Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - La Sculpture décorative aux Salons. - André Michel. - Les Arts d'ameublement aux Salons. - René Dulong. - La Médaille au Salon de 1899, - Léonce Bénédite. - La reliure aux Salons, - E. L. - Une Figure tombale de J. de Lalain. - Octave Maus. - Une Table à thé, (Concours) - Gustave Soulier. --- Août 1899 --- Librairie Centrale des Beaux Arts 13, Rue Lafayette Paris Prix de la Livraison : 2 fr. 3e Année. — N° 8

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, FREMIET, ROTY LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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La Sculpture Décorative aux Salons J'écris ce titre... et me voilà fort embarrassé. Parmi les huit ou neuf cents statues qui, sous l'immense verrière de la Galerie des Machines s'évertuent de leurs bras tendus, de leurs jambes levées, de leurs torsos cambrés, à prendre des « attitudes plastiques », comment discerner, à quels signes reconnaître celles qui sont « décoratives »? C'est en vain que l'on voudrait recourir aux dictionnaires. Littré, qui marque d'une croix le mot suspect de néologisme, s'en tient à cette définition peu compromettante : décoratif, « qui sert à décorer, qui décore bien » et il l'éclaire de ces deux exemples: « Les fontaines décoratives d'une place publique ». «La frise de Phigalie me paraît avoir à un haut degré un caractère décoratif» (de Ronchaud, Phidias p. 364.) Tenons-nous en à ces indications, et recherchons loyalement les statues destinées à décorer une place, comme les fontaines précitées et « qui la décorent bien », — puis celles qui ont, comme la frise de Phigalie, un caractère hautement décoratif — et faisons-leur même grâce de « hautement ». — Il nous suffira qu'elles soient tout simplement, décoratives. Mais ici notre embarras redouble. Qu'est-ce en effet que « bien décorer »? C'est s'adapter harmonieusement à un ensemble composé, coordonné par une volonté prévoyante, par une pensée directrice et synthétique... Et tout de suite, à voir les statues de l'année dans le jardin éphémère où elles sont parquées provisoirement — telle une tribu nomade à la veille d'une implacable dispersion vers des buts inconnus, — on a cette impression que, dans leur gesticulation inquiète et agitée, elles cherchent l'appui ou l'abri d'une construction durable, à moins qu'elles ne tendent désespérément vers les commissions d'achat signalées à l'horizon, leurs mains vainement suppliantes. Aux grandes époques de création artistique, on construisait des temples, des basiliques, des abbayes, des cathédrales, des hôtels de ville, des palais, et les statues naissaient avec le monument, expression et enveloppe de la vie sociale et religieuse, faisaient corps avec lui,

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Art et Décoration complétaient et exaltaient sa signification, manifestaient son âme. L'œuvre d'art avait toujours une destination; solidement appuyée sur un fonds national d'idées, elle s'épanouissait et quoiqu'en puisse penser le moderne individualisme. Il sentait autour de lui un public homogène qui le comprenait, dont il était en quels sorte le porte-parole,—en même temps le serviteur et le héraut. Ce «public» n'existe plus, par la raison, comme disait Chamfort, que la charpie n'est plus du linge, et l'on pourrait soutenir, sans paradoxe, que l'institution des salons, coïncidant avec l'établissement du régime académique, a puissamment contribué à sa suppression... Mais cela serait trop long à prouver ici. Il suffira de constater que notre temps ne saurait offrir au peuple incohérent des statues cet «édifice central» résumé et abri de la vie sociale qui était jadis leur raison d'être, réglait leurs gestes, déterminait et soutenait leur action. Quoi de plus pauvre et de plus insignifiant que la statuaire du nouvel Hôtel de Ville? Que sera celle de l'église du Sacré-Cœur? Nous le saurons bientôt, mais on peut y prévoir plus de Saint-Antoine de Padoue et de Notre-Dame de Lourdes, que de chefs-d'œuvre authentiques. La rue Saint-Sulpice suffit à la piété de notre temps. Il y a encore les palais de l'Exposition... sans doute. Nous verrons. Et pourtant, si profond et si déplo- rable qu'ait pu être le divorce entre la sculpture et l'architecture, c'est encore sur les murs des monuments ou sur la pierre des tombeaux, que sont venues se poser,—c'est sur l'incitation d'un programme social et architectural que sont nées les inspirations les plus hautes de nos statuaires, depuis le Chant du Départ de Rude, jusqu'au Monument des Morts de Bartholomé, en passant par la Flore et la Danse de Carpeaux, la Jeunesse et la Pensée de Chapu. Il est donc naturel que quelques sculpteurs rêvent cet «édifice central» qui manque à notre démocratie, et si la rêverie des artistes est souvent mère des réalités, si le désir avec la volonté est vraiment créateur, peut-être verrons-nous un jour,—nos enfants en tout cas verront—cette Maison du peuple que l'imager Émile Derré appelle Le Refuge. (Monument élevé à Épernay au fondateur de l'Hospice.) BARRIAS. montait sous la poussée de la sève commune, étroitement unie à la vie populaire. L'artiste recevait de son temps et de son milieu, un programme tout fait; sa part d'invention propre se bornait à peu près aux choses de son métier, et sa force créatrice en était fécondée et accrue,

