Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Joseph Sattler - A. Marguillier - L'Art à l'École en Suède - E. Avenard - Quelques Bijoux - de L. Gaillard - M. Guillemot - Lettres Ornées - Typographiques - E. Grasset - L'Esthétique de la Rue - Planche hors texte: - La Mort de Kriemhilt - J. Sattler --- OCTOBRE 1904 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PAKIS Prix de la Livraison : 2 fr. 8e Année, N° 10.

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

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JOSEPH SATTLER --- J. SATTLER Lettre inédite A plus riche imagination, gouvernée par le sens décoratif le plus sûr; une entente admirable de la composition, où l'idée est mise en relief dans sa plénitude par l'arabesque la plus caractéristique et par un dessin d'une concision savante et expressive : tel apparaît dans son ensemble l'art du dessinateur allemand Joseph Sattler. Peu d'artistes sont aussi bien doués pour régner dans le domaine où il s'est rapidement installé en maître : celui de l'illustration du livre ; peu y ont montré des qualités aussi personnelles. Et son originalité n'est si forte que parce qu'elle est issue logiquement de la sensibilité propre que lui ont constituée sa race et son milieu. Alors, en effet, que les artistes allemands des générations précédentes, Cornelius et les Nazaréens, l'école de Piloty, d'autres ensuite, s'étaient comme à plaisir évadés de leur pays pour se mettre à la remorque des Italiens de la Renaissance, des romantiques français, d'autres étrangers encore, Sattler, dédaigneux des formules d'école, sentant d'instinct que l'art doit être l'expression de l'individu, c'est-à-dire de tous les sentiments et de toutes les énergies dont cet individu est la résultante, eut l'idée, tout simplement, de renouer avec les traditions de sa race, d'aller demander aux vieux maîtres de son pays le secret de la force et de la vérité de leur art. En leur compagnie il s'est retrempe aux sources mêmes du génie germanique et du sien propre et est revenu défini- tivement conscient de lui-même, admirablement doué pour continuer, sous leur inspiration, l'œuvre des ancêtres. De tous les artistes allemands contemporains, aucun n'est plus foncièrement de son pays ; un goût de terroir bien prononcé, nullement artificiel ni emprunté, lui donne la saveur toute particulière des vieux xylographes allemands, de Dürer et de Holbein : ses dessins ont la même poésie robuste et franche, le même caractère âpre et fort, avec quoi s'harmonise si bien l'archaïsme de la typographie germanique ; et lorsque cet art s'applique à des sujets tels que l'histoire de la vieille Allemagne, la guerre des Paysans, le soulèvement des Anabaptistes, l'accord est si étroit entre tous les éléments constitutifs de l'œuvre, qu'elle atteint — chose rare quand il Dessin extrait des "Images alsaciennes"

