Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Walter Crane.
- GUSTAVE SOULIER,
(Adapté de Gleeson White).
- Les Monuments funéraires de Leonardo Bistolfi.
- M. FIERENS-GEVAERT.
- L'Estampe murale.
- RAYMOND BOUYER.
- Suspension électrique (Concours).
- LUCIEN MAGNE.
- Planche hors texte :
- Britomart, aquarelle de Walter Crane.
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DÉCEMBRE
1898
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13. RUE LAFAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr.
2e Année. — N° 12
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY
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Secrétaire de la Rédaction : GUSTAVE SOULIER
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V. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits.
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Walter Crane
Depuis la mort de William Morris, le nom de Walter Crane suffirait à personifier le mouvement actuel de l'art décoratif anglais, et nul peut-être ne lui aura apporté une collaboration aussi effective. Il faut bien songer, en effet, que William Morris n'est pas lui-même l'auteur responsable de toutes les œuvres que sa maison a produites, ou qui sont sorties de son atmosphère artistique. C'est ainsi que les cartons de ses vitraux sont dus pour un grand nombre à Ford Madox Brown, à Rossetti et à Burne-Jones, et que les modèles d'architecture et de mobilier viennent de Philip Webb. M. Walter Crane ne peut donner matière à une semblable confusion, et on ne peut lui attribuer que les ouvrages dont il est authentiquement l'auteur. Or, si les dessins de Morris destinés aux travaux d'art appliqué peuvent être comptés par dizaines, c'est par centaines que l'on dénombre ceux de M. Walter Crane.
Cela ne diminue en rien l'importance du rôle joué par William Morris dans l'art anglais de la seconde moitié de ce siècle. Il reste le véritable promoteur et l'apôtre le plus militant du renouveau de l'art domestique. Il en a pris à son compte toutes les charges et toutes les difficultés, se lançant résolument dans l'exécution pratique de ses vastes projets, alors que Ruskin demeurait le théoricien et le prophète du mouvement. Mais à M. Walter Crane aussi revient une influence considérable; il a touché à presque toutes les applications de l'art industriel, et il a joint l'enseignement oral et écrit à l'exemple de ses productions personnelles. Tout récemment, il a été nommé directeur de l'École Royale d'Art de Kensington, acquérant par là une situation publique particulièrement éminente. Notre Revue ne saurait choisir un meilleur moment pour jeter un coup d'œil sur l'œuvre et la doctrine de cet artiste.
M. Walter Crane est, avant tout, un dessinateur, ce qu'était, du reste, aussi William Morris; et dans son livre sur Les Bases du Dessin, c'est précisément du dessin qu'il fait le lien entre les arts divers. Ce sont également ses qualités de dessinateur qui font l'unité de conception de son œuvre personnelle, ainsi qu'on pourra en juger par les quelques exemples que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs. Il faut dire aussi qu'une part considérable de son œuvre se rapporte à l'art propre du dessin, à l'illustration des livres. C'est là, pourrait-on dire, son talent d'origine, et c'est de là qu'il a dirigé ses facultés vers des dérivations diverses.
Lorsque fut fondée, en 1861, la maison Morris, Faulkner et Co., qui devait depuis acquérir une telle réputation et une influence si considérable, Walter Crane n'était encore qu'un jeune homme de seize ans. Déjà cependant, il travaillait à la gravure sur bois et à
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des dessins originaux. Ses premiers dessins importants parurent en 1863, dans un volume de J.-R. Wise, La Nouvelle Forêt; et bien que illustrations italiennes, ni des anciens petits maîtres allemands, dont on sent la double influence chez les véritables Pré-Raphaélites.
Par-dessus tout ce que son talent doit à l'érudition, M. Crane reste moderne et actuel, et c'est là un point qu'il est nécessaire de faire remarquer.
