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REVUE DES ARTS DÉCORATIFS TOME XI
COULOMMIERS. - IMPRIMERIE PAUL BRODARD.
UNION CENTRALE DES ARTS DÉCORATIFS --- REVUE DES ARTS DÉCORATIFS ONZIÈME ANNÉE 1890-1891 Rédacteur en chef : VICTOR CHAMPIER PARIS PALAIS DE L'INDUSTRIE Porte VII.
UNE EXPOSITION DE LA PLANTE PROJET PRÉSENTÉ AU CONSEIL D'ADMINISTRATION DE L'UNION CENTRALE PAR M. LUCIEN FALIZE M. Lucien Falize, membre du Conseil d'administration de l'Union centrale des Arts décoratifs, l'artiste délicat et érudit qui a offert à l'admiration du public tant d'œuvres exquises au Champ de Mars, en 1889, vient d'avoir une idée dont on comprendra du premier coup la signification et la portée : c'est d'organiser une exposition de la Fleur ou plutôt (ce joli titre est trop spécial) de la « Plante ». Son projet a été soumis par lui à ses collègues de l'Union centrale sous forme de rapport et a été accueilli avec l'enthousiasme que l'on devait attendre de la part des esprits distingués, des ama-
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS teurs, des chefs d'industrie placés à la tête de notre association et qui, mieux que personne, se rendent compte des bienfaisants résultats qu'aurait une exposition de ce genre. Nous nous empressons de publier ici ce document. L'idée est lancée, le projet est approuvé. Il reste à déterminer les conditions dans lesquelles il sera exécuté, et si ce sera en 1891 ou bien en 1892. Nos lecteurs voudront sans doute nous faire connaître leur avis à cet égard. C'est avec plaisir que nous recevrons leurs communications. --- Les Expositions universelles sont des événements dans la vie des peuples, elles sont la glorification du travail et de l'intelligence, elles ont dans l'ordre économique et politique une haute portée; mais si le philosophe en apprécie l'influence moralisatrice, elles ont une durée trop courte pour permettre aux plus diligents et aux mieux avisés de tout voir et de tout comparer. Ces expositions attirent une foule considérable, leur succès est consacré par des fêtes dont l'éclat et le bruit troublent l'étude. Elles passent, on en reste ébloui, charmé, et quand on se ressaisit et qu'on essaye de retourner en arrière, tout a disparu, tout est dispersé. Ces réflexions, chacun les a faites. Elles se sont produites après les Expositions de 1876 et de 1878. Elles devaient se présenter encore après la magnifique Exposition de 1889. Comme nous autrefois, Messieurs, vous voudriez reprendre chapitre par chapitre le gros livre que vous avez feuilleté trop vite. Vous voudriez le mieux lire. C'est le regret qu'avaient eu vos collègues en 1879 et c'est d'une telle pensée qu'est née la série des Expositions technologiques qu'a organisées l'Union centrale. Nous avions jugé utile de refaire alors en détail l'examen des industries d'art qui avaient figuré en bloc dans l'Exposition universelle de 1878 et vous connaissez le classement que nous avions adopté. Les grandes divisions étaient celles-ci : Les métaux; — les tissus; — les papiers; — les peaux; — le bois; — la pierre; — la terre; — le verre; — et la plante. Cette classification avait l'avantage de réunir par groupes, des métiers dont l'analogie est évidente et d'opposer, en une méthode claire et instructive, aux productions de nos artistes et de nos ouvriers, les collections rétrospectives de produits identiques. De cette comparaison découlait un enseignement, et le succès a été grand des trois expositions que nous avons faites. Le métal a suffi à remplir l'exposition de 1880, car c'était l'histoire comparée de l'orfèvrerie, du bronze, de la serrurerie et des armes. En 1882, nous avons fait l'exposition du bois (mobilier), des tissus et du papier, et ce fut, vous vous en souvenez, une étude intéressante; elle comprenait le mobilier, le costume, le livre et l'image. Enfin, en 1884, notre Société exposait la pierre, le bois (construction), la terre et le verre, faisant ainsi l'histoire de l'habitation, celle de la céramique, de la verrerie et des émaux. Nous avions donc réalisé notre programme entier, à l'exception de deux chapitres, celui des Peaux et celui de la Plante. Il fut question en 1886 de les réunir en une seule exposition, mais ce projet fut différé et je ne vous propose pas aujourd'hui de le reprendre, mais de faire une exposition très différente des précédentes et qui n'aura qu'un seul titre :
