Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

Plaisir de France JUILLET 1962 ANTIQUAIRES ET DECORATEURS AU GRAND PALAIS

Page 2

PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue Mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL RÉDACTEUR EN CHEF : OLIVIER QUÉANT --- Sommaire JUILLET 1962 No 285 - D'un mois à l'autre « C'est dans le Larousse ! »... par Olivier Quéant.. .. .. .. .. .. .. 1 - Au Musée du Louvre Dix siècles de joaillerie française, par Paul Lorenz.. .. .. .. .. .. .. 2 - Notre voyage en pays tchèque Prague, la ville d'or, par Jean-Paul Garnier.. .. .. .. .. .. 12 - Le premier château de Bourgogne Epoisses, par René Briat.. .. .. .. .. 22 - Une étude d'art Mais si, ils savent « dessiner »! par Roger Baschet.. .. .. .. .. .. 32 - Au Grand Palais Les antiquaires et les décorateurs, par Guy Weill-Goudchaux .. .. .. .. 38 - Les enchères Grandes Ventes, par Raymonde Wilhélem 48 - Plaisir de la maison, par Anne Fourny — Une péniche modèle : Paul-Émile Victor à Paris... mais sur l'eau 50 — Vases improvisés pour bouquets d'été - Une page d'humour Tous les chapeaux du monde, par La Mazère .. .. .. .. .. .. 58 - Nos chroniques : la sélection du mois Théâtre, par Yves Florenne .. .. .. .. 60 Cinéma, par Marcel Lasseaux .. .. .. .. 62 Expositions, par René Barotte .. .. .. .. 64 Lettre de Belgique, par Michel de Loing 66 Livres, par Yves Gandon.. .. .. .. .. 68 Disques classiques et contemporains, par Gustave Samazeuilh. Le bridge. Notre jeu des emblèmes. --- DANS NOTRE NUMÉRO D'AOUT Les Grandes Expositions : LES FLORALIES DE VALENCIENNES, par Jeanine Delpech, et MOLIÈRE A VERSAILLES, par R. Kanters. Un double voyage : LES DEUX ESTRÉMADURES, par Marcel Schneider. Art religieux : LE NOUVEAU TRÉSOR D'ANGERS, commenté par P.-M. Auzas. Architecture et décoration : HUIT MAISONS DES ÎLES ATLANTIQUES, par Anne Fourny. Nos chroniques habituelles, ET LA SOLUTION DE NOTRE JEU DES EMBLÈMES. --- NOTRE COUVERTURE : Inspirée de la Chine, une petite « fabrique », telle qu'on les concevait au XVIIIe siècle. Elle en a le côté pittoresque et éphémère. De lignes fines, peinte en deux tons, elle a été dessinée et décorée pour la foire des Antiquaires, par MM. J.-P. Hagnauer et J. Prud’homme Béné dans l'esprit des « folies » d'autrefois. À l'intérieur, les meubles sont français, signés des plus grands noms : sièges estampillés Lelarge, table trictrac à pieds sculptés en branches, de Kintz, un guéridon de Carlin, deux paravents de Canabas. Empruntés aux arts d'Orient, les objets ont été choisis en fonction de l'architecture : un singe cloisonné, deux chats de faïence, de Chine, deux colombes, un cerf en fer damasquiné de Perse, des boîtes de laque du Japon, un tapis de lin, du Thibet. Planté par Gillet, le jardin est lui aussi inspiré par l'Orient. L'ensemble représente la parfaite synthèse de ce qui avait été demandé aux antiquaires décorateurs par M. Delbée, Président de la Société des Décorateurs français. (Photographie Chadefaux-Basnier.) --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (textes et gravures). Copyright by Plaisir de France 1962. Les manuscrits non insérés ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.

Page 3

PUREZZA DI LINEA E PERFEZIONE DELLA MECCANICA ALFA ROMEO Giulietta - 7 cv - 1300 cm³ Modelle --- Km/h --- Berline TI --- 155 kmh --- Sprint --- 165 kmh --- Sprint Veloce --- 180 kmh --- Spider --- 165 kmh --- Spider Veloce --- 180 kmh --- Sprint Speciale --- 200 kmh --- Les modèles ALFA-ROMEO sont importés en France par Renault et distribués par un réseau d'Agents spécialisés --- ALFA ROMEO

