Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Les Objets d'Art des Salons.
- Gustave Soulier.
- René Lalique.
- Roger Marx.
- Franck Brangwyn,
- H. Piérens-Gevaert.
- Un Panneau d'applications d'Étoffes.
- G. S.
JUILLET
1899
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, Rue Lafayette Paris
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3e Année. — N° 7
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER
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Les Objets d'Art des Salons
NE impression générale se dégage cette année de la section des arts décoratifs, dans l'un et l'autre Salon : le mobilier, comme le menu bibelot, ont perdu de leurs contingents; et même parmi les artistes exposants, certains semblent vouloir garder cette fois-ci une certaine réserve et ne pas consentir à montrer tout le fruit de leurs derniers travaux. Beaucoup, en effet, veulent nous ménager des surprises pour l'Exposition Universelle, et nous n'avons qu'à attendre patiemment. D'ailleurs, cette modération n'est pas le dénuement; et si peu de noms inconnus et d'œuvres nouvelles surgissent, nous rencontrons cependant, de la part des artistes qui se sont déjà révélés, des ouvrages dignes d'être considérés et retenus. L'ornementation de la demeure, la parure, les multiples objets d'usage trouvent encore d'intéressantes réalisations.
Il semble que le bijou soit devenu fort en vogue, et que plusieurs se préoccupent de le renouveler, guidés par René Lalique, dont l'œuvre et le talent sont appréciés dans cette livraison même comme ils méritent de l'être, avec toute l'attention et la compétence que réclame l'analyse d'un si considérable effort. C'est à bon droit que cette année encore la vitrine de Lalique aimante, pour ainsi dire, tous les regards et attire tous les souffrages. M. Lalique a créé dès maintenant une nouvelle école du bijou, et l'on voit quelques compositeurs s'élan- cer à sa suite, s'inspirer de ce dessin plus libre et surtout de cet alliage imprévu de couleur et de matière, qui constitue avant tout la marque distinctive de l'art de Lalique. Le pli est pris désormais, et les gens à classifications sommaires et commodes parlent de ceux qui «font du Lalique» pour désigner les artistes qui cherchent à apporter au bijou une conception nouvelle, de même que l'on désigne par «meuble anglais» toute tentative de mobilier moderne, si opposée quelle le soit aux principes qui règnent outre-Manche. Au surplus, si regrettables que soient les termes qui s'imposent au vocabulaire courant, car ils n'aident pas à éclairer le jugement du public, cela importe peu au fond. Il était inévitable qu'une rénovation d'un art spécial, aussi complète et aussi personnelle que celle qu'a apportée M.Lalique, amenât une orientation générale des artistes du métier ; mais même parmi ceux que cette influence a dirigés, il ne faut pas méconnaître les qualités propres à chacun, tout artiste se distinguant par le tour particulier de
Émeraude (email).
L. HIRTZ.
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Art et Décoration
Grès.
Mme MARIE CAZIN.
sa fantaisie ou la force plus ou moins grande de ses attaches classiques.
D'autres aussi cherchent dans une voie différente et ont déjà manifesté une manière personnelle qui mérite d'être examinée et discutée. Cet art de la parure, que l'on peut envisager et interpréter de tant de façons différentes, était bien digne de séduire les artistes, de même qu'il est assuré d'intéresser le public. Nul, parmi les arts de l'ornement, n'est sans doute plus attrayant, par sa fonction même, qui consiste à rehausser dans des circonstances diverses la toilette et la beauté de la femme, bijou intime et discret, ou joyau d'apparat, fait pour les fêtes et les lumières.
La tendance actuelle est plutôt au bijou discret de tonalité et d'éclat, même lorsque l'improvisation du créateur prend le plus de liberté et que la destination du bijou pourrait autoriser un degré d'audace assez avancé. Ne faut-il pas, en effet, que le bijou moderne s'allie avec les étoffes des toilettes de nos jours, de tons pâlis et délicatement nuancés, avec les reflets moelleux des soies souples qui sont, avec raison, si en faveur aujourd'hui; et ne convient-il pas encore que l'éclat des pierres et des métaux précieux s'accorde avec l'éclairage uniforme, doux et voilé, que nous recherchons pour les réceptions du soir?
