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$\text{Ex Lib.}$
$\text{KOKOER 310074}$
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$\text{8-10-9} \quad \text{a. 37/2. 16. 172d 53 553}$
$\text{Pr. g. by Sang} \quad \text{Illustration - f. 156}$
$\text{Eckh guerin} \quad \text{f. 401}$
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REVUE
DES
ARTS DÉCORATIFS
TOME XVII
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Bordeaux. - Imprimerie G. Gounouilhou. - G Chapon, directeur, rue Guiraude, 11.
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L'ART DANS LA VIE CONTEMPORAINE
REVUE
DES
ARTS DÉCORATIFS
DIX-SEPTIÈME ANNÉE
1897
DIRECTEUR:
VICTOR CHAMPIER
PARIS
LIBRAIRIE J. ROUAM & Cie
G. D'HOSTINGUE, DIRECTEUR
14, rue du Helder.
Emil Cause
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A PROPOS DE L'ART NOUVEAU
SOYONS FRANÇAIS!
Soyons Français!... N'est-ce pas le moment de jeter cet appel aux artistes, au public, alors que, après quelques années de servitude à l'art anglais et à ses dérivés, une invasion d'art belge est tentée, précédant de peu sans doute des invasions successives d'arts allemand, autrichien, suisse ou d'autres encore inconnus aujourd'hui.
Est-ce ainsi qu'on prétend ranimer notre art français, évidemment épuisé par un siècle de copies énervantes et stériles?
Que dirait-on d'un cru bordelais ou bourgui-
Emil Cause
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gnon, fameux jadis, mais devenu par maladie mauvais et improductif, qu'on soignerait par adjonctions successives de vins divers, de Champagne ou d'Asti, de Johannisberg ou de Suresnes? En admettant même que ce mélange soit buvable, qu'il puisse procurer momentanément l'ivresse, il lui manquerait pour toujours les qualités natives, fortifiantes et chaleureuses, qui caractérisaient le vieux cru et lui valaient le renom.
C'est une crainte du même genre que nous concevons aujourd'hui en considérant à quel régime cosmopolite, prétendu revivifiant, notre vieil art français, malade — c'est entendu — est soumis. Par effort il aura peut-être acquis quelques-unes des qualités du voisin; lui aussi pourra par le mélange faire illusion un instant; mais quand, un jour, fatigué de ce nouveau mode de servilité, il essaiera de se ressaisir, ses bonnes et solides qualités natives et fécondes, très chantées jadis, lui feront défaut. Le néant qui suit toute décadence engloutira alors l'art français, comme précédemment il avait englouti l'art italien et bien d'autres.
Personne ne fera que, brusquement, de fils de Gaulois et de Latins que nous sommes, nous devenions Saxons ou Anglo-Saxons. Si, comme on le prétend, notre race doit disparaître un jour, n'y prêtons pas la main. Essayons, au contraire, d'éviter cette misérable fin, peu digne d'un passé glorieux qui comprend, de Notre-Dame de Paris au Garde-meuble de Gabriel, tant d'œuvres admirables et tant d'artistes, devant lesquels nous serions bien gênés de comparaître aujourd'hui pour rendre compte du somptueux héritage que nous en avons reçu.
De planètes que nous étions, allons-nous devenir satellites? Et faut-il rappeler la vérité prud'hommesque que, lorsqu'on suit quelqu'un, on marche derrière lui? Toujours, en effet, nous serons inférieurs aux Anglais comme Anglais, aux Belges comme Belges et aux Allemands comme Allemands. C'est que les artistes de ces pays sont sincères; ils sont logiques avec leurs races, leurs milieux et eux-mêmes, et nous ne le sommes pas en les imitant dans notre pays si différent des leurs.
On nous a dépêints longtemps, non sans raison, comme des contemplateurs de nombril; le reproche est toujours juste, sauf que celui que nous admirons est maintenant celui du voisin.
C'est pur snobisme, dira-t-on, et le snobisme étant essentiellement inconstant et variable, l'état d'être et de penser qu'il détermine chez son adepte extraordinairement docile et vaniteux, tel qu'il a été récemment défini par M. Jules Lemaître, cessera le jour où une nouvelle forme de snobisme l'aura décidé ainsi.
Or, l'Art est soumis à des principes permanents, et son évolution rationnelle ne peut être sans danger troublée par le caprice de quelques snobs manquant de direction d'idées.
Il est vrai que l'on se défend de toucher à ces principes. Comment donc! bien au contraire. Ainsi, il en est un de ces principes, — le seul peut-être qui ait le caractère général et absolu, un peu banal même par la répétition que beaucoup
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A PROPOS DE L'ART NOUVEAU
de néophytes en font à tout propos, croyant l'avoir découvert, — mais toujours vrai. Ce principe est que la forme, dans l'œuvre d'art, doit satisfaire aux besoins et aux conditions d'emploi de la matière mise en œuvre.
