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ART D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 4 • N° 7 • OCTOBRE-NOVEMBRE 1953 • 300 FR
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 4 • N° 7 • OCTOBRE-NOVEMBRE 1953 • 300 FR
PAYS NORDIQUES 1 Rolf Soderberg ———————————————————————————— SUÈDE 3 Karl G. Hulten ———————————————————————————— Viking Eggeling 5 Oscar Reuterswaerd ———————————————————————————— Otto G. Carlsund 12 Ake Gulin ———————————————————————————— FINLANDE 16 Michel Seuphor ———————————————————————————— ISLANDE 18 Meir Stein ———————————————————————————— DANEMARK 20 Oscar Reuterswaerd ———————————————————————————— Franciska Clausen 22 Karl G. Hulten ———————————————————————————— Deux Danois en France 25 Léon Degand ———————————————————————————— Propos sur la critique d'Art 29 Pierre Guéguen ———————————————————————————— Le bonimenteur de l'académisme tachiste 30 R. Bordier, L. Degand, P. Guéguen, M. Seuphor ———————————————————————————— LES EXPOSITIONS la couverture a été composée d’après un collage de Olle Baertling le hors-texte, exécuté en sérigraphie par Arcay, est de Carlsund la composition et la mise en pages de ce numéro sont de Pierre Lacombe --- INVITATIONS DE PARIS exposition AGAM du 30 octobre au 12 novembre Galerie Craven exposition BENEDIKT du 17 au 30 octobre Galerie Saint-Placide exposition CARREY du 23 octobre au 10 novembre Galerie Ariel exposition CARTES DE NOEL du 20 octobre au 3 novembre La Hune exposition DEWASNE du 23 octobre au 15 novembre Galerie Denise René exposition KELLY du 1er au 15 novembre Galerie Huit exposition Charles LEIRENS du 22 octobre au 4 novembre Galerie Arnaud exposition SCHMIDT du 18 octobre au 1er novembre Galerie Huit exposition TSUE TA TEE du 2 au 17 novembre Galerie d’Orsay DU MONDE exposition ART NON FIGURATIF du 13 au 27 octobre Association Cristiana de Jovenes MONTEVIDEO exposition BEOTHY du 10 au 23 octobre Galerie Ex-Libris, BRUXELLES exposition KLEE du 29 septembre au 24 octobre Curt Valentin Gallery, NEW-YORK exposition PETTORUTI octobre 1953 Galerie San Marco, ROME exposition PICASSO septembre à novembre 1953 Palazzo Reale, MILAN exposition Renato RIGHETTI du 24 octobre au 15 novembre Studio B24, MILAN exposition Antonio SAURA du 19 au 31 octobre Galerie Clan, MADRID exposition Fred THIELER vernissage le 7 octobre Galerie Junge Kunst, MUNICH exposition Giulio TURCATO vernissage le 28 octobre Galerie d’Art Del Naviglio MILAN --- ART D’AUJOURD’HUI Directeur : André BLOC Comité : Marguerite BLOC, Léon DEGAND Pierre GUÉGUEN, Edgard PILLET, Michel SEUPHOR Secrétaire Général de Rédaction : Edgard PILLET Edition de l’Architecture d’Aujourd’hui : 5, Rue Bartholdi, Boulogne-sur-Seine Téléphone : MOLitor 61-80— C.C.P. Paris 1519-97 DISTRIBUTEURS : Argentine : Editorial Victor Leru, Calle Cangallo, 2233 Buenos-Aires. — Belgique : Eire Lemessre « Formes nouvelles », 6, rue Ravenstein, Bruxelles; — Brésil : Sociedade de Intercambio, Franco Brasileira Ltda, 75, Rue Barao de Itapetininga Sao Paulo. — Danemark : Borge Boesens Boghandel Raadhusplade, 55, Copenhagen V. — Etats-Unis : Wittenborn and C’ 38 East, 57 th Street, New-York 22. Librairie M. Flax 10846 Linawok Drive, Los-Angelès 26 — Italie: Saïsc, 24 Via Monte di Pseta. Torino - Salto, Via Santo Spirito 14, Milan. — Suède : Charles Portin, 40, Bastugatan, Stockholm. — Uruguay : S. U. R. D., Maldonado, 86, Montevideo. Abonnements (8 numéros) France : 2.000 frs — Étranger 2.300 frs --- L’ART introduction Déjà, depuis 1910 environ, l’art abstrait a trouvé des partisans en Suède, bien que ceux qui l’ont représenté n’aient joué que des rôles modestes dans ses manifestations internationales. Lorsque l’art suédois, vers 1909, rompit son isolement national, c’était certes sous le signe de Cézanne et des Fauves, et Matisse, à l’école de peinture de qui les Scandinaves dominaient, fut longtemps, aux yeux de la bourgeoisie suédoise, le