Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Les Bordures E. GRASSET - A propos d'une Construction récente de M. Chedanne ROGER MARX - L'Art Décoratif au Salon d'Automne M. P.-VERNEUIL - Planche hors texte : Bordures M. P.-VERNEUIL --- NOVEMBRE 1904 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 8e Année, N°11

Page 2

Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

Page 3

--- DUFRENE --- Pl. 3o --- Les Bordures *** Une étude théorique sur l'ornementation peut être utile au décorateur, et intéresser en même temps l'amateur, en l'initiant aux méthodes de composition. Elle fait sentir également toutes les difficultés que le décorateur doit vaincre pour faire son œuvre. Nous pensons donc intéresser nos lecteurs en leur donnant la primeur de ces notes substantielles que M. Grasset vient d'écrire en guise de préface pour un recueil de bordures qui vient de paraître. Ce volume, croyons-nous, est appelé à rendre les plus grands services à tous ceux qu'intéressent l'ornementation. GÉNÉRALITÉS Toute bordure sert à limiter un espace uni ou travaillé pour souligner sa forme générale. Lorsqu'il n'en existe, sur une paroi verticale comme celle d'un local, qu'en haut, près du plafond, et en bas, contre la cymaise, la bordure joue le rôle d'un passage entre le plafond d'une part et le soubassement de l'autre. Mais lorsqu'une bordure entoure complètement une surface, comme celle d'un plat, non seulement elle accuse aussi les bords de cet objet, mais elle peut encore constituer son seul ornement et devient alors un véritable cadre. On proportionne la richesse de la bordure à celle du fond, sur lequel elle doit l'emporter. Très souvent aussi, il arrive que les murs d'une salle peuvent être entièrement unis et ne devoir leur ornementation qu'à une belle et large bordure. Le plus ordinairement toute bordure se compose de trois parties qui sont (1) le champ (A) destiné à recevoir les ornements, et qui occupe la plus large surface, et les listels (B) qui sont des bandes rectilignes simples ou multiples qui limitent ce champ de chaque côté dans le sens de la longueur. Les listels qui sont placés à l'extérieur du champ sont plus nombreux ou plus importants que ceux qui le limitent contre le fond, et prennent le nom de talon (C). On nomme aussi les listels galons lorsqu'ils sont ornés eux-mêmes. Mais les bordures ne sont pas toujours enfermées entre des listels et assez souvent, surtout quand ce sont des ornements exécutés en peinture, leur partie interne touchant le fond peut être libre (2); en ce cas le champ principal où se développent les ornements se --- M. P.-VERNEUIL --- Pl. 1o ---

Page 4

Ari et Décoration trouve être le fond lui-même. Seulement, si l'on se contentait de cette solution, la bordure présenterait un désagréable aspect de mai- A B FIG. 1 greur, à moins que les ornements ne fussent extrêmement couvrants ; aussi a-t-on habituellement soin de ménager un fond d'un autre ton FIG. 2 avoisinant le talon, qui donne à l'ensemble la solidité nécessaire (3). Car, il ne faut pas l'oublier, la principale qualité d'une bordure FIG. 3 est de border, c'est-à-dire de limiter franchement. Or l'expérience a constaté que, lorsque le fond était clair, le champ de la bordure devait être foncé (4), et que quand ce fond était foncé, le champ de sa bordure devait être clair (5). C'est là une vérité plus souvent méconnue qu'on ne pourrait le supposer, et l'on s'étonne parfois du peu d'effet produit par une superbe bordure, faute d'avoir tenu compte de ce principe rigoureux. FRISES ET MONTANTS Une question importante est la distinction indispensable qui doit être faite entre les bordures et les frises. Ces dernières ne possèdent, en général, que le seul sens horizontal et ne sauraient être retournées. Dans une frise, l'artiste est libre de procéder avec toute la fantaisie imaginable; cependant, si la reproduction de la frise dépend des moyens industriels, il faudra penser au raccord et ne pas composer avec un sujet tellement voyant que son retour fréquent devienne une fatigue odieuse. Au contraire, il est bien préférable d'adopter plutôt une certaine similitude de surface, de couleur et d'aspect qui laisse à peine M. P.-VERNEUIL Pl. 22