Page 4

USA? TWA! TWA connaît mieux l'Amérique New York ou la Californie? Faites tout le voyage par TWA! Cet été 500 vols TWA chaque jour seront à votre disposition aux U.S.A.; et 46 SuperJets par semaine assureront la liaison entre l'Europe, le Moyen-Orient et un toujours plus grand nombre de villes américaines. TWA est la seule compagnie aérienne qui relie les principaux centres d'Europe, d'Afrique et d'Asie à 70 villes importantes des U.S.A. Préparez votre voyage d'affaires ou vos vacances dès maintenant. Partez en utilisant un seul billet, une seule compagnie aérienne! Adhérez au club des 6.000.000 de personnes qui parcourrent le monde chaque année par TWA. Consultez votre Agent de voyages ou TWA, 101, Av. des Champs-Élysées 5, rue Scribe Paris - Tél. BALzac 10-83 USA · Europe Africa · Asia depend on TWA Plaisir de France

Page 5

Dans leur nouvelle boutique... 34, RUE BONAPARTE DANTON 94-95 et chez tous les Décorateurs de Classe (adresses indiquées volontiers sur demande) --- TISSU ET PAPIER PEINT « LES CHANSONS DE FRANCE » NOBILIS SUZANNE FONTAN --- TISSU « LES JARDINS DE YOSHIWARA » - PAPIER « GRASS CLOTH » SUZANNE FONTAN NOBILIS --- TISSU ET PAPIER PEINT « SRINAGAR » IMPRESSIONS DE PARIS --- TISSU « DON JUAN » - PAPIER « RAYURE AMBASSADE » DE NOBILIS ANNA FONTAINE --- Phot. Edith Michaels. --- PLAISIR DE FRANCE

Page 6

CHAMONIX MONT-BLANC LA STATION DES 4 SAISONS NOUVEAU CASINO Roulette - 30 et 40 - Chemin de fer - Boule RESTAURANT « LE ROYAL » DÉJEUNERS, THÈS ET DINERS DANSANTS THÉÂTRE - MUSIC-HALL - CINÉMAS GRAND CONFORT HOTELIER 80 Hôtels toutes catégories TOUS LES SPORTS EN TOUTES SAISONS À quelques heures de toutes les Capitales par l'AVION (Aérodrome de GENÈVE) par le RAIL (Direct PARIS-SAINT-GERVAIS) par la ROUTE (Excellente HIVER comme ÉTÉ) --- m.flachet décorateur 6 bd malesherbes paris 8° anj 43-14 et 2 rue raynardi nice PRÉSENTE SES CRÉATIONS MEUBLE D'APPUI TRAITÉ EN BUBENGA MARQUETÉ ET LAQUE NOIRE Plaisir de France

Page 7

De l'Infiniment petit à l'infiniment grand avec un Retina Kodak Les appareils RETINA, fabriqués en Allemagne par KODAK-Stuttgart, vous offrent tous les derniers perfectionnements de la technique photographique allemande dans le domaine de l'automatisme débrayable et de la visée reflex mono-objectif. --- Retina Automatic II Appareil entièrement automatique avec choix des vitesses d'obturation et possibilité de débrayage de l'automatisme. Obturateur Compur de 1/30 à 1/500 de sec. et pose B. Prise de synchronisation pour lampes-flash. Blocage automatique du déclencheur en cas de luminosité insuffisante ou excessive (avec apparition du signal STOP dans le viseur). Viseur à cadre grande image avec indicateur lumineux des distances. --- Retina automatic III Appareil entièrement automatique avec choix des vitesses d'obturation et possibilité de débrayage de l'automatisme. Objectif Retina Xenar 45 mm. f. 2.8 traité. Obturateur Compur de 1/30 à 1/500 de sec. et pose B. Prise de synchronisation pour lampes-flash. Blocage automatique du déclencheur en cas de luminosité insuffisante ou excessive (avec apparition du signal STOP dans le viseur). Télémètre couplé. --- Retina Reflex III Objectif : soit Retina Xenar ou Ysarex 50 mm. f. 2.8 traité, soit Retina Xenon ou Heligon 50 mm. f. 1.9 traité interchangeable avec des objectifs de 28 à 200 mm. Viseur Reflex à prisme pentagonal. Présélecteur de diaphragmes. 10 vitesses de 1 sec. à 1/500 de sec. et pose B. Cellule photo-électrique couplée, avec contrôle de l'exposition à l'intérieur du viseur. Et n'oubliez pas que les très nombreux Accessoires du Système Retina décupleront les possibilités d'utilisation de votre Appareil Retina. --- PUBLICITE KODAK-GOURMETEL

