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ART D'AUJOURD'HUI revue mensuelle d'art contemporain série 4 n° 5 juillet 1953 300 frs
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART D'AUJOURD'HUI revue mensuelle d'art contemporain série 4 n° 5 juillet 1953 300 frs
actualités 1 D'UNE NATURE SANS LIMITES A UNE PEINTURE SANS BORNES par Julien Alvard 6 LE MONUMENT AU PRISONNIER POLITIQUE INCONNU par J. Roméro Brest 12 EXPOSITION D'ART ABSTRAIT A ROME par Léon Degand 14 EXPOSITION PICASSO A ROME Par Léon Degand 15 EXPOSITION DES ARTISTES AMERICAINS CONTEMPORAINS par Léon Degand et Pierre Guéguen 16 LES IDÉES DE MALÉVITCH par Julien Alvard 22 CONCOURS DU GROUPE ESPACE 24 LES EXPOSITIONS par Julien Alvard Léon Degand R. V. Gindertael Pierre Guéguen Herta Wescher 32 INFORMATIONS > la couverture a été composée d’après une gouache originale de Pablo Palazuelo > le hors texte est de Deyrolle. gouache exécutée par les ateliers Renson à Paris > la composition et la mise en page de ce numéro sont de Pierre Lacombe --- les expositions à Paris exposition ARNAL du 12 juin au 2 juillet galerie craven exposition BIDOILLEAU du 28 mai au 10 juin galerie arnaud exposition Serge BRIGNONI du 20 mai au 4 juin galerie creuze exposition Camille BRYEN du 19 juin au 3 juillet galerie colette allendy exposition Marcelle CAHN, Michel LEROY, Olive TAMARI, Robert FONTENÉ, Mary WEBB, LEMPEREUR-HAUT, Gilbert BESANÇON du 16 au 30 juin galerie suzanne michel exposition MASSIMO CAMPIGLI du 12 juin au 13 juillet galerie de france exposition Jean CARTON du 19 juin au 11 juillet galerie bernier exposition CRISTOFANETTI du 16 au 26 juin galerie de l’odéon exposition DONATO BRAZZOLA Jacques COURTADE, Jacques CHANTAREL, Edouard EYMARD, Michel HUMAIR du 22 mai au 7 juin galerie 55 exposition DOWNING du 19 juin au 10 juillet galerie studio paul facchetti exposition DUFY Juillet et septembre galerie louis carré exposition FIORINI, CHELIMSKY du 22 mai au 13 juin galerie Jeanne bucher exposition FOUQUET du 21 mai au 11 juin galerie montjoie exposition GERMAIN du 29 mai au 13 juin galerie pierre exposition GERDUR du 25 juin au 8 juillet galerie arnaud exposition Tibor GERTLER dessins du 6 au 20 juin galerie breteau exposition GOEBEL sérigraphies idéocides du 11 au 24 juin librairie galerie arnaud exposition HAMM du 16 au 30 juin galerie pierre exposition Charlotte HENSCHIEL du 12 au 25 juin galerie craven exposition LIOUBA sculptures du 19 mai au 20 juin galerie dina vierny exposition Jean LURÇAT lithographies, gouaches, céramiques du 12 juin au 12 août galerie d’orsay exposition Suzanne MASSÉ monotypes et gouaches du 28 mai au 10 juin galerie arnaud exposition Aurélie NEMOURS du 5 au 18 juin galerie colette allendy exposition Alice NICOLAS THÉVENET du 16 juin au 1er juillet galerie vivet exposition Hélène PILLET soies peintes du 2 au 20 juin galerie la roue exposition PROWELLER du 5 au 18 juin galerie colette allendy exposition Marie RAYMOND GARBEL, HILLAIREAU du 15 au 27 juin galerie art vivant exposition SILVERMAN du 16 au 30 juin galerie de seine exposition SIVARD du 29 mai au 11 juin galerie craven exposition SOERENSEN lithographies du 28 au 13 mai galerie denise rené exposition STAHLY sculptures du 29 mai au 19 juin galerie studio paul facchetti exposition TABORDA du 21 mai au 4 juin galerie andré weil exposition THORSTEINSSON du 11 au 24 juin galerie arnaud exposition Gabriel ZENDEL du 28 mai au 20 juin galerie marcel guiot
d'une nature sans limites à une peinture sans bornes La qualité, dès l'instant qu'on tente de la définir à plus forte raison de la codifier, devient rapidement aussi médiocre qu'ennuyeuse. Comment s'en étonner. Toute discipline, si elle n'est pas manifestation de vertus strictement individuelles, son exercice ne va qu'à masquer la défaillance de cette force innée qui met naturellement tout à son pli. N'allons pas cependant jusqu'à adorer d'autres dieux ! La nouveauté à tout prix reste ce qu'elle est : une fausse position pour l'artiste. Et il ne faudrait pas prendre l'effet pour la cause. Mais les fameuses « leçons » que l'on tire à tout propos du passé finissent par négliger l'essentiel qui est de faire et non de refaire, encore moins de mieux faire. On ne fait jamais mieux. On fait autre chose. Et ce n'est pas faire table rase du passé ! Car le passé n'apporte en définitive à l'artiste rien d'autre que sa propre vision, il le révèle, il n'est dans son ensemble qu'un élan qui cherche perpétuellement à se dépasser. Ce qu'apporte l'expérience, la sienne propre comme celle des autres, ce n'est pas « une leçon », ce n'est pas un système de références, mais une intuition plus affinée, une plus grande indépendance et une confiance plus affermie dans ses propres goûts : elle n'engendre pas le dogmatisme, elle dénoue la scolarité. La qualité est toujours au delà. Et c'est parce qu'elle est d'abord un mouvement qu'elle semble insaisissable et qu'elle prend si fréquemment l'apparence d'un indéchiffrable jamais vu et plus précisément d'un échec de la qualité banale. La saison de 1953 est un désastre pour la « bonne peinture ». C'était chez Arnaud, Lapoujade, Carrade, et Koenig ; chez Craven, l'exposition « Nouvelles propositions du réel » organisée par Charles Estienne ; chez Pierre Loeb, Riopelle ; chez Fachetti, Van Haart, Tsingos, « Un Art autre de Michel Tapié », puis Laubies et Downing. Et voilà pour finir, Pollock au Musée d'Art Moderne. Ce qui rapproche ces peintres individuellement très différents, c'est un esprit de découverte particulier, au delà des références habituelles, références qui ont conduit grand nombre de peintres qui ont maintenant une certaine surface à une sorte de bien faire d'une effrayante monotonie. Davantage, et ceci explique cela, les procédés de la « bonne peinture » ont créé une manière d'illusion qui fait paraître ingrat cet inhabituel, de cette ingratitude que recherchait autrefois Gauguin fuyant la tyrannie du bon goût. par julien alvard LAUBIÈS (Photo P. Faschelli.) OSSORIO (Photo Craven.)
