Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
SEPTEMBRE 1904
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13. RUE LA FAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr.
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Sommaire
- Taxile Doat
M.P.-VERNEUIL
- Daniel Dupuis
FR. MONOD
- Jardins d'Espagne
G. RIAT
- A propos des Expositions des Ecoles d'Art décoratif
M.P.-VERNEUIL
- Planches hors-texte :
- La Neige
T. DOAT
- "Xipres Daurats"
S. RUSINOL
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78e Année, N° 9.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr.
ÉTRANGER . . . 25 fr.
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L’Année parve...
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TAXILE DOAT
Céramiste
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A u milieu des multiples céra-
mistes d'art dont nous a
doté l'essor nouveau qu'ont
pris les arts ornementaux,
quelques-uns, qui se sont
spécialisés, se détachent en
pleine lumière. Et si le
nom de Carriès remémore
la renaissance des grès flammés, celui
de Dammouse désigne la beauté
harmonieuse des pâtes d'émaux, alors que
celui de Doat signifie pâtes appliquées
souples et délicates, et belles porcelaines.
Aussi bien, n'est-ce pas un inconnu pour
nous que ce dernier artiste, car la revue,
chaque année, signale et reproduit les œuvres
qu'il expose au Salon de la Société Nationale.
Mais avant de faire plus ample connaissance
avec lui, peut-être est-il nécessaire de parler,
non pas encore de ses œuvres, mais bien de la
technique qu'il chérît entre toutes, celles des
pâtes appliquées. Non qu'il délaisse pour elles
la forme de
ses pièces ou
l'éclat des
robes dont
il les revêt.
Mais ces sont
les joyaux
dont il les enrichit et qui viennent complé-
ter leurs parures somptueuses.
Rappelons brièvement, avant de passer aux
pâtes appliquées, la technique générale des
céramiques de grand feu, grès ou porcelaines,
les seules employées par notre artiste.
Car, suivant les effets à obtenir, c'est tantôt
au grès robuste et tantôt à la porcelaine délicate
que Doat a recours. Mais quelle que soit la ma-
tière, que ces matières soient employées seules
ou juxtaposées, c'est toujours guidé par un
goût sûr, par un sentiment artistique profond
qu'il les emploie.
Les céramistes, comme les artistes en géné-
ral, peuvent être rangés en deux catégories :
les amateurs et les artistes véritables.
Les premiers, ayant acquis, d'une manière
ou d'une autre, la connaissance de formules,
s'adressent en général au grès, matière d'un
emploi plus facile et plus sûr. Ils font tourner
leurs formes, ils y appliquent des couvertes,
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dont la composition leur a été communiquée ou qu'ils ont trouvée dans des recueils spéciaux. Ils confient leurs poteries à des potiers qui les cuisent au petit bonheur. Dans quelle proportion sont-ils créateurs, voire même simples exécutants?
D'autres au contraire étudient les pâtes diverses, cherchent et composent des couvertes variées qui leur conviennent et leur sont propres. Ils créent les formes, les décorent, les cuisent enfin, tâchant de faire collaborer la flamme à une œuvre dont ils sont les créateurs dans toute la force du terme. C'est parmi ces derniers, parmi les céramistes de race et de métier, qu'il convient de placer Doat.
Ses pâtes, soit de porcelaine, soit de grès, il les a expérimentées longuement, cherchant à les harmoniser entre elles; ses couvertes, elles aussi, lui ont causé de longs et laborieux efforts. Car pour qu'une pièce soit belle, il faut que sur une matière impeccable, la couverte se présente sans trésailles, sans craquelures. Il faut donc que les coefficients de dilatation de la poterie et de sa couverte soient rigoureusement identiques.
Mais nous allons reparler de ceci en voyant rapidement la technique des céramiques de grand feu, les seules durables, les seules qui puissent affronter les siècles, les seules enfin dont doivent se soucier les céramistes véritables. Mais hélas, ce sont celles aussi qui ménagent à l'artiste les plus cruels déboires de la cuisson.
L'artiste a deux matières à sa disposition pour le grand feu: le grès et la porcelaine. On trouve dans la nature des terres à grès prêtes pour l'emploi; dans la Nièvre, par exemple. Il n'en va pas de même pour la porcelaine. Le kaolin, la précieuse argile blanche, ne peut être employée seule. Elle doit être mélangée de quartz et de feldspath dans des proportions variables et qui modifient ses propriétés en même temps que change la chaleur nécessaire à sa cuisson.
En tout cas, les propriétés générales que doivent réunir les grès sont les suivantes: après cuisson, les pièces doivent être dures, sonores, imperméables sans adjonction de couverte vitrifiée. Cette imperméabilité a comme conséquence la non gélivité, qualité précieuse en cas d'emploi de la céramique dans la décoration architecturale.