A ne considérer que le besoin, il ne peut pas s'agir uniquement de besoins matériels; il serait facile de citer des quantités d'œuvres d'utilité pure, commodes à l'usage, bien construites et qui n'éveillent aucun sentiment, si ce n'est celui de la banalité ou du laid, — telle bien souvent la maison à loyer de cinq étages, où toutes les fonctions de la vie sont prévues et facilitées; telle la pendule en bronze bien fondu et ciselé, marquant l'heure avec la plus grande régularité sur la tablette d'une cheminée vilaine, mais à l'abri des retours de fumée.
Non; les individus, les peuples ont heureusement plus que des besoins matériels; ils ont des besoins intellectuels, des besoins moraux, sans l'expression desquels l'œuvre n'a qu'une existence réelle et n'existe pas comme œuvre d'art.
Il serait même facile d'établir que ce sont précisément dans les œuvres où le caractère d'utilité domine le moins, — comme, par exemple, le tombeau, le monument commémoratif, arc de triomphe, colonne ou statue, — qu'un peuple donne volontiers l'expression la plus haute de ses pensées, de ses aspirations et du sentiment de sa race.
Si ce sentiment lui est bien propre, s'il est la résultante de son origine, de son climat et de ses mœurs, de ses traditions et de son idéal, ce peuple a son langage artistique pour l'exprimer, comme il a un langage de mots. Vouloir par un effort dangereux lui faire emprunter le langage de ses voisins pour s'exprimer chez lui et pour lui, ne peut amener que désordre et confusion.
En fait, au moment de crise, de transition ou de décadence finale que nous traversons, s'il est utile d'être renseignés sur les efforts de nos voisins et rivaux, qu'avons-nous donc à gagner à faciliter avec une telle ardeur le décevant envahissement de leurs productions chez nous et l'engouement de notre public en leur faveur?
A l'Angleterre demanderons-nous au moyen de quel secret elle a su voir et interpréter la nature? Elle devrait nous répondre que ce secret, si c'en est un, lui a été dévoilé par la France; que, moins insensible que nous ne l'avons été il y a quarante années aux enseignements du maître clairvoyant qui fut Viollet-le-Duc et de Ruprich-Robert, — certainement plus connu à l'étranger qu'il ne l'est aujourd'hui dans son pays, — elle a, contrairement à nous, étendu leur enseignement chez elle; que c'est ainsi qu'elle a appris à voir la nature et à l'interpréter selon son sentiment.
Ce sentiment, venant de race, ne peut produire des œuvres que nous, de race latine vivante et vibrante, puissions sincèrement comprendre et transplanter chez nous.
Là encore, ce peuple fait de l'art pour lui, et il a raison. En voulant faire le leur chez nous, nous avons tort.
Jamais, dans notre pays vivant et gai, sous un climat privilégié, ces œuvres-grises, délicatement enveloppées de brouillard et de tristesse, gentiment chlo
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rotiques, n'auront une durée sérieuse. Le spleen ne nous atteindra pas; une bonne poussée de sang français en un jour en fera justice.
Nous aimons la nature et, par-dessus tout, la nôtre; elle est pour nous riche, ensoleillée et souriante, comparée à celle des pays du Nord. Le Parisien, hors de sa ville, l'aime sur les rives de la Seine, en contemplant les riches et gracieuses collines qui la bordent, de Meudon à Marly, l'aime aussi dans les bois voisins, et va ainsi, le dimanche, souriant au langage du brin d'herbe, des fleurs et des oiseaux des champs qu'il comprend. En souvenir de ces moments de joie, Jenny l'ouvrière garnit sa fenêtre du bouquet et de l'oiseau qui lui parlent la nature dont plusieurs jours de travail la séparent.
L'interprétation par des Anglais de la nature anglaise ne peut lui parler ce langage.
D'ailleurs, cela est déjà fini et lointain. Les Belges, eux, ont trouvé, et nous les écoutons, que la nature est épuisée, qu'elle a inspiré suffisamment d'artistes jusqu'à ce jour, et que tout ce qui pourrait être encore tenté dans cette voie ne pourrait être que redites ou imitations. Donc, si l'on veut être nouveau, plus de nature, plus d'émotions saines, plus d'œuvres qui les traduisent!
Adieu à ces feuillages, à ces fleurs, simples et modestes comme les sculpteurs de nos cathédrales qui s'en inspiraient pour créer, sans jactance ni grande discussion esthétique, les chefs-d'œuvre que nous admirions encore hier.