POLLOCK. composition N° 6. Peinture exposée au musée d'art moderne à Paris à l'exposition « artistes américains contemporains. »
Suite de l'article de Julien Alvard --- un instrument de mesure à préserver : l'instinct On peut dire tout le mal qu'on veut de l'inspiration, j'y souscris ; et que l'on ne peut rien faire sans la réflexion, en doute ! Mais que peut faire la réflexion sans l'élan créateur. On a un peu trop tendance à croire que l'on peut fabriquer un peintre comme on fabrique un comptable. Et même ! Est-ce bien toujours réflexion que ces retours de l'artiste sur lui-même pendant lesquels il s'interroge sur la nécessité de tel ou tel trait ? Est-ce vraiment par réflexion que l'artiste s'impose soudain des sacrifices. Oui si l'on appelle réflexion des décisions qui ne reposent sur aucune table de valeurs mais doivent tout à un dernier coup d'œil. Car comment expliquer que l'abondance et la répétition soient ici une qualité alors que là ce sont l'ellipse et le dépouillement qui subjuguent. Dans ce dernier coup d'œil que l'artiste jette sur son travail, il y a en permanence une force qui ignore toute volonté réfléchie et en dernière instance cherche un rythme à l'unisson de la nature qui se meut en lui. La voilà alors l'œuvre engagée, celle qui se définit quand le peintre pense le moins à la définir. Dans un pareil domaine, ce n'est pas « tout bien considéré et après mûre réflexion » qu'on prend parti. On est évidemment aux antipodes de cette peinture digérée (abstraite ou non) qui n'a d'autre intérêt qu'une incroyable aptitude à la pédagogie. Là tout est clair, honnête, fabricable et pousse à l'illusion d'un art à la portée de tous : bon public et bons élèves. Comment s'étonner dès lors qu'elle mette en circulation ces fameux produits de bonne qualité (terme d'épicerie pour le beurre et les confitures) produits qui n'ont pas grand chose à faire avec ce qui nous occupe. Car la peinture est soumise comme les autres grandes manifestations de la vie, à des lois organiques dont la première est la durée et par conséquent le « vécu ». Si bien que lorsqu'elle est enfin détachée de l'artiste, elle n'est plus lui, et pourtant, si elle a quelque valeur, elle est encore entièrement lui. Ce qui lui vient de l'extérieur compte peu au regard de ce qu'elle doit aux fibres de son créateur. De là qu'elle n'est jamais vraiment objective, de là qu'elle n'est jamais vraiment communicable que par sympathie et envoutement, et que « le réfléchir et le comprendre » ne nous en donnent que les apparences les plus sèches et les plus extérieures. C'est par les moyens imparfaits d'une sorte de symbiose que s'établit la participation de l'amateur à l'œuvre. Ceci même pour Mondrian, même pour Léonard de Vinci. N'est-il pas étrange et significatif que ce dernier, observateur attentif et conscient s'il en fût, ne nous ait laissé qu'une joconde à ce point équivoque qu'on en est encore à se demander si elle sourit aux anges ou si elle se moque du monde. Cette équivoque, c'est en définitive, l'involontaire volonté de refuser toute valeur profonde à la claire connaissance pour ne rien devoir qu'à l'attrait et au magnétisme. S'agit-il alors de défendre un art de pure jouissance (d'assouvissement, comme d'aucuns disent). Mais qu'est-ce qu'un art d'assouvissement ? Est-ce là le caractère le plus marquant de l'art baroque et romantique ainsi qu'on l'entend souvent répéter. Peut-on parler d'assouvissement devant Rembrandt, Gréco ou Guardi... et même devant Watteau ! L'art de jouissance ne commence qu'au niveau des maniéristes et des adapteurs. Et il s'agit alors non pas seulement d'un art de jouissance mais d'un art de consommation, d'un tout venant d'où les davidiens, les ingristes et les petits cubistes ne sont pas exclus. Juger d'un état de la sensibilité dans les arts d'après les médiocres, ce sont là des idées de sociologue entiché de statistiques. Cela ne va qu'à prouver la cuistretière de pareilles méthodes d'analyse et leur valeur en ce domaine. FAHR EL NISSA ( Photo Claudette Robin.) ARNAL ( Photo Craven.) TSINGOS
Cette édition de la revue mensuelle d'art contemporain présente des articles sur la peinture, la sculpture et les expositions. Elle inclut des critiques d'art, des analyses de tendances artistiques et des informations sur les événements artistiques à Paris et dans le monde. Le numéro aborde des thèmes comme l'abstraction, le monument au prisonnier politique inconnu et les idées de Malévitch.