Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Les Industries d'Art au Salon de la Libre Esthétique. - OCTAVE MAUS. - Une reliure nouvelle de Petrus Ruban. - RAYMOND BOUYER. - Hans Sandreuter. - WILLIAM RITTER. - La Collection Edouard Corroyer, - EMILE MOLINIER. - Un groupe de Rob Stigell, - RAYMOND BOUYER. - Lettres ornées (Concours). - GUSTAVE SOULIER. --- AVRIL 1899 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 3e Année. — N° 4

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires > Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. > L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Les Industries d'Art au Salon de la Libre Esthétique --- Plaquette. ALEX. CHARPENTIER. --- La Victoire PETER BEHRENS. --- Bandeau de cheminée. GISBERT COMBAZ. --- La part faite aux arts de l’Industrie et de décor classe le salon de la Libre Esthétique, si largement ouvert à toutes les tendances novatrices, parmi les manifestations qui méritent particulièrement de fixer l’attention des lecteurs de la Revue et d’attirer leur sympathie. Il exerce une réelle influence sur l’opinion publique et sur la direction artistique de notre époque. Il affirme d’année en année avec plus d’éloquence le principe de l’individualisme, si heureusement substitué aux canons académiques et aux recettes d’écoles. Et parallèlement à l’éclosion des peintres et des statuaires débarrassés des préjugés d’autrefois, pratiquant un art indépendant et personnel, il offre, dans les arts mineurs, une floraison de plus en plus abondante et variée. Restreint, au début, à quelques pays, à la France, à l’Angleterre, à la Belgique, cet épanouissement gagne de proche en proche, s’étend aux terrains réputés jusqu’ici stériles ou demeurés incultes. Longtemps réfractaire, l’Allemagne s’est jetée à son tour dans le mouvement de rénovation qui marque notre époque, et sa contribution aux progrès des industries d’art, bien qu’influencée par les nations voisines, a son importance et son intérêt. Avec un sens pratique qui échappe généralement aux artistes et dont la France et la Belgique n’ont pas encore donné d’exemple, un groupe d’artisans s’est constitué il y a un an, à Munich, en société anonyme, sous le nom de Vereinigte Werkstätten (les Ateliers réunis). Cette association, fondée, dirigée et administrée en dehors de toute intervention commerciale, — la cheville ouvrière de la société, M. Krüger, est un peintre de mérite qui s’est entièrement dévoué à la réalisation du projet dont il est le promoteur, — réunit l’élite des ouvriers d’art bavarois. Elle a créé des

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Art et Décoration ateliers de menuiserie, de ferronnerie, de céramique, de broderie dans lesquels règne une incessante activité. Au mois d'octobre, époque agréable et moins barbare que les portemanteaux de M. Pankok, qui paraît vouloir ressusciter un art fruste, à peine dégrossi, anachro- MAX LAUGER. où j'en visitai les installations, elle avait édité déjà plus de six cents modèles différents et fourni des ameublements complets, bien que l'acte de constitution de la Société remontât à quelques mois seulement. Récemment, un magasin de vente a été ouvert dans un des quartiers principaux de Munich, en plein centre commercial et mondain. La rapide fortune des Ateliers réunis n'est-elle pas un indice de l'évolution accomplie dans le goût public? Et pareille réussite ne doit-elle pas réjouir tous ceux qui ont semé assidument la bonne parole, malgré les résistances et les hostilités? Parmi les artistes les plus attachants du groupe, je signalerai M. Peter Behrens, auteur d'une remarquable série de xylographies en couleurs, où la puissance d'un dessin synthétique s'unit à une harmonie tonale à la fois sonore et raffinée. La Victoire, composition symbolique qui montre un homme traversant les flots en élévant dans les airs une torche allumée, les Papillons, dessin ornemental dont on ferait un précieux vitrail, constituent le meilleur de son envoi. Les candélabres et bougeoirs en bronze et en fer forgé, de M. F. Riemerschmid, encore qu'un peu grêles, ont, de même que ses patères en cuivre, une forme nique dans le cadre moderne de nos appartements. Les arts du feu sont représentés, dans l'association bavaroise, par des poteries revêtues de belles coulées de majolique et signées Max von Heider, de Schoengau-sur-Lech; par les verreaux de M. K. A. O. Krüger, dont j'ai vu à Munich des spécimens plus intéressants que ceux qu'il expose à Bruxelles; enfin par les poteries PAUL DUBOIS.