séducteur des jeunes artistes. Mais bientôt le cubisme français et la sphère de l’Europe Centrale se reflétèrent autour de Kandinsky et du futurisme. Il fut donné à Viking Eggeling, riche en idées, mort prématurément, d’exécuter une tâche internationale de pionnier. C’est lui qui créa le premier film abstrait et il participa au mouvement dada. Quelques élèves de Léger fournirent également de bons apports au cubisme, au purisme et au néoplasticisme de l’époque de 1920 à 1930 et, dans le groupe « l’Art concret », formé en 1929, dont le plus beau nom était van Doesburg, Otto G. Carlsund était un de ceux qui dominaient. Après la deuxième guerre mondiale, l’art abstrait trouva de nombreux partisans et même la faveur du public, en particulier sous forme de compositions monumentales. Un exemple débattu dans les sphères internationales en est le plafond, récemment achevé, de la salle des sessions du quartier général des Nations Unies, à New-York, exécuté par Lindroos et Markelius. La suite de reproductions ci-après, s’étendant sur une période de quarante ans, vise à mettre en lumière des œuvres assez peu considérées jusqu’ici du point de vue international, œuvres qui, naturellement, sont sous l’influence marquée des faits internationaux et qui ont été créées en grande partie au-delà des frontières du pays, mais qui ne sont peut-être pas entièrement dépourvues de nuances originales. Rolf SODERBERG.
Rolf Söderberg ABSTRAIT EN SUÈDE de 1910 à 1920 --- Ci-dessus : Gôsta Adrian Nilsson. Figure de bois. Photo Kommerstell. A droite : Gôsta Adrian Nilsson. L'Express 1915. Photo Lennart Olson. Ci-dessous : Gôsta Adrian Nilsson. « Relief », collage 1920. Photo Lennart Olson. --- Gosta Adrian Nilsson (GAN) est le pionnier d'un art abstrait suédois. Venu à Berlin en 1913, il y eut des contacts utiles avec Hergarth Walden, le directeur artistique de l'édition Der Sturm. Parmi les artistes des groupes Der Sturm et Der blaue Reiter, Kandinsky et Marc eurent une influence assez prononcée sur son évolution. Il fut aussi idéologiquement fasciné par le manifeste futuriste de Marinetti, ce qui se reflète dans un « Dialogue » publié par lui dans La Flamme, revue d'esprit qui parut à Stockholm, de 1917 à 1921, avec « l'Elan » d'Ozenfant comme modèle. Le Dialogue conclut par ces mots : « Electricité ! Energie ! Époque magnifique, forte, dure ! Victoire de la puissance et de la volonté virile. Un moteur d'avion vrombit dans l'air. L'artiste en suit des yeux le vol. Son regard est rayonnant, assuré et libre. » Les abstractions de GAN sont saturées de symboles et fortement inspirées de motifs. Le cubisme français analyseur des formes et harmonieux ne gagne jamais complètement ses faveurs. L'objet de sa fascination fut la technique moderne et le rythme accéléré de la vie moderne. Le culte de la grande ville perce dans des lieux fragmentaires du monde de la technique : la machine, la locomotive, l'éclairage électrique, le bâtiment, l'appareil de levage. L'art de GAN est un art d'assemblage, non du genre descriptif, mais du genre périphrasique, il est sous le signe de la synthèse, du conglomérat et du montage. Lors de l'exposition de Werkbund, à Cologne, en 1914, GAN eut un emploi dans la maison de verre de Benno Taut, où, la nuit, des plaques de verre projetaient des images colorées se brisant et se modifiant continuellement contre les murs de verre à plans coupés, transformant ainsi cette maison en un diamant rayonnant l'arc-en-ciel. GAN essaya, de 1910 à 1920, de créer dans son art de semblables sensations dynamiques de coloris. Son pinceau s'apparenta avec les vives dissonances de la publicité lumineuse et donna des tons spectraux aigus, de jaune, rouge, vert et surtout de bleu. C'est une musique de cuivres qui, consciemment, fuit l'agréable. L'ère de 1910 à 1920 est l'époque chaotique de GAN. C'est alors qu'il compose ses tableaux à l'aide de fragments d'objets hétéroclites et de figures et qu'il atteint un effet de force de mouvement, grâce aux éclairs et aux zig-zags, aux spirales et aux triangles aigus. ---
