Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Couvertures illustrées de Publications étrangères, OCVAVE UZANNE. - Le sculpteur Augustin Saint-Gaudens, GASTON MIGEON. - La Pyrogravure, EUGÈNE BELVILLE. - Le Monument F. de Mé rode, OCTAVE MAUS. - Une affiche pour "Art et Décoration" (Concours), GUSTAVE SOULIER. - Planche hors texte : Jalousie (estampe décorative), par EUGÈNE GRASSET. --- FÉVRIER 1899 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LAFAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 3e Année. — N° 2

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE. Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER --- Abonnement Annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 3 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Publicité de “ART & DÉCORATION” Tirage : 10.500 exemplaires Le chiffre de 10.500 est celui du tirage minimum, il représente le nombre des exemplaires destinés au service des abonnements et de la vente au numéro. L’administration de “Art et Décoration” tient à la disposition des intéressés tous les moyens d’investigation nécessaires pour en contrôler l’exactitude. --- Concours mensuels I. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. III. Le nombre d’envols pour un même concurrent n’est pas limité. IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VI. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Couvertures Illustrées de Publications Étrangères --- HISTOIRE des couvertures de livres en papier dont nous nous sommes efforcé, en un récent ouvrage, d'être le consciencieux monographe, est infiniment plus complexe qu'on ne l'imagine et sujette à de longues controverses. — S'il nous fallait en préciser les phases principales, nous dirions que les livres furent recouverts de papier sans impression aucune vers la fin du XVIIIe siècle : des étiquettes imprimées relatant le nom de l'auteur ainsi que le titre de l'ouvrage s'ajoutèrent au dos et sur le premier plat du bouquin au début de la Révolution. L'impression en caractères typographiques sur un vague papier à chandelle gris, vert ou bleu ne fit son apparition que sous le Consulat. En 1820 les titres s'enrichirent de vignettes typographiques, d'ornements d'angles et de cadres; le fleuron de bois gravé est sûrement d'invention romantique et ne fut mis au jour qu'aux approches de 1830; quant à la couverture vraiment illustrée, constituant le frontispice extérieur gravé sur bois, elle remonte aux grands éditeurs de la belle époque de 1845. Enfin si nous parlons de la couverture en chromo-typographie, décorative, parlante, symbolique et fleurie, elle apparut il y a vingt ans et se développa surtout en France de 1882 à l'heure actuelle. Ce sont là les jalons principaux des étapes parcourues. Un simple essai historique de ces diverses périodes de la couverture du livre en papier nous entraînerait au delà des limites d'un article. Comme il est absolument démontré que la décoration extérieure artistique du livre broché est d'origine parisienne et que les étrangers ne firent que de nous suivre dans cette évolution d'art du revêtement des bouquins, nous devons rappeler la subite floraison du décor livresque il y a environ quinze années.— Avec la société impériale, tout un art de décoration mis en honneur par le génie illustratif de quelques remarquables artistes vit sa gloire diminuer et peu à peu s'éteindre. Gustave Doré qui avait su traduire, d'un crayon si pittoresque, la pensée du Dante, de Cervantes et de Victor Hugo; Daumier dont les légendes sont des poèmes et des maximes philosophiques, André Gill si mordant et si profond dans ses moqueries, Bertall, Grévin, qui dans une autre manière que Constantin Guys furent les plus exquis peintres de la femme capricieuse et française, durent peu à peu céder la place aux exigences d'une époque et d'un goût nouveaux. La science qui venait avec Claude Bernard et les maîtres de l'école positiviste de modifier étonnamment l'étude de la physiologie, étendit jusqu'aux arts l'indiscrétion de son génie inventif. On WALTER CRANE.

