Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Albert Dammouse, EDOUARD GARNIER. - Un Cours d'Art appliqué aux Métiers. Le Monument Jules de Burlet, OCTAVE MAUS. - Les travaux de l'Ecole des Arts Décoratifs, GUSTAVE SOULIER. - Un décorateur nouveau: M. Georges d'Espagnat, OCTAVE MAUS. - Un Éventail (Concours). G. S. - Planche hors texte: - Vase décoré, par ALBERT DAMMOUSE. --- OCTOBRE 1899 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13. RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison: 2 fr. 3° Année. — N° 10

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, FRÉMIET, ROTY LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L'Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels 1. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. --- L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Atelier de décoration. Albert Dammouse Quand on étudie avec attention la marche de cette sorte de Renaissance qui a commencé à se manifester assez timidement, il y a bientôt un demi-siècle, dans le domaine de la céramique, on est tout étonné de voir avec quelle lenteur elle a progressé malgré la faveur qui l'avait accueillie à ses débuts et quels obstacles il lui reste encore à vaincre avant de s'affirmer d'une façon définitive. Cela tient à plusieurs raisons. D'abord, et surtout, aux difficultés considérables que présente le « métier » proprement dit. Il faut, en effet, qu'avant de pouvoir réaliser ses conceptions, avant de leur donner un corps, l'artiste asservisse la matière rebelle et qu'il arrive à dompter le feu, à se rendre le maître de ce merveilleux agent dont l'action puissante, mais trop souvent capricieuse et insaisissable transforme les oxydes les plus ternes et les plus tristes en apparence, les poussières grises et mornes, et leur donne l'éclat et la splendeur des plus riches couleurs, la vibration lumineuse des pierres les plus précieuses. Et cela tient aussi, il faut bien le dire, à la résistance ou tout au moins à l'indifférence que nos céramistes modernes ont rencontrées auprès du public, aussi bien le public restreint des pseudo-amateurs et des collectionneurs, qu'auprès de ce que l'on est convenu d'appeler le grand public. Les premiers, qui n'apprécient une pièce qu'autant qu'elle a atteint dans les Applique en grès; émaux de grand feu. ventes des prix fantastiques que, généralement, rien ne justifie, si ce n'est leur rareté et les caprices de la mode, ne se font Mécènes

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Art et Décoration sans faire corps avec elle, sans la pénétrer, succédaient des essais de couleurs au grand feu, plus pures, d'une intensité plus profonde, mais d'un emploi plus difficile, d'une application plus restreinte et qui ne pouvaient se prêter qu'à l'exécution de décorations franches et sans retouches. Plus de ces sujets aimables et gracieux, de ces «bergerades» si fort à la mode au siècle dernier, de ces amours joufflus et rosés, de ces copies prétentieuses et fausses de «tableaux de maîtres» trop souvent péniblement pignochées, de ces bouquets de fleurs où l'on pouvait compter les moindres fibrilles des pétales diamantés de gouttes brillantes de rosée, de ces fruits à la peau veloutée, etc., etc., qu'il était habitué à admirer et devant lesquels il s'extasie tant encore aujourd'hui dans ses visites au Musée de Sèvres! On avait beau lui dire que ce n'était pas de la céramique, que l'on ne sentait pas que le feu avait passé par là et que ces peintures donnaient à l'œil absolument la même sensation que si elles avaient été peintes sur tout autre matière que la porcelaine, tout cela le laissait froid, sinon même hostile. Et cependant il y avait là un progrès réel, indéniable. Les artistes et les véritables amoureux de ce bel art de la terre qui avait autrefois enfanté tant de merveilles, le comprirent bien ainsi, et les applaudissements ne manquèrent pas à ceux qui, comme Théodore Deck, eurent le courage de rompre avec les anciens que pour des marchands qui les exploitent et les trompent honteusement, et laissent mourir à l'hôpital, de misère et de désespérance, des artistes dont ils ont parfois dans leurs vitrines, — j'en pourrais citer des exemples — des œuvres vendues pour un morceau de pain à un entremetteur, qui, après leur avoir fait subir un truquage habile, les leur ont «cédées» au poids de l'or comme les ayant rapportées d'Orient ou d'Italie. Quant au «grand public», il se trouvait absolument dérouté. Aux peintures exécutées sur la porcelaine aussi précieusement que la plus délicate miniature sur ivoire, avec des couleurs abreuvées de fondants qui les fixaient sur la couverte, qui les y collaient pour ainsi dire

