Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Jef Lambeaux et le Monument des Passions Humaines.
- H. FIERENS-GEVAERT.
- Céramique d'Art.
- A. LE CHATELIER.
- La Broderie dans la Toilette de la femme.
- F. WEYL.
- Le Diplôme de l'Exposition universelle.
- R. D. BENN.
- Le Concours National d'Art en Angleterre.
- R. BOUYER.
- La Décoration d'un Restaurant.
- G. SOULIER.
- L'Ecole d'application de la Manufacture de Sèvres.
- G. SOULIER.
- Planche hors texte :
- Le Vin, par BELLERY-DESFONTAINES.
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NOVEMBRE
1899
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13. RUE LAFAYETTE PARIS
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3° Année. — N° 11
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, FRÉMIET, ROTY,
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Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER
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Jef Lambeaux et le Monument des Passions Humaines
Nous voici en présence d'une des plus considérables entreprises de sculpture décorative que jamais artiste ait osé concevoir. Le bas-relief de M. Jef Lambeaux représentant les Passions humaines mesure sept à huit mètres de longueur sur cinq à six de hauteur. Il est taillé dans plusieurs blocs de marbre de Carrare, épais d'un mètre. L'artiste a passé dix ans de sa vie à réaliser son œuvre, à dessiner les cartons, à modeler ses maquettes, à exécuter chaque figure d'après le modèle vivant, à reproduire son projet en grandeur naturelle, enfin à surveiller et à corriger le travail de ses cinq praticiens. M. Jef Lambeaux a environ quarante-cinq ans; son travail gigantesque est donc le produit de sa pleine maturité artistique et restera, sans nul doute, l'œuvre la plus imposante de sa belle carrière.
Hanté par les beaux spectacles décoratifs des maîtres flamands du XVIIe siècle, Lambeaux se livra de bonne heure aux grandes entreprises sculpturales qui lui permettaient de fixer dans le marbre ces groupements hardis, ces mouvements emportés, chers au maître de la Descente de Croix et à tous ses contemporains. L'auteur des Passions humaines ne s'est pas attardé aux « morceaux » détachés. Nous en connaissons pourtant de lui; mais ils sont fort rares et presque toujours nous surprendrons, dans les attitudes de ces petites figures, cette recherche de rythmes fougueux, qui font de M. Lambeaux le plus « dynamique » des statuaires modernes. Voyez l'Adam et Ève que nous reproduisons. Ses bustes, même, ont rarement une allure calme et naturelle. Ils trahissent avec évidence la nature exubérante de l'artiste et sont un peu comme ces portraits de Rubens et de Van Dyck qui, avant de faire penser au modèle, évoquent avec persistance le maître qui les exécuta,
Impéria.
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Art et Décoration
L'œuvre la plus importante de M. Lambeaux, avant l'achèvement des Passions humaines, était la Fontaine, en bronze, qui orne depuis 1887 la grand'place d'Anvers. L'art de Lam- relief entièrement achevé. Un petit temple, fortsimple, a été élevé tout exprès au bout d'une des allées par M. Horta, le chef de la nouvelle école d'architecture en Belgique. On pénètre dans l'édifice par un péristyle de quatre colonnes surmonté d'un petit fronton. L'ensemble de la façade est d'un style purement classique, ce qui ne laisse pas de surprendre quand on connaît le nom du constructeur. Mais la simplicité originale des bases et des chapiteaux, le système tout particulier des petits modillons de l'entablement révèlent, aux yeux attentifs, la manière de M. Horta. Les murailles intérieures seront revêtues de plaques de marbre. Le bas-relief de M. Lambeaux occupe tout le fond et reçoit, du toit vitré, une lumière parfaitement calculée pour donner au jeu des groupes son maximum de vie et d'animation.
Imaginez une sorte de calvaire partant du côté gauche du bas-relief et s'arrêtant à l'angle droit supérieur de la muraille. La scène est ainsi divisée en deux parties par une ligne oblique, disposition très originale qu'accentue encore le mouvement des figures. Dans les nues, au centre de la composition et dominant l'œuvre, le Destin, un squelette ailé, qui, disons-le, manque de noblesse et d'ampleur tragiques. Les hommes s'agitent, luttent, souffrent, prient, s'enthousiasment, vendent leur corps et leur âme, les rachètent par le sacrifice; tous meurent. Et c'est pourquoi sans doute M. Lambeaux a personnifié la force la plus vivante de toutes, la seule puissance immortelle, le Fatum antique par un cadavre...
A droite, voici les joies ou les ivresses éphémères, les bonheurs instinctifs, que l'homme recueille dans la passion sensuelle ; puis les jouissances plus brutales des sens déformés, enfin les crimes engendrés par la folie charnelle. La figure effacée de Satan se dresse dans le haut de cette partie, condui-
Le Christ (Fragment des Passions humaines).
beaux s'y affirmait déjà nettement ; il s'épanouit cette fois en toute sa plénitude dans les Passions humaines.