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Art et Décoration vit la peinture, l'aquarelle et le dessin, ces manifestations si spontanées de l'observation et de la fantaisie humaines, se compliquer et MABEL DEARMER. se compléter étonnamment du secours et de la correction que leur apportaient la photographie, la gravure mécanique du gillotage, l'héliogravure en relief et en creux, la photolithographie, la chromozincographie et la phototypie. Il en résulta une variété inattendue et charmante parmi les œuvres, une séduction multiple et plus complète dans le décor, l'ameublement, la statuaire et tous les arts graphiques d'expression polychrome. La reliure, bien entendu, se trouva bénéficier de ces découvertes; le goût ne souffrit plus que des livres mal couverts pussent occuper une place dans les bibliothèques. Chaque lettré tint à honneur de revêtir de belles enveloppes les chefs-d'œuvre des auteurs favoris: Gustave Flaubert, Beyle, les Goncourt, d'Aurevilly, Daudet, Zola, Bourget, bénéficièrent les premiers de cet excès de décoration. Dès ce temps les éditeurs, instituèrent en principe, le système des exemplaires de luxe, sur chine, japon ou parchemin rare. Les collectionneurs se disputèrent le prix des premières éditions. Enfin, comme il fallait s'y attendre, le goût des couvertures illustrées prit naissance. On ne se contenta plus des illustrations intérieures des ouvrages; encore fallut-il que le vêtement extérieur fut délicieusement adorné et soigné. La modeste couverture jaune se trouva réservée pour les romans à gros tirages, pour toutes les œuvres de vente facile; l'attention décorative tout entière se trouva portée vers ces éditions pittoresques où la couverture joue un si grand rôle qu'elle y semble être devenue comme le miroir apparent et fidèle de l'œuvre. Parmi les plus illustres artistes du genre, Jules Chéret, Eugène Grasset, Luc-Olivier Merson, Myrbach, Steinlen, Adolphe Giraldon, Georges Fraipont, Caran d'Ache, Albert Guillaume, Lucien Métivet, A. Mucha Bac, P. Verneuil donnèrent l'indication exacte de cette sollicitude bibliophilique où se devaient exercer les plus grands maîtres. Les devantures des librairies cessèrent d'offrir à l'œil navré du passant, ces exhibitions malencontreuses de petits parallélépèdes jaunes, d'une telle vulgarité qu'ils évoquaient plutôt le souvenir comestible de ces paquets de chocolat à réclame, qu'on vend dans les épiceries. Un attrait extérieur attirait désormais l'attention du lecteur. Quelques traits de crayon, une indication gouachée ou peinte, suffisaient aussitôt à donner du livre, cette apparition de fraîcheur, de vie et FRED. MASON. de charme que la plupart des éditeurs romantiques avaient refusée aux tomes de Balzac, d'Eugène Sue, de George Sand et à la majorité

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Couvertures illustrées des maîtres de 1830. Une collaboration évidente était assurée désormais à l'auteur, et, plus peut-être que la préface demandée à l'académicien célèbre, cette fantaisie délicieuse d'un crayon ami, pouvait suffire à assurer le succès. L'invention d'ailleurs ne s'arrêta pas à la seule librairie; les journaux illustrés, les suppléments des journaux à grand tirage, les périodiques bénéficiaient des inventions les plus fantaisistes de la parade peinte et gravée. Les livres des enfants, la chanson, les volumes de voyages et de mémoires s'ornèrent de chromolithographies et de gravures. Il y eut une fête pour les yeux à côté de la fête pour l'esprit dans la plupart des livres nouveaux et des recueils d'art que les éditeurs firent paraître. La librairie étrangère s'empara aussitôt de cette conception de décoration extérieure des livres. Merveilleusement servie par un outillage mécanique perfectionné, par un luxe de papier vraiment élégant, délicat, confortable, par une installation sérieuse dans le système des presses chromolithographiques, celle-ci ne tarda pas à rivaliser avec notre production nationale, à l'égaliser souvent, à la dépasser même quelquefois. Avec les nouveaux livres, tout d'expression païenne, le génie des artistes trouva à s'expri- mer d'une façon différente. Il ne s'agissait plus ici d'histoires pieuses et légendaires, de vie des saints, de fioretti, d'ancien et de nouveau Testaments. Un monde de passion, de progrès intellectuel et scientifique, nourri de lectures violentes ou frivoles, profondes ou perverses, élevées ou mondaines ne pouvait se contenter des réminiscences moyenageuses admirables en lesquelles plusieurs Français, comme Carlos Schwabe et Grasset, se montrèrent inspirés. Comme en peinture, en gravure, en musique et en poésie l'art de la couverture des livres se trouva modifié avec les pays. En Angleterre le courant des idées ruskinennes, fortement accru de la multiple production où se livrèrent les préraphaélites et de l'intérêt que l'un d'eux, William Morris, prit à la décoration extérieure des livres détermina toute une série d'éditions d'art du plus haut intérêt. En Allemagne quelques maisons de librairie de Berlin, de Leipzig et de Francfort nous valurent la surprise de plusieurs de ces ouvrages où le haut lyrisme germanique et le légendaire décor aimé d'Holbein, de Dürer et de Martin Schongauer avaient tracé comme l'apparat de certaines couvertures de luxe semblables à des vitraux de cathédrales. ANONYME. BRUNO PAUL.