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Albert Dammouse errements, à ces hardis novateurs dont on ne saurait trop rappeler et louer comme ils le méritent, les longs et pénibles essais, les nombreux déboires, la courageuse persévérance et l'abnégation. Albert Dammouse fut de ceux-là. Fils d'un des plus habiles sculpteurs de la manufacture de Sèvres, il se familiarisa de bonne heure avec tout ce qui touche à la céramique, et particulièrement à la porcelaine. Tout jeune encore, après avoir suivi pendant plusieurs années les cours de «l'École de dessin» (aujourd'hui « École nationale des arts décoratifs »), il fut reçu en 1868, élève dans l'atelier de Jouffroy, à l'école des Beaux-Arts où il obtint plusieurs médailles, et remporta, en 1869, le grand prix de composition décorative au concours de l'Union centrale. Mais tout en poursuivant ses études et en travaillant comme sculpteur au Pavillon de Flore, il ne négligeait pas la céramique vers laquelle ses goûts autant que son éducation première l'entraînaient avant tout, et commençait sa carrière de praticien en aidant dans ses remarquables travaux en pâtes d'application Solon Milès, le délicat et ingénieux artiste qui, appelé en 1870 à Stoke-on-Trent par la maison Minton, devait s'y fixer définitivement et conquérir par son incontestable talent une réputation qui rendit bientôt son nom célèbre en Angleterre. Bien que privé des conseils et de l'appui de son maître, Dammouse reprit en 1871, mais en leur donnant plus d'extension, ses travaux interrompus par la guerre. Composant ses modèles, préparant ses pâtes lui-même, étant tout à la fois son praticien et son décorateur, il put réaliser cette conception si souvent désirée et si justement appréciée, de l'unité et de l'harmonie dans les œuvres d'art. Aussi ses débuts furent-ils particulièrement remarqués et c'était justice, la décoration de la porcelaine au moyen des pâtes colorées et des pâtes d'application à laquelle il s'était plus spécialement adonné, étant une des plus difficiles à exécuter et, surtout, à «préparer» et à réussir. Il ne s'agit plus là, en effet, de prendre des couleurs à porcelaine et de les employer telles que le marchand les donne, après les avoir simplement broyées; il faut préparer ses pâtes soi-même, c'est-à-dire — tout oxyde colorant introduit dans une pâte rendant cette pâte plus fusible et les oxydes colorants n'étant pas tous de même nature — les combiner de façon que les différentes pâtes colorées employées pour la décoration d'une pièce soient ramenées à une unité, une harmonie de composition telle qu'il ne se produise au feu aucun désaccord entre elles et qu'elles puissent supporter la même température sans qu'il y ait d'accidents à craindre à la cuisson. Les difficultés techniques étant ainsi vain- Plateau en pâtes d'émaux colorés. (Coll. de M. A...).