Tout cela crée un mouvement de modération et d'harmonie, — sinon dans la forme qui est volontiers étrange et capricieuse, parfois même extravagante, — du moins dans l'accord des matières diverses pour les colorations qui se trouvent mariées. Jamais on n'a eu plus re-
cours aux feux secrets de l'opale, voilés, dirait-on, de cendres ou de brumes, et changeants comme les reflets des gorges de tourterelles. Il faut dire que, sur ce point, personne n'a l'invention plus variée que Lalique, la vue plus immédiate des rapprochements de matières inédits que l'on peut tenter, du parti qu'il est possible de tirer d'éléments naturels trop bruts en apparence, et dont la forme et l'aspect donnent naissance à l'imagination décorative. Mais, parmi ceux qui poursuivent une voie analogue à celle de cet artiste, il faut nommer au premier rang M. Georges Fouquet, dont les bijoux font preuve d'un notable sentiment de l'élégance et d'une certaine distinction. Le charme se découvre déjà dans le dessin, dans ces interprétations très souples et très ornementales du bleuet ou du chardon, ainsi qu'on le voit d'après les pendants que nous avons choisis pour la reproduction. Le motif très précis, accusé par les filigranes d'or, enchâsse des matières délicatement harmonisées, où les opales et les émaux translucides jouent le principal rôle, dans une gamme adoucie que les perles, les diamants ou les pierres de couleur encadrent ou rehaussent çà et là avec sobriété.
Grès.
MICHEL CAZIN.
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Dans le même groupe d'artistes, on peut placer M. René Foy, qui a trouvé d'agréables motifs de boucles de ceinture, en or patiné et émaillé par endroits; la boucle au fuchsia, par exemple, est d'un joli arrangement. Mais sises bijoux sont louables quand ils restent dans cette modération de sujet, de matière et de couleur, il en est d'autres où le goût est moins sûr, et dont les divergences de matériaux ont poussé M. Foy à exécuter quelques bijoux ou quelques bibelots d'étagères où l'on sent moins la vision et la main d'un artiste.
J'ai fait allusion plus haut à quelques chercheurs qui s'imposaient à l'attention par une manière nettement personnelle: de ceux-là est assurément M. Édouard Colonna, dont «l'Art Nouveau» nous avait permis déjà de voir de curieux bijoux. Ainsi qu'il arrive toujours en présence d'un système très arrêté, les applications qui en sont faites ne sont pas toutes également heureuses; et s'il est certaines compositions où ces perpétuels linéaments d'or, imitant des torsions de feuilles rubannées, et enserrant une pierre difforme, ne laissent rien à désirer, d'autres objets semblent affirmer inutilement un principe par trop monotone. M. Colonna a transporté dans l'art du bijou les enroulements chers à certaine architecture; il y avait là, en effet, une intéressante recherche à tenter, mais il n'y faudrait point apporter trop d'exclusivisme. On pourra voir cependant ce qu'ont de très intéressant les ouvrages que nous reproduisons: ce médaillon suspendu à une grande chaîne, et dont le dessin reste sobre et élégant, et ces montures de vase et de porte-monnaie, qui renouvellent le genre.
