soit directe, ou que les formes étudiées servent au contraire de prétexte à des dérivations ornementales.
Dans cette étude trop brève, nous avons dû restreindre le nombre des exemples au strict minimum. Seuls, l'anguille et le maquereau, le brochet et la perche, la raie, la carpe et le grondin ont pu y trouver place. Ce sont les poissons les plus communs qui ont été choisis, ceux que chacun peut se procurer et étudier à loisir. Il était bien tentant cependant de se laisser entraîner.
Quelles formes amusantes et inattendues, quel caractère étrange chez l'hip-
M. MÉHEUT
Anguilles, étude
pocampe et le syn-gnathe! Que dire du coffre, ce poisson enfermé dans une boîte, par un trou de laquelle sort la queue; et le Saint-Pierre, le Zeus forgeron, à la tête énorme, au corps plat, aux nageoires terminées en longs filaments noirs flottants; et le poisson-lune, et le hérisson de mer, et les dactyloptères, poissons volants aux ailes-nageoires; et les labresaux couleurs éclatantes, aux harmonies somptueuses et imprévues, bleu et noir, brun et lilas, vert et noir, bleu paon et orangé, les émaux les plus riches, les tons les plus puis-sants et les plus chatoyants; et les chabots, les scorpènes, les rascasses, aux jouescuirassées, et mille autres qu'il serait trop long de nommer seulement.
Contentons-nous donc d'effleurer ce sujet, de citer quelques poissons, de voir leurs mœurs, et surtout de regarder leur structure et le parti qu'en ont su tirer les artistes qui ont bien voulu se prêter ici à les mettre en lumière.
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Art et Décoration
Dans la préface à son Histoire naturelle des Poissons, Cuvier s'exprimait ainsi : « Plus des deux tiers de la surface du globe sont couverts par les eaux de la mer; des parties considérables des îles et des continents sont arrosées par des rivières de toutes les grandeurs, ou occupées par des lacs, des étangs et des marais, et cet empire des eaux qui surpasse si fort en étendue celui de la terre sèche, ne lui cède en rien quant au nombre et à la variété des êtres animés qui l'habitent.
« Sur la terre, la matière susceptible de vie est, pour une grande portion, employée à la formation et à l'entretien des espèces végétales; les animaux herbivores y puisent une nourriture qui, une fois animalisée par eux, devient un aliment propre aux carnivores, lesquels ne sont guère plus de la moitié des animaux terrestres de toutes les classes; mais dans les eaux et surtout dans la mer, où le règne végétal est beaucoup plus restreint, tout semble animé ou prêt à le devenir; les animaux n'y vivent qu'aux dépens les uns des autres, ou de leur mucosité et des autres débris des corps des animaux. C'est là que le règne animal offre les extrêmes de la grandeur et de la petitesse, des ces myriades de monades et d'autres espèces qui auraient été éternellement invisibles pour nous, sans le pouvoir merveilleux du microscope, jusqu'à ces baleines et ces cachalots qui surpassent vingt fois les plus grands des quadrupèdes terrestres. » Le grand naturaliste indique ensuite que toutes les classes animales ont de leurs représentants vivant dans ou hors de l'eau ; les oiseaux ont le manchot, presque un poisson, aux ailes devenues presque des nageoires; les mammifères y sont représentés par le phoque, par le morse et par les cétacés, les reptiles par les tortues, les crocodiles; et les insectes, les crustacés, d'autres encore y ont, eux aussi, de nombreux représentants. Et il ajoute :
« Aussi les anciens disaient-
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Les Poissons
ils que tout ce qui existe ailleurs se retrouve dans la mer, mais que la mer a beaucoup de choses qui ne sont point ailleurs.
« Mais parmi ces innombrables créatures qui peuplent et vivifient l'élément liquide, il n'en est point qui y dominent davantage, qui y soient plus exclusivement propres, et qui s'y fassent plus remarquer par leur nombre, leurs formes variées, leurs belles couleurs, et surtout par les avantages infinis que l'homme en retire, que ceux qui appartiennent à la classe des poissons.
« Cette importance supérieure des poissons est même telle, qu'elle a fait étendre leur nom à tous les animaux aquatiques. En sorte que, dans les auteurs anciens, et même dans les écrivains de nos jours qui ne sont pas naturalistes, on voit ce nom appliqué souvent à des cétacés, à des mollusques et à des crustacés, confusion qu'il est d'autant plus facile d'éclaircir que la classe des poissons est une de celles qui se laissent le mieux limiter par des caractères invariables.
LASSERRE
Vase, Maquereaux
LASSERRE
Frisé, Maquereaux
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Art el Décoration
« La définition du poisson, telle que l'ont adoptée les naturalistes modernes, est en effet on ne peut plus claire et plus précise. Ce sont des animaux vertébrés et à sang rouge, qui respirent par des branchies et par l'intermédiaire de l'eau. »
Cette définition des poissons que Cuvier donnait en 1828, nous ne chercherons pas ici si les progrès des sciences naturelles faits depuis ne l'ont pas légèrement modifiée, complétée plutôt. Aussi bien n'est-ce pas ici un article scientifique.