UNE EXPOSITION DE LA PLANTE LA PLANTE Ce ne sera plus une Exposition technologique, mais une Exposition dont l'art décorait sera le thème unique et absolu; nous n'y appellerons plus les métiers par catégories, nous les convoquerons tous, mais en écartant tous les éléments étrangers à notre sujet. Vous vous souvenez qu'en 1880, en 1882 et en 1884, nous exposions à côté du produit manufacturé, la matière première, que nous montrions l'atelier en travail; c'est la technique du métier que nous expliquions, nous voulions instruire le public, l'intéresser, lui expliquer les phases diverses de chaque industrie; nous n'y voulons pas revenir, le but a été atteint. Ce qu'il faut dégager à présent, c'est l'idée esthétique, c'est la pensée décorative, c'est le style. On nous accuse de ne pas avoir de style ou de mal appliquer les styles anciens. Il nous paraît que pour étudier les styles et en retrouver la source, il faut reprendre le modèle d'où presque tous sont dérivés : la Plante. C'est la plante qui, dans tous les arts, chez tous les peuples et dans tous les temps, a servi de type initial : arbre ou fleur, feuille ou graine, fruit ou racine, nous la retrouvons comme principe de forme et de couleur. La copie de la plante est plus généralisée que celle de la figure humaine et que celle des animaux; elle est l'origine de toute ornementation, elle apparait naïve ou rudimentaire et se transforme peu à peu par le caprice et l'imagination, se décompose ou se complique, et par des interprétations successives, devient pour l'architecte et pour le peintre, le céramiste et le tisserand, l'orfèvre et le verrier, une grammaire qui a ses lois, ses traditions et ses règles. Je n'ai pas ici la prétention de vous démontrer, Messieurs, ce que vous savez tous et de faire à propos de la plante un cours que d'autres feront mieux durant l'Exposition même, avec les exemples qu'ils auront sous les yeux. Mais vous savez qu'il serait facile de raconter l'histoire des styles par la fleur et de démontrer que chaque peuple a pris pour orner ses temples, ses meubles, ses ustensiles, la plante qui poussait en son pays. Le lotus est aux Égyptiens, comme la marguerite aux Assyriens. Vous vous rappelez la jolie fable que raconte Vitruve et comment Callimaque inventa le chapiteau corinthien en copiant les feuilles d'une acanthe sauvage qui avaient poussé autour d'une corbeille placée sur la tombe d'une jeune fille de Corinthe. Pour décorer leurs vases, les peintres de l'Étrurie et de la Grande-Grèce dessinaient les palmes qui croissaient au bord de la mer bleue alors comme aujourd'hui; dans les tapis de la Perse, vous retrouvez l'œillet, la feuille du marronnier dans les sculptures mauresques; nos cathédrales françaises reproduisent en délicates sculptures la flore de nos champs et c'est hier que le Japon nous a ramené cet amour des fleurs et des végétations prises en leurs attitudes les moins apprêtées. C'est sollicités par cet exemple récent que nos dessinateurs sont revenus à l'étude de la nature. La plante est infinie dans ses aspects, gracieuse dans sa fleur, fine en ses racines, altière et robuste par la solide architecture de ses grands arbres, délicate et souple sur ses longues tiges vertes, variée dans le dessin des feuilles. Les graines ont, des plus grosses aux plus ténues, des dessins imprévus et constituent des jeux de fonds; les bulbes et les oignons donnent des profils de vases; les fruits ont prêté leurs formes à tous les besoins de l'homme, la pomme, la fraise, l'artichaut, la figue, l'ananas, la gourde, le melon, le gland, la pomme de pin, sont des types parfaits que nous avons dérangés et non perfectionnés. Avec le microscope on découvre dans le calice d'une fleur, dans l'ovaire, dans les organes les plus secrets de la plante, dans la chair du fruit, dans le tissu de la feuille, des trésors d'ornementation non encore explorés; l'écorce de l'arbre est un modèle pour le ciseleur; les fleurs