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Les Industries d'Art au Salon de la Libre Esthétique 99 aux tons clairs, au décor neuf et pimpant, de M. Schmuz-Baudiss. On le voit, la collectivité des Ateliers réunis a un champ d'activité des plus vastes. Ajoutez-y décor tiré généralement de la flore champêtre. J'ignore si M. Zitzmann a été l'initiateur de M. Koepping, avec les travaux duquel ses œuvres offrent beaucoup d'analogie ; ou si La Moisson. CONSTANTIN MEUNIER. les cuivres et bronzes de M. Berner, les cartonnages d'éditeurs de M. Von Gabelsberger, les cuirs ouvrés par la princesse Cantacuzène, les broderies exécutées d'après les cartons de MM. Behmer, Meinhold, de Mme Schultz-Naumburg et d'autres artistes de moindre importance (M. Obrist, le « brodeur » le plus réputé du groupe, s'est malheureusement abstenu d'exposer), et vous aurez une idée de la variété que présentent cette année les vitrines de la Libre Esthétique. Quelques autres artistes allemands, non affiliés à l'institution Munichoise, exposent isolément. Les plus remarqués sont MM. Zitzmann, de Wiesbaden, maître verrier et professeur à l'École des Arts Industriels, qui aligne une éblouissante collection de verres soufflés en forme de tulipe et de lys, aux reflets nacrés, aux irisations féeriques, et M. Max Lauger, de Carlsruhe, dont les poteries rustiques, recouvertes d'un émail transparent, s'ornent d'un c'est, au contraire, comme l'affirment certains, l'illustre graveur qui a, le premier, imaginé de vitrifier la grâce svelte des corolles et l'élégance des calices. L'essentiel, pour la récréation de nos yeux, c'est que nous ayons devant nous, sans souci de la progéniture, ces miracles de légèreté, aux colorations si délicates qu'elles semblent empruntées au pollen des fleurs. Hors d'Allemagne, trois céramistes se partagent l'attention. Ce sont, pour la Belgique, M. A.-W. Finch, momentanément installé en Finlande d'où il envoie un beau choix de poteries nouvelles, sgrafitées et flammées, plus pures et plus nettes de forme que celles qu'il fabriqua jadis aux environs de Chimay, et d'un émail plus somptueux; pour la France, M. Moreau-Nélaton et l'atelier de Glatigny. La Revue ayant eu l'occasion de citer avec éloges les belles poteries d'art du premier, les porcelaines flammées de l'autre, et d'en publier des reproductions, je me bornerai à mentionner ces

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Art et Décoration GEORGES MINNE. deux contingents importants, marquent parmi nautes, composés par M. Gisbert Combaz et exécutés par M. Émile Müller d'Ivry, complètent la partie céramique de l'exposition. M. Combaz se fait, par ses constantes recherches dans les voies nouvelles, une situation en vue parmi les artisans d'art de la génération actuelle. Nous avons eu, à diverses reprises, l'occasion de signaler ses compositions, empruntées à la flore ou à la faune dont il stylise les éléments, selon le procédé enseigné par Eugène Grasset et qui constitue assurément le point de départ de l'art décoratif. Le bandeau de cheminée brodé dont nous publions une reproduction caractérise sa manière. Dans les carreaux céramiques des Argonautes, il a modelé le dessin en relief, ce qui lui donne beaucoup d'accent et de vigueur. Enfin, signa- lions du jeune artiste un curieux essai de stylisation de paysage. Le Moulin, dessin à la plume, que nous reproduisons ici, offre un exemple intéressant de cette vision particulière. Nous retrouvons dans les reliures de M.De- samblaux et Weckener une préoccupation analogue. Ces habiles artisans, au métier sûr, font concourir à leurs compositions ornementales divers éléments, dont le choix est déterminé par le sujet du volume qu'ils habillent. Parmi les talents féminins que groupe le présent Salon, citons encore Milles J. de Brouckère et A. Holbach, auteurs de divers objets en Carreaux de céramique. (Les Argonautes.) GISBERT COMBAZ. les envois les plus séduisants du présent Salon. Deux fragments, en tons différents, de la Frise à la Salamandre et un panneau des Argo-