A ces qualités, la porcelaine ajoute encore la translucidité, la blancheur et la vitrification de la pâte.
Ces matières cuisent vers 1.350 degrés environ.
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Les terres dûment concassées, délayées, pétries, battues, sont soumises au façonnage. De cette argile, le céramiste, au moyen du vieux tour à potier, va faire des vases. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur cette technique connue de tous. Qui ne s'est émerveillé, soit chez un potier rustique, soit à Sèvres, de la facilité avec laquelle la matière plastique prend les formes les plus élégantes ou les plus robustes.
Que l'on ne s'y fie pas, cependant; cette facilité n'est qu'apparente, et plus d'un a voulu tourner qui n'y est parvenu qu'après un lent et long apprentissage.
Mais au tournage viennent se joindre le montage et le coulage. Pour ceux-ci on se sert de moules en plâtre dans lesquels on vient appliquer au pouce la pâte molle, ou couler une bouillie liquide. Ces procédés permettent la reproduction facile et rapide de pièces ornées en relief. Les pièces ainsi obtenues et séchées sont ensuite émaillées et cuites. L'émail ou couverte qui les recouvre entièrement ou en partie est un enduit vitrifiable soit incolore, soit coloré, qui fond au feu à la température nécessaire à la cuisson de la pièce, émaille celle-ci et lui donne, suivant les éléments qui la composent, ces belles matités ou ces cha-
toyantes glaçures que nous admirons. La difficulté pour le céramiste est d'obtenir des couvertes dont le coefficient de dilatation soit tel qu'après la cuisson, et lors du refroidissement, la poterie et sa couverte se contractent toutes deux de telle façon que nulle craquelure ne se produise.
L'émaillage peut se faire par trempage, en plongeant la pièce dans une cuve contenant l'émail délayé dans l'eau; il peut aussi s'étendre à l'aide d'un pinceau, ou encore peut être
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projeté sur le vase au moyen d'un vaporisateur.
L'émail sec, la pièce est enfournée et cuite dans des fours spéciaux. La conduite du feu n'est pas le moindre des talents du céramiste. Doat nous donne sur cette importante opération les détails suivants. Trois périodes divisent la marche de la cuisson : la séchée, ou allure lente du feu, est destinée à chasser l'humidité ; elle dure de trois à quatre heures. Le petit feu, ou allure active, élève progressivement la température de la masse ; il peut durer de huit à neuf heures. Au moment où le four arrive au rouge cerise, vient alors le grand feu, où toute la chaleur est développée, et qui fait monter oxydant un vert pistache et l'urane un jaune, alors qu'au feu réducteur le cuivre donne un rouge superbe et l'urane un noir.
Les cristallisés ne s'obtiennent qu'à la plus rigoureuse oxydation et les belles matités ne se fixent qu'à une réduction absolue.
On voit que les problèmes qui se posent au céramiste sont multiples et comportent de multiples difficultés à surmonter, difficultés qui lassent ceux qui n'ont pas véritablement la foi tenace.
Parlons maintenant des pâtes rapportées, ce charmant moyen de décor que Doat a su allier aux plus fines ressources de la céramique moderne.
la température à 1.350° environ. Il peut durer quinze heures. L'opérateur se guide dans la conduite de son feu au moyen de petits cônes ou montres fusibles, qui par leur fonte à températures fixes viennent le renseigner lorsqu'il les observe à travers un regard.
Les couvertes que l'on applique sur les pièces sont le plus souvent colorées par l'adjonction d'oxydes métalliques. Or, le feu, suivant qu'il est conduit de telle ou telle façon, peut faire varier totalement la tonalité et l'aspect de ces couvertes. Si le tirage du feu est violent, que le bois du foyer brûle complètement, l'atmosphère du four est oxydante. Si au contraire le tirage est réduit, si la fumée envahit le four, l'atmosphère en est réductrice. Les résultats diffèrent complètement dans l'un ou l'autre cas. Ainsi, le cuivre donne en feu
Les pâtes appliquées sont, à proprement parler, de petits bas-reliefs exécutés en pâtes blanches ou colorées sur un fond de porcelaine, plat, vase ou plaque. Elles s'appliquent sur les pièces crues ou dégourdies, c'est-à-dire ayant déjà subi un léger passage au feu, par couches minces et successives, permettant à la pâte de sécher complètement entre deux opérations.
Sur un fond de pâte colorée, on reporte donc son dessin. Puis, au pinceau, on vient coucher la pâte très liquide. On laisse sécher, et par couches successives on modèle son motif. On reprend le tout au moyen de gradines en fer, une fois l'épaisseur désirée obtenue. La pâte translucide laisse transparaître, après cuisson, le fond coloré, plus ou moins suivant la plus ou moins grande épaisseur de la couche. On peut
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Taxile Doat
recouvrir soit le tout, soit certaines parties seulement d'une couverte brillante, les pâtes étant mates après la cuisson.