Suède Les motifs que GAN recrée jouent souvent sur le thème du développement de la force de l'homme ou sur celui de la dynamique mécanique. Ses motifs sportifs tels que le lanceur de poids ou le saut en hauteur, sont proches du futurisme italien. L'« Express », de 1915, est presque comparable à la « Dynamique de l'automobile », de Russolo. GAN utilise cependant très peu les méthodes des futuristes pour donner l'illusion du mouvement en représentant à la suite sur la toile une série de moments consécutifs du mouvement créé. De 1920 à 1924, GAN habita à Paris la même maison que Léger, dont, dans une certaine mesure, il accepta le cubisme des tuyaux et des machines. Sa devise fut : plus de dispersion, mais de l'union dans des formes géométriques entières. Des titres caractéristiques des années de Paris sont : Rugby, le Masque à gaz, Hussard rouge, l'Escalier. Son adoration de l'expression dynamique se reflète dans sa phrase didactique : « Le rythme est le nerf vital de l'art ». Il se livre à des expériences hardies, fait, entre autres, de beaux reliefs de collage et des sculptures peintes d'une manière frappante, sous le signe du robot et de la pompe à essence. Vers 1930, nous le retrouvons comme néoplasticien orthodoxe. Le cubisme français a été introduit à un dosage modéré dans l'art suédois, vers 1912. De cette époque à 1920, un bon nombre de peintres y adhérèrent, mais ce n'est qu'exceptionnellement que le style en dépassa la phase cubique à facettes et, le plus souvent, leur présence n'a été qu'une courte, bien que peut-être importante discipline, avant qu'ils passent à des styles classiques ou expressionnistes, après 1920. Ces artistes suivirent quelques-uns des disciples les plus modérés de Braque et de Picasso, tels que Lhote, Metzinger, Le Fauconnier Ci-dessus : Siri Derkert. Portrait d'elle-même, avec Carlo dans le ventre. Sieile, février 1915. Photo Bildande Konst. A gauche : Otte Sköld devant sa toile. « La Garde montante », peint à Copenhague en 1916. Photo Lennart Olson. Ci-dessous : Otte Sköld. Acte cubiste. Photo Lennart Olson. et de La Fresnaye. Copenhague était pendant la première guerre mondiale un poste avancé pour l'expérimentation suédoise. On y voyait, entre autres, la collection particulière de Tetzen-Lund, qui offrait des œuvres imposantes où figuraient, par exemple, des ouvrages de Picasso et de La Fresnaye. Le style picturesque monumental de ce dernier donna peut-être des impulsions à Otte Sköld. Celui-ci laisse à ses milieux et à ses figures le caractère d'unités intactes, mais il les simplifie et les géométrise pour leur conférer la force symbolique de la synthèse. Des segments du monde des sens sont assemblés, et les images sont basées sur une différenciation de plus en plus expressive entre les éléments essentiels et accessoires. Son coloris est sombre et puissant. Il utilise le bleu, le rouge et le vert clair. Sköld a également fait des expériences de collages et de peinture sur verre et sur glaces. Le cubisme de Sköld se rapproche de celui de GAN en ce qu'il est sous l'influence de l'époque, tandis que le cubisme des autres Suédois était en dehors du temps et esthétiquement formaliste. Ceci s'applique par exemple aux variantes subtiles du cubisme à facettes de Siri Derkert, dont les premières furent exécutées en Sicile, en février 1915, bien que basées sur des impressions de France antérieures à la première guerre mondiale. Certains portraits et natures mortes offrent des contours graphiques avec rebords sombres, desquels la couleur se tonalise et s'éclaircit jusqu'au retour de nouveaux rebords, ce qui confère à la tonalité un mouvement ondulatoire répété. Un Français pourrait peut-être rapprocher le portrait d'elle-même, de Siri Derkert, de la rythmique linéaire fauviste de Marie Laurencin.