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Les Industries d'Art au Salon de la Libre Esthétique cuivre repoussé : coffret, miroir, lanterne, horloge, bougeoir, porte-cartes, auxquels je reprocherai, dans l'ornementation, un archaïsme intempestif ; Mlle von Brocken, qui modèle avec quelque lourdeur des panneaux d'ameublement en cuivre ; Mlle A. Huez, dont la grande composition : Les Trois Ages, en soie appliquée, brodée et peinte, à l'instar des travaux de Mme de Rudder, offre un bariolage criard de couleurs et un dessin rudimentaire et sans fermeté. Ces noms féminins évoquent, par une association naturelle d'idées, le compartiment des bijoux, dans lequel excelle M. Ed. Colonna. Son envoi, édité par l'Art Nouveau, comprend une série de broches, de bagues, de pendentifs Le Moulin (Dessin). GISBERT COMBAZ. et d'amulettes, d'une conception originale, dans lesquels l'or, l'émail, les perles fines et quelques pierres de choix concourent à un ensemble sobre et de bon goût. M. Fernand Du Bois s'est, [lui aussi, attelé depuis quelque temps à la tâche difficile d'innover dans la création de parures féminines. Il y réussit dans une cer- taine mesure par d'adroites combinaisons de lignes auxquelles il rattache d'intéressantes mais contestables théories. Des médailles, des Pendule. A. CHARPENTIER ET T. SELMERSHEIM. plaquettes, des bas-reliefs, des chandeliers d'une forme neuve, rationnellement établie, montrent la diversité et la souplesse du talent de l'artiste. Et nous voici amenés parmi les statuaires, car l'art du sculpteur perce dans les œuvres de M. Fernand Du Bois, même lorsqu'il l'applique aux menues créations de sa fantaisie. C'est le cas, également, de M. Alexandre Charpentier, qui est et demeure par-dessus tout, quelle que soit la voie imprévvue où l'entraîne son caprice,