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Art et Décoration En Belgique, un réveil d'art national, encouragé, à la fois par les meilleurs poètes et les meilleurs artistes, rendit à la librairie son antique beauté. Les livres enfin, « eurent un visage ». On sut, à les contempler, quels trésors littéraires renfermaient ces parois décoratives artistiques et simples. L'Amérique reçut de l'Angleterre et de la France les premières leçons de cette reliure où, dès lors, la voici également passée maîtresse. La confection de ses magazines retint toute son attention et, des presses de New-York et de Chicago nous parvinrent quelques exemplaires du meilleur goût. La simili gravure, principale- Der Bunte Vogel von 1897 Ein Lafenderbuch von Otto Julius Bierbaum -Die meisten Bedeutungen von Felix Ballietten und E.N. Weiß Berlin je Reibendaten abt. im Berliner Ges. Schützen und Veeffice F. VALLOTTON. ment y fut mise en honneur. Ce procédé qui permet de fixer avec un léger relief presque toutes les reproductions de photographies d'aquateintes, de dessin au lavis ou à la gouache fut tout de suite accueilli par les décorateurs. La librairie décorative cosmopolite était créée. C'est ce génie des races qu'il nous importe de voir se manifester ici dans cette chose apparemment futile et pourtant si bien indicatrice du goût et de l'esprit d'un peuple lettré : « le soin éclairé qu'il apporte dans la décoration et l'ornementation des couvertures de livres. » Disons tout de suite, que des maîtres français qui contribuèrent le plus à répandre à l'étranger ce goût raffiné dans la reliure et le brochage fut Eugène Grasset. L'auteur des Quatre fils Aymon et de Jeanne d'Arc est également l'auteur de la couverture pour les Républiques hispano-américaines, décors aux larges aperçus prolongés de pâturages et de plantations, habités de nombreux troupeaux que des gauchos au lazzo fidèle gardent contre le désir de fuir : c'est lui qui traça le frontispice extérieur de la Vie américaine, mirage étonnamment fidèle et grandi d'un coin de cité mercantile, métallurgique et affairée comme le sont ces métropoles de fer, de wagons, de téléphones, d'électricité et de réclames, venant se perdre, tout à coup, par le recul d'une baie ouverte dans le champ, où quelque laborieux paysan, symbole de l'éternel et indispensable travail du pain, continue d'un geste noble à semer le grain qui nourrira la ville ardente. Disons aussi qu'Eugène Grasset est l'auteur des Christmas du Harpers Magazine. Dans cette page, surtout, le décorateur ornemaniste semble avoir excellé dans cette expression complexe qui lui est familière et où se retrouvent, à l'étude, comme des réminiscences des Japonais, des Byzantins et des préraphaélites de Londres. Les personnages ont cette attitude hiératique, qui n'appartient qu'aux icones; l'ange du second plan joueur de harpe, ressemble vivement à ceux que Sir Edward Burne Jones a fait présider aux merveilles de la création : quant au titre, aux lettres même du mot Christmas, entrelacées de végétation, cela rappelle ces grands et larges chrysanthèmes qui sont l'apanage des kakémonos. Ainsi M. Eugène Grasset a introduit en Angleterre son don si éminemment pittoresque de maître imagier. Cette page du Harper's Magazine résume bien nettement toute l'ampleur de son beau talent; Dickens l'eût aimée, en frontispice à ses Contes de Noël C'est encore en chromotypographie que Grasset a composé, de quelques simples branches d'hortensias, la couverture de la déjà défunte Revue franco-américaine; les fleurs, repoussées au balancier; présentent un relief et un bosselé élégants. M. Georges Auriol, le bon conteur et le bon artiste, lui aussi, passe le détroit. Sa fantaisie, moitié issue d'Outamaro ou d'Hiroshgué, moitié de Walter Crane et de Greenaway y compose, outre un motif pour la Revue franco-américaine, un paysage idéalise de French Illustrators. On peut dire de l'ornementation livresque anglaise qu'elle a, en moins d'un demi-siècle,