Il y a, en effet, une différence de position à observer entre lui et Rossetti, Burne-Jones ou même William Morris. Pour ces artistes, le dix-neuvième siècle n'existait qu'à l'état d'anachronisme; ils pensaient et vivaient dans les siècles reculés, et fermaient leur œuvre à la vie courante. Ils empruntaient leurs sujets et leurs développements au passé, aux contrées lointaines du Roman, qui ne se trouvent nulle part, à un âge d'or qui n'a jamais existé que dans l'imagination des hommes. Chez eux rayonne une lumière surnaturelle, qui ne saurait briller sur terre, et ils peuplent leur royaume d'êtres d'élection, insensibles aux maux ordinaires de l'humanité, et dominés seulement par l'amour et la passion, poussés par le drame et par la joie, mais toujours dans le sens le plus exalté et le plus émouvant. Il n'en est pas complètement de même pour Walter Crane, qui a toujours trouvé dans la vie de notre époque une source d'inspiration. Parfois même, ces données de la vie présente sont presque dangereuses dans leurs suggestions, mais il manque rarement d'ennoblir le motif qu'il tire du fait et de l'instant.
Cette sympathie pour le présent apparaît, en effet, non seulement dans son art, mais dans sa philosophie. Car Walter Crane est un réformateur social, un de ces penseurs qui estiment que tout homme a droit à une part de bonheur et de beauté. C'est là un trait particulier, que l'on retrouve chez tous les promoteurs du mouvement esthétique anglais, qui a été en même temps un mouvement social. Ils aspirent à un âge d'or, convaincus, que sa venue sera assurée par l'expansion de l'idée et par un désir ardent, non par l'emploi de la force physique ou de l'action violente, que l'inévitable loi de la nature fait toujours suivre de réaction. Nous ne pouvons insister ici sur cet aspect de la personnalité de M.Crane; mais on ne pouvait se dispenser de le signaler, car cette attitude explique un grand nombre de ses dessins, et elle pourrait être mal interprétée par ceux qui ne se représentent pas
Portrait de Walter Crane.
G.-F. WATTS. R. A.
tous les sujets y fussent des vues topographiques, on y découvrait déjà des traces de ce parti décoratif qui devait constituer sa manière. On y constate, en effet, un emploi des blancs, sensiblement différent du dernier genre usité par Walter Crane lui-même; mais où la simplicité du rendu établit toutefois une parenté intime avec ses ouvrages récents. Il ne faut pas oublier qu'à cette date, fort peu d'illustrations avaient encore été exécutées suivant ce mode, que l'on peut rapporter à l'école de Dürer. Il est vrai que dans la fameuse édition des Poèmes de Tennyson, publiée en 1857, on trouve de remarquables dessins de Dante-Gabriel Rossetti, de Holman Hunt et de Sir John Millais, qui exercèrent une influence indéniable sur l'esprit du jeune dessinateur; mais cependant, ses compositions de La Nouvelle Forêt n'adoptent le style d'aucune de ces pages; elles lui appartiennent bien en propre. S'il est vrai même qu'on y observe une simplification du trait, il n'y faut pas voir une imitation directe des premières
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Dessin pour l'illustration de « La Fille aux Oies ».
(Exécuté en tapissierie par William Morris.)
assez que la révolution souhaitée par ses amis et lui est une révolution d'amour et de charité, non un acte de terreur et de destruction.
La défense de ces idées a, du reste, directement suscité une partie spéciale de l'œuvre de M. Walter Crane, et à différentes époques
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ont été publiés des cartons politiques et sociaux. La série la plus importante est intitulée Le Triomphe du Travail (1891). Un certain nombre de cartons ont été réunis et édités sous le titre de Cartons pour la Cause. Ce sont des œuvres de propagande, qui se proposent avant tout d'enseigner par l'image, de répandre des leçons facilement accessibles à tous, des préceptes présentés sous une forme populaire, qui se gravent aisément dans la mémoire. Et si en général, dans l'œuvre de volumes, et les Mots d'Enfants (Children's Sayings). Un peu plus tard vient le premier de ses fameux livres de jeux (toy-books), que beaucoup regardent encore comme les plus beaux de ses livres illustrés. Les premiers de ces volumes ne sont pas les plus importants; ils ne fournissent encore qu'une ébauche de la perfection que l'auteur a atteint depuis dans ce genre. Crane s'y restreint à l'emploi de trois couleurs, noir, rouge et bleu, sans aucun fond ; mais ces pages dénotent déjà une délicieuse fraîcheur d'invention, une étonnante dextérité de composition et d'expression.Ces premiers lives annoncentLe Vaisseau Féerique(The Fairy Ship), qui ouvre cette remarquable série que termine La Belle au Bois Dormant (The Sleeping Beauty). Il ne faut pas oublier que c'est un adolescent qui produit cette œuvre, et qui s'en acquitte si bien qu'aujourd'hui encore on la place souvent plus haut que les efforts qu'il a accomplis depuis. Car elle révèle entièrement sa ligne admirablement contenue, sa maîtrise des teintes plates et sa fertilité d'imagination.
