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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS TOME XIII

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Bordeaux. - Imprimerie G. Gounouilhou, rue Guiraude, 11.

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PORTEFEUILLE DE LA REVUE DES ARTS DÉCORATIFS L'HABITATION MODERNE Imp. phot. ARON Frères, à Paris LA MAISON DES GONCOURT GRAND SALON

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UNION CENTRALE DES ARTS DÉCORATIFS REVUE DES ARTS DÉCORATIFS TREIZIÈME ANNÉE 1892-1893 DIRECTEUR: VICTOR CHAMPIER PARIS PALAIS DE L'INDUSTRIE Porte VII.

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LES ARTS DECORATIFS AU SALON DE 1892 CHAMPS-ÉLYSÉES ET CHAMP-DE-MARS --- TROISIÈME ET DERNIER ARTICLE J'ai été conduit à faire une digression du côté des objets d'art avant d'aborder la peinture. Le mieux est, cependant, que nous réglions, dès maintenant, le compte de celle-ci en mode de déblayage. Il faut consigner ici, tout d'abord, que le talent des peintres du Champ-de-Mars est, généralement, d'un niveau très distingué. L'aspect des galeries est, en soi, beaucoup plus agréable qu'aux Champs-Élysées, et l'on rencontre, à chaque pas, des tableaux ou des études d'une séduction incontestable. Le malheur est que des craintes sérieuses nous assaillent touchant l'avenir artistique de la Société nationale, érigée en quasi-académie. Les sociétaires se nomment entre eux et s'arrogent le privilège d'exposer, annuellement, autant de toiles qu'il leur plaît. Avec les années, le nombre des privilégiés s'accroissant toujours, nous ne manquerons pas de voir se renouveler, au Palais des Beaux-Arts, tous les abus si constamment, si violemment et si justement reprochés au palais de l'Industrie. En P.V. GALLAND 1888 Requiem Septentrile

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS outre, la Compagnie, très riche en artistes en vogue, tend, d'ores et déjà, à devenir un centre de commerce de peintures adoptées par le monde. Je n'en veux d'autre preuve que l'infinie multitude de petits tableaux, uniformes, coquets, d'une adresse soulignée et engageante. Un certain art de mondanité légitimement suspect tend à se développer en cette exposition. On y tient boutique d'élégances en tout genre, depuis le genre religieux à l'usage de la haute banque, jusqu'au paysage de boudoir, depuis l'anglomanie jusqu'aux scènes populaires poussées à je ne sais quel raffinement de vraisemblance théâtrale. Moins de poèmes, en tout cela, que de sonnets. Nous ne détestons pas les sonnets, mais nous voulons aussi des poèmes. Un danger apparaît ici que je ne dénonce pas pour la première fois, mais auquel on ne prend pas assez garde. En fait de panneaux décoratifs, trois ou quatre pages méritent d'être tirées à part. L'Hiver de M. Puvis de Chavannes, peint par ce maître pour faire face, dans l'Hôtel de Ville, à son Été de l'an dernier, s'impose à l'attention sans provoquer un sincère enthousiasme. Imaginez des champs couverts de neige, des bois lointains dont les tons rouillés vont s'éteindre vers un horizon bleuissant, un petit bois de peupliers que des bûcherons abattent, une ruine, à gauche, où les pierres disjointes sont enneigées à leurs saillies. En ce décor, figurez-vous des personnages divers, les uns d'une demi-vérité, les autres de pure convention : des ouvriers faisant tomber, à l'aide de cordes un arbre entaillé à sa base, une vieille femme drapée à qui l'on fait l'aumône d'un morceau de pain, des hommes qui chargent des fagots auprès d'une vieille femme en capuchon noir arrangée en sibylle, un bûcheron qui réchauffe, au feu flambant, les pieds nus de son garçonnet, un vieux bonhomme Hiver rencoigné dans l'ombre et, tout au fond, une théorie de chasseurs défilant. Le paysage est noble et beau à la façon d'un discours sur le froid, mais, en soi, nullement frigide; les personnages nous déconcertent de leur caractère ambigu, néo-classique. Beaucoup d'harmonie, mais peu de force expressive. Trop d'abstraction. Je ne crois pas, au total, que l'Hiver soit tenu pour un des chefs-d'œuvre de l'illustre décorateur. M. Adolphe Binet poursuit son cycle de compositions pour le salon du Siège de Paris — toujours à l'Hôtel de Ville. Cette année, il nous montre des marins en embuscade dans une carrière de pierre au-dessus de Bagneux. La grande roue de manœuvre monte, inerte, dans le ciel glacé. La neige étend partout son tapis blanc, bleui aux rayons d'une lune qui semble se dissoudre au firmament violacé, empli de Étude de M. PUVIS DE CHAVANNES, pour son panneau décoratif l'Hiver destiné à l'Hôtel de Ville de Paris (Salon du Champ-de-Mars).