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Art et Décoration cues, il n'eut plus à se préoccuper que de la question de décoration et là il fut servi par des laine, surtout quand on ne veut faire que de la porcelaine d'art, et c'était à Limoges, d'où il faisait venir son kaolin tout broyé, qu'il était obligé, non sans qu'il en résultât parfois de graves accidents, d'envoyer cuire la porcelaine qu'il décorait dans son petit atelier de Sèvres. Mais bientôt l'occasion se présenta pour lui de se faire connaître à sa véritable valeur. MM. Pouyat et Dubreuil, de Limoges, voulant donner une grande importance à l'exposition qu'ils préparaient pour 1878, lui confèrent le soin de concevoir et de faire exécuter la majeure partie des pièces qu'ils se proposaient d'envoyer à Paris, et le grand et très légitime succès qu'obtint leur exposition prouva bientôt que leur confiance avait été bien placée. On admira surtout, outre un service de table d'une distinction parfaite de forme et d'une délicatesse harmonieuse de décoration, un panneau formé de grands carreaux peints au grand feu et portant le nom de la fabrique. Ce panneau, long de 3 mètres sur 2 mètres de hauteur, composé et entièrement exécuté par Albert Dammouse, appartient aujourd'hui au Musée de Limoges où il est, à juste titre, considéré comme une des œuvres les plus remarquables de la céramique moderne. A dater de ce moment, la réputation du jeune artiste fut solidement assise et les grands fabricants de porcelaine recherchèrent à l'envi sa collaboration. C'est à lui, notam- qualités, pour ainsi dire innées, de goût délicat et de distinction profonde, aidées des fortes et consciencieuses études qu'il n'avait cessé de faire depuis qu'il avait su tenir un crayon ou manier un ébauchoir. C'est à l'Union centrale des Arts décoratifs que Albert Dammouse exposa ses premières porcelaines et, bien que le nombre en fût assez restreint, le succès qu'elles obtinrent fut si grand qu'elles lui valurent une médaille d'or, suivie, deux ans après, en 1876, d'un prix d'honneur. A cette époque, cependant il ne pouvait pas donner entièrement la mesure de ce qu'il était capable de faire, et bien des projets jetés sur le papier sont restés dans ses cartons sans avoir été exécutés. Ses moyens de production étaient assez limités et ne lui permettaient pas d'entreprendre tout ce qu'il rêvait. On n'improvise pas facilement, en effet, une fabrication de porce- ment que M. Ch. Haviland, sur les conseils de M. Bracquemond, s'adressa en 1882 lors-

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Albert Dammouse qu'il voulut établir dans ses ateliers d'Auteuil-Paris la fabrication des grès décorés, première tentative qui eut un très grand succès auprès des artistes et des amateurs, mais que le gros public, un peu dérouté par la rudesse apparente de la matière, accueillit assez froidement. C'est lui, également, qui créa pour le même fabricant divers modèles de services de table qui consacrèrent en Europe et en Amérique la renommée déjà si grande de la maison et lui méritèrent un grand prix à l'Exposition universelle de 1889, de même que c'est lui qui fit exécuter pour l'Exposition de Chicago l'ensemble des pièces exposées par MM. Gérard et Dufraisseix, de Limoges. Depuis 1869 il n'avait pas cessé de faire les modèles de la décoration des armes de luxe fabriquées par la maison Fauré-Lepage et, de ce chef, il avait obtenu aux diverses Expositions des récompenses, bien méritées, de collaborateur. Tout en travaillant ainsi pour les fabricants, en créant des modèles dans lesquels il mettait le meilleur et le plus pur de son talent et de son originalité et dont il ne profitait, en réalité, que d'une façon indirecte, Albert Dammouse n'en continuait pas moins, dans son petit atelier de Sèvres, la fabrication et la décoration de ces délicates porcelaines qui l'avaient fait connaître à ses débuts. Son succès en ce genre avait été toujours en augmentant, et une médaille d'or à l'Exposition universelle avait récompensé ses efforts, mais ce qui l'attirait par dessus tout, c'est le « grès ». La tentative qu'il avait faite en 1882 dans la maison Haviland l'avait passionné; il sentait qu'il y avait là une matière supérieure à toutes les autres au point de vue artistique, matière fine, résistante, solide à l'œil, se prêtant merveilleusement à la décoration et à l'application des émaux les plus riches et dont le plus grand défaut était de ne pas être assez connu. Aussi se décida-t-il, aidé par la collaboration dévouée de son frère Edouard, peintre au talent souple et délicat, à reprendre pour son propre compte cette fabrication qu'il n'avait abandonnée qu'à regret. L'admission, depuis si longtemps réclamée, aux Salons annuels de ce que l'on appelait «les objets d'art» en attirant plus directement et plus fréquemment l'attention sur des œuvres qui, jusqu'alors, avaient été exposées avec les produits industriels, devait forcément amener une réaction favorable et développer le goût du public. Encouragé par le succès qui avait accueilli, à sa première exposition au Salon du Champ-de-Mars, ses porcelaines décorées sous émail, nommé à la suite de cette Exposition membre de la Société Nationale des Plaque de porcelaine dure; pâtes colorées polychromes.