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La Sculpture décorative aux Salons de ses vœux et pour laquelle il a déjà sculpté un chapiteau. Si jamais elle doit ouvrir au cœur de la cité sa porte hospitalière, il faudra que l'art fraternel et éducateur y soit largement convié. C'est lui qui peut faire comprendre et sentir, bien mieux que les plus éloquents discours, que dans la plus humble réalité, à portée de nos mains lassées par le travail, la beauté déjà est en germe et qu'il suffit de la sympathie d'un artiste pour la faire éclore sous nos yeux; — que c'est à la puissance d'aimer, bien plus qu'à la puissance d'inventer que se mesure le génie — ou plutôt que c'est l'amour qui invente et découvre, dans la réalité prochaine, la beauté bienfaisante. L'art populaire, ce ne sera donc pas l'art académique avec ses étroitesse et ses formules arrogantes réservées à quelques initiés; ce ne sera pas l'art romantique avec ses truculences et son lyrisme littéraire souvent artificiel; ce ne sera pas l'art «réaliste», — si l'on entend par là une doctrine exclusive et sectaire qui mutilerait la vie et la réalité pour n'en extraire que les laideurs et les brutalités. Chapiteau des Baisers. ÉMILE DERRÉ. L'art populaire, c'est l'art humain, et l'artiste populaire, sera celui qui, placé entre la nature et les hommes, leur en révélera le plus efficacement les harmonies et la beauté aisément accessible, tour à tour familière et sublime, toujours, inépuisablement nouvelle, tant que des yeux et des cœurs d'hommes se trouveront pour la contempler et s'y reposer. C'est ce que M. Émile Derré a voulu dire à sa manière, en sculptant son chapiteau des baisers. «Parlez, mes douces images, portez la tendresse et l'amour au cœur!» écrit-il naïvement sous l'astragale; — et sur la corbeille où le rosier, la vigne, l'olivier, le lierre mêlent leurs feuilles et leurs fleurs, il évoque en quatre groupes les diverses formes de l'humaine tendresse: — baisers passionnés d'amants; joyeux baisers de maman au nourrisson qu'elle dévore de caresses; — triste et sublime baiser de pardon de la mère à l'enfant devenu homme, — c'est-à-dire pécheur et ingrat — et que la vie lui renvoie repentant et meurtri; — baiser d'adieu du fils au père... Et comme l'artiste, d'un cœur simple et sincère, s'est penché pour y puiser à pleines mains vers la source profonde de la nature et de la vie, il a mis dans son œuvre une vérité Chapiteau des Baisers. ÉMILE DERRÉ.

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Art et Décoration d'expression émouvante et doucement persuasive. Quand on examine les œuvres de l'école académique — et l'on en voit beaucoup trop encore au Salon — ce qui frappe surtout, c'est l'incapacité générale à trouver le geste simple, juste et vrai. Des souvenirs d'atelier, de « belles » attitudes conventionnelles viennent s'interposer, dirait-on, entre la nature et l'œil de l'artiste ; — une conception a priori de la beauté (celle-là même dont Eugène Delacroix écrivait qu'elle consistait à ramener une tête de nègre au profil d'Antinous) règne despotiquement sur la mémoire des malheureux qui n'ont jamais appris « à voir », comme voulait Chardin... Et comme, d'après l'esthétique de l'école, « l'art décoratif », le « grand art » est par excellence le rendez-vous de toutes les allégories consacrées, il est devenu le refuge des dernières « académies ». Vous en trouverez la trace dans la plupart de ces monuments commémoratifs que la province commande à nos sculpteurs et qui se succèdent d'année en année sous le titre de la Patrie en danger — Exoriare nostris ex ossibus ultor — la Défense du territoire, etc., sans que ces grands sujets aient encore trouvé un interprète digne d'eux. Aucun statuaire ne verra-t-il donc se dresser devant ses yeux et du fond de son cœur cette image de la Patrie meurtrie, de la Mater dolorosa moderne? Personne ne la reconnaîtra-t-il, au détour de quelque rustique sentier, dans le simple visage d'une fille de France?... Victor Hugo l'a dit, comme il fallait le dire :