Ceci constitue un charmant procédé ornemental dont la préciosité de camée s'allie à merveille à la finesse de matière de la porcelaine.
rapportées, de découverte récente, éveillaient la curiosité du monde céramique. Leur vogue décida notre artiste à se consacrer à ce séduisant procédé ornemental. Il démissionne de son emploi, vient à Paris et entre, aux Beaux-Arts, dans l'atelier du sculpteur Dumont. Enfin,
Doat en joue en maître, et ses compositions charmantes ne laissent pas soupçonner ce que le métier a de délicat et de laborieux.
Mais, connaissant maintenant sa technique parfaite, voici le moment de parler enfin de notre artiste, et de son œuvre.
C'est dans la télégraphie que Doat débuta à Limoges.
Il suivait en cette ville les cours de dessin de l'école Dubouché au moment où les pâtes en 1877, il entre à la Manufacture nationale de Sèvres.
Sa collaboration fut des plus actives à la Manufacture, où plus de mille pièces ont été produites par lui. Mais en dehors de cette production officielle, ses moments de loisir étaient bien employés. Il se contenta d'abord de plaques décorées d'allégories charmantes en pâtes rapportées, que lui cuisaient les fours limousins. Mais il rêvait bientôt de devenir un
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céramiste. Cette aspiration peut paraître bizarre chez un artiste de la Manufacture de Sèvres. Et cependant, que sait de la céramique un artiste de la Manufacture nationale? Sur des formes toutes prêtes, il est appelé à apposer une ornementation au moyen de produits dont il ignore la composition. L'ornementation finie, la cuisson est faite par des cuiseurs spéciaux. Ce n'est donc qu'une bien faible partie de la technique générale qu'il est donné à l'artiste de connaître. Cela ne pouvait suffire à un céramiste comme le nôtre, curieux de tout ce qui leurs fruits, le succès devait couronner l'artisan tenace. Enfin, maître de sa technique, il quitte Paris et construit en 1898, à Sèvres, un four à bois capable d'assurer une bonne cuisson à ses pièces, capable aussi de permettre aux colorations de ses couvertes, de se développer normalement, ce que son four à houille ne pouvait lui permettre.
Le voici maître de son art, il produit enfin, et l'exposition de 1900 voit son œuvre.
Est-il besoin de rappeler avec quelle faveur le public l'accueillit! Est-il besoin de dire touche son métier, avide de tout connaître, de tout comprendre.
Aussi, vers 1892, installe-t-il chez lui, rue de Bagneux, un petit four à la houille. Laborieusement et courageusement, il y étudie les pâtes de porcelaines. Il s'essaie à composer des couvertes s'accordant avec ses pâtes, ayant à la cuisson un retrait identique. Sept ans, ces recherches l'absorbent, lui prennent tous ses instants de liberté. Pourtant, désireux de rester en contact avec le public, et n'ayant pu encore maîtriser la céramique à son gré, il se met à l'émail limousin, et expose des émaux charmants, d'un métier parfait, d'une composition savoureuse.
Mais ces efforts constants devaient porter qu'avec les grandes collections particulières les musées se disputèrent ses pièces. Les Arts Décoratifs de Paris, les musées de Sèvres, de Lille, de Dijon, d'autres encore en province; ceux de Berlin, de Saint-Pétersbourg, de Copenhague et de Christiania; ceux de Dresde et de Hambourg, d'Helsigfors et de Leipzig, de Londres, de Breslau à l'étranger voulurent posséder ces porcelaines brillantes, aux couvertes harmonieuses, où des camées de pâtes rapportées viennent mettre une note précieuse et délicate.
Devant ce succès, un autre se serait arrêté. Lui, voulut aller plus loin, enrichir encore son domaine.
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Maître de la porcelaine, il s'attaque au grès, l'étudie, le possède. Il accorde les deux matières ensemble, il veut les marier et y arrive. Aussi, souvent le voyons-nous maintenant, sur un plat en grès, d'aspect robuste, venir mettre la note charmante et délicate d'un camée de porcelaine.
Le voici enfin maître en son art, dominant la matière et le feu, autant tout au moins que celui-ci veut bien qu'on le domine. Car malgré sa connaissance approfondie de la cuisson et de ses effets, l'artiste a encore à supporter parfois les caprices décevants de ce collaborateur capricieux et fugace.
Mais cette incertitude dans le résultat, cette angoisse de voir détruire en quelques heures le produit de longs mois de travail sont bien faites pour séduire un esprit combattif et tenace. Si arrive un désastre, ce n'est qu'un prétexte à études nouvelles; le malheur d'aujourd'hui doit préparer le bonheur de demain. Et la satisfaction est grande de vaincre la matière et le plus redoutable des éléments, le feu; de les asservir, de les faire se plier docilement aux caprices d'un art charmant et d'un esprit curieux.