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LES ARTS DÉCORATIFS AU SALON DE 1892 mystère. Au fond s'entrevoit le village de Bagneux, avec son clocher-fantôme. Un convoi de Prussiens va passer que guettent nos marins, observant une maison, là-bas, vaguement éclairée, se dissimulant, comme retenant leur souffle. Œuvre très consciencieuse en sa tonalité volontairement abaissée pour un effet mural d'ensemble. Œuvre tragique et sobre, sans étalage, et qui veut être examinée. Il me revient, entre parenthèse, que l'Administration municipale se plaint de l'impression austère et populaire qui se dégage de la suite de compositions de M. Binet. En ce point se trahit cette extraordinaire indécision régnant à l'Hôtel de Ville, où l'on ne sait que prendre des partis que l'on regrettera le lendemain et se perdre dans les bagatelles. Un concours a eu lieu sur ce programme : le siège de Paris. Quantité de peintres ont essayé de répondre au sujet, et M. Adolphe Binet a été déclaré vainqueur. Aussi sérieux que savant, il a suivi ses esquisses approuvées par la Commission, en les améliorant sans cesse. Aujourd'hui, l'on s'aperçoit que le sujet n'est point « gai ». En toute bonne foi, il ne l'était pas davantage quand on l'a mis au concours. L'édilité parisienne rougit-elle du souvenir d'un siège héroïque? A-t-elle honte que les murs de son palais témoignent, devant l'avenir, du courage de l'ordinaire population et de l'armée nationale? En tout cas, l'artiste n'y peut rien, et il n'a qu'à continuer sa tâche comme il l'a commencée. Un conseiller municipal me disait hier: « Nous voulons lui demander d'égaier un peu ce qu'il lui reste à faire. » Égayer le siège de 1870! De qui veut-on se moquer?... J'ai la plus haute estime pour le talent de M. J.-C. Cazin; mais ses deux toiles exécutées pour la nouvelle Sorbonne, en dépit du charme de coloration propre à l'auteur, ne forcent pas mon admiration. Que peuvent bien avoir à démêler l'Ours et l'Amateur de jardins et la Maison de Socrate, de La Fontaine, et le Palais des Facultés? Socrate désirait avoir une maison petite et pleine d'amis — et les nécessités obligent à doubler les bâtiments de l'ancienne Sorbonne. L'ours jetait un pavé énorme à la tête de l'amateur de jardins pour écraser la mouche qui lui voltigeait sur le visage. Quel est donc ici le sens de l'épigramme? Le premier tableau a pour cadre une falaise d'où se découvre la mer bleue entre des dunes blanches. Je n'ai cure, en ce milieu, de personnages grecs tenant des discours que je n'entends pas. Le second tableau loge un ours de vaudeville, en tablier et en sabots, dans une sorte de paradis terrestre éblouissant de luxuriance, où les nuages du ciel viennent flotter à la cime des arbres. Nous avons bien souci de l'ours et de son pavé, parmi ces frondaisons édéniques et ces floraisons infinies! Notre œil cherche Adam et Ève; il s'offusque de trouver un hôte du Jardin

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS des Plantes en carnaval. Et quel dommage! Le rêve de M. Cazin nous a si souvent et si tendrement bercés en pleine nature!... On ne saurait goûter les deux allégories de M. Duez : la Physique et la Botanique. La Physique! Une jeune femme roulée dans une peluche grise, appuyée sur une pile de gros livres, ayant à ses pieds des instruments et des cornues. La Botanique! Une jeune femme nue, les jambes voilées à peine d'une fluide gaze, allongée dans l'herbe et cueillant des roses trémières. Art mondain, tout de coquetterie et de superficie! Art de pratique et de décor plutôt que de décoration. L'artiste est mieux représenté, selon moi, par trois simples feuilles de paravent: des passeroses, des pavots s'enlevant sur des ciels légers, nuancés du gorge-de-pigeon au lilas mourant, et abritant des lapins blancs, Vase en émail par MM. GRANDHOMME et A. GARNIER. Sujet du décor : Orphée. (Salon du Champ-de-Mars.) des tourterelles, une chouette. Ce ne sera jamais sans plaisir que les regards, dans un appartement, s'arrêteront à ces bouquets de couleurs fraîches, faits pour semer autour d'eux un peu des gaités printanières¹. M. Besnard, aujourd'hui, n'expose que des portraits. Il est vrai que ses naturelles aptitudes décoratives y trouvent deux fois à se donner carrière. Voyez cette jeune fille en robe rose, tête nue, en pied et de profil, tenant à la main son chapeau de paille blanche, fanfreluché de blanc. C'est en plein air, au milieu d'une pelouse, au bord d'un ruisseau. D'abord, on s'étonne : l'exaltation de la verdure pâlit les chairs. Peu à peu, l'on se prend au charme de l'harmonie. La recherche n'a rien de mural et l'on sent, toutefois, à chaque touche, à quel point le peintre de ce portrait hardi et personnel est doué pour faire parler et chanter les murs. Un autre portrait de femme en gris, feuilletant un grand album, sans le moindre apparat, se présente en forme ronde comme pour s'encastrer dans un tympan. Ceci est une œuvre rare, une œuvre forte, une œuvre intime, une œuvre parfaite. Celui qui l'a signée est un maître incontestable, et je ne vois rien ni au Champ-de-Mars ni aux Champs-Élysées dont un artiste ait droit d'être aussi fier. 1. C'est la Société de l'Union centrale des Arts décoratifs qui a fait à M. Duez la commande de ce paravent. Thermomètre en émail, par M. Alfred MEYER. (Salon du Champ-de-Mars.)