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Art et Décoration s'agit de livres illustrés — à la beauté parfaite. Pourtant, Sattler est assez peu connu en France. Il n'a exposé chez nous que deux fois : au Salon de 1893 (où il montrait, entre autres, des dessins de sa Guerre des Paysans) et au Salon de 1894 (où l'on voyait des planches de sa Moderne Danse macabre), et, malgré qu'il ait été distingué à la première de ces expositions d'une mention honorable, il n'a peut-être pas obtenu des critiques, peu familiers avec l'esthétique et la conception allemandes, toute l'attention qu'il méritait (1). On ne l'a plus revu en France : seuls, à l'Exposition de 1900, dans la section réservée à l'Imprimerie royale de Berlin au pavillon allemand de la rue des Nations, des spécimens de ses illustrations pour les Niebelunge le représentaient ; on l'eût cherché en vain à l'exposition allemande des Beaux-Arts, si vide d'ailleurs d'artistes vraiment originaux. Enfin, notre Cabinet des estampes ne possède rien de lui. Il serait à souhaiter qu'une exposition d'ensemble de son œuvre fasse enfin connaître au public français cet artiste d'un si mâle talent. Né le 26 juillet 1867 à Schrobenhausen, petit village de la Haute-Bavière déjà illustré par la naissance de Lenbach, Sattler était fils d'un peintre décorateur. Il exerça d'abord le métier paternel ; mais les dispositions artistiques qu'il montrait décidèrent sa famille à lui faire entreprendre des études en vue de le faire admettre à l'École des Beaux-Arts de Munich. Il y entra à l'âge de seize ans. La capitale de la Bavière offrait alors (1) Notons cependant deux études intelligentes et consciencieuses : une de M. Hugues Rebell dans la Plume (n° du 15 au 31 juillet 1894) ; une autre, très complète, de M. Henri Albert dans Mercure de France (mars 1895). J. SATTLER Dessin extrait des "Tableaux du temps de la Guerre des Paysans" en art des idées bien appropriées à son faux décor classique : le plus déplorable esprit académique y régnait sans partage. Pour un jeune homme déjà épris de traditions autochtones et qui se sentait l'âme plus germanique que gréco-romaine les leçons officielles devaient avoir peu d'attraits : elles furent suivies sans assiduité ; Sattler leur préférait de beaucoup la fréquentation des vieux maîtres de la Pinacothèque et l'étude des estampes des anciens graveurs allemands. Ce furent là ses véritables professeurs ; la confiance et l'affection, sans lesquelles il n'est pas d'enseignement profitable, furent, ici, parfaites. N'ayant plus rien à demander à l'Académie, Sattler part, en compagnie d'un ami, pour Strasbourg et fait, pour plusieurs années, de cette ville sa résidence habituelle. En 1891 et 1892, une publication qui paraissait irrégulièrement, et quin'eut que douze numéros, Die Quelle (La Source), recueil de dessins humoristiques, satiriques ou simplement amusants, faisait connaître le nom de Sattler. Tous ses dons s'y trouvent déjà manifestés, sans, il est vrai, la belle pondération de plus tard : la source coule vive et abondante, et rien ne vient encore la régler. Mais c'est déjà, au service de cette imagination inépuisable, la conception originale, la recherche du caractère, la technique extraordinairement sûre des œuvres futures. Nous n'en voulons pour exemple que cette Sainte Famille aux copeaux « par le monogrammiste J. S. », spirituellement conçue à la façon de quelque Primitif, où l'amoncelement des copeaux formés par l'actif rabot de saint Joseph et qui envahissent plus de la moitié de la composition, est rendu de façon si habile et si décorative. J. SATTLER Vignette inédite

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J. SATTLER "La Sainte Famille aux Copeaux", dessin

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Art et Décoration Mais à cette publication fantaisiste et éphémère succède une œuvre plus considérable, destinée, celle-là, à rester : Bilder aus der Zeit des Bauernkrieges (Tableaux du temps de la Guerre des Paysans) (1893). Sattler a découvert sa voie : c'est dans le passé, désormais, qu'il va se réfugier de préférence, qu'il va trouver le ferment le plus favorable au développement de ses dons d'imagina- tif, d'humoriste, de poète dramatique. Les trente tableaux qu'il en rapporte cette fois, J. SATTLER Dessin extrait de " Tableaux du temps de la Guerre des Paysans " " Le Triangle " paysan d'alors, l'air malin et défiant; voici Luther, à vrai dire fort peu favorable aux révoltés, mais dont ceux-ci n'en crurent pas moins appliquer les enseignements; puis, ce sont les pillages d'églises; le portier du château fort pendu à la poterne au moyen des parchemins seigneuriaux liés bout à bout; le seigneur vaincu, contraint, son écu sur le dos, de traîner la charrette où s'empilent des paysans ivres; le « Hérisson rouge », c'est-à-dire la troupe des paysans hérissee de faux et d'épieux; la même encore, disposée en triangle pour l'attaque; puis, des images légendaires ou allégoriques, véritables œuvres de visionnaire, d'une divination telle qu'on les dirait détachés de quelque Chronique de 1525, n'atteignent, d'ailleurs, à cette forte et saisissante vérité que parce que, rejetant au loin toute la vieille détroque académique ou romantique, il s'est fait, au lieu d'une âme de « peintre d'histoire » soucieux surtout de décor extérieur et indifférent aux sentiments de ses personnages, une âme populaire, contemporaine, pour ainsi dire, des événements qu'il retrace, vibrant à l'unisson de toutes les passions qui bouillonnent au fond de cette sanglante mêlée. Depuis le conciliabule nocturne des paysans armés de faux dans la plaine, au bas des rochers dominés par les tours des châteaux forts détestés, jusqu'à la conclusion fatale : la tête coupée du révolté, dressée à l'extrémité du gibet, dans le mauvais soulier qui servait d'enseigne aux partisans de Thomas Münzer, toute cette farouche épopée de massacres et de pillages s'évoque, avec ses héros, en ces trente planches sinistres, satiriques ou burlesques. Voici le