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Art et Décoration Beaux-Arts, il fit construire à Sèvres des ateliers et des fours qui lui permirent d'entreprendre la fabrication des grès et des faïences stannifères. C'est au Salon du Champ-de-Mars qu'il envoya en 1893 ses nouveaux produits qui lui méritèrent les suffrages de tous les amateurs et les éloges unanimes de la presse. Depuis cette époque, il a pris part à toutes les Expositions, montrant chaque fois, dans cette belle industrie du grès où il occupe une des premières places, un progrès réalisé, une recherche constante du mieux. C'est ainsi qu'en 1895 et 1896, il exposait des frises et des mascarons destinés à l'ornementation extérieure et intérieure de l'Hospice des Vieillards et de la Salle des Fêtes de Boulogne-sur-Seine, qu'à l'Exposition de la Céramique, en 1897, il avait un grand panneau d'un bel effet décoratif et d'une exécution des plus remarquables et qu'en 1898 il montrait la belle tête de vieillard exécutée en grès d'après le modèle de Gustave Michel et recouverte d'un émail au grand feu qui, sans viser l'imitation du bronze comme tant d'autres l'ont faussement tenté, et en restant toujours de la véritable céramique, lui donne une sorte de patine chaude et puisamment colorée qui en font une œuvre d'art dans la plus grande acception du mot. C'est également au Salon de 1898 que Dammouse exposa ses premiers essais de « pâtes d'émail » qui semblaient procéder, au moins comme matière et comme effet, des « pâtes de verre » dont Henry Cros, l'éminent sculpteur doublé d'un savant chercheur et d'un archéologue passionné, avait retrouvé la technique empruntée aux anciens verriers d'Alexandrie et qu'il avait remises en honneur avec la Circé du Musée de Sèvres, la fontaine (Histoire de l'Eau) du Musée du Luxembourg, l'Incantation, etc., et tant d'autres œuvres de moindre importance, mais toujours empreintes d'un sentiment si élevé et d'une conception si pure et si poétique, qu'elles resteront comme une des plus belles manifestations d'art de notre temps. Dammouse montra dans ces nouveaux produits les grandes qualités de décorateur qui avaient fait si hautement apprécier ses porcelaines et ses faïences, jetant avec un goût impeccable sur des vases et des coupes d'une coloration douce et harmonieuse, des branches de fleurs ou de fruits, des feuillages, des insectes ou des poissons délicatement modelés en relief et pour ainsi dire ciselés dans la pâte. Les quelques pièces qu'il avait envoyées à l'Exposition de cette année, surtout une grande coupe ovale à branches de vignes et deux petits vases d'un bleu exquis, décorés d'algues vertes, ont affirmé le succès de ses efforts en ce genre. Technicien consommé, Albert Dammouse, comme on le voit dans ce rapide examen de sa vie et de ses travaux, a su montrer avec succès que rien de ce qui touche aux arts du feu ne lui est étranger, il ne lui reste plus à aborder que la porcelaine tendre, cette admirable matière, si douce et si caressante à l'œil, qui mieux que tout autre se prête à la décoration et donne aux couleurs qu'elle met ainsi en valeur la richesse et la transparence Vase en porcelaine dure; décor polychrome en pâtes colorées, rehaussé d'or.

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Albert Dammouse de son émail. Je ne crois pas commettre une indiscrétion en disant qu'il a commencé en ce genre des essais dont la réussite prochaine nous promet pour l'Exposition de 1900 des œuvres nouvelles et intéressantes. Ce qu'il faut louer surtout chez Dammouse c'est l'application qu'il a su faire, comme décorateur, de son grand savoir de céramiste. Il est certainement un deceux qui ont su tirer le meilleur parti des nouveaux procédés employés dans la décoration de la porcelainet et c'est avec juste raison que le rapporteur du Jury de l'Exposition de 1889 pouvait dire de lui: « C'est par des applications de pâtes et de couleurs au grand feu que M. Dammouse est parvenu à ces puissants effets de décoration dont il nous montre de nombreux et remarquables échantillons. La palette de grand feu de porcelaine est très limitée, et le difficile est d'arriver à un emploi heureux et d'un effet agréable. L'œil, habitué à l'éclat et à la puissance des couleurs de la faïence et de la terre reste froid devant le ton généralement terne et sans profondeur des couleurs de four, et il faut déployer un talent exceptionnel pour donner un aspect décoratif à un motif dont les éléments constitutifs sont ingrats par nature. M. Dammouse a su mieux que tout autre, donner à ses couleurs la puissance et l'harmonie qui manquent presque toujours aux décorations de grand feu. Ce genre ne souffre pas de médiocrité : la couleur ne pouvant relever le dessin, il faut que ce soit le charme de l'exécution qui remplace la couleur. Nous pouvons conclure en disant que le décor au grand feu de four devrait toujours avoir des interprètes comme M. Dammouse (1). Comme artiste, il a su créer un genre qui (1) Exp. Univ. de 1889. Cl. 20. Céramique. — Rapport du Jury International, par M. Loebnitz.