M. Victor Prouvé, qui essaie activement toutes les matières qui peuvent tenter ses qualités de modelleur, est préoccupé surtout de chercher un bijou simple et familier, qui ne détonne pas sur une robe même modeste, et qui ajoute un peu de beauté, de coquetterie et de joie à la toilette d'un plus grand nombre de femmes. Mieux vaut, pense-t-il, un bijou simple mais franc, où l'art authentique se sert de matières peu coûteuses, que la camelote et le simila auxquels on s'empressse de recourir plutôt que de rester dénué de parure. Aussi M. Prouvé remet-il en faveur l'argent, matière admirable de souplesse et de tonalité, trop dédaignée aujourd'hui en bijouterie, où l'on ne veut songer qu'aux matériaux rares; ses médailles d'un relief gras, de lignes très cherchées, d'arrangement et de sentiment très décoratifs, sont d'excellents modèles pour cet art familier, auquel M. C. Rivaud prête sa collaboration technique. Il monte et adapte ces plaquettes à la destination du bijou, y suspend quelques perles ou quelques pierres très simples; et il est très désirable de voir le goût de ce bijou de bon aloi s'établir, à côté des parures plus luxueuses qui garderont toujours leurs droits et leurs mérites.
Parmi ceux qui se sont distingués ces dernières années pour la production de bijoux nouveaux, on avait remarqué M. Nocq, dont les œuvres diverses révélaient une recherche du bijou lisse et souple, doux et caressant au contact. L'union et le traitement des matières avaient souvent été très heureux. Il semble que cette année les contours, à force de vouloir éviter les arêtes vives, deviennent par trop mous et émoussés. Le travail y perd en précision et en préciosité, et c'est pourtant là une condition essentielle.
Bouton de Sonnette. Mme E. Beetz.
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tielle de tout joyau. Nous pensons bien qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer encore, et nous et très heureusement combinés, et le procédé de cuirs inscrustés l'un dans l'autre, et dans
Grès.
comptons toujours sur d'intéressants efforts de M. Nocq.
En dehors du bijou, le travail du cuir, qui gagne aussi des adhérents de plus en plus nombreux, nous révèle les noms nouveaux de MM. Benedictus et Seguy, qui se sont associés pour produire quelques objets, véritable manifestation de recherche et d'inspiration per-
lesquels sont serties quelques pierres, est tout à fait nouveau. Le succès fait à cette exposition de deux jeunes artistes était tout à fait mérité, et l'on doit sans doute attendre beaucoup d'eux.
Le prince Karageorgevitch tire parfois des effets intéressants, avec des cuirs gravés où le parti de composition est beaucoup moins ar-
Grès et Porcelaines.
sonnelles. Outre des liseuses, dont il sera plus à propos de parler au sujet de la reliure au Salon, nous reproduisons ici un coffret en cuir ciselé, repoussé et teinté par les acides. Les thèmes décoratifs sont tous très originaux rété. Le résultat serait plus sûr si la volonté du décorateur intervenait davantage dans l'arrangement du motif. Du même auteur, des broderies de coussins et de sachets sur soie, d'un métier très élégant, et où il faut surtout priser
ROBALBIEN
(En collaboration avec LAURENT DESBOUSSEAUX et LABOUR.)
DAMMOUSE.
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Les Objets d'Art des Salons
l'entente du coloris. Il est à souhaiter que l'artiste approfondisse ces divers essais.
En mettant à part les métaux précieux mis en œuvre dans l'art du bijou, le métal, qu'il soit fondu, découpé ou repoussé, se prête abondamment aux domaines divers de l'art usuel. On sait ce que sont les figurines de Vallgren et combien aisément elles se font dans la demeure leur place familière, objets de décoration intime et mobile, que l'on caresse de la main autant que des yeux. Et toujours avec la même puissance d'insinuation sentimentale, la même grâce de formes repliées l'une sur l'autre, formes de femmes et formes de fleurs, l'artiste parvient cependant à se modifier lui-même, à changer les phases de son inspiration. Nous regrettons que la place nous manque pour mettre ici sous les yeux plusieurs de ses statuettes, si séduisantes, si expressives d'allure, que de belles patines colorent diversement. Mais l'art tout entier de Vallgren n'apparaît-il pas dans ce pied de lampe, où des tiges de pavots se ramassent pour supporter quatre fleurs épanouies, qui s'unissent en formant le récipient, tandis que quatre frêles silhouettes de femmes, cambrées et triomphantes, s'abritent sous les fleurs et mettront encore mieux en relief, sous la lumière qui tombera de plus haut, leurs poses variées de fierté et de coquetterie? Voilà comment, d'un objet usuel, un artiste péné-
trant sait faire un objet d'art complet, sans nuire à son appropriation.