C'est dans le beau parc du Cinquantenaire, en face du musée des Arts décoratifs, que l'on peut voir depuis quelques semaines le bas-
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Art et Décoration
sant la ronde infernale de ses satellites. Le Démurge soumet le monde à la tentation par le plaisir et la beauté. Aussi sur le versant de la montagne, des jeunes femmes nues, enla- rieuses, insouciantes, les jolies créatures vien- nent renforcer le groupe des danseuses.
Immédiatement au-dessous des belles tentatrices, dans une échancrure de la montagne, un jeune homme se penche amoureusement à l'oreille d'une jeune fille. Ce joli groupe, symbolisant la Séduction, a déjà été vu au salon du Champ de Mars en 1898. A droite, admirons la Fraternité, une Flamande pensive, tenant un de ces enfants plantureux comme on en voit chez Jordaens. La passion humaine, dans ce der- nier groupe, se spiritualise, s'at- tendrit et fait contraste, par son allure contemplative, avec l'em- portement des autres parties de la scène. Tout à l'extrémité du côté gauche, à moitié hors du cadre, je remarque encore une figure très anversoise, incarnant l'Ivresse, qui fait penser au paysan joufflu du célèbre tableau le Satyre et le Passant (1).
Au centre du bas-relief, le sculpteur a dramatisé avec puis- sance une scène d'amour brutal est spontané; en accordant à cet épisode cette place prépondé- rante, M. Lambeaux a sans doute voulu indiquer que de toutes nos passions, la plus forte, la plus féconde, et la plus irrésistible est celle que Shopenhauer appe- lait le génie de l'espèce. Elle est la source de nos joies; elle est aussi une cause éternelle de maux. Et précisément ce groupe sert de transition entre la gauche du bas- relief et la droite réservée aux souffrances. Ici des hommes tom- bent, renversés par des bras impla- cables, et roulent jusqu'au bas de la montagne, vaincus, superbes et pantelants. Les atti- tudes de quelques-uns de ces damnés sont dignes de la Chute des Anges rebelles de Ru- bens et les divisions des scènes, favorisées par les creux de la montagne, évoquent des sou- venirs dantesques. M. Jef Lambeaux, comme Rodin, a eu la vision des portes de l'Inferno.
Le divin crucifié resplendit au haut du Cal-
(1) Jordaens, Musée de Bruxelles.
Remords.
cées, dont la bouche épanouie semble sonner un rire triomphal, offrent à l'humanité leur splendeur libre et puissante. Rien ne saurait résister à leur danse victorieusement séduc- trice. Le célèbre groupe de Carpeaux auquel M. Lambeaux a certainement songé se re- trouve ici, mais transformé par la sensualité populaire, la force pléthorique du génie anver- sois. Quelques torses et figures de femmes d'une grâce plus fine, émergent de la lumière,
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Jef Lambeaux et le Monument des Passions Humaines
vaire et vers lui, volent les sublimes martyrs de la foi. Toute l'attention finit par se concentrer sur cette figure placée pourtant de côté. Elle est plus heureusement venue, comme expression et comme facture, que celle du Destin. Et peut-être l'artiste a-t-il voulu marquer l'inégalable grandeur de la Passion du Christ, dominant par la sérénité et la résignation le vain tumulte des passions humaines.
Les ombres et les lumières sont très adroirigeait ou atténuait certaines outrances de forme et de mise en scène. Ces violences sont légitimes autant, par exemple, que les élans passionnés et sans frein du poète Emile Verhaeren. Et puis, l'œuvre indique un trop large effort pour que nous cherchions à en diminuer la portée. L'artiste y a consacré dix ans de labeur ininterrompu. Son carton pourtant fut improvisé sans esquisses préalables. Tout de suite M. Lambeaux aborda l'exécution — en s'écartant notablement de son idée première.
tement distribuées dans le grand drame philosophique de M. Lambeaux. Les figures supérieures sont d'un relief très faible. La partie centrale — la danse par exemple, — est traitée en haut relief, de même que les groupes inférieurs où certains personnages se détachent presque en ronde-bosse. La lumière s'attache aux visages, aux torses, aux membres nus ; chaque épisode étant isolé dans une anfractuosité du Calvaire, se trouve encadré d'ombre, en sorte que les saillies éclairées prennent un accent encore plus vivant.
Tels sont les mérites ou les caractères que nous avons cru distinguer dans l'œuvre de M. Lambeaux. Nous nous garderions bien de chicaner l'artiste pour ses exagérations de pensée et d'exécution. Les Passions Humaines ne seraient plus de M. Lambeaux si l'on cor-
Chaque partie, chaque détail fut étudié d'après nature, avec une conscience magnifique. C'est pourquoi la composition tout entière frémit d'une vie réelle et irrésistiblement communicative.