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Joseph Sattler Page 113 des études de reîtres et de manants, etc., sans oublier l'impression - nant dessin de la couverture : une porte d'église ou de château où sont fichés des épieux et des faux lacérant l'édit qui y était cloué. Autotal, un ensemble d'une sauvage énergie. C'est un thème sinistre encore, la Mort, que l'artiste traite ensuite. L'impression, cependant, est moins effrayante, car la mort, ici, ne s'accompagne plus de cruauté : c'est, au contraire, la Mort des légendes, volontiers familière et goguenarde, rarement terrifiante, la mort envisagée par un philosophe et un humoriste. Motif cher à l'art germanique, la Danse macabre a fourni aux artistes du Nord, depuis l'auteur anonyme des fresques du cloître de Klingenthal et Holbein jusqu'à Rethel au siècle dernier, prétexte à d'infinies variations où se succèdent son squelette drapé d'antiques parchemins ; (1) Berlin, Stargardt éd. (1894), chez qui se trouvent tous les ouvrages suivants de Sattler. Dessin extrait des "Tableaux du temps de la Guerre des Paysans" et se mêlent l'enseignement religieux du détachement des choses de cemonde, lasa-tire des mœurs des diverses classes de la société, le conseiltacite d'une sage résignation. Venu le dernier après tous ces artistes, Sattler, comme, quelques années auparavant, Max Klinger, mais d'une autre façon, asudonner de ce sujet ancien une paraphrase très moderne—comme l'indiqueletitre de son album : Ein moderner Todtentanz (Une moderne Danse macabre) (i)-par le côté à la fois narquois et ému de l'observation , et très personnel-le d'invention et de présentation. C'est la Mort trouvant les vieux infolio à chaque enjambée des échasses pointuessurlesquelles elle dresse J. SATTLER Le Portier du Château

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Art et Décoration Page 114 J. Sattler - La Mort trouvant les livres Dessin extrait de "Une moderne Danse macabre" c'est la Mort grimpée sur un toit et soufflant par la cheminée la chandelle fumeuse qui éclairait la veillée solitaire d'un pâle enfant grelottant au coin d'un âtre sans feu, tandis que — détail touchant — dans le mur sombre de la chaumière apparaît, comme un clair vitrail, la vision, sous un soleil d'or, d'une riante demeure vers laquelle de petits anges vont guider le pauvre déshérité ; c'est l'incendie dévorant un village, sous le ricanement d'une tête de squelette apparue dans le ciel au milieu des tourbillons de flamme et de fumée; c'est «la Maison chancelante» que, dans la nuit, la Mort vient frôler et faire tomber d'un léger coup d'épaule; c'est «le Pont dangereux » sur lequel va s'engager un train et dont le réseau de fer dessine le profil d'un squelette humain couché en travers du fleuve; c'est l'orbite de l'œil d'un pessimiste au fond duquel, comme dans une chambre noire, vient se fixer l'image d'un pendu; c'est l'ivrogne trinquant avec un compagnon sous le bourgeron duquel se dissimule l'affreuse mégère ; ce sont «les Troïdes »: la Peste, le Choléra, le Typhus, sous forme de trois têtes de morts jetées du ciel sur terre par le cornet du Destin; c'est, dans une planche saisissante, un troupeau de pâles humains poussés comme par une force irrésistible au milieu de miasmes méphitiques, et couchés l'un après l'autre dans l'égalité du trépas par le geste niveleur du bras décharné de la Mort; c'est encore le Typhus, la Peste, le Choléra, la Guerre, errant dans le monde dévasté et observant d'un air étonné un autre sinistre compagnon : l'Anarchie, en loques et en sabots, qui à son tour les considère d'un œil gouailleur, cependant qu'au-dessus la Mort, dans un accès de joie délirante ou d'horreur, se précipite — tel un effrayant météore — du haut du ciel, éclaboussant tout l'air des éclats de son crâne fracassé. Puis, des scènes d'allure légendaire : l'Angelus du Vendredi-Saint, le Christ sur la croix couronné par la Mort. Quatorze de ces planches sur seize, dessinées à la plume et teintées de diverses couleurs, sont d'une précision, d'une acuité de facture telles, qu'on les dirait traitées, comme les deux autres, à l'eau-forte. La collaboration de Sattler aux Elsässische Bilderbogen (Images alsaciennes), fondées par l'artiste décorateur Carl Spindler, et au journal munichois bien connu les Fliegende Blätter fait apprécier les mêmes qualités d'inépuisable fantaisie , d'humour, de puissance tragique : légendes délicieusement contées, scènes de genre, pages satiriques, ou simples vignettes infiniment ingénieuses, où des moindres choses l'artiste sait tirer des effets étonnants — telles les amusantes variations pour la rubrique Gedanken-Splitter und Späne (Échardes et Copeaux de la Pensée), où bûchettes et copeaux, sortant de la tête de l'écrivain ou versés à pleins sacs par deux fous, s'amonceillent et se groupent de mille façons imprévues , extrêmement