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Art et Décoration un sculpteur à la technique irréprochable. Son groupe élégant, d'un modelé à la fois délicat et puissant, la Fuite de l'heure, pourrait sans inconvénient se passer du socle en forme de pendule qui lui sert de base. N'étaient les trois bas-reliefs qui emprisonnent le balancier, le travail de M. Selmersheim, d'ailleurs habile, n'apparaîtrait que comme un soubassement de forme exceptionnellement étudiée. M. Charpentier se propose d'exécuter en grandes dimensions la Fuite de l'heure. Cette composition, par ses proportions harmonieuses et le parfait équilibre de toutes ses parties, est de mesure à affronter l'épreuve. C'est une œuvre saine et forte, qui n'a du bibelot que l'échelle réduite sous laquelle elle nous apparaît. Dans ses plaquettes, médailles, parmi lesquelles je citerai surtout la médaille des Amis des livres et le portrait de Zola, boites à épingles ou boites à cartes en cuir, le sculpteur domine, comme dans la pendule. L'application industrielle n'est qu'un prétexte, le bas-relief est tout. C'est ce qui donne aux ouvrages exécutés par les professionnels de l'art statuaire une supériorité marquée sur les essais trop nombreux, des amateurs qui, sans préparation et sans études, composent de soi-disant bibelots d'art. M. Paul Dubois possède, lui aussi, un métier sérieux et approfondi. Qu'il modèle un candélabre, qu'il crée un encrier, un pressepapiers, un porte-allumettes ou tel autre ustensile d'usage courant, chacun des objets sorti de ses mains révèle une précision de forme, une justesse de proportions qui décèle d'emblée l'homme de métier. Artiste consciencieux et habile, il consacre les mêmes soins à tirer de la fleur des roseaux une boucle de ceinture qu'à sculpter, en pleine vie, la nudité d'une Femme à sa toilette ou l'effigie pensive d'Henry Vieuxtemps. La Médaille des concours de tir, dont nous reproduisons, avec le Candélabre aux jonquilles, le modèle, est l'une des meilleures des compositions du statuaire. M. George Minne, l'un des sculpteurs les plus personnels de la génération ascendante, se dépouille, dans ses visions voilées de mystère, de toute matérialité. Son art synthétise en quelques traits essentiels une attitude, un geste, et l'expression en acquiert d'autant plus d'acuité que l'attention du spectateur n'est détournée par aucun élément accessoire. Cette fois, il nous montre quelle intensité de sentiment peut provoquer la répétition d'un même motif, aperçu sous des angles divers, au point de faire croire à une diversité illusoire. Son projet de fontaine, ou plutôt de puits, est d'une sévère et simple ordonnance. La mystique figure d'adolescent, cinq fois redite, qu'il a agenouillée sur la margelle, nous reporte aux époques de foi naïve et d'amour pieux. On souhaiterait voir le monument élevé dans le recueillement d'un béguinage, en quelque ville de silence, sous l'ombrage discret d'arbres pleureurs dont les branches flexibles l'envelopperaient d'un rideau mouvant. Tout au contraire, c'est sur une grande place découverte, dans l'animation d'un carrefour traversé en tous sens par le peuple, qu'il conviendrait d'ériger l'admirable Monument au Travail dont Constantin Meunier PAUL DUBOIS.

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Les Industries d'Art au Salon de la Libre Esthétique vient d'achever le deuxième fragment : la ressenti le charme puissant et doux. C'est Moisson. Cette grandiose et symbolique des- l'œuvre qui, avec l'admirable Débardeur en cription de la vie agricole, puissamment conçue, est di- gne du premier grand relief, l'Œuvre, qui fut unanime- ment admiré il y a quelques années. Par la noblesse des figures, la beauté grave des attitudes, l'harmonie de la composition, la Moisson rap- pelle les grandes œuvres du passé. Mais il est bien de notre temps, cet art de réa- lité et de vie qui résume dans ses caractères essentiels avec la sincérité d'une vision di- recte de la nature, toute une face de l'humanité labo- rieuse. La maîtrise de l'artiste hausse, sans vaine déclama- tion, aux proportions épi- ques un épisode de l'existence des tâcherons. L'émotion que dégage ce calme et élo- quent morceau de sculpture est profonde. Et il n'est, croyons-nous, aucun des visiteurs du Salon, où il oc- cupe la place d'honneur, enveloppé d'une Ju- mière radieuse, qui n'en ait profondément bronze acquis par la Ville d'Anvers, domine de haut la présente exposition. Reliure pour « L'An ». CH. DE SAMBLANX ET J. WECKESSER. OCTAVE MAUS. PETER BEHRENS.