Page 8

SOURIRE DE LA FRANCE EN TOUTE SAISON... Printemps, été, automne, hiver... A chaque saison sa grâce; vergers en fleurs ou plages ensoleillées, patine de l'automne sur les forêts et plaisirs du ski sur les pentes enneigées. En toute saison, le même sourire, le même accueil, le touriste n'est pas un "étranger" - c'est un "visiteur ami" devant qui la France déploie la beauté de ses sites et sa gastronomie, la douceur de son climat et l'attrait de ses châteaux, son folklore et les agréments de sa vie urbaine: musées, concerts, théâtres... COMMISSARIAT GENERAL AU TOURISME Bureau de renseignements de Tourisme 127 Champs Elysées, Paris. BALzac 12-80 FRANCE HAVAS INTER. SERV. PLAISIR DE FRANCE

Page 9

A TOUS LES ÉCHOS Histoire d'un village - Saint-Romain est un pittoresque village de Bourgogne dont le maire actif est doublé d'un poète, Roland Thevenet. « Si vous ne venez pas à Saint-Romain, a-t-il dit, Saint-Romain viendra à vous. » Et il a tenu parole en éditant un petit livre, Saint-Romain, mon village. À cette occasion, il a organisé à la Chambre de Commerce de Dijon une exposition de tous les documents concernant l'histoire de l'agglomération et de ses vignobles. Expositions dans toute la France - Les « Nymphéas » de Claude Monet ont retrouvé les bassins et les frondaisons dans le beau parc du Musée Hébert, à La Tranche-Grenoble, où ils sont restés tout le mois de juin. M. René d’Uckermann avait organisé cette exposition avec le concours de la Galerie Granoff. - Le musée de Besançon est le cadre d'une exposition internationale d'esthétique industrielle qui restera ouverte jusqu'en septembre. L'accueil fait par un musée riche en œuvres anciennes aux recherches nouvelles de l'industrie marque le souci de rénovation de la ville de Besançon. - Le 2 juin s'est ouverte, pour un mois seulement, dans l'école régionale des Beaux-Arts de Tours, une exposition intitulée : « Sept cents ans de peinture murale en France ». - Une exposition d'Art figuratif et abstrait, « Hommage à Pierre Mac Orlan », se tient au Presbytère de Saint-Cyr-sur-Morin (Seine-et-Marne) jusqu'au 1er octobre. Parmi les principaux exposants : Lurçat, Brayer, Morvan, Collamarini, Leclerc. - Une exposition Ile-de-France-Brabant est ouverte dans le château et l'Orangerie de Sceaux. Réalisée le cadre de l'accord culturel franco-belge et du jumelage du département de la Seine avec le Brabant, elle est consacrée aux relations des deux provinces dans les domaines de l'histoire, de l'art, de la littérature, de la musique. Prix et récompenses - Le Comité du Cercle d'Etudes architecturales a attribué son grand prix 1962 à Robert Le Ricolais pour « ses recherches et leur contribution à l'architecture », mettant ainsi en valeur l'invention d'éléments de construction d'une grande rigidité et d'une légèreté jusqu'alors inconnues. Recherches qui valurent à son auteur d'être appelé à enseigner l'architecture dans des universités des Etats-Unis. - Le diplôme du prestige de la France vient d'être remis à M. Roland Fraissinel, président-directeur général de la Compagnie de Navigation Fraissinet et Cyprien Fabre; entreprise due à l'association de deux familles consacrées depuis des siècles aux activités maritimes et qui exploitent aujourd'hui plus de cinquante navires. - Le Prix « Eugène Carrière », dont l'objectif est d'attirer l'attention sur des portraitistes « demeurs fidèles aux particularités du modèle tout en faisant œuvre d'art », vient d'être attribué pour le dessin à Edouard Mac'AvoY, pour la gravure à Righeith, pour la peinture à Viko, Henri Thomas et Françoise Govaert. Le jury était composé de René Hyghe, Claude-Roger Marx, Raymond Cogniat, Dunoyer de Segonzac, Pierre Descaves, Georges Duhamel, Jacques de Lacrette et Georges Houllmot. New York vu par un Européen Le peintre Emeric vient d'exposer à la Galerie Ambroise une série de grandes toiles exécutées à New York. Pendant plusieurs mois, il a sillonné la ville, plantant son chevallet dans les rues, sur le port ou au sommet des gratte-ciel, peignant dans la foule ou le vent, traduisant son émotion devant un monde si différent du sien; monde qu'il a vu puissant, coloré, animé, scintillant de lumière, très différent de celui que Bernard Buffet a voulu linéaire et dépeuplé. La saison de Vichy Vichy, ville de cure, est aussi un centre de distractions. C'est pourquoi l'effort de sa municipalité porte non seulement sur le plan médical mais sur tout ce qui constitue le côté récréatif. Outre le Festival, commencé le 17 juin et qui s'échelonnera sur trois mois jusqu'au 26 août, un riche programme permet de choisir chaque jour entre concerts, cinéma, conférences. Au calendrier également, des tournois de sport, de bridge, de boules, des expositions, des manifestations hippiques, nautiques, mondaines et jusqu'à des courses de taureaux. Chez les Antiquaires Un nouveau club vient de naître : celui des antiquaires et des libraires, dont le siège est 9, place Saint-André-des-Arts. Il a pour objectif de resserrer les liens amicaux entre les professionnels de Paris, de province et de l'étranger. Il sera un lieu de rencontre permanent, possédera une bibliothèque documentaire et