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS des jardins ont toutes les harmonies de la couleur et je n'en finirais pas s'il fallait analyser toutes les beautés que nous offre le règne végétal et que l'art exploite sans les pouvoir épuiser jamais. C'est pourquoi, Messieurs, comme premier chapitre à l'Exposition, je vous propose de placer la Plante Vivante. Il faut inviter nos horticulteurs à s'associer à nous. Ils apporteront leurs fleurs, non pas seulement les plus rares, mais aussi les plus simples. Pour cette fois, ils tairont leurs préférences. Ils trouveront des serres ou vivront les orchidées les plus étranges, mais ils nous montreront les herbes des champs et les plantes les plus humbles. Nous jouirons, toute une saison, des fleurs, des fruits, des légumes et des herbes. Le jardin ne sera plus la parure de l'exposition, mais une partie du musée, un recueil de modèles exposés vivants et posant pour les artistes et les élèves. La Société d'Horticulture ne refusera pas ses conseils et son aide à notre société et il faut, dès à présent, s'entendre avec elle pour cette utile et précieuse collaboration. La deuxième partie de notre Exposition, la plus importante, sera celle des Industries d'art. Ici, Messieurs, je vous propose d'admettre toutes les industries où l'art décoratif joue un rôle, mais de repousser absolument tout ce qui sera hors de ce cadre. On pourra faire une sélection, car les Exposants ne nous manqueront pas et ce sera déjà un mérite que d'avoir été reçu dans cette exposition. Je crois que nous pourrons, sous le titre général de LA PLANTE, appeler tous les métiers que nous avions admis séparément dans les Expositions précédentes et conserver les grandes divisions primitivement déterminées : 1. Les métaux; — 2. Les tissus; — 3. Le papier; — 4. Les peaux; — 5. Le bois; — 6. La pierre; — 7. La terre; — 8. Le verre. Il n'est pas nécessaire aujourd'hui de vous dire les subdivisions de ces 8 groupes. Vous savez qu'ils contiennent tous les arts qui nous intéressent et auxquels appartiennent les clients et les amis de l'Union centrale qui, depuis six ans, nous reprochent de les oublier. Nous allons les convoquer et leur proposer un programme clair, nouveau, attrayant. Que leur demanderons-nous? D'exposer tout ce qui, dans leur fabrication ancienne ou récente, emprunte à la plante un élément de forme ou de décor. Nous ne voulons pas exclure la figure humaine, ni la représentation des animaux, ni la combinaison des lignes géométriques, mais nous exigeons que la plante se mêle à ces divers modes d'ornementation. C'est elle qui donne entrée chez nous. Nous n'exigerons pas davantage que l'exposant n'apporte que des produits nouveaux, des compositions inédites; il nous plairait au contraire qu'un céramiste, qu'un fabricant de papiers peints ou d'étoffes imprimées ou tissées nous montrât tout ce que, depuis vingt ou trente années, lui et ses dessinateurs ont su extraire de la plante et de la fleur. Mais ce que nous voulons surtout, c'est qu'en vue de cette exposition, des œuvres nouvelles et originales soient créées. C'est pour cela que nous vous demandons, Messieurs, de prendre, dès à présent, un parti, et si notre idée vous agrée, de faire savoir sans retard que cette Exposition aura lieu, où et quand elle ouvrira. Il faut un an au moins pour la préparer, il faut aux artistes et aux maîtres le temps de rechercher leurs modèles dans la nature. Vous n'accorderez de récompenses qu'aux œuvres exécutées suivant les programmes que vous allez faire. Donc, orfèvres et bronziers, tapissiers et brodeurs, dentellieres, fabricants de soieries, graveurs, imprimeurs, libraires, photographes, fabricants de papiers peints, relieurs, tabletiers, sculpteurs et ébénistes, menuisiers, laqueurs, lapidaires, céramistes, émailleurs, ver-
UNE EXPOSITION DE LA PLANTE riers, peintres, etc., sont avec les artistes et les ouvriers qu'ils emploient, admis à ce concours dont la plante sera le thème préféré. A côté et parallèlement aux produits de l'industrie, seront dans une 3e classe les œuvres d'artistes, peintures décoratives, sculptures, dessins, modèles, maquettes, projets non encore exécutés, mais tous ayant un rapport direct avec la plante. Je n'ai, jusqu'à présent, parlé que des Expositions industrielles et artistiques. Revenant aux anciennes traditions de notre Société, je pense faire aux Écoles une large place. Ce sera la classe de l'enseignement, la 4e. Y seront admises toutes les écoles de dessin, mais en bornant les concours à la copie de la plante et aux compositions s'inspirant d'elle. Nous inviterons les éditeurs de livres et de gravures à nous apporter tout ce qui peut aider à l'enseignement en cette voie, ouvrages de botanique, traités de science ou études faites au point de vue de l'art. Des conférences, des cours, compléteront le caractère pédagogique de l'exposition. Les élèves des Écoles trouveront, comme les ouvriers de nos ateliers, profit à suivre ces leçons qui