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Une reliure nouvelle de Petrus Ruban En cette « politique intérieure » de la reliure, qui a ses doctrinaires et ses intransigeants, et dont M. H. Beraldi s'est constitué libéralement l'historiographe, — un libéral entre tous, c'est Petrus Ruban. Depuis 1896, sa vitrine annuelle triomphe aux Artistes Français. Elle est la gloire savante et sobre des professionnels, en regard des fantaisistes de la Société Nationale. Son art discret et pondéré parle au souvenir. Il rajeunit à propos nos traditions. Très moderne, il est très français. Et ce double caractère d'innovation concise apparaît avec éclat dans ses œuvres récentes. Ce sont trois beaux volumes offerts par le Conseil Municipal de Paris à M. le Président de la République et à LL. MM. les Souverains russes; ils ont pour titre: Relation officielle des fêtes organisées par la Ville de Paris pour la visite de LL. MM. II. l'Empereur et l'Impératrice de Russie, les 6, 7 et 8 octobre 1896. Imprimés par l'Imprimerie Nationale, ils portent la date: Paris 1897. Le relieur-doreur a varié leur parure : la décoration des deux premiers, d'un style oriental, offre trois tons d'or et un d'argent, sur maroquin foncé. Le troisième, que voici, l'exemplaire de l'Impératrice, est habillé de maroquin vert, avec mosaïque La Vallière, genre treillage, où les fleurs, myosotis en mosaïque, sont serties de roses et de feuillages à trois tons d'or; et le chiffre impérial A. F. se lit à côté des armes de la Ville de Paris. Comme pour les deux livres précédents, ces armes sont répétées sur le second plat. Les fleurs finement mosaïquées s'enroulent autour des gaufrures serpentes de l'arabesque ; les nerveux branchages, les fines branches à trois tons alternent avec les myosotis et les roses; le fond sombre s'illumine d'or rouge, d'or vert et d'or pâle. Rhythmes et nuances s'équilibrent avec un art d'autant plus raffiné qu'il se dérobe davantage aux yeux. Lyonnais qui se souvient d'un passé glorieux, l'artiste ajoute une page intéressante à son œuvre, à l'évolution de la reliure d'art. C'est un « éclectique » doublé d'un « chercheur », dit Octave Uzanne, qui l'appelait, ici même, le parangon de la reliure idéaliste, avec Marius Michel et Ch. Meunier, puisque Mercier, le successeur de Cuzin, n'expose pas. Trouvaille de Ruban, la composition, très expressive en son élégante douceur, n'est pas indigne de la destinataire exquise que Paris n'a pas oubliée... RAYMOND BOUYER. (Exemplaire de l'Impératrice de Russie.)

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Fresque de l'Abbaye des Forgerons (Bâle). HANS SANDREUTER UICONQUE n'a ni voyagé en Allemagne et en Autriche, ni visité l'un ou l'autre couple de salons rivaux annuels à Munich, Dresde, Berlin, Vienne, ne saurait s'imaginer à quel point fut féconde, ces vingt dernières années, l'influence de Boecklin. L'enseignement de ce Maître n'a en effet jamais consisté à léguer à des élèves les premiers venus des procédés techniques, des formules de couleur, un canon de dessin. Aux disciples qui sont allés à lui d'abord en dépit de l'opinion publique et des modes courantes, — il fut un temps où en Allemagne le naturalisme se montrait plus intolérant encore qu'en France, — il a ouvert par son exemple un peu toutes les voies, montré tous les horizons, peut-être surtout ceux de l'art décoratif et il n'a rien prêché davantage que la liberté et ce « fais ce qui te plaît », dont un maître aussi différent que Grasset, par exemple, en France, s'est toujours montré le déterminé partisan. On ne saurait en effet assez répéter que sans Boecklin, l'école allemande moderne ne serait pas encore émancipée des servitudes de la copie terre à terre de la nature et pas encore ramenée aux traditions des anciens maîtres qui furent la gloire de la vieille école : il a rendu à l'imagination, à la fantaisie, à la mémoire, à l'érudition, au sentiment, leur part légitime d'action créatrice dans la subtile et mystérieuse genèse de l'œuvre d'art, à tel point que celle-ci est bien réellement redevenue pour les principales individualités allemandes d'aujourd'hui le produit total de toutes les facultés de l'artiste, au lieu que de la seule collaboration d'une paire d'yeux et de mains. Aussi ne faut-il pas s'étonner si dans le groupe compact d'artistes de grand mérite, qui prétendent se référer à Boecklin, on rencontre des hommes de tendances les plus contradictoires. Sauf ça et là quelques analogies de second plan ou simplement quelques parités dans le choix des motifs, on ne peut certes accorder dans les généralités qu'un point de commun à feu Hans de Marées, l'un des artistes les plus méconnus et les plus étranges de notre temps, et à Dessin.