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Art et Décoration lui est bien personnel, genre éminemment fin et distingué, mais ne manquant cependant pas de vigueur et d'énergie quand il le faut, témoin ses grès et, surtout, ceux qu'il a faits en vue de leur application à l'architecture. Même à ses débuts, quand il semble chercher sa voie, qu'il hésite et se laisse, comme la plupart des décorateurs de cette époque, influen- cer par l'art japonais si fort à la mode alors, il sait imprimer à ses porcelaines une note particulière. Mais c'est surtout dans ses panneaux décoratifs qu'il montre toutes ses qualités d'artiste et de praticien, sachant allier, avec une science profonde du métier, des procédés différents, pâtes colorées et pâtes blanches d'application entre autres. Et dans l'emploi de ces dernières, on reconnaît l'ancien élève de Solon, traitant les figures non pas en sculpteur, comme on le fait trop communément, ce qui alourdit la pâte, mais en véritable peintre, procédant, comme les anciens émailleurs de Limoges, par transparence, de façon à laisser apparaître la pâte colorée du dessous et à obtenir ainsi un modèle doux et harmonieux. Tout en sacrifiant à l'engouement général de ces dernières années et en montrant que, lui aussi, il pouvait faire des « flammés » il s'est surtout, dans ses grès aux formes toujours

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Albert Dammouse étudiées avec soin, attaché à la décoration proprement dite, semant des fleurs sur la panse des vases et faisant chanter d'une façon extrêmement remarquable, et parfois audacieuse, toute la gamme des couleurs, depuis les bleus profonds, les rouges et les verts intenses, jusqu'aux gris les plus fins et les roses tendres. Il y a là, ainsi que dans ses faïences, une recherche d'art qui justifie la faveur avec laquelle ils ont été accueillis et légitiment la place qui leur a été donnée dans nos grandes collections, aussi bien dans les musées spécialement consacrés à la céramique, comme Sèvres et Limoges, que dans ceux réservés aux objets d'art les plus remarquables de notre époque, le Luxembourg, le Musée des Arts Décoratifs, le Musée Gal- liera, etc. Dans l'industrie de la porcelaine, son action, bien que s'exerçant d'une façon modeste, a été considérable. Ainsi que nous l'avons vu plus haut, c'est à lui que les principaux fabricants de Limoges se sont adressés, pour la création de leurs modèles et, là encore, il a su trouver un genre qui lui est propre, associant dans une juste mesure la pureté et la recherche de la forme à une ornementation en relief, fine et discrète, qui, loin de nuire à la décoration, la met en valeur. C'est un genre qui, depuis, a été imité souvent en France aussi bien qu'à l'étranger, qui « restera » certainement et qui assigne à son auteur une des premières places parmi les céramistes de notre temps. Je ne crois pas inutile, afin d'éviter, dans l'avenir, aux amateurs et aux conservateurs de musées, des recherches longues et souvent infructueuses, d'indiquer ici les marques adoptées par Albert Dammouse. Ces marques ont varié suivant la nature des produits. Les porcelaines sont marquées au pinceau, en bleu, sous couverte (1); les faïences toujours décorées sur émail cru, portent les lettres (2) également en bleu sur émail cru; quant aux grès et aux pièces en pâtes d'émail, leur marque est invariablement estampée en creux au cachet (3). (1) (2) (3) ÉDOUARD GARNIER. Soupière en faïence stannifère ; décor polychrome sur émail cru.