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La Sculpture décorative aux Salons Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie, Ont droit qu'à leur tombeau la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms, leur nom est le plus beau, Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère; Et, comme ferait une mère, La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau. Quel sculpteur saura traduire dans la pierre de France, en une apparition vivante et réelle, cette pensée et cet hommage? Du moins, faut-il savoir gré de ses intentions à M. Jean Carlus, auteur d'un Monument à la mémoire de trois instituteurs de l'Aisne fusillés par les Prussiens en 1870 qui doit être érigé sur une des places publiques de la ville de Laon. Le monument se compose d'un large soubassement en granit formant banquette et supportant un socle rectangulaire sur lequel sont placées les statues de bronze des trois martyrs. Quelle « attitude » donner à ces hommes qui attendent la mort? M. Carlus, en bon Toulousain, a pensé qu'ils devaient haranguer leurs bourreaux et gesticuler héroïquement jusqu'à la minute suprême... Et je crains qu'il n'en ait un peu trop mis et que leur pantomime ne soit plus agitée qu'émouvante. Mais c'est une excellente idée — excellente parce que très simple — d'avoir groupé autour du socle sur le soubassement de granit, des fillettes et garçons dans leur costume d'école primaire, apportant à ces humbles maîtres, dont l'exemple et la mort leur donnent la plus sublime leçon, des branches et des guirlandes du vieux chêne gaulois. Ces statues d'enfant valent surtout par leur franchise d'exécution et leur saveur de sain naturalisme... Mais que dire du parti « décoratif »? Sans doute, on juge mal au Salon et peut-être la disposition de l'emplacement auquel est destiné le monument a-t-elle amené l'architecte et le sculpteur à composer, comme ils l'ont fait, leur socle. Toujours semble-t-il que les proportions entre le support et le groupe supporté sont bien peu harmonieuses, et surtout que la flore ornementale est traitée avec une négligence difficile à excuser. Le groupe que M. Paul Dubois intitule Souvenirs et dont nous n'avons encore que le modèle en cire, ne serait, dit-on, qu'un fragment d'un grand monument projeté aux souvenirs de l'année terrible. Une fille d'Alsace et une de Lorraine sont assises, serrées l'une contre l'autre, les bras et les mains enlacés, le regard perdu dans le morne horizon. Et tout ce que peut contenir et révéler de tendresse douloreuse, de résolution et de fidélité l'étroite de deux mains, le sculpteur a su l'exprimer dans ce groupe, si simple de composition, si vrai de sentiment et si noble d'inspiration. Débardeur. CONSTANTIN MEUNIER.

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Art et Décoration Le geste humain, c'est le vivant idéogramme qui compose le langage plastique, le grand statuaire est celui qui sait le prendre prendrez ce que la simple nature, la plus humble, la plus « vulgaire », peut enfermer et suggérer de beauté, non pas calligraphique certes, mais délicate, expressive et poignante. Cet art d'intimité, — à condition de ne pas s'attarder aux anecdotes et de ne pas chercher dans le sujet littéraire un trop facile et médiocre intérêt, est de grande portée. C'est par lui que se manifestent les manières d'être les plus suggestives parce que les plus humaines, — c'est par lui que nous pouvons échapper aux dangers de l'archaïsme et entrer dans cette observation affectueuse et profonde des gestes spontanés qui conduit, — en dehors de toutes les formules classées dans le répertoire des ateliers, — à l'expression générale et synthétique de la vie. De la réalité la plus humble à la plus haute poésie, il n'est pas en effet, pour un cœur et pour des yeux d'artiste, de différence essentielle, si le mot de Goethe est toujours vrai : « C'est par la réalité, précisément, que le poète se manifeste. » D'une nature morte de Chardin aux Bergers d'Arcadie de Poussin et à la Sainte-Geneviève de Puvis de Chavannes, — de la Laitière de Van der Meer de Delft au bon Samaritain de Rembrandt; d'un chien ou d'un perroquet de Pisanello à la Joconde ou à la Cène de Léonard de Vinci; d'une frise ornementale du xiii^e siècle où s'épanouissent les feuilles et les fleurs de l'oseille, du cresson, de la prime-vère, de l'iris, du safran, de l'arum, du nénuphar, du pois...aux grandes statues qui, dans l'ébrasement des portails de nos cathédrales s'entretiennent doucement de choses éternelles, il n'est pas de solution de continuité — et la transition se fait tout naturellement, selon les nuances de la sympathie de l'artiste et la destination de son œuvre. Mais nous voilà un peu trop loin peut-être de notre sculpture « décorative ». La ville de Paris, en acquérant la Tempête de M. Larche en a fait une œuvre décorative, puisqu'elle la destine à l'ornement d'une de ses places ou LARCHE à la source jaillissante de la vie, le noter et l'éterniser dans son infinie diversité. Un jeune sculpteur, M. Roger Bloche, expose une Maternité qui me paraît, à ce point de vue de l'observation attentive, directe et tendre, particulièrement intéressante. C'est une femme du peuple, assise sur un banc rustique et tenant à deux mains, serré contre son giron, son enfant au maillot. Regardez ces mains, dont l'une enveloppe la tête et l'autre l'épaule du nourrisson et vous com-