expliqueront le but poursuivi par l'Union centrale. Il appartiendra à votre Commission d'Enseignement de faire ce programme et vous aurez des maîtres pour lui donner le développement scientifique, la démonstration artistique et les aperçus historiques. Ce qui achèvera cet enseignement, ce qui aidera à ces cours et les rendra intéressants pour les yeux, ce sera la section rétrospective qui formera la 5e et dernière classe. Il suffit, Messieurs, que j'indique l'idée, vous avez deviné d'avance tout le parti que vous en pourrez tirer. L'objection faite par les collectionneurs à nos dernières tentatives d'emprunt était celle-ci : « Les objets d'art ne changent pas, on les a vus déjà, on ne peut pas remettre toujours les mêmes choses sous les yeux du public. » Nous aurons à répondre à nos amis que depuis huit ans nous ne leur avons rien demandé, que leurs collections se sont enrichies ou modifiées ; mais c'est le classement nouveau de ces objets qui leur donnera un intérêt nouveau. On ne le recherchera, on ne les présentera qu'à cause du principe ornemental dérivé de la plante. Nul objet d'art ancien ne figurera, que s'il contient cet élément décoratif. Mais dans quel ordre sera classé ce musée rétrospectif de la plante ornementale? Deux méthodes peuvent être proposées. L'une qui serait parallèle à celle que nous adoptons pour les produits modernes et qui consisterait à ranger les collections rétrospectives de quelque style et de quelque temps qu'elles soient, dans les 8 grandes divisions correspondant au métal, aux tissus, au papier, aux peaux, au bois, à la pierre, à la terre et au verre. L'autre qui correspondrait aux styles ou suivrait l'ordre chronologique. Exemple : on rangerait dans une même salle tous les objets persans, qu'ils fussent de cuivre ou de terre, de laine, de soie, de pierre ou de bois. Ces deux systèmes peuvent être également adoptés et c'est à la Commission du Musée qu'il appartiendra de décider; si notre avis nous était demandé, nous inclinerions à préférer le premier système parce qu'il serait d'une étude plus prompte et plus facile pour les artistes et les industriels qui forment notre clientèle. En outre, cela simplifierait les divisions. Nous aurions 8 groupes nettement définis correspondant aux 8 groupes de l'industrie. Nous serions certains d'avance de ne pas avoir de lacunes et rien ne s'opposerait à ce que, dans chacun de ces groupes, on établit des subdivisions par époques ou par styles.
REVUE DES ARTS DÉCORATIFS Il me paraît logique et instructif d'établir un parallélisme complet entre les produits modernes et les produits de l'art ancien. Je ne crois pas avoir à vous entretenir aujourd'hui des concours. Il appartiendra à une commission spéciale de les déterminer, mais il faudra les rendre précis, ne demander que des objets d'une utilité réelle et relever avec éclat la valeur des récompenses. Deux questions sont encore à poser. Où se fera cette Exposition? Et quand se fera-t-elle? Il serait préférable de ne pas quitter le palais où nous vivons et dans lequel ont eu lieu, depuis 1875, les huit Expositions de l'Union centrale. C'est nous qui les avons commencées; nous avons pris en face du pays ce rôle d'instructeurs, et les premiers parmi nos artistes et nos chefs de l'industrie proclament qu'ils doivent à l'Union centrale, à ses Expositions, à sa méthode, la plus grosse part de leurs progrès. De même avons-nous fait pour les Ecoles. C'est de l'Union centrale qu'est parti le mouvement qui a modifié l'enseignement du dessin. L'Etat s'est fait, depuis, le propagateur de notre programme. Or, toutes ces expositions, ces démonstrations, ces luttes et ces victoires ont eu lieu ici, dans le palais des Champs-Élysées. C'est notre terrain; d'autres y sont venus ensuite, mais nous y sommes entrés les premiers et nul ne s'y trompe. Je sais bien que ce palais a été promis pour 1890 et pour 1891 et qu'il y aura de sérieuses difficultés à l'obtenir à l'époque qui conviendrait; il a toujours fallu attendre que l'Exposition des Beaux-Arts fût close. Après l'enlèvement des tableaux et des statues, l'installation de nos exposants demande un grand mois; il s'ensuit que nous ne pouvons pas ouvrir avant les premiers jours d'août. Alors Paris n'est plus dans Paris, nous n'avons plus notre public et la leçon est donnée en pure perte. Une autre objection capitale s'ajoute à celle-là. C'est que pour une Exposition florale, nous perdriions ainsi