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Joseph Sattler J. SATTLEP Ex-libris, dessin décoratives; tel encore le beau commentaire, digne de Dürer, du choral : Ein feste Burg ist unser Gott (Notre Dieu est un burg solide) : le roc divin dressé tout droit jusqu'au ciel, portant le Livre de vie que surmonte, comme des créneaux, la Couronne d'épines au milieu de laquelle de petits anges armés de glaives veillent à la défense de la tour sacrée menacée par les efforts, d'ailleurs impuissants, de dragons qui, au bas, se tortillent et se dressent parmi les flammes, — tous les genres de composition s'y rencontrent, également heureux de présentation, également soignés d'exécution. Un album édité la même année (1894) que la Moderne Danse macabre, intitulé 42 Bücherzeichen (42 Ex-libris), et qui compte parmi les ouvrages les plus remarquables de Sattler, montre poussées au plus haut degré de perfection ces qualités d'invention et de facture. Nulle part son génie décorateur ne s'est manifesté plus pleinement. L'émerveillement se renouvelle à chacune de ces planches : rarement aussi riche imagination s'est alliée à un sens aussi heureux de la décoration. Il est impossible de décrire chacune de ces compositions : l'ingéniosité de l'arrangement et des détails, à laquelle s'ajoute parfois le charme d'une harmonieuse coloration, en fait tout l'intérêt, et c'est directement, non à travers une description, qu'il faut les voir. Signalons seulement, pour leur beauté particulière, l'ex-libris à la tête de cardinal, dont le noble et imposant caractère fait songer à certaines figures de Holbein; l'ex-libris C. S.: un coq claironnant ; les planches 15 et 25, où les initiales des possesseurs se détachent sur un fond semblable à un papier de tenture, formé d'une multitude de têtes et de petits personnages traités avec un art infini ; les ex-libris J. von Wendelstadt, nom qui a suggéré à Sattler l'idée d'une ville moyenâgeuse dont les remparts tournent en spirale autour d'un rocher ; Warnecke: un homme assis dans la campagne sur une pierre et lisant ; Rau : une tête de vieux savant, dessinée sur papier vert avec rehauts de blanc, à la façon de certaines études de Dürer ; P. Bucher : un crâne posé en guise de signet entre les pages d'un in-folio (un autre ex-libris dessiné plus tard pour le même bibliophile représente la Mort portant une pile de livres: armoiries parlantes, symbolisant la Médecine, profession du destinataire, et rappelant en même temps son J. SATTLEP Ex-libris, dessin