M. Spicer-Simson choisit un sujet un peu vaste et ambitieux, Le Mystère de la Vie, pour le traiter en encrier; et la signification en reste, d'ailleurs, assez énigmatique. Mais les dessous du sujet mis à part, cet encrier, exécuté en argent, demeure élégant et nous fait espérer d'autres œuvres intéressantes: que M. Spicer-Simson consente seulement à ne pas vouloir mettre trop de mystères philosophiques en peu de chose.
Cette recommandation ne contredit pas ce que nous louons ailleurs, chez M. Vallgren, par exemple. L'art usuel n'a pas à résoudre de problèmes métaphysiques; et, s'il veut ajouter au plaisir de la forme agréable et bien comprise un charme plus durable, plus propre à nous retenir toujours par son caractère expressif, c'est à l'évocation sentimentale seule qu'il peut recourir, en laissant une part à notre interprétation et à notre rêve.
L'art de la maison trouve un très intelligent renfort en Mme Elisa Beetz, dont les pièces de serrurerie sont vraiment réussies. Les plaques de serrures en bronze, avec poignées de portes, l'une pour l'intérieur, l'autre pour l'extérieur de la maison, sont modelées avec beaucoup d'élégance, et un souci pratique joint à l'interprétation animée de la fleur. Un peu frêle peut-être pour
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repoussé de ce vase en cuivre et surtout de cette coupe en argent, tous deux décorés de chardons, avec adjonction de figures de femmes pour le premier, et une simple disposition très sobre et très ornementale des fleurs pour la seconde.
Dans le même ordre d'idées, M. Victor Prouvé nous montre encore une intéressante Coupe de Championnat en argent, dont le pied est constitué par une branche de laurier; M. Peureux est représenté par un sucrier en argent avec sa cuiller, décorés de feuilles et de fruits de groseillers; et l'on connaît les objets en étain de M. Brateau pour le service de la table : si l'artiste se répète un peu, on ne songe pas trop à s'en plaindre; et, d'ailleurs, ces salières, faites d'une coquille où joue un enfant, sont chez lui d'une note nouvelle, plus libre de mouvement et charmante de finesse. Il faut mentionner aussi un miroir à main de M. Giot, de techniques heureusement combinées et d'une élégante silhouette dans sa discrète composition. On y trouve, par places, sur le fond d'argent ciselé, une couverte d'émail rehaussant les fleurs d'iris qui le décorent, et de légères marqueteries.
Notons encore, tandis que nous considérons les emplois divers qui ont été faits du métal, d'autres miroirs dus à M. Jacquin, où l'on souhaiterait une volonté plus affirmée de l'intention décorative; et des plaques de portes de M.Lambert, en cuivre découpé, avec union de cuivre rouge et de cuivre jaune. Le procédé est très simple et très attrayant; et s'il est aisé, avec ces découpages, de même qu'avec les pochoirs, de susciter un souvenir de japonisme, ce n'est pas une raison
Pied de lampe (bronze). V. VALLGREN.
une porte de la rue, cette tulipe, dont l'une des feuilles, repliée en avant dans un mouvement très souple, sert de poignée fixe pour refermer la porte. Il y a aussi un bouton de sonnette électrique, utilisant le chrysanthème, qui est à retenir. Dans tout cela, beaucoup de grâce native, une imagination aisée et un doigté expert, qui font souhaiter de voir Mme Beetz se consacrer à d'autres travaux destinés à agrémenter la demeure.
C'est à peu près un art de la même nature, avec moins de spontanéité peut-être, que l'on rencontre chez M. Boquet: l'art féminin, lorsqu'il est sérieux et sûr de ses moyens, présente vraiment des qualités inimitables. Il convient cependant d'apprécier les mérites de
Monture de Vase. E. COLONNA.