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La Sculpture décorative aux Salons de l'un de ses squares. Et le morceau très brillant d'exécution, très audacieux et vigoureux de mouvement est assurément digne de cet honneur. Mais n'est-il pas de ceux qui témoignent à leur manière de cet isolement du sculpteur moderne, obligé de chercher des thèmes plastiques, de se proposer des « sujets » à traiter ou à développer, puisqu'il ne trouve plus dans le grand foyer de la vie sociale la matière et l'inspiration de son œuvre, l'emploi de son talent. Et le Remords de M. Octobre serait pour inspirer les mêmes éloges et les mêmes réflexions. Legroupes des Violettes de M.Larche, tout embaumé de grâce souriante et discrète est, dans un tout autre genre, un délicieux morceau. C'est par le choix ingénieux et l'utilisation habile des marbres polychromes et des onyx précieux, que la Nature se dévoilant de M. Barrias peut être classée dans la série des œuvres décoratives. Elle est destinée aux salles abritées des musées. A ne considérer que les qualités de facture et la beauté de la matière, cette statue est assurément une œuvre remarquable; — mais si l'on y cherche l'expression d'une pensée, on est un peu surpris et déçu de trouver au sourire de ses lèvres si peu de mystère et une nuance de coquetterie mondaine, au geste de ses mains qui soulèvent le voile, des grâces un peu contournées? On eût souhaité ici plus de simplicité, d'austérité et de grandeur. Pour la ville d'Épernay désireuse d'honorer la mémoire du fondateur de ses hospices, M. Barrias a sculpté le Refuge. — C'est une pauvre fille lasse et défaillante, affaissée plus encore qu'assise sur un banc hospitalier, audessus duquel se dresse le buste du philanthrope, donateur de l'asile qui va la recevoir. Cette figure est fort touchante en sa grâce douloureuse. J'aurais préféré, pour ma part, que le bienfaiteur, modeste jusqu'au sacrifice, s'effaçât complètement et allégeât le monument du buste qui le couronne... A la section des « arts décoratifs » on peut se donner le plaisir de revoir dans une jolie réduction le chef-d'œuvre de M. Barrias, cette fille de Bou Saada, accroupie et jetant d'un geste triste et affectueux, des fleurs sur le tombeau du peintre Guillaumet. La sculpture funéraire, qui dans notre pays compte tant de chefs-d'œuvre, s'est enrichie Le Remords. OCTOBRE. cette année d'une belle statue tombale, celle de Mme D. par M. Frémiet. L'expression de la figure, endormie et pacifiée dans l'éternel repos, n'est pas sans rappeler celle de Roberte Legendre, « insignis gemma pudicitiae », comme disait si bien son épitaphe, perle insigne de grâce délicate, et de beauté pensive où transparaît le reflet de la vie intérieure. C'est dans le charme triomphant de sa beauté vivante que M. Cros a voulu conserver la ressemblance de la tragédienne Agar. Elle revit en effet aux yeux de tous ceux qui l'ont