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LES ARTS DÉCORATIFS AU SALON DE 1892 J'en ai fini, à présent, avec tout ce qui n'est pas la section des objets d'art. Elle est l'honneur de l'Exposition, cette section organisée pour la seconde fois et dont le prestige s'affirme. Ah! le merveilleux encouragement pour les producteurs que la liberté de communiquer avec le public en dehors des magasins! L'art apparaît là où la plupart ne voyaient que le luxe. Quiconque se sent la force des belles entreprises se met en recherche de bon cœur, sûr d'avoir qui prête sympathie à ses tentatives et qui les comprenne. L'éumulation se propage. C'est un immense bienfait, une source d'activité rouverte — et nous en sommes redevables à la Société fondée par Meissonier, présidée, à cette heure, par M. Puvis de Chavannes. Je sais bien que cette publicité, si favorable à l'éclosion des œuvres, va développer des engouements et susciter chez les industriels des vanités surprenantes. Déjà l'excessif contentement de soi se note en plusieurs. Nous ne sommes dupes d'aucune illusion, et je tiens à le répéter. Mais le principe dûment restauré selon la justice, la critique indépendante fera sévèrement le triage des œuvres et qualifiera les tendances ainsi qu'il conviendra. Au fond, les vanités ne sont que des accidents. Combien de grands artistes ont été ridicules de satisfaction rayonnante en présence de leurs œuvres! Il ne faut pas se trop arrêter à ces bagatelles, car les hommes passent et les œuvres demeurent. La mémoire humaine est bienveillante: elle oublie les petitesesses des individus quand on la caresse d'un sourire ou qu'on l'émeut d'une grandeur. Nulle matière, nulle destination, nul caractère ne font exclure un objet du Champ-de-Mars, pourvu qu'une pensée d'art l'ait frappé de son sceau. Nous y relevons des meubles et des pièces d'orfèvrerie, des pièces de verre décoré, des ouvrages de céramique, des émaux, des vitraux, un modèle de lustre pour la lumière électrique, une cheminée en pierre sculptée. Tout ostracisme est aboli en thèse générale. Les artistes de l'industrie étant nommés membres de la Société participent aux avantages et aux abus du sociétariat, — c'est-à-dire que le nombre de leurs envois est illimité. Je ne puis m'empêcher de déplorer, à ce nouvel égard, le vice radical de cette organisation. Avant longtemps, l'encombrement viendra. Fera-t-on payer à ceux qui se présenteront, par des sévérités arbitraires le crime de vouloir rogner la place des anciens? Se résoudra-t-on à limiter pour tout le monde les morceaux à exposer? Dans le premier cas, on ne sera pas juste; dans le second, on soulèvera tant et tant de mauvaises humeurs que la Société en chancellera. Ceux qui ont rédigé les Statuts Frise en émail par M. Taxile Doat. (Salon du Champ-de-Mars.)

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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS du Champ-de-Mars ont pensé à leurs petits intérêts, à leurs dépits, à tout ce qu'on voudra, mais ils ont montré des vues singulièrement courtes, et leur règlement, examiné de près, est foncièrement critiquable. On voulait créer un centre d'art très rayonnant et très complet. Comment ne s'est-on pas aperçu que le privilège des sociétaires en ferait, à la longue, un bazar? Un homme n'a pas produit en son année douze ou quinze œuvres exceptionnelles et sans redites. S'il en expose un si grand lot, c'est par désir commercial et non par besoin d'art. Plus nous irons, mieux s'accusera ce bourgeois désir, vainement travesti en sentiment noble. Les peintres Fleurs d'avril, plat en faïence, par M. LACHENAL. (Salon du Champ-de-Mars.) auront été les premiers à donner le funeste exemple. C'est sur eux que pèsera surtout la responsabilité de l'avenir. Cela dit à titre général, mais avec cette insistance due aux constatations dont il faudra, bon gré mal gré, qu'on se souvienne, j'aborde nettement la brillante section d'art industriel. Ce qui doit contribuer à l'expression de nos demeures, comme une pièce de mobilier, ou s'imprégner de nos pensées et de nos sentiments, comme un bijou, prend, pour ainsi dire, une vertu humaine. Il nous déplaît d'y rencontrer de l'illogisme ou de l'artifice, même sous le couvert du talent. Ainsi, M. Rupert Carabin est, à n'en pouvoir douter, un sculpteur sur bois des plus experts et un ingénieux artiste. D'où vient, pourtant, que ses meubles nous déconcertent? C'est qu'ils laissent à désirer soit pour la conception, soit pour l'architecture. Sa table des Quatre Éléments,