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pour n'avoir pas songé à s'en servir et pour ne pas tenter d'en tirer à son tour de plaisants effets de simplification.
C'est aussi une simplification décorative des condamnée. Disons aussi que le sujet, malgré la leçon que l'on a voulu enfermer dans le développement des trois parties, n'est guère, dans les attitudes, que la transcription du « fait
silhouettes et des tons qu'il s'agit de réaliser dans un travail de marqueterie. MM. Hiolle et Cacaut, aidés pour l'exécution matérielle par M. Girod, ont voulu collaborer à un grand panneau en mosaïque de bois, où je crains bien que leur grand effort, visant surtout au tour de force, ait été dépensé sans grand profit pour l'art. Le grand tort, ici aussi, a été de vouloir envisager un sujet philosophique. La Grève, traitée en triptyque et comportant un grand nombre de figures. Nous avions déjà eu l'occasion de le dire, l'an dernier, au sujet d'un panneau de marqueterie de M. Verneuil : cet art, procédant par surfaces simples et planes, par seule juxtaposition de silhouettes et de couleurs, n'est guère destiné à peindre la physionomie, où l'intervention du trait précis, marquant le caractère individuel, devient nécessaire. Aussi, que voyons-nous dans le panneau qui nous occupe? C'est qu'on a dû recourir au dessin pyrogravé pour préciser les figures. Voilà qui montre bien que l'on a voulu faire sortir le genre de ses moyens propres, et cette application s'en trouve par là même divers », de la vie de la rue; et, par suite, la signification décorative, qui seule pouvait l'excuser, cesse d'être. Il y a dans ce gros travail une regrettable erreur d'origine, « un faux départ », pouvons-nous dire; et les auteurs, dont la science technique ne peut être mise en doute, en prendront leur revanche. Il était bon cependant d'insister sur cette erreur, parce que l'on peut voir par là combien le désir de faire œuvre ornementale a besoin de s'éclairer et de s'endiguer sans cesse entre de justes règles.
Les arts du feu ne nous apportent, cette année, aucune révélation nouvelle, mais plusieurs artistes s'affirment à nouveau par des recherches incessantes. En émail, auprès de M.Grandhomme dont l'œuvre principale est une délicate frise bachique tournant autour d'un gobelet d'or de M. Peureux, — œuvre que notre Revue aura l'occasion d'apprécier à propos de la collection Corroyer, dont cette pièce fait partie, — M. Lucien Hirtz nous revient avec une série de plaquettes surprenantes, symbolisant les Reflets de pierres précieuses, dont
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MICHEL CAZIN.
il n'avait pu nous présenter, l'an dernier, qu'une partie. M. Hirtz se joue de sa palette d'une façon incomparable : même sans le secours de paillons, la couche vitrifiée est d'une profondeur et d'un éclat extraordinaires. L'œuvre de l'artiste se présente, dès maintenant, avec les qualités d'un art tout à fait personnel, une franchise de métier, une liberté et un intérêt de composition, qui ont renouvelé le genre. De cet art qu'on aurait pu croire avoir tout dit dans la maîtrise des siècles passés M. Hirtz tire encore des richesses insoupçonnées.
M. Feuillatre expose, comme l'an dernier, une série d'objets d'orfèvrerie d'or, et surtout d'argent, recouverts d'émaux. Mais l'an dernier, quoique avec une tendance déjà aux teintes universellement pâlies, la matière de revêtement gardait encore un peu de la chaleur et de l'accent qui la faisaient reconnaître. Cette année, l'auteur a voulu poursuivre plus loin dans la voie de la décoloration, et il y a en cela la poursuite d'un désir néfaste, contre lequel il importe de s'élever. Aucune matière ne doit être volontairement dépouillée des vertus qui font son intérêt propre : et si l'on redoute la belle flamme des émaux translucides, glaçant une surface de métal qui en avive en dessous l'éclat, rien n'oblige à recourir à cette technique, et l'on peut se contenter des métaux seuls, diversement unis et patinés. Les émaux de M. Feuillatre prennent une apparence de froide porcelaine, de tons délicats sans doute, mais l'effet cherché n'était pas du ressort des moyens mis en œuvre, dont il a fallu sans cesse entraver la tendance naturelle. D'une matière destinée
à donner une impression de richesse chaleureuse, d'ardeur concentrée, faire une œuvre constamment douceuse et, disons le mot, un peu fade, c'est à coup sûr regrettable et dangereux.