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Art et Décoration connue et admirée, dans ce marbre largement modelé. Un masque tragique, en pâte de verre polychrome, décore d'une belle matière la base Vers l'Amour. ESCOULA. du buste... Mais peut-être l'agencement du buste, du masque et du fût de colonne dorique servant de socle, n'est-il pas irréprochable... Dans le monument de Fourès, le poète et l'historien de la guerre des Albigeois, M. Ducuing a mis un accent de douleur héroïque, je ne sais quel élan d'admiration romantique et filiale dont la convenance est ici parfaite. Je n'aurai de doute à exprimer que sur quelques menus détails de composition, par exemple sur l'écusson pris dans un pan déchiré de la robe... Mais peut-être, ici encore, la destination de l'œuvre et sa mise en place définitive justifiront-elles ce parti pris. Les œuvres vraiment « décoratives », il est impossible de les juger au Salon, puisqu'elles ne seront décoratives, si elles doivent l'être jamais, qu'après en être sorties! Espérons donc que les statues de grands hommes dont la silhouette se détache mélancolique ou ridicule dans les allées provisoires de la galerie des machines, prendront sur les places publiques qui les attendent, une valeur nouvelle et imprévue. Peut-être le Balzac en pantoufles de M. Falguière qui, présentement, semble plutôt découragé, finirait-il par trouver l'attitude expressive, si vainement cherchée. Il voudrait tant avoir l'air de penser — et il est visible qu'il s'ennuie! Il est possible du moins de goûter, sans arrière-pensée, la grâce jeune, svelte et souple du joli groupe de M. Escoula, Vers l'amour, — le charme mélancolique des Jeunes filles de Mme Cazin. — la puissance tranquille des lions au repos de M. Gardet, la fièvre silhouette du Débardeur de M. Constantin Meunier, à qui appartiendra la gloire d'avoir accompli, dans la sculpture moderne, ce que le grand Jean-François Millet fit pour sa part dans la peinture, — c'est-à-dire élevé à la « dignité du style » la vie des humbles et révélé leur beauté. — Quelles admirables frises, quelle suite grandiose de vivants bas-reliefs glorifiant l'histoire du travail, suscitera un jour cette Maison du peuple que le xx° siècle édifiera pour nos enfants. Constantin Meunier pressent, annonce, prépare ces chefs-d'œuvre féconds de l'avenir réparateur. J'aurais pris plaisir, si j'en avais eu le loisir, à commenter, en les comparant, les deux groupes de MM. Jean Boucher le Moderne et l'Antique et Fix Masseau la Parabole du Faune. Peut-être M. Boucher se fait-il de l'antique une idée, et nous en propose-t-il une représentation un peu conventionnelles. L'aimable épiciurien qu'il nous montre, nonchalement appuyé au large dossier d'un siège de marbre décoré d'oves et de rais de cœur ne saurait prétendre à symboliser tout le génie antique. En lui opposant la figure moderne d'une jeune femme qui, penchée sur un livre, porte la main sur son front endolori, on dirait qu'il a voulu protester surtout contre le surmenage et l'abus du régime d'examen qui en ce dur mois de juillet opprime tant de jeunes gens des deux sexes. Mais s'il a voulu indiquer simplement qu'une âme plus anxieuse et une

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La Sculpture décorative aux Salons pensée plus inquiète se manifestent dans notre art moderne, personne assurément ne contredira à cette vérité. Le joli groupe, Un Soir complète l'envoi et la pensée de M. Boucher. Nous y voyons un homme et une femme, assis sur un banc rustique et tendrement serrés l'un contre l'autre, tandis que leur regard se lève vers la lueur lointaine des étoiles et qu'ils semblent écouter ce silence effrayant des espaces infinis que l'imagination antique peuplait de dieux fraternels et de belles légendes, et où la foi éperdue de Pascal osait à peine s'égarer. M. Fix Masseau lui semble avoir voulu montrer qu'on peut renouveler par des intentions spirituellement modernes les vieux thèmes antiques... Mais le temps nous fait défaut pour entreprendre l'examen motivé de tant de sculptures où le talent certes ne manque pas. C'est l'emploi qui manque au talent et les occasions à la grande statuaire monumentale. Le siècle qui vient — et qui verra l'essor prodigieux de l'architecture en fer, — offrira à nos sculpteurs ce qui leur aura manqué de notre temps. La décoration des grands édifices aux armatures de fer sera faite de revêtements polychromes, d'immenses frises de terre cuite où toute l'histoire du passé et toute la vie du présent pourront se dérouler. D'admirables thèmes sociaux et humains seront alors proposés à nos artistes — et la sculpture, retrempee aux sources de la vie nationale et populaire, retrouvera dans les futurs palais de la démocratie organisée et consciente, cette union féconde avec l'architecture et cette unité d'inspiration qui firent sa splendeur et sa force aux temps de la Grèce antique et de notre moyen âge français. ANDRÉ MICHEL Lion. GARDET.