Viking Eggeling Il semble que Viking Eggeling soit le premier représentant de l'art moderne qui, consciemment, ait mis ses images en relation directe avec le temps ; c'est le premier artiste de l'image dans l'histoire du film. Les futuristes avaient étudié certaines des possibilités de peindre le mouvement et, par cela même, le temps, mais ils ne parvinrent jamais à se libérer de la convention du tableau rectangulaire. Les Italiens et Marcel Duchamp s'étaient spécialisés sur les objets mobiles dont ils essayèrent de saisir la dynamique en en représentant des étapes successives, l'une après l'autre. Delaunay, dont les idées s'appuyaient sur le cubisme, s'intéressa au mouvement du regard sur des objets immobiles. Dans les deux cas, un effort fut fait pour donner l'illusion d'une relation de temps dynamique dans un milieu immobile. La méthode employée était la simultanéité. Eggeling a rompu avec la tradition multicentenaire de l'image limitée par le rectangle. Dans ses rouleaux d'images larges d'environ 50 cm. et pouvant atteindre 7 mètres de longueur, il place l'une à côté de l'autre des constellations d'images. En déroulant de gauche à droite, on voit apparaître l'image suivante comme une transformation de la précédente. Elles s'assemblent en groupes et séquences. Pour Eggeling, l'illusion n'était pas un moyen artistique de travail. Il ne s'intéresse en effet ni à l'illusion consistant à représenter un objet à trois dimensions par deux dimensions seulement ni à l'illusion du mouvement que cherchaient les futuristes. Il se servait de l'image non figurative et du mouvement réel. Par un travail méthodique, il essaya de dégager les règles d'un contrepoint plastique, d'une syntaxe abstraite. Ses rouleaux sont composés comme des morceaux de musique : les images isolées se rassemblent en mesures, variantes d'un thème, plusieurs mesures constituant une phrase dont certaines parties peuvent se retrouver dans une autre phrase. Dans son film, Eggeling réalisa l'idée de mouvement d'images qui existait dans ses rouleaux. Par des transformations graduuelles des différentes figures, il arriva à créer un mouvement ininterrompu et une transformation continue des étapes des mouvements non figuratifs. Le film fit disparaître la beauté des images individuelles, qui fut remplacée par celle des mouvements réels sous une forme vivante. Eggeling appartenait au groupe dada, bien qu'en réalité il ne fût jamais dadaiste. Il était trop absorbé par ses propres problèmes, trop fanatiquement occupé par sa « langue abstraite » pour pouvoir comprendre complètement le dadaïsme. Son admiration pour Giorgione et pour la Renaissance italienne le rendirent au début un peu suspect aux yeux des dadaïstes qui l'acceptèrent cependant pour ses éminentes qualités personnelles. Il n'est pas douteux que c'est la connaissance du dadaïsme qui a donné à Eggeling la force de faire sa révolution. Karl G. HULTEN. --- Haut de page : Viking Eggeling Le rouleau d'étude (tragne ent). Symphonie horizontale-verticale. Ci-dessus : Portrait de Viking Eggeling 1925. Ci-dessous : Viking Eggeling. Base générale de la peinture. Lithographie dans DADA (4-5), Zurich. --- 1880 --- Né à Lund (Scanie) Suède. --- Vers 1900 --- Milan. --- 1908 --- Professeur de dessin et de patinage au Lyceum Alpinum, à Zuoz (Suisse). --- 1911 --- Paris, artiste peintre, cubiste, fréquentation d’Arp, Modigliano et Kiesling. --- Vers 1915 --- Ascona (Suisse). Contacts avec Tristan Tzara. --- — 1916 --- Mis en rapport par Tzara avec Hans Richter, à Zurich. Membre du groupe dada, coilabore à ses publications. --- Début de 1919 --- Invité par Richter, s'installe au château de Klein-Koelzig appartenant aux parents de celui-ci avec qui il travaille à des expériences abstraites de formes. Etudie l'écriture chinoise. --- 1919 --- Le rouleau d'images « La Messe verticale-horizontale ». --- 1920 --- Le rouleau d'images « La Symphonie diagonale ». Visite de Theo van Doesburg. --- 1921 --- S'installe à Berlin en décembre, commence le film « La Symphonie diagonale », photographié par sa femme. --- 1922 --- Première représentation publique du film « La Symphonie diagonale », au V.D.I., à Berlin. Succès d'estime. --- 1925 --- Mort à Berlin. Étaient présents à son enterrement les ex-dadaïstes allemands. Eloges funèbres, entre autres, par Richter et Raoul Hausmann. ---
Cette publication est un numéro de la revue d'art contemporain "Art d'Aujourd'hui", datant d'octobre-novembre 1953. Il présente des articles sur l'art des pays nordiques, notamment la Suède, avec des contributions sur des artistes comme Gosta Adrian Nilsson, Viking Eggeling et Otto G. Carlsund, explorant leurs contributions à l'abstraction et aux mouvements artistiques modernes tels que le cubisme et le néoplasticisme. Le numéro inclut également des critiques d'expositions et des annonces d'événements artistiques parisiens et internationaux.