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Couvertures illustrées réalisé autant de progrès que l'ornementation livresque française. Le groupement préraphaélite a été d'un grand secours au développement de cet art. La couverture imaginée par G. Cruishank pour son alphabet comique est laissée bien en deçà! Walter Crane, sir Edward Burne-Jones, William Morris, Kate Greenaway ont réalisé des merveilles. La Kelmscott Press de William Morris aidant, on peut dire que de Londres sont venues quelques-unes des plus belles éditions de ces dernières années. William Morris, lui, a été, le plus grand réalisateur annoncé par Ruskin. Ses campagnes en faveur de l'ornementation de l'habitation, en faveur du cachet d'art que le moindre objet usuel doit comporter, ses admirables causeries sur l'esthétique de vie où il s'efforçait de prouver, après Emerson et Carlyle, que l'existence serait bien plus douce et les jours plus heureux si la vie s'écoulait au milieu d'objets harmonieux dans une maison harmonieuse, sont bien du plus noble esprit et du plus grand philosophe. Les papiers peints, les livres de luxe aux « vêtures » si artistiques et si décoratives, que William Morris tira de la Kelmscott Press ravirent les plus passionnés bibliophiles. Ce grand homme, d'ailleurs, ne publiait rien qui n'eût cette grâce, ce cachet particulier à un art d'ornementation spéciale dû à l'inspiration de la vieille Italie. Il n'est point jusqu'à ces vibrants chants socialistes, que lui-même avait composés, dont la couverture ne soit un modèle de finesse et de perfection. L'art de la couverture anglaise des livres se manifeste d'ailleurs différemment selon le style, la fantaisie ou la naïveté, c'est-à-dire selon qu'il s'agit de la publication officielle, littéraire ou enfantine d'un ouvrage. L'ornementation livresque de style trouve son complet modèle dans le sujet à très bas relief du Spenser's Faerie Queen. La dame au lion qu'a peinte Walter Crane s'y étale dans l'opulence d'un champ de plantes et de fleurs J. SATTLER. du meilleur préraphaélisme. Ainsi dans le charmant « cover » de la publication ordinaire des Literary landmarks of London dû au crayon de l'Américain Joseph Pennel et dans le léger voile tissé et imprimé en teintes, dont miss Armstrong a enveloppé le little dinner. Avec le second ordre d'idées, nous entrons dans le domaine de la fantaisie et du caprice. C'est ici que l'imagination poétique va re-

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Art et Décoration prendre son rôle dominateur. Si Thomas de Quincey cherchait pour ses paradis artificiels quelque couverture troublante et chimérique c'est certainement dans la tombe, qu'il irait la solliciter à l'ombre d'Aubrey Beardsley, ce jeune et profond artiste emporté prématurément, dans l'année même où Gustave Moreau, Félicien Rops et sir Edward Burne Jones s'éteignent eux-mêmes comme de grands et magnifiques flambeaux où il n'y aurait plus de vie. L'art de Beardsley est aussi insaisissable que troublant. Il serait difficile d'en donner une définition précise; cela tient à la fois de l'hallucination, de la dépravation et du génie. La grâce malicieuse du XVIIIe siècle s'unit chez le jeune artiste à toute la névrose du XIXe; quelque chose de la décadence et du vice contemporains y ont marqué profondément. Et pourtant il semblerait qu'on ait vu déjà de ces « horreurs délicieuses » surgir