Le Monument aux Morts de M. Bartholomé, le Monument au Travail, qu'achève en ce moment M. Constantin Meunier, la Porte de l'Enfer que M. Rodin nous montrera l'année prochaine et les Passions Humaines de M. Jet Lambeaux, quatre nobles chefs-d'œuvre conçus et exécutés presque en même temps, ont leur place marquée dans l'histoire de l'humanité comme dans celle de l'art et seront l'honneur d'un siècle auquel on a refusé avec trop d'emprisement le sens de la beauté et de la grandeur.
H. FIERENS-GEVAERT
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DECK.
Céramique d'Art
Dissertant jadis pour le diplôme scolaire sur la Loi Humaine, j'invoquais anxieusement les effigies émaillées de l'antique Égypte, dans la contemplation desquelles s'était passé mon noviciat philosophique. Initié aux conjectures doctrinaires par un érudit qui préférait à cette mission l'époussetage de ses vitrines, je connaissais mieux sa collection de scarabées sacrés, de statuettes bleues, que les arcanes de la philosophie collégiale.
Osiris et Ftah me prouvèrent alors qu'il est plus utile de discourir avec déférence sur les conventions obligatoires, que d'en pénétrer la synthèse. Je leur dois d'avoir constaté dernièrement qu'il en est d'essence provisoire.
Comme tous ceux qui s'inspirent en céramique du respect des principes, j'avais puisé, en de solennels traités, des sentiments de confiance dans la tradition classique. Je croyais à la porcelaine, au grès, au grand feu, au petit feu. Et voici que les dieux de la vieille Égypte portent à ces dogmes une désobligeante atteinte.
Avant les Chinois, les Pharaons s'entouraient, dans leurs cercueils, de porcelaine translucide. Ils la préféraient bleue, mais ne lui demandant de durer que des milliers d'an-
GLATIGNY.
nées, se contentaient pour elle de la chaux et du natron, dans un feu de moufle. Réfrac-
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Céramique d'Art
taires aux convenances plastiques, leurs potiers moulaient Osiris et ses compagnes en pâte de sable.
Regrettables en doctrine, ces précédents, qu'ont sanctionnés l'archéologie et la chimie, empruntent aux fouilles du Musée de Boulacq, aux analyses du collège de France, une hiérarchie convaincante. Formulés en reconstitutions de laboratoire et en reproductions de fabrique, ils permettent de moins s'occuper des définitions impérieuses. Et, c'est bien commode, quand on veut parler de la céramique d'art, avec plus de respect pour l'art que pour les mots.
L'art moderne ne mesure plus le mérite aux castes de matières et d'outils. Trop libre pour se complaire à l'esthétique codifiée, trop pratique pour s'en embarrasser, il voit avec joie dans la progression infinie des familles de pâtes et d'émaux, dans la variété des procédés, la souplesse et la puissance de la céramique grandir à son profit. Ignorant si la porcelaine est plus noble que le grès, et la faïence que la terre cuite, si les couvertes feldspathiques l'emportent en dignité sur leurs rivales boraciques, et l'email stannifère sur la tribu du plomb, il ne juge pas non plus le charme des structures et la grâce du décor aux échelles pyrométriques.
Décor en relief (Émaux à deux tons).
GLATIGNY.
Ces subtilités peuvent passionner le collectionneur spécialisé, préoccuper l'industriel limité, lui servir de boniment commercial. L'art même ne s'en soucie guère, bornant ses réserves conditionnelles aux nécessités, exigeant seulement l'adaptation des éléments à l'œuvre, la conformité des résultats au but.
Guidée par lui dans les voies de Vérité, hors des enseignes exclusives, la céramique ne se montre consciente de son rôle auxiliaire, fidèle au labeur idéal, que par les fécondités vivifiantes. Associant, dans son effort vers la Beauté, les procédés traditionnels, et les combinaisons nouvelles, elle s'affirme confiante dans les uns, anxieuse des autres, afin de mieux servir la divine maîtresse par ses offrandes renouvelées.
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Pâtes crues. — Par définition, la céramique ne naît qu'avec le feu. Elle commence aux pâtes cuites. A quelle température, à quel degré ? Question délicate. La brique crue lui appartient et le ciment lui échappe.
Trop vulgaires pour intéresser l'art convenu, les pâtes crues méritent cependant de
L'Automne (pâte de verre).
HENRY CROS.
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Art et Décoration
tenter l'art indépendant : une mosaïque de ciment reste industrielle. N'obtiendrait-on d'oxydes métalliques, elle change de personnalité par le mélange des fondants alcalins, de la silice, des bases terreuses, de la chaux, de la magnésie, des roches phosphatiques.