Walter Crane se montre, dans ce genre, plein de pensées gracieuses qui rappellent la gaieté des meilleures œuvres du Moyen Age. Ilse délecte dans des agréments de détails, ajoutés à l'interprétation sérieuse de son thème. Ce sont là plaisanteries où peut seul se risquer l'ouvrier qui aime aussi passionnément son art et qui encadre aussi complètement le sujet qu'il exprime dans son véritable milieu. C'est ainsi que les sculpteurs de la cathédrale d'Amiens nous permettent d'observer la fantaisie farouche apportée à l'attitude du chien, derrière le bourreau qui décapite saint Firmin. Cette faculté de dégager le côté comique du drame et le côté tragique de la farce prouve l'entièr e compréhension du sujet chez celui qui affectionne son thème au point de ne pas craindre de susciter de fausses interprétations, en le montrant sous des aspects contradictoires. Que Walter Crane
Pégase (aquarelle).
Walter Crane, le souci d'observation de la vie du jour, que nous y relevions, se crée ensuite une expression plus dégagée de l'événement immédiat, et retrouve, dans l'éducation et les affinités de l'artiste, une apparence légendaire et composée, ici du moins, dans ces exemples de tableaux à thèses, la vérité puisée dans la vie ne subit pas une interprétation de style; nulle œuvre plus que ces cartons ne nous met mieux en présence des préoccupations actuelles de Walter Crane.
De très bonne heure, M. Walter Crane a commencé à couvrir d'illustrations des séries d'albums pour les enfants, qui forment une part capitale de son œuvre. Il débute par les Histoires d'Autrefois (Stories of Old), en deux
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commente par la peinture un conte de fées ou une chanson de nourrice, le texte apparaît annoté, développé, brodé, pourrait-on dire, de mille fantaisies diverses, qui n'étoffent ni ne défigu- aussi La Flûte de Pan, recueil de vieilles chansons anglaises, et deux autres volumes, La Fête de Flore et La Reine de l'Été, qui sont moins des livres pour les enfants que de spi-
Le Rouleau du Destin.
rent le texte, mais donnent de l'accent au récit. Nous ne pouvons citer tous ces albums, dont le nombre s'élève à une quarantaine. Parmi les plus fameux, nommons seulement L'Opéra de Bébé, et Le Bouquet de Bébé, inspirés des vieux refrains d'enfants, et L'Ésope de Bébé. D'autres, comme Le Roman des trois R. et Légendes pour Lionel, renferment un texte original enluminé par l'auteur. Il faut signaler rituelles fantaisies, parées de charmantes peintures, comme d'un costume d'autrefois. Dans le premier, tous les personnages représentent des fleurs, dont l'artiste a tiré des ressources étonnantes pour l'allure et l'habillement de ses héros. Un grand nombre de ces compositions évoquent, pour les harmonies de couleurs, le souvenir des anciennes estampes japonaises. C'est, en effet, à la possession de quelques
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exemplaires de cet art, bien avant que l'exposition de 1867, à Paris, renseignât l'Europe sur leur valeur, que M. Crane attribue l'ori- sion; tout y prend une existence réelle.