permettra d'organiser des conférences, des repas, des voyages. L'année Jean-Jacques Rousseau À l'occasion du 250e anniversaire de la naissance de l'auteur de la Nouvelle Hélôse, la Suisse a pris l'heureuse initiative de faire de 1962 « l'année Jean-Jacques Rousseau ». Des manifestations culturelles, artistiques et touristiques ont déjà jalonné le mois de mai et de juin. D'autres doivent avoir lieu de juillet à décembre (Genève, Interlaken, Locarno, Lugano, Neuchâtel, Saint-Gall, Sierre, Aarau, Bâle, Berne, Lucerne, Montreux, Thone, etc.) dans la patrie de celui qui sut inviter ses contemporains à redécouvrir les beautés des eaux, des rivages et des cimes. Ces manifestations rappelleront que la Suisse est encore aujourd'hui un lieu privilégié et sauvegardé où l'homme peut reprendre contact avec des paysages que l'industrie a laissés intacts. Tapisseries brodées Le premier salon européen d'Art sacré vient d'ouvrir ses portes au Musée d'Art moderne. On y remarque deux tapisseries réalisées, d'après les cartons de Maurice André, par « les tentures d'Ile-de-France », et ayant pour titres: Résurrection et Nuit de Noël. Le procédé permet d'utiliser une très grande variété de points. Dans l'édition Un ouvrage présenté par Marcel Arland sera toujours consulté avec intérêt. C'est encore le cas pour la fervente étude de Philippe Beaussant sur l'art roman : le Jeu de la pierre et de la foi (Gallimard, édit.). Personne ne réveille mieux qu'Henri Guillemín l'intérêt de certaines œuvres du passé. Dans l'élégante collection du Sablier (Ides et Calendes, édit.), il présente les Lettres écrites de la montagne par Jean-Jacques Rousseau et le Raphaël de Lamartine. « La beauté que l'homme trouve dans la nature et celle qu'il crée de sa propre initiative » ont inspiré à Roger Caillios un court essai d'une grande nouveauté de vues : Esthétique généralisée (Gallimard, édit.). A trente ans, Jeanne la Mince et l'Amour ont beaucoup de choses à se dire. L'héroïne apprend à mentir, à tromper et même à s'ennuyer. Ce que son auteur, notre ami Paul Guth, s'entend merveilleusement à nous épargner. (Flammarion, édit.) Et même un peu farouche, par Constance Coline (Denoë, édit.), est l'histoire d'un nouvel Hippolyte aimé d'une femme plus âgée que lui. Elle l'arrache à l'uniforme allemand pour faire de lui un maquisage. Tableau d'époque. « Je t'aime parce que je ne comprends pas », dit à Dieu une jeune fille, et cet aveu nous fait supposer qu'elle s'éloignera des hommes trop compréhensibles. C'est le sujet, diaphane, de l'Invitation, par Marina de Berg (La Table Ronde, édit.). Le Chéroub, par Irma Dupont (Julliard, édit.) ou les désordres d'une femme au physique ambigu. Terrible sujet, traité avec un grand talent. Rien n'est plus éloigné du théâtre que le bon cinéma. Ingmar Bergman le prouve en publiant les dialogues, brefs et denses, de ses plus grands films : Œuvres I (Laffont, édit.). Le beau panorama en couleurs que nous proposent les Editions Sun vient de s'enrichir d'une Alsace dont le texte est d'Henri Muller. Evocations émouvantes et photographies de maîtres. Les salons littéraires parisiens du Second Empire à nos jours, de la princesse Mathilde à la duchesse Edména de La Rochefoucauld et à Mme Amédée Ponceau, pourrait-on écrire en sous-titre. Ce sujet est finement traité (Privat, édit.) par Laure Riese, professeur à l'Université de Toronto, qui, bien que suisse, fait au Canada depuis des années plus que beaucoup de nos compatriotes pour la diffusion de la culture française. Dans la collection « Amis des Arts » (Pierre Tisné, édit.) : deux ouvrages, respectivement consacrés à Rembrandt et à Corot, présentent en seize planches en couleurs les principales œuvres de ces artistes accompagnées de commentaires. Livres de vulgarisation qui ont leur place dans toutes les bibliothèques. Léonard de Vinci, dessins scientifiques et techniques (Roger Dacosta, édit.) groupe les croquis et plans conçus par un homme qui fut, on le sait, un des plus grands inventeurs de son temps- et dont les recherches sont à la base même de nos connaissances actuelles : vol à voile, hélicoptère, navigation, nage sous-marine, scaphandre, pompes, ponts tournants, artillerie, chars de combat, pour ne citer que quelques-unes de ses études. L'ouvrage entoure pour nous ses précieux carnets de croquis. Choix et présentation des dessins par Pierre Huard et Mirko Drazen Grmek, professeurs l'un de l'Académie de Rennes, l'autre de Zagreb. « Paris » vu par Marcel Brion et par le photographe Willy Ronis ne pouvait être présenté que d'une manière originale. Évitant le terrible écueil du déjà vu, les auteurs ont montré la ville sous des aspects où dominent l'harmonie, la simplicité, l'intimité, où le passé se mélange au présent (Arthaud, édit.). C'est également chez Arthaud que paraît Entre ciel et terre ; encore un livre d'où se dégage une poésie puissante: celle de la montagne évoquée par deux alpinistes chevronnés: Gaston Rebuffat et le photographe Pierre Taïraz. Extraordinaires randonnées de quelques hommes conduits par leur audace dans les plus beaux paysages du monde : les massifs du Cervin et du Mont-Blanc. --- Plaisir de France