subitement comme des fleurs vénéneuses du grave puritanisme anglais. De quelles belles images de volupté et de mort Aubrey Beardsley eût pu décorer les Sonnets de Shakespeare ou la Salomé de M. Wilde! Aussi nous faut-il placer ici les décorations livresques qui lui sont dues. Parlons de ses illustrations pour le Catalogue des livres rares; de celles non moins suggestives qu'il dessina pour The Garden of the Matchboxes (le jardin des Porte-Allumettes); Et les dessins du Studio et toutes ces planches où Beardsley nous a si finement dessiné les silhouettes de ces ladies, THÉO VAN RYSSELBERGHE. comme « aristocraties » toujours du coup de maître de sir Thomas Lawrence et de Gainsborough, mais qu'un Watteau malin et qu'un Grévin de Paphos semblent s'être ANONYME. amusés à dépouiller de leurs vertus anciennes. Mais passons à d'autres œuvres, à celles de la série enfantine. Venez ici, vous tous qui aimez Anderson et Daniel de Foë et Charles Dickens et Mme Elliot! Voici les porteurs d'images. Admirons celles de Walter Crane, de Randolph Caldecott, de miss Kate Greenaway! Que de jeunes yeux vont se réjouir, et de vieux aussi, de vieux qui aiment toujours les belles choses et les douces légendes. La décoration extérieure des livres a fait en Angleterre bien des progrès depuis le vénérable Goldsmith. A côté de cette première édition de Goody two Shoes, bien puritaine, à côté de sévères enluminures des illuminés quakers ou wesleyens, plaçons enfin les travaux de Walter Crane, le grand artiste et le grand charmeur, le collaborateur assidu de William Morris à la Kelmscott Press. Les premiers livres enfants de Walter Crane datent de 1865 et furent exécutés en collaboration avec M. Edmund Evans le peintre graveur. C'étaient des monographies illustrées de poupées d'une puérilité charmante et séductrice. Cinq ans plus tard fut édité Ce Petit Cochon fut envoyé au marché; en 1875, enfin, fut inaugurée cette suite d'admirables livres imagés aux lumineuses couvertures où se trouvent la Belle et la Bête,

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Couvertures illustrées l'Alphabet des vieux Amis, l'Opéra de Baby (1876) et le Bouquet du Baby (1879). II. PFENDSACK. Un exemple était donné qui ne manqua pas d'être suivi et où ne tardèrent pas de s'engager nombre de grands artistes, à la très grande joie des Children et de leurs ainés non moins séduits. R. Caldecott publie en 1878 La Maison que batit Jacques et les désopilantes secondes aventures de John Gilpin. L'année suivante, miss K. Greenaway édite son Little Folk's Painting Book et cet exquis Under The Window (la lanterne magique) dont la couverture se trouve comme enguirlandée par le plus fol essaim de babies qui se puisse imaginer. Les tout-petits sont heureux. Eux aussi, ils ont leur grand artiste qui les aime, les comprend, les distraint et dont les images font leurs délices et leur surprise. Pour eux encore la regrettée miss Greenaway illustre le Birthday Book (1880) et La Mère l'Oie (1881). A la même époque Caldecott entreprenait cet édifice d'albums que devait couronner, en 1885, le fameux Great Panjan-Drum Himself; et Crane poursuivant sa marche victorieuse au pays de sa fantaisie, aboutissait enfin, en 1886 au Baby's Own Æsop. Un art nouveau, l'art de l'illustration pour l'enfance, était né. Après Crane, Caldecott, Greenaway, ce furent E. W. Kemble, Pattern Wilson, Laurence Housman, qui apportèrent leur pierre à l'édifice pour poupées. De tous, le plus séduisant semble être M. Mabel Dearmer dont les charmantes trouvailles font de Wimp un livre destiné à rester; aussi M. Charles Robinson, l'auteur de A Child's Garden of Verses et de The Child World où d'élégants enfants