Nulle part même n'apparaît mieux que dans ces livres la richesse d'imagination décorative
gine de son parti pris des teintes uniformes, dont il a tiré de si charmants effets. Et non seulement les pages de ces livres nous séduisent comme des patrons soigneusement composés ou des mosaïques de couleurs franches; mais leur plus surprenant mérite est encore dans l'ardente croyance de l'artiste aux pays merveilleux qu'il nous dépeint. Il dessine ses figures avec l'assurance de celui qui les a intimement connues, et il se souvient dans tous ses détails du palais ou de la chaumière de la princesse déguisée. Il semble qu'il n'ait rien imaginé, mais qu'il se souvienne des scènes auxquelles il a pris part dans son enfance. A vrai dire, tout enfant n'est-il pas un habitant du pays des merveilles? Seulement, il oublie ce pays et en est expatrié par sa propre négligence. Son châtiment, plus grand qu'il ne le pense, est de perdre la mémoire de ces contrées enchantées et de ne plus se rappeler qu'il y fut prince un jour. M. Walter Crane, lui, ne l'a jamais oublié, non plus que Robert-Louis Stevenson. De même Andersen, Mme d'Aulnoy, Dumas père, et quelques autres grand enfants, ont ainsi échappé à la punition, et ils nous ont raconté les légendes de leurs royaumes. Mais de tous ceux qui ont essayé de les peindre, aucun n'a mieux réussi que Walter Crane: ce n'est pas un pays d'illu-
que possède Walter Crane. Plusieurs de ses compositions nous présentent un tableau d'intérieurs complets, aménagés d'une façon personnelle dans les moindres détails. On pourrait venir y chercher un modèle de siège, de lampe ou de vaisselle. D'autres n'auraient qu'à être grandies pour donner une peinture murale, et l'on peut citer une page d'illustration de La Fille aux Oies, qui a été exécutée en tapisserie chez William Morris.
Nous ne pouvons passer sous silence les illustrations que Walter Crane a composées pour les éditions de Kelmscott Press, chez William Morris, notamment pour L'Histoire de la Plaine Étincelante, ou le Pays des Hommes Joyeux, poème de Morris, et pour la grande édition de La Reine des Fées, de Spenser, publiée en 1897 par M. George Allen. Nul plus que lui ne s'est préoccupé d'adapter le dessin au livre, d'encadrer le texte, de proportionner les compositions au format et de distribuer
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harmonieusement sur la page les noirs et les blancs. Il a apporté à l'art du livre des progrès considérables et des résultats d'études approfondies, qui ne seront pas perdus.
Son œuvre typographique comprend encore un grand nombre de couvertures de revues, des cartes de Noël, des invitations, des menus, des ex-libris, des affiches; il prodigue partout son art avec une inépuisable fécondité, sans nuire pour cela à la part qu'il prend régulièrement aux expositions de peinture de la Grosvenor Gallery et de la Nouvelle Galerie.
On ne l'a jamais vu, croyons-nous, figurer à l'Académie Royale.Ses tableaux n'ont jamais suscité le même enthousiasme que ses illustrations. L'allure en est toujours décorative; ils révèlent aussi un instinct dramatique assez intense, et la touche en est libre, sinon particulièrement distinctive; c'est une peinture à la fois classique et achevée, et il est possible qu'elle trouve plus tard moins d'indifférence.
En tout cas, elle nous apparaît dès maintenant comme provenant bien de ce talent de compositeur, qui est celui de Walter Crane. Nous l'avons vu apporter à l'ornementation des livres et à la conception même du volume des notions architecturales. Nous pouvons voir que le même soin l'accompagne dans tous les domaines de l'art appliqué où il a établison champ d'action.
Une des applications spéciales où le dessin trouve son emploi le plus direct, c'est la composition des papiers peints. M. Walter Crane en a produit un grand nombre; mais quelles que soient les intéressantes qualités qu'il y déploie, on peut dire qu'il n'a pas notablement influencé le caractère du genre et le goût public. Cela est d'autant plus curieux que dans l'illustration du livre il a fait école, et que ses modèles de papiers peints procèdent, d'une façon indéniable, des mêmes principes décoratifs. Cependant, la production du papier peint a beaucoup plus subi, en Angleterre, l'influence de William Morris et de quelques autres, de M. Voysey, par exemple. Cela vient
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sans doute de ce que Walter Crane semble se complaire moins à combiner de purs modèles qu'à disposer des devises exprimant quelque pensée poétique, et à tirer parti des figures d'êtres animés, d'une observation à demi na-
M. Walter Crane tire assez directement parti de l'illustration de ses livres de jeux, dont il adapte les éléments. Il en est une série entière, consacrée aux poésies enfantines populaires ; puis vinrent La Maison que Jack bâtit, et un autre tiré de La Fête de Flore. Le plus important de ces papiers de tenture emprunte son sujet à un poème attribué à Chaucer, La Margarete. Les titres seuls de ces compositions indiquent suffisamment à quel rôle elles aspirent. La Margarete, qui n'est pas sans rappeler à la fois les peintures des maisons pompéliennes et certaines décorations à fresque de la Renaissance, se compose d'une frise de six figures, d'un champ occupé par un feuillage ornemental en festons, des touffes de paquerettes et une devise, et d'une bordure inférieure portant des lis dans des vases et des oiseaux.