Voici enfin Doat en pleine possession de sa technique et de lui-même. Le voici, dans la force de l'âge, en état de déverser sur nous les charmes de sa céramique gracieuse et noble. Nous voyons maintenant ses vases et ses plats se succéder, pour notre joie et l'em-bellissement de nos demeures.
Son ornementation est gracieuse et sereine, ses colorations fines et harmonieuses, ses contrastes de matières heureusement équilibrés.
Les titres qu'il donne à ses œuvres nous en peuvent faire deviner le caractère: Les Bijoux de Junon, le Carnier de Diane, la Dentelle de Minerve; les amours et les nymphes, Cérès, Pomone l'inspirent et lui fournissent prétexte à mille décorations de vases aux formes pures, aux ornements finement nuancées.
Un autre côté de l'esprit de Doat nous reste
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à faire connaître : Doat vulgarisateur. Et en cela il nous montre un singulier et rare dédain des habituels secrets professionnels. Le céramiste est souvent un être étrange, comptant plus sur les hasards du feu que sur lui-même, plus sur les procédés empiriques que sur les formules raisonnées et scientifiques, plus sur le métier que sur l'Art.
Doat considère cela comme le bagage commun et il pense avec raison que l'art surtout doit inspirer l'artiste; qu'un artisan médiocre ne produira que des œuvres médiocres, fût-il en possession des secrets les plus cachés; que l'artiste céramiste ne devrait pas plus avoir à mates et cristallisées. C'est en un mot un manuel complet et pratique de la céramique artistique, tel que seul pouvait l'écrire un artiste doublé d'un technicien rompu aux mille pratiques de son métier.
Examinons maintenant les reproductions qui illustrent ces pages. Nous voyons que, à l'encontre de certains céramistes qui se fient entièrement au feu pour décorer leurs pièces au moyen de coulées de couvertes, Doat, lui, use des coulées, mais d'une façon plus voulue, plus ornementale. C'est qu'il a non seulement le s'occuper de sa palette que le peintre, et n'avoir autre souci que celui de produire une belle œuvre.
Aussi, n'a-t-il pas hésité à publier les résultats de son dur labeur. Dans un recueil pratique, simple, compréhensible pour tous, s'éloignant systématiquement de tout développement scientifique, il décrit son art et son métier.
Les titres mêmes des chapitres en diront plus que de longues appréciations. Après des généralités, il nous parle de la préparation des pâtes céramiques, grès et porcelaines; du façonnage des pièces; du coulage; de l'émaillage; des fours; de la gazetterie et de l'enfournement; de la cuisson; du défournement; des couleurs de grand feu et des pâtes colorées; des couvertes colorées; des couvertes diverses,
tempérament du céramiste, mais aussi celui du décorateur. C'est un artiste, en un mot.
Parmi les pièces les plus anciennes figurent deux plaques ornées purement de pâtes rapportées sur fonds bleus. L'une, la plus grande, date de 1880 environ. La Bacchanale fut exécutée en 1884. Ces deux pièces indiquent bien ce que fut la production primitive de l'artiste.
On voit l'évolution se produire lorsqu'on compare à ces pièces les presse-papiers circulaires que nous reproduisons ici. Ce sont des pâtes rapportées aussi. Mais le céramiste se révèle, par le choix des couvertes diverses, mates ou brillantes, blanches ou colorées. Ce n'est plus l'artisan seul qui parle; c'est l'artiste qui, en même temps que la diversité et l'harmonie des matières, cherche le caractère du décor, que
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celui-ci soit Bellonne casquée ou l'Industrie à la chevelure ornée de fuseaux; et l'arrangement est pittoresque aussi bien dans la Vague que dans la Mer, dans le Commerce que dans la Cigale.
Dans ces disques, l'artiste joue de toutes les ressources de sa technique somptueuse; dans son vase orné d'un médaillon portant une tête de Walkyrie, c'est la pâte blanche, pure et seule, qu'il a voulu employer sur un fond d'un rose délicieux. Les coulées jaune brun du vase font ressortir la finesse du décor. L'opposition est ainsi curieuse.
Ce vase est flanqué de deux autres tirés de la série des coloquintes. Je veux ici chercher chicane à Doat.
Ses coloquintes sont fort belles, les couvertes qui les recouvrent sont savoureuses, c'est en- tendu. Mais je ne crois pas que la mission de l'artiste soit de prendre dans la nature des formes, si belles soient-elles, et de les transposer en une matière admirable sans doute, mais destinée à rendre une pensée artistique plus qu'une forme naturaliste.
Que l'artiste s'inspire d'une forme naturelle,
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