Non, il faut à présent, pour prétendre à l'originalité, que nos œuvres ne ressemblent à rien. Leurs formes se trouveront dans la terre pétrie comme en dormant, dans le hasard du crayon errant sur le papier; l'imprévu de la tache d'encre fraîche, écrasée entre deux feuilles suppléera à l'imagination impuissante et anémiee. Voilà la condition, voilà le moyen.
• •
Nous plaçant à un point de vue qui n'est pas celui de nos novateurs actuels, nous sommes les premiers à reconnaître qu'une forme peut être belle en elle-même, sans nécessairement être d'origine naturelle, que la beauté abstraite et de l'ordre le plus élevé peut résulter de la pureté et du caractère d'une ligne ou d'un contour. N'importe quel vase ou objet usuel, n'importe quel profil de moulure, grec ou du moyen âge, nous en pourraient fournir des preuves. Mais de quel droit nous limiterait-on, et pourquoi nous interdire d'user du concours que la nature peut nous offrir pour préciser notre pensée, la rendre claire et accessible?
Et quel moment choisit-on pour faire cette nouvelle évolution? L'essai de retour à la nature après trois siècles voués à la seule feuille d'acanthe, essai tenté depuis peu d'années et par quelques isolés seulement, a-t-il donné tous ses résultats?
Des erreurs, conséquences d'une éducation incomplète, ont été commises, cela est certain. Ainsi, on a voulu demander à la nature, pour la constitution d'une même œuvre, à la fois l'ensemble et le détail. Or, elle ne peut pas plus fournir par l'interprétation de l'une de ses productions la forme d'un monument que l'ensemble d'un vase; et constituer celui-ci au moyen d'un légume ou d'une fleur,
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A PROPOS DE L'ART NOUVEAU
faire d'une plante, se dressant sur ses racines hors du socle, une lampe ou tout autre objet, constitue un non-sens.
Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que, dans toute œuvre d'art, la forme générale doit être belle; qu'elle soit purement imaginative et d'expression abstraite ou d'essence naturelle, c'est sa première condition. Le décor ne peut qu'intervenir ensuite pour la mettre en valeur, compléter et accentuer son expression; mais l'accessoire ne peut sans danger prétendre au rôle principal.
Donc, sans demander tout à la nature, mais aussi sans la renier, nous sommes dans la vérité; restons-y, sans nous occuper des erreurs du voisin.
Que dire aussi de l'introduction chez nous de ces légendes nébuleuses ou macabres, venues d'outre-Rhin, dont la figuration en œuvres de cauchemar voudrait nous impressionner?
Le premier moment de surprise passé, que reste-t-il d'admissible de ces histoires vagues et ténébreuses, qui n'ont même pas, comme le Petit-Poucet ou Barbe-Bleue, l'excuse d'avoir bercé notre enfance, et comment voudrait-on nous passionner par l'expression de ces fantasmagories que notre esprit clair et précis se refuse à concevoir?
Tout cela, Anglais, Belges, Allemands, Suédois, sonne faux pour nous Français; le bon sens public en fera justice un jour et s'affranchira de la maladie moderne, le snobisme, qui nous le vaut.
Malgré cet espoir, nos craintes subsistent. L'une d'elles, concernant le public, est que celui-ci, se reprenant et jugeant l'impuissance créatrice de ses artistes, ne revienne en arrière et à l'affection pour ces arts de notre passé, du moyen âge au Louis XV, dont nous n'avons cessé de condamner la copie. Une autre de nos craintes, comme nous le disions au début de cet article, c'est que nos artistes, à ce même moment, ne retrouvent plus en eux les qualités natives et originales qui faisaient le succès de leurs œuvres dans leur pays et à l'étranger, et qu'il faille l'effort, peut-être inutile, de plusieurs générations pour les reconquérir.
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L'Exposition de 1900 est proche, tâchons au moins d'y figurer en novateurs et non en satellites des étrangers, qui n'y viendront que pour faire consacrer leur apparente supériorité et leur esprit d'initiative.
Pour créer cet art nouveau, nous n'avons qu'à regarder immédiatement autour de nous, à étudier notre propre pays; nous verrons que sa caractéristique est le bon sens, la logique, un sain équilibre des idées et des choses, la satisfaction d'une vie relativement gaie et facile sous un climat tempéré et équilibré comme lui, dans une nature vraiment belle, riche et productive.
Nous ferons ainsi des demeures claires et gaies, ayant de larges ouvertures, laissant pénétrer le joyeux soleil et la vie, chassant l'idée de mystère et de méfiance commune, des œuvres de formes belles et compréhensibles, obtenues sans tortures ni peines, des meubles engageants à la vue, satisfaisant à l'usage, comme au xviii^e siècle! Que notre coin de nature y chante partout son incomparable et brillante chanson et les remplisse de sa poésie; que la véritable couleur y brille