La même complication, ou, du moins, la même abondance, se retrouve partout. Ainsi, dans Le Jardin des Paons, spécialement composé pour l'Exposition Universelle de Paris, en 1889 : des paons se promènent sous des arceaux de feuillages stylisés en volutes décoratives, qui s'entre-croisent avec une pompe un peu apprêtée peut-être et un peu trop chargée, mais avec une réelle richesse de formes et une véritable élégance de lignes. Très célèbre est aussi le papier mural auquel M. Crane a donné le nom de Corona vitæ; l'élément principal est tiré de la fleur appelée « couronne impériale », mais d'autres éléments accessoires viennent s'y joindre, et la composition présente par trop l'éénigme d'un symbole philosophique. Un papier de plafond, Les Quatre Vents, demanderait, lui aussi, à être déchiffré et expliqué. Il y a plus de simplicité dans La Prairie, qui se complète en frise de L'Arbre de Mai; mais là encore,le véritable but du papier peint ne paraît pas véritablement atteint.
Tous ces papiers, peut-on dire, sont trop copieux de motifs, trop somptueux de couleurs,
turaliste, ou parfois même d'anges, d'amours, ou d'autres personnages surnaturels.
Il faut reconnaître que c'est là, pour ainsi dire,un papier mural « d'exception », d'une composition trop complexe et trop touffue pour la destination ordinaire de ces produits.
C'est ainsi que dans ses premiers papiers peints, destinés à des chambres d'enfants,
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Ils forment à eux seuls une décoration murale complète, et le dessinateur a agi comme le fresquiste ou le tapissier, composant un revêtement mural qui sera le seul décor de la surface qu'on lui livre. Mais il n'en est pas d'un papier peint comme d'une peinture ou d'une tapisserie; sa fonction est plus modeste, etil n'est, en général, destiné qu'à servir d'appui à d'autres éléments décoratifs, qui y seront accrochés. A vrai dire, cet excès n'appartient pas en propre à M. Walter Crane, et on pourrait le relever sur la majorité des papiers peints anglais, aussi bien sur ceux de William Morris que sur ceux de Voysey. Ces papiers confondent leur rôle avec celui des tentures tissées : c'est une destination que l'on peut concevoir, mais ce ne doit pas être là la règle générale du genre. Il faut dire, d'ailleurs, qu'à l'imitation des papiers importés d'Angleterre, où nos artistes ont trouvé des exemples nouveaux, la même erreur est en train de s'introduire dans les papiers récents de fabrication française. Quels que soient les effets artistiques que l'on puisse obtenir, il est nécessaire de signaler ce défaut et de sacrifier quelque abondance d'imagination à la saine utilisation des modèles produits.
Plus tard, mais dans une voie qui peut être rapprochée du style de ses papiers peints, M. Walter Crane a dessiné des modèles pour du linge de table damassé, qui ont été exécutés par la maison John Wilson et Cie. On pourrait se demander si l'emploi de la figure est le mode de décor qui doit le mieux convenir à cette matière spéciale, où le dessin est donné par le changement de reflets de l'étoffe, suivant le sens du tissage. On ne peut nier en tout cas que M. Walter Crane ait tiré le plus heureux parti de son système de composition, et ses nappes sont du plus grand intérêt pour montrer l'adaptation de la figure à un espace déterminé, qu'il s'agit de couvrir d'une façon suivie. Citons, parmi les services de table dont Crane a donné le modèle, Le Cortège de Flore, avec des personnifications de fleurs isolées ayant chacune leur charme propre, et Les Cinq Sens, composition très riche et très gracieuse. On pourrait assimiler les effets que tire le dessinateur du jeu des ombres et des lumières au travail des anciens graffiti; il conçoit le tra-
vail de l'étoffe comme une sorte de burin léger, ombrant le tissu sans en altérer l'égalité de surface. On ne saurait assurément avoir trop de reconnaissance envers l'artiste pour s'être emparé, au profit de l'art, d'un genre que l'on abandonnait tout à fait aux banalités du commerce courant.
M. Walter Crane a contribué d'une manière particulièrement énergique au réveil de ces reliefs, exécutés en une sorte de stuc, composé