Page 5

Les Bordures deviner le retour du motif au raccord. (Voir la frise au bas de la Planche 22.) Il faut encore distinguer entre les bordures et les montants. Comme leur nom l'indique, ce qui caractérise ceux-ci est qu'ils ne pourraient être employés que dans une situation verticale unique, et ne pourraient être ni couchés horizontalement, ni retournés sens dessus dessous (Voir un certain nombre de ces montants dans les Planches 3 à droite, 4 à droite et à gauche, 6 à droite, 10 à droite, 37 à droite et à gauche, 49 à gauche). Leur emploi, comme celui des frises, se trouve donc limité, et ne peut faire l'objet d'une fabrication industrielle courante, si ce n'est dans le cas où l'on pourrait, sur un fond uni, en garnir une pièce à des distances voulues; ces montants devraient être accompagnés, en haut et en bas, d'une ou deux bordures spéciales avec un listel d'arrêt ou un raccord réglant, en ce cas, la distance des intervalles (6). BORDURES A SENS INDIFFÉRENT Si les frises et les montants échappent à tout autres conditions que celles que je viens de signaler, il n'en est pas ainsi de la bordure. Celle-ci, d'un rôle plus modeste, bien que plus habituel, atteint l'idéal des services qu'elle peut rendre, quand il est possible de la placer aussi bien en haut qu'en bas, à droite qu'à gauche; ce sont ces bordures dont le sens est indifférent. La composition des bordures à sens indifférent est assez limitée, bien qu'elle puisse se faire de plusieurs manières, et d'abord par la répétition pure et simple de motifs égaux ou semblables n'ayant aucun sens (7); mais on peut obtenir un balancement très exact par l'alternance de motifs égaux, si leurs axes sont perpendiculaires aux deux côtés de la bordure, et si ces motifs sont symétriques sur ces axes (8). Toutefois les motifs ne s'attachent pas nécessairement aux listels qui bordent le champ, et il est possible d'employer des systèmes de courbes juxtaposées et alternées sans aucun lien avec les listels (9). On peut encore faire usage d'une ondulation, dans les vides de laquelle seront placés des motifs n'ayant pas de sens voulu (10), ou procéder par semis de motifs, mis dans un ordre qui se répète exactement selon le tracé de la figure 11. On voit qu'il s'agit toujours d'axes perpendiculaires à la longueur de la bordure, et que les motifs placés sur B C seront coupés par cette ligne

Page 6

Art et Décoration en deux parties égales, tout le dessin étant contenu dans le triangle ABC. (Un bon exemple de bordure à sens indifférent se trouve au bas et au milieu de la Planche 38; d'autres peuvent être signalés dans les Planches 1 au quatrième rang, 31 en haut, 37 au milieu et 60 en en haut.) BORDURES SUIVIES ALTERNES Les bordures alternes sont les plus pratiques après celles que nous venons de voir, car l'exacte alternance des motifs leur donne un équilibre parfait en un sens, celui selon lequel elles paraissent marcher, ou, comme l'on dit, courir. Si nous considérons des motifs réguliers et égaux placés sur des axes obliques parallèles entre eux, leur alternance se pondérera exactement (12), et ces motifs détermineraient une bordure à sens indifférent si l'inclinaison des axes n'avait lieu en une direction opposée pour la bordure verticale et pour l'horizontale; et que, de plus, en considérant l'extérieur de la surface bordée, si les motifs n'étaient montants à droite et descendants à gauche, ou vice versa, ainsi qu'on le voit clairement dans la figure 13. Des axes obliques contrariés (14) donneront le même résultat, que ce soient des lignes droites ou des courbes (15). Dans le balancement de ces deux dernières figures, on remarque un principe d'ondulation, une ligne ou mouvement, dont le rinceau est le type (16). Cette ligne peut être matériellement absente et cependant se faire sentir sous des ornements très couvrants, composés simplement de motifs alternés (17). (Voir les bordures, planche 2 en haut, 9 à droite, 25 en bas à droite, 51 en haut, 60 en en haut.) BACARD PL. 38

Page 7

Les Bordures Page 149 Figure 15 haut, $5_4$ en haut à gauche, $5_7$ à gauche). Dans les bordures de ce genre, si les listels sont égaux et qu'il n'y ait pas de talon, il sera possible de les placer, à droite et à gauche de l'espace à encadrer, sous forme de montants dans le même sens. Les deux directions horizontales pourront alors être choisies en un sens unique, ou opposé comme l'indique la figure 18. On peut, dans une certaine mesure, rapprocher ces bordures alternes de celles à sens indifférent si l'on a soin d'équilibrer les principaux effets en sens contraire (19); l'attache seule des motifs marche en un sens donné et moins celle-ci sera visible et plus la bordure sera commode à employer. Ainsi, si dans la planche 2 la bordure du haut est un bon exemple d'alternance, nous ne devons pas oublier qu'elle comporte une contrepartie symétrique à cause d'un fond noir rempli en haut et extérieurement à gauche. Mais rien ne serait plus facile que d'en faire autant de l'autre côté de façon à pouvoir placer le même dessin horizontalement ou verticalement sans avoir recours à son pareil symétrique. S'il s'agit d'une bordure en papier de tenture, il Figure 16 Figure 17 Figure 18 Figure 19 Figure 20