Plus de vingt corps simples, leurs multiples combinaisons et toutes celles de l'ossature terrestre, peuvent ainsi concourir à modifier la pâte primitive, l'argile originelle, dans un cycle infini, embrassant toutes les nuances chromatiques, tous les groupements moléculaires.
De même, le kaolin, gloire céramique de la race alumineuse, personnification de ses alliances avec la silice vitrifiante : son domaine confine à l'argile pure et s'étend au loin dans celui de la silice, avec l'emprise des plasticités décroissantes, et chacune de ses variétés en engendre de nouvelles illimitées. Moins en évidence par leurs services industriels, les argiles calcaires, magnésiennes, et tant d'autres, évoluent comme lui.
Si vastes que soient déjà les horizons de la céramique issue de l'argile, il faut pour commencer à en percevoir l'insondable immensité, prendre ensuite la silice, antipode de l'argile, en nombrer toutes les associations avec toutes les unités minérales, par l'adjonction de parcelles agglutinantes. Là naissent les pâtes siliceuses aux couleurs éclatantes, à la texture cristalline ou pierreuse, sèches et indociles au moulage, ne s'y pliant que par les artifices ou les pressions.
Émaux de grand feu (molybdène et vanadium).
pas des effets tolérables, en juxtaposant ses éléments colorés par moulages successifs, dans une inspiration moins commerciale. Qu'on mette côte à côte une faïence moderne d'après les della Robbia et le même modèle, reproduit en plâtre silicaté, patiné et poli : le plâtre se défend.
Par ses sources incrustantes, ses stalagmites à masses translucides, sous leur épiderme vitreux, la nature jalonne d'autres méthodes. Plus nombreuses encore sont celles qui subsistent latentes dans les créations de la chimie minérale.
Si la céramique les rejette loin d'elle, faute de sanction calorique, peut-être l'art serait-il fondé à les utiliser comme une concurrence effective, quoique disqualifiée, à des œuvres plus appréciées, et moins abordables au talent solitaire.
Pâtes cuites. — Au sortir de ses carrières, broyée, pétrie, moulée, l'argile est la pâte céramique élémentaire, première étape ethnique de la poterie, avec autant de variétés que de gisements : celle-ci devient blanche à la cuisson, et celle-là, noire, rouge ou verte. L'une réfractaire sort du four friable et poreuse ; l'autre fusible, s'agglomère et se vitrifie. Chacune, en outre, se transforme au contact des éléments minéraux qu'elle reçoit ; colorée par l'adjonction
Émail de grand feu (cristallisations sur émail glacé).
GLATIGNY.
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Céramique d'Art
Puis les bases terreuses interviennent aussi, et les oxydes immaculés comme ceux d'où jaillissent les couleurs. Leurs rencontres dans l'enrobage argileux les destinent de même à la création de la forme durable, en prolongeant l'empire bien au delà des frontières aperçues déjà.
Mais ce n'est pas tout : voici maintenant les éléments dissidents, qui dédaignent la fécondation limoneuse, et s'adressent aux silicates alcalins, au plâtre, au ciment, aux combinaisons de la chaux, de la magnésie, de la baryte, du zinc même, pour se constituer en pâtes malléables, ouvrant à la céramique un autre domaine à peine exploré, attendant du formulaire chimique des congénérés prévus. Et pardelà sans doute, des zones inédites se présenteront un jour à l'éternelle aspiration de la matière vers la vie des formes,
par la réalisation factice et provisoire du façonnage des atomes.
Emploi des pâtes nues.
Disposant, par la multiplicité des pâtes, de ressources illimitées,
la céramique d'art ne les défend pas assez contre la traditionnelle enveloppe de l'email.
Certes, l'exemple de Wegdwood et des biscuits de Sèvres n'apparaît pas tentant par l'usage et l'abus. Si la finesse de Camée des pâtes superposées en laiteuses blancheurs laisse de louables espérances, la porcelaine sans vêtements, semble dans ses figurines quelque vétusté anachronique et fatiguée, décente aux cadeaux diplomatiques.
Et cependant, l'exploitation hardie de la pâte nue réserve, aux initiés qui la tenteront, des floraisons imprévues.
L'argile même, aux mains des potiers d'Orient, grasse etrustique, luisante et fine, rouge, brune et blanche, dans leurs vases de terre cuite, dans leurs groupes bouddhiques et leurs fantaisies animales, sollicite des attentions réfléchies. Distancée vers les objets d'usage par les pâtes plus durables, elle appelle, par ses teintes atténuées et paisibles, l'inspiration murale des demeures discrètes. Silencieuse, elle complairait aux lectures et aux pensées, s'associant aux frises de quelque sanctuaire assoupi des livres, dans la concordance du manganèse violacé et des verdoiements du chrome assombri. Soyeuse ailleurs dans les