esquissent déjà de troublantes grâces de femmes. Avant de clore cette série anglaise, parlons aussi des belles couvertures dont les publications s'ornèrent à l'occasion du Jubilé de la Reine. Au milieu de l'affluence trop nombreuse des « numéros spéciaux » choisissons seulement deux couvertures typiques, celle de The Queen's Empire, simplement ornementalisées et celle de The Queen's London chargée de ronces excessives. Parmi les publications périodiques les couvertures du The Artist, du Journal de la Société des Ex-Libris, du English Illustrated Magazine (bien que dû, ce dernier, au crayon de Walter Crane) présentent peu d'intérêt. Le Studio, le The Savoy et le Saint-Nicolas (magazine d'enfants) offrent seuls de belles cou- A. MÜNZER

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Art et Décoration vertures ornémentées. Des figures du Studio on peut dire qu'elles ont été exécutées selon le mode néo-quattrocentiste ; de celles de The Savoy que jamais Aubrey Beardsley n'en réussit d'aussi luxueuses et d'aussi extraordinaires. Avec les magazines américains l'art des couvertures semble être parfaitement réalisé, mieux même qu'avec les éditions des livres. Et l'art, cette fois, s'accorde très bien avec le GEORGES AURIOL. sens pratique inhérent à ce genre de publications aussi commerciales que littéraires. La couverture primitive du Century Illustrated et celle du nouveau Scribner sont dues au crayon habile de M. Stanford-White; M. Elihn Wedder recommença la composition primitive du Century; M. Francis Lathrop réussit fort bien celle du défunt Manhattan; M. Bertram Goodhue, sur le dos du Knight Errant, a pittoresquement fait surgir la silhouette d'un héros de la Table Ronde. Le Inland Printer de Chicago s'orne des admirables dessins de M. W.-H. Bradley, le plus sérieux artiste du Nouveau Monde, celui dont nous connaissons déjà quelques splendides affiches. Disons encore que le Bookbuyer de New-York s'agrémenté d'un charmant dessin de formes puristes, fresques grecques de M. Will H. Low ; que grâce à l'intelligence de MM. Abbey et Parson, l'édition anglaise du Harper's s'orne chaque mois d'une parure graphique mieux choisie que celle de son édition américaine. Puis, oubliant les Anglo-Saxons et leurs belles revues, leurs livres d'images pour les enfants et pour les grandes personnes, mettons-nous à examiner les couvertures allemandes et viennoises : celles-ci sont peut-être moins nombreuses, moins apparentes et plus sévères, mais, l'âme d'un peuple y vit aussi bien, l'expression littéraire à deviner y transparaît quand même aussi nettement. Déjà lorsque parurent les quelques numéros de cette revue franco-allemande Pan qui n'eut que quelques mois d'existence, il nous fut permis d'apprécier, à côté de la nôtre, l'illustration germanique. La couverture de ce périodique, due à Joseph Sattler, représentait cette face faunesque du Dieu des bergers, placée là comme une énigme païenne en présence du génie gothique. Des poèmes de Richard Dehmel, des extraits du terrible Nietzsche, quelques traductions de Hauptmann et de Stejan George ajoutaient encore à l'apparence barbare de cette publication d'un luxe rude et riche. Cela nous donna le goût de connaître plus avant l'icono-bibliographie allemande. La bonne fortune voulut, qu'au début, nous ayions à admirer la couverture du Zeitschrift für Bücherfreunde, l'organe des amis des livres. Un jeune homme aux cheveux longs, ressemblant à quelque antique clerc de basoche, feuillette avec attention quelques livres armoriés. Là est tout le motif. Cependant sachez que Joseph Sattler, l'auteur du Pan, le trouva. Noire sur fond or, la décoration de cette couverture est vraiment des plus luxueuses et fait honneur comme impression aux maisons de Leipzig. MM. Hermann Hirzel et Paul Bliss se distinguent davantage par leur sentiment décoratif et quelques-unes de leurs pages, celle de l'Art dans la Photographie, celle du Mann und Weil ont la délicate et linéaire beauté des paysages et des sujets antiques. On rêverait une telle couverture aux poésies païennes de