Nous revenons à la franchise d'éclat avec les émaux de M. Thesmar, qui ne montre cette fois-ci qu'une de ses tasses d'émail transparent, où la matière vitrifiée se cristallise entre les mailles d'or filigrané. Nous y trouvons un intérêt nouveau, une recherche plus complète et plus neuve du motif ornemental, avec cette élégante bordure de pavots, à silhouette découpée, supérieure aux
Poignée de porte et entrée de serrure.
(Executées par la maison Chouanard).
Mme E. BEETZ
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rappels d'art persan que suscite en général l'art de M. Thesmar. Mais c'est toujours la même fragilité redoutable, qui ferait craindre même d'exposer cette précieuse et mince coquille à un simple courant d'air; et en même temps, c'est toujours la même aristocratique oisiveté de l'objet, qui ne peut être conservé que sous verre. Si l'on ne peut s'opposer radicalement à la fabrication de ces phénomènes de vitrine, il faut bien avouer que ce n'est pas là la destination la plus normale de l'objet d'art.
M. Clément Heaton est à peu près seul à renouveler des Japonais l'art de l'émail cloisonné. Ses plats et ses jardinières manifestent chez l'artiste un sens très spécial pour tirer de l'observation de la nature, des plantes et aussi des paysages, un décor en arabesques qui s'accommode aux conditions du genre. Peut-être M. Heaton se tient-il trop uniformément dans des tons sourds, qui, pour révéler un œil très avisé des harmonies colorées, n'en font pas moins souhaiter un peu plus de gaieté.
Cette joie de la lumière qui manque à M. Heaton, nous la trouvons merveilleusement répandue chez le surprenant artiste qu'est M. Tiffany. Si ses tentatives d'architecture, — dont une cheminée avec incrustations de mosaïque nous permettait de juger l'an dernier, — ne peuvent nous paraître exem-
Boucle de ceinture. RENÉ FOY.
de nuages, sont d'une invention décorative étonnante et féconde; et, d'autre part, ses verreries, dont le Salon de cette année nous offre une abondante série, nous révèlent une ad-
Pendant. G. FOUQUET.
mirable magie de métier, sans cesse diversifiée et enrichie. M.Tiffany semble capter à jamais, dans la fusion de la matière, les rayons insaisissables, et, pour la texture même de cette matière, ravir leur secret aux enveloppes les plus souples, aux tissus les plus aériens, aux robes des fleurs, aux toiles d'araignées où la rosée s'irrise, aux nuées du crépuscule ou de l'aurore. C'est une œuvre toute de lueurs et de mirages, où la forme et le décor précis comptent peu; et si là même, comme dans les grès à reflets métalliques de M. Clément Massier, il y a parfois des richesses débordantes, des feux d'artifices qui auraient besoin d'être tempérés et asservis davantage sous la volonté d'un art parfaitement mesuré, nous trouvons encore un grand choix de pièces d'une admirable féerie, de précieux « arrangements en brun et or, ou en bleu et argent », comme dirait Whistler; et cela est assez pour faire à cette œuvre une place tout à fait à part.
M. Koepping s'ingénie à mettre aussi une séduction de rêve dans ses verres soufflés, mélange de Bohême et de Murano, où le caractère personnel provient surtout de la teinte nébuleuse fondue dans la masse et qui colore ses verres à la façon d'une agate ou d'une amé-
Pendant. G. FOUQUET.
plaires, les étranges vitraux faits de galets que nous avons pu voir de lui et où la lumière filtre curieusement, comme au travers d'un ciel chargé