Page 8

Art et Décoration serait aisé de la retourner, de sens, sur l'axe ou les axes, au milieu du panneau à border, pour obtenir un effet complètement équilibré. La bordure au bas et à droite de la planche 25 est composée de façon à avoir un sens presque indifférent. Les bordures alternes peuvent donc avoir leurs mouvements, soit greffés sur les deux listels (20), soit formés de courbes juxtaposées (21) ou encore de courbes raccordées (22). Mais il est préférable de dissimuler le plus possible le sens de ces mouvements, ainsi que l'a montré la figure 19, ou comme on peut aussi le voir, bien qu'à un moindre degré, figure 23, ce qui rend ces bordures plus pratiques. Le dessin tout entier tiendra (24) dans le triangle ABC, lequel sera retourné en ABD. (La planche 15 est complètement construite de cette façon.) BORDURES UNILATÉRALES En dehors des bordures alternes, se remarquent les bordures unilatérales, qui forment une division caractéristique de ce sujet. Ce sont, de beaucoup, les plus nombreuses de ce recueil. On peut en distinguer deux sortes principales, celles qui se composent comme les bordures alternes, mais en variant le motif alterné (25) et qui présentent un balancement suffisant pour que leur emploi soit facile, et celles dont les deux bords sont très différents d'importance et de composition (26). Ces dernières seront renversées à droite si elles sont à gauche dans leur sens; mais l'effet peut en être corrigé par l'adjonction de mouvements contraires (27). Beaucoup des bordures unilatérales de cet ouvrage peuvent être mises à l'envers sans inconvénient, à la condition que le côté destiné à border l'intérieur du fond soit toujours tourné sur celui-ci. (Qu'on remarque, entre autres, Planches 1 la troisième, 2 au bas, 10 au milieu, 34 en haut à droite.) Mais, comme les bordures ne s'appliquent pas toujours à des parois verticales, celles d'un plateau, d'une table, d'une nappe, permettent et demandent même l'unilatéralité. Si la bordure unilatérale devient telle qu'elle ne puisse être placée qu'en un sens unique (Pl. 19 au bas), nous revenons aux frises proprement dites que j'ai signalées en commençant. BORDURES RAMPANTES Les bordures réellement rampantes sont d'un usage moins fréquent que les autres et sont surtout destinées à la peinture (Pl. 16), et, en ce cas-là, le poncif ou le pochoir peuvent se retourner pour un rampant tourné dans l'autre sens; encore faut-il que l'inclinaison soit la même, car s'il s'y trouve un motif vertical, comme dans la Planche 16, cette condition devient nécessaire; mais si, au nénédictus Pl. 15

Page 9

Les Bordures contraire le motif est simple, comme celui de la planche 5o, l'inclinaison se trouve sans effet ainsi que l'inversion. Au reste, les bordures alternes sont toutes aptes à être employées sur les rampants; ceux-ci ne sont vraiment spécialisés que par la présence de motifs verticaux. BORDURES CIRCULAIRES Une bordure droite quelconque peut être facilement appropriée à un cercle par une transformation qui en contracte un peu le côté intérieur. Une précaution à prendre consiste à établir un nombre entier de divisions dans lesquelles chaque motif sera contenu, et, s'il s'agit de bordures alternes, d'un nombre pair de divisions pour que la rencontre soit normale, à moins de comprendre dans une division les deux motifs alternés; cette observation a son utilité lorsqu'on se sert d'un pochoir employé des deux côtés. Les bordures circulaires exigent autant de poncifs que de rayons de cercles différents. ANGLES La question du retour d'angle des bordures est une des moins faciles à traiter. Le problème varie en effet selon que la bordure existe en deux dessins différents, symétriques l'un de l'autre (28), ou selon qu'elle marche en un sens unique (29). Si le premier cas est des plus faciles à résoudre, le second l'est beaucoup moins, et cependant c'est ce dernier qui intéresse le plus la fabrication. Un principe, résultant de l'expérience, veut