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Couvertures illustrées Gœthe. Il importe de nommer, parmi les illustrateurs les plus originaux M. Otto Eckmann de Berlin, l'auteur des dessins et de la reliure de l'Herodias de Lauff; M. Th. Heine, de Munich qui exprime tout par des contours; M. E. R. Weiss de Karlsruhe d'une manière voisine de celle de M. Valloton; M. Fidus de Leipzig renommé pour ses vignettes et ses fleurons; M. R. Eitner; M. Melchior Lechter qui composa plusieurs dessins symbolistes pour des reliures parcheminées. Cependant, parmi tous ces artistes, intéressants à plus d'un titre, il n'y a guère que MM. Weiss et Heine qui aient composé quelques motifs pour des couvertures en papier; celle du Nach Norden est de M. Weiss; celle des traductions des romans de Marcel Prévost sont presque toutes de M. Heine. Le groupe des Demi-Vierges est principalement intéressant et ces deux amoureux perdus dans un décor de lis sont bien dans la manière que comporte l'ouvrage. M. Heine est aussi l'auteur d'une couverture pour l’Intruse de Maeterlinck; mais où son aspiration fut le mieux servie, c'est avec un livre d'auteur allemand Weisse liebe, d'une allure germanique qui convient. Nous ne voyons à citer autrement que les couvertures artistiques du Der Kunste Vogel où M. Valloton a dessiné un oiseau hoffmanesque bien étrange et celle du Sin Zweikampf où se découpe un tigre impressionnant (effet de vert et rouge surnoir) qui s'annonce comme l'œuvre de Bruno Paul. Le Das Ervig Gestrige de M. Rudi Rother, le groupe du Calvaire (le Golgotha) de Mirbeau, dû au crayon de M. Schlitz et où l'on voit un soldat français embrassant au front le cadavre d'un fantassin allemand qu'il vient de tuer, sont des œuvres curieuses; mais des couvertures comme celles de Passion der liebe, où l'on voit une jeune virago conduire, en le menaçant du poing, un monsieur garrotté, mais la silhouette chiffonnée de cette Bonne à tout faire de notre Dubut, que l'artiste a fait s'appuyer si obligeamment sur une pieuvre, sont d'un grand intérêt d'art, à la fois d'une recherche dans la synthèse du roman qui est intelligente et fort bien symbolique. La plupart des nouveaux périodiques allemands sont luxueux et bien présentés; les anciens mêmes ont adopté ce genre de couvertures illustrées, agréables à l'œil et à l'esprit et dont la vue seule attire les amateurs. De beaux poèmes, de beaux articles, de graves études seraient bien mal venus dépourvus d'une enveloppe convenable les protégeant, les complétant même. Les Allemands ont compris cette nécessité du vêtement extérieur aussi bien que les Anglais. Citons venant d'Allemagne la Jugend, de Munich, qui chaque mois, renouvelle ses motifs; le Dekorative Kunst aux variations ornementales; le Die Kunst unserver zeit (l'Art de notre temps) dont la couverture allégorique, due à Frantz Stuck, le célèbre peintre bavarois a été gravée sur bois et tirée typographiquement. Nous avons mentionné la Revue des Amis des livres que dirige M. Fedor von Zobeltitz, bornons-nous à citer encore le Nord und Sud de Breslau dont le dessin est peu agréable et bien démodé. La Hausschatz publiée à Vienne est beaucoup supérieure en ornementation et en texte. D'Allemagne nous sommes rapidement en Belgique, la petite terre généreuse, travail- GISBERT COMBAZ.