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Art et Décoration nom, Bücher en allemand signifiant livres); F.-C. Haupt: une tête (encore un ex-libris parlant) autour de laquelle s'enroule une banderole portant le nom du possesseur; l'exlibris de l'artiste, où il s'est représenté lisant; H. Albert : un dragon fantastique allongeant son cou au milieu d'une auréole d'éclairs; L. Hornecker: un bonhomme traité à la façon d'un personnage de van Ostade, absorbé dans sa lecture et en oubliait de fumer sa pipe; etc. Mais le passé attire de nouveau Sattler, et voici (1895), comme pendant à la Guerre des Paysans, toute une suite consacrée au soulèvement des Anabaptistes, non moins fécond en tableaux pittoresques que la révolte des paysans de Münzer à laquelle il fit suite. Sattler apporte, dans la représentation des principaux actes de cette épopée semi-tra-gique, semi-burlesque, le système qui l'a si bien servi dans son premier album : il ne sait rien de mieux, pour donner plus directement et plus fortement la sensation des événements qu'il retrace, que de s'en faire, comme homme et comme artiste, le contemporain. Et c'est, de nouveau ici, comme une chronique au jour le jour tenue par quelque témoin oculaire tout vibrant des extraordinaires aventures qui enfiervrent et ensanglantèrent Münster en 1534 et 1535 : le pillage de la cathédrale, les statues décapitées, les vitraux brisés, les vases sacrés jetés à terre; puis l'abandon des biens particuliers à la communauté, les documents de propriété jetés aux flammes ; l'envoi dérisoire par les assiégés au camp de l'évêque de Müns-ter d'un grotesque mannequin déguisé en prélat et affublé de vieux parchemins, juché sur une maigre haridelle harnachée pareillement jusqu'à la queue de bulles aux larges sceaux de cire; la tête du « prophète » Jean Mathiesen arborée au bout d'une pique; les contradicteurs de Jean de Leyde emprisonnés et pendus; puis la ruse des assiégés attirant leurs ennemis jusqu'à une prairie qui, semée de poudre, soudain s'enflamme; l'épouvantable « baptême de la chaux vive » tombant des remparts sur les assiégeants; l'audience de la foule par Jean de Leyde et la comédie de ses extases; la distribution du Saint-Esprit par le « prophète » Knipperdollinck ; la Cène sur la montagne de la « nouvelle Sion »; l'exécution sur la place publique d'une des femmes de Jean de Leyde qui avait voulu s'enfuir de son harem, tandis que ses compagnes chantent un hymne à la gloire de leur seigneur et que la foule ignoble danse autour du corps de la victime; la famine, cependant, s'implantant dans la ville, et, en dépit des railleries des assiégés, réduisant bientôt les malheureux à l'état de spectres décharnés; enfin la terrible nuit de la Saint-Jean de 1535 où la ville fut prise; le martyre des trois « prophètes » Jean de Leyde, Knipperdollinck J. SATTLER " Notre Dieu est un burg solide ", dessin

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Joseph Sattler et Krechtling, et — conclusion de cette lamenterable histoire — les trois misérables corps déchiquetés hissés, au milieu des quolibets de la foule cruelle, dans des cages de fer au sommet de la tour de Saint-Lambert « comme avertissement à toutes les âmes indécises et en exemple redoutable » : tout cela revit à nos yeux dans ces dessins à la plume (seules, deux planches sont exécutées à l'eau-forte), d'un sentiment passionné, d'un trait large et synthétique qu'il leur donne l'aspect d'anciennes xylographies (une planche notamment, la prairie qui s'enflamme, pourrait, par sa composition autant que par sa facture, être signée Altdorfer ou Ursus Graf) et en accroît d'autant la forte impression. C'est là une des œuvres les plus saisissantes qu'ait créées Sattler. Il y aurait, après cela, bien d'autres recueils à citer encore : Mein Häuserl (Ma Maisonnelle), où, depuis l'ensemble de la demeure souhaitée, délicieuse dans sa simplicité et le calme de son site, jusqu'aux meubles et aux moindres détails de l'intérieur, tout est d'une fantaisie charmante ou amusante en même temps que d'une logique conception ; — Der internationale Kunstkrieg (La Guerre artistique internationale) (1896), suite de dessins mettant en scène sous une forme héroï-comique la rivalité des écoles académique et moderne, et nous montrant successivement la déclaration de guerre, signifiée par un héritat d'armes en costume Renaissance, debout sur la frontière du royaume de l'Esthétique, à un paysan occupé prosaïquement à mettre en sac des pommes de terre ; puis la marche des deux armées, les Anciens en chapeaux de feutre mou, s'avancant en colonnes serrées à travers des plaines couvertes de neige, les Modernes vêtus d'élégants manteaux et de chapeaux hauts de forme, se rendant par train spécial sur le lieu de la rencontre ; ensuite le quartier général des troupes — ici une brasserie enfumée, là un salon modern style peuplé de dames élégantes, — etc., etc. Meine Harmonie (Mon Harmonie) (1896) est un curieux album qui pourrait prendre J. SATTLER Ex-libris, dessin