les mois de printemps. A tous égards, il faut donc que notre Exposition commence le 1er mai au plus tard et mieux encore le 1er avril. Obtiendrons-nous jamais le Palais de l'Industrie pour cette date? Si quelque circonstance heureuse y pouvait aider, si par un accord habilement préparé longtemps à l'avance les artistes consentaient à nous céder la place en 1892 et à s'en aller, pour cette fois, tous ensemble au Champ de Mars, je serais d'avis de retarder jusque-là, c'est-à-dire de remettre à deux ans l'Exposition de la Plante. Sinon, ce serait en 1891 qu'il faudrait la faire, mais en nous transportant nous-mêmes, en ce cas, aux Palais du Champ de Mars, avec nos serres, nos plantes et en y commençant le 1er avril. C'est, vous le voyez, Messieurs, un grand et vaste projet qui mérite votre étude et toutes vos réflexions. Je crois qu'il justifiera le titre que vous avez donné à notre Société, car il relève plus que tout autre des Arts décoratifs. Vous remettrez ainsi un peu d'ordre dans nos écoles et dans nos ateliers. Vous apprendrez aux élèves et aux maîtres où ils doivent chercher l'inspiration directe sans pasticher les modèles et emprunter aux décors voisins. Vous prendrez l'avance sur les Ecoles étrangères qui sont assoiffées de progrès, avides de nouveau; mais ne laissez pas l'idée improductive, d'autres s'en empareraient : Anglais ou Allemands en feraient un instrument de réclame, un moyen de propagation; ils ont le don de s'assimiler tout ce qu'ils glanent et de l'exploiter à leur profit.
UNE EXPOSITION DE LA PLANTE Ce n'est pas une idée personnelle, croyez-le bien. Elle est dans l'air; si je m'en suis fait l'apôtre depuis dix ans, c'est parce que je vis avec vous, parce que je travaille entre l'ouvrier et l'artiste et que je cherche à comprendre les tendances du goût public. Nous revenons, après avoir vagabondé par tous les chemins, à la seule étude sage et bonne, à celle que suivaient nos pères, qu'ont suivie tous les peuples, avec leur simple instinct, leurs traditions, leur religion, leur goût. Nous regardons ce que la terre nous donne et, dans l'herbe, dans la fleur, dans le fruit, dans l'arbre et dans la feuille, nous retrouvons tous les principes de décor du passé, nous y trouvons aussi l'inspiration nouvelle de demain. Il faut apprendre l'ornement d'après nature, comme on apprend à peindre et à modeler d'après le modèle vivant; la Plante ne nous fera pas oublier la beauté de la femme, la grâce de l'oiseau, la fantaisie à trouver dans le papillon et dans l'insecte. Galland, dont nous possédons les merveilleux dessins, étudiait en même temps d'après l'homme et d'après la fleur, et je n'ai pas songé à introduire dans notre style français les lois décoratives de l'Islam. Je vous demande donc, Messieurs, de discuter ce programme et, s'il vous agrée, de nommer une commission de 3 ou 4 membres pour en poursuivre l'étude. Dès à présent, je vous propose comme titre unique de l'Exposition ce simple mot: LA PLANTE Et je vous demande d'établir cinq grandes divisions. 1° Exposition horticole. — La Plante vivante. 2° Exposition industrielle. — Application de la Plante à la décoration ou à la forme des produits manufacturés. 3° Exposition artistique. — Peinture décorative, dessins, sculpture, modèles où la plante entre comme élément décoratif. 4° Exposition de l'enseignement. — Ecoles de dessins; exercices et concours ayant la plante comme thème. — Bibliothèques, livres, publications ayant trait à la plante. — Conférences, leçons. 5° Exposition rétrospective. — Collections, objets anciens ou modernes de tous styles classés suivant un ordre méthodique tendant à démontrer le rôle de la Plante dans l'art décoratif. Une 6° classe doit nécessairement compléter cet ensemble. Elle aurait pour objet l'art des jardins dans le passé et dans le présent. Il appartient, à propos de la Plante, de ne pas oublier que la France a eu Le Nôtre, le grand architecte des jardins, et qu'elle a un autre grand artiste dans M. Alphand. Avec la collaboration de celui-ci, nous pourrions donner à notre Exposition un cadre digne d'elle. Cette Exposition sera ouverte à tous ceux qui se conformeront au programme sans distinction de nationalité, c'est-à-dire que les étrangers y seront admis au même titre que nos nationaux, qu'ils ne pourront pas former de groupes et qu'ils concourront aux mêmes récompenses. LUCIEN FALIZE.

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