Il convient de parler maintenant du poisson en général. Toujours logique, la nature a donné à ces habitants des eaux les moyens propres à y progresser rapidement. Presque tous étant essentiellement carnivores, c'est donc par la chasse, par la poursuite que les poissons doivent conquérir leur proie. Donc, la vitesse est indispensable. Voyez avec quelle science absolue les formes de leur corps sont en général conçues en vue d'une progression rapide : formes peu ou pas saillantes, corps en fuseau plus ou moins aplati, tête en pointe permettant de fendre facilement le flot. Nageoires admirablement disposées pour la nage et la direction. Certaines de ces nageoires correspondent, en principe, aux membres des mammifères : ce sont les pectorales, placées latéralement derrière les ouïes, et les ventrales, placées en dessous du corps. Mais d'autres sont des appendices propres et particulières à cette classe. Ce sont les nageoires dorsales, dont le nom indique la position ; l'anale, située sous le corps et en avant de la queue; enfin la caudale, placée dans un plan vertical, et qui est la queue même.
Muni de ce système complet, le poisson se meut au sein des eaux avec une facilité admirable, une aisance peut-être supérieure à celle de l'oiseau dans l'air. Nous avons dit que ses formes étaient admirablement adoptées à son genre de vie. Elles sont diverses, cependant, et peuvent ranger les poissons en deux grands groupes principaux : les poissons au corps en fuseau et les poissons plats. Mais dans chacune de ces catégories, les différences sont considérables entre les différentes espèces et suivant le mode de vie des individus.
Les pirates de la mer tels que le requin, l'espadon, sont en fuseau lisse, qui leur permet les rapidités extrêmes; d'autres poissons de mœurs plus douces
DUPRÈNE Porte-plumes
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Les Poissons
et plus sédentaires ont des formes plus trapues et plus lourdes : la carpe, la dorade. D'autres sont cylindriques, comme les anguilles, par exemple ; certains ont la tête énorme et le corps presque minuscule, comme la baudroie, par exemple. Mais lorsque la nature les a peu favorisés sous le rapport de la vitesse, elle les a dotés d'appareils de pêche des plus ingénieux. La baudroie, dont nous parlions, pêche véritablement à la ligne. Ce poisson n'est à proprement parler qu'une vaste bouche garnie de dents longues et crochues. Le dessus de la tête est garni de plusieurs filaments très minces, très mobiles, dits filaments pêcheurs, et qui ne sont qu'une modification d'une partie de la nageoire dorsale. Ecoutons Lacépède conter les mœurs de cet animal étrange : « N'ayant ni armes défensives dans ses téguments, ni force dans ses membres, ni célérité dans ses mouvements, la baudroie, malgré sa grandeur, est obligée d'employer la ressource de ceux qui n'ont reçu qu'une puissance très limitée. Elle est contrainte, pour ainsi dire, d'avoir recours à la ruse, et de réduire sa chasse à des embuscades, auxquelles d'ailleurs sa conformation la rend très propre. Elle s'enfonce dans la vase, elle se couvre de plantes marines, elle se cache sous les pierres et les saillies des rochers ; se tenant avec patience dans son réduit, elle ne laisse apercevoir que ses filaments qu'elle agite en différents sens, auxquels elle donne toutes les fluctuations
M. MÉNEUT
Maquereaux, étude
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BACARD
Brochets, frise
M. MEHEUT
CARRELAGE CÉRAMIQUE
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Les Poissons
qui peuvent les faire ressembler davantage à des vers ou à d'autres appâts, et par le moyen desquels elle attire les poissons qui nagent au-dessus d'elle, et que la position de ses yeux lui permet de distinguer facilement lorsque la proie est descendue assez près de son énorme gueule. Elle se jette sur les animaux qu'elle veut dévorer et les engloutit dans cette grande bouche où une multitude de dents fortes et crochues les déchirent et les corps comprimé en disque pour pouvoir s'appliquer plus exactement sur le fond où ils reposent. Tels sont les raies, les soles, les turbots, etc., etc.
En général, la peau des poissons est empêchent de s'échapper. » — Combien de cas semblables seraient à citer. Combien d'étranges facultés, comme celle du mimétisme, par exemple, qui permet à certains poissons, par le jeu des chromatophores contenus dans leur peau, de changer de couleur, de s'identifier d'une façon parfaite avec le fond sur lequel ils reposent. Tels les turbots par exemple.
Les poissons plats sont en général des poissons de fond. Ils ont le recouverte d'écaillles, minces lamelles qui s'imbriquent à la manière des tuiles d'un toit. Leurs couleurs sont souvent merveilleuses, ne le cédant en rien à celles des oiseaux les plus richement parés. Nous ne sommes pas habitués à ces merveilles par les poissons de nos cours d'eau, vêtus de gris en général. Mais déjà les poissons de mer, sur nos côtes, s'enrichissent. Le maquereau au ventre d'opale, les rougets, les labres surtout, sont somptueusement vêtus. Mais qu'ils sont pauvres cependant à côté de leurs fères des mers chaudes, des poissons des Bermudes, les Squammipennes; par exemple, chez ceux-ci, les expressions manquent pour qualifier la somptuosité des tons. Il en est de striés, argent et vert pâle, bleu turquoise et or. D'autres sont gainés de
BACARD Brochets, études