Page 10

Art et Décoration que le motif d'angle d'une bordure soit plus important que celui de la partie courante, et que l'angle soit accusé à l'extérieur, ce qui produirait un effet mou sans cette précaution. Ainsi que nous l'avons vu, dans les bordures symétriques du type 28, rien n'est plus facile que de composer un angle bien équilibré (30). Cet angle sera le carré ABCD qui se trouve presque indépendant des parties longues avec lesquelles il n'y a qu'à le raccorder sur la ligne D.C. (Planches 2 à gauche, 10 en haut, 15 à droite, 16 à gauche, et à droite en bas, 26 à gauche, 33 à gauche et à droite, 47 en bas, etc.) Il est même possible, comme dans beaucoup des exemples de cet ouvrage, de dépasser notablement le carré que nous avons vu ci-dessus. Ces dispositions sont très bonnes pour la peinture ou le pochoir, mais sont d'un usage limité dans la fabrication industrielle. En effet, dans celle-ci, on recherche surtout l'économie du dessin et on préfère, comme par exemple dans les carrelages, la disposition de la figure 29. Or, si nous construisons un motif régulier avec un axe oblique dans une bordure alterne ou unilatérale ayant un sens, il arrive qu'il se trouve une différence dans la largeur des fonds qui séparent les motifs de la bordure de celui de l'angle, ainsi que le montre la figure 31 où l'on peut observer l'espace H plus grand que le vide G, et le motif d'angle n'aura plus l'air d'appartenir à sa bordure. Le meilleur parti à prendre est d'incliner le mouvement des supports des motifs de l'angle dans le même sens que ceux du cours de la bordure (32), en s'efforçant de meubler l'angle de motifs proportionnellement plus nombreux et plus forts. Qu'il s'agisse d'une bordure unilatérale (32) ou d'une autre de système alterne (33), le moyen est le même, et il faut bien se garder de tracer le motif angulaire sur sur un axe à 45 degrés. Il est inutile de formuler les moindres règles touchant les bordures à sens indifférent, puisque celles-ci peuvent se couper à un endroit quelconque entre deux motifs ; tout au plus doit-on observer une parenté de forme entre le motif d'angle et ceux des parties longues. Une observation qui s'applique à toutes les bordures concerne particulièrement celles qui ont un fond travaillé, lequel doit se raccorder aussi avec le fond de l'angle sans que la soudure soit visible. A propos de l'arrangement des angles, il se présente quelquefois dans l'industrie un cas particulier, c'est lorsque le fond et la bordure sont tissés à part pour s'adapter l'un à l'autre en longueurs et largeurs variées. En ce cas, si

Page 11

Les Bordures la bordure est très riche et assez large, elle se composera de deux motifs principaux et diffé- rents, à intervalles rapprochés et réguliers, qui seront disposés de façon à pouvoir se raccorder sur l'angle à 45 degrés, formant ainsi un motif nouveau composé des deux moitiés des deux autres. La place des motifs se trouve réglée par la largeur des lés de l'étoffe du fond, qui peut en comprendre un seul ou plusieurs, et le raccord de l'angle se trouve ainsi toujours exact. Ces deux motifs peuvent être dessinés avec la plus grande liberté à la condition qu'une ligne à 45 degrés, de sens symétrique pour chacun d'eux, les coupant en leur milieu, présente un raccord parfait. Le fond sera occupé par un courant d'ornements soumis à la même règle. Je ne puis m'étendre ici sur la formule précise qui règle la distance des deux motifs, ce qui nécessiterait un espace dont je ne puis disposer. Les belles bordures à grands motifs d'animaux de l'art oriental ancien sont les meilleurs modèles dont l'art moderne puisse s'inspirer avec des formules nouvelles. Au reste, dans l'Art ancien qui a réalisé tant de merveilles, nous trouvons, en fait de bordures, de magnifiques exemples où tous les principes que nous venons seulement d'indiquer sont réalisés; c'est pour cette raison que, pour créer quelque chose d'égalable, il faut avoir vu, examiné à fond et recherché la loi de la beauté qui s'y trouve et qui ne saurait être créée de toutes pièces par le plus grand talent. Ainsi, dans les bordures orientales, d'un principe toujours très simple et appartenant le plus souvent au système alterne, nous constatons l'emploi d'un rinceau plutôt simple de détails avec des motifs assez larges qui croisent sur les courbes et en em- BELLERY-DESFONTAINES PI. 50