Page 10

SOCIÉTÉ DES DÉCORATEURS FRANÇAIS PARIS 8 9, rue Royale - Tel. ANI 1-52 --- ALAVOINE, 42, av. Kléber, Paris 16e BARROUX, 6, av. d’Eylau, Paris 16e BECHARD, 17, rue du Cherche-Midi, Paris 6e BELUZE et FACQ, 184, rue du Fbg St-Honoré, Paris 8e BEURDELEY, 4, rue de l’Elysée, Paris 8e CARLHIAN, 73, quai d’Orsay, Paris 7e Jacques GILLE, 44, rue d’Artois, Paris 8e GRELLOU, 9, rue Laugier, Paris 17e GUIRAUD, 90, rue de Grenelle, Paris 7e HAGNAUER, 10, rue de Seine, Paris 6e JANSEN, 9, rue Royale, Paris 8e LEFEBVRE VILLARDEBO, 2, rue Rotrou, Paris 6e MAUNY, 25 bis, rue Franklin, Paris 16e MERCIER, 100, fbg Saint-Antoine, Paris 12e OLIVIER-MERSON, 46, rue d’Artois, Paris 8e PRUD’HOMME BÉNÉ, 27, rue Saint-Louis-en-l’Isle, Paris 4e RAPHAËL, 24, rue François-1er, Paris 8e Serge ROCHE & J. ROTIL, 279, rue Saint-Honoré, Paris 1er

Page 11

D'UN MOIS A L'AUTRE JUILLET 1962 « C'EST DANS LE LAROUSSE!... » Rue de Richelieu. Les mains sur le volant, à l'allure, devenue habituelle, du pas, je suis la file. D'une rue adjacente, une voiture débouche, sur ma gauche. Son conducteur veut passer avant moi et, d'autorité, pousse une roue dans l'étroit intervalle qui sépare ma voiture de celle qui la précède. Si je continue d'avancer, infailliblement je cause un double dégât. L'homme a compté là-dessus pour me forcer à m'arrêter. Je freine. Le voilà maintenant devant moi. Sa première incartade ne lui suffit pas. Changeant brusquement de file, il force un autre conducteur à lui céder le pas. Confiant en sa méthode, il renouvelle ses « queues de poisson ». Le train s'accélère. Ma file avance plus vite que la sienne. Je le rattrape et, arrivé à sa hauteur, arrêté par un feu rouge, je baisse ma vitre de son côté, je le regarde (c'est un homme d'une trentaine d'années) et lui dis, tranquillement : « Monsieur ! Connaissez-vous le mot « courtoisie » ? » Quelques secondes de réflexion, puis tourné vers moi, il me répond avec calme : « Oui ! C'est dans le Larousse ! » Ma réaction, objective : « Chapeau ! Cet homme a de l'à-propos ! » Tandis que le feu vert s'allume, je retiens une réplique : « Cela commence par un « c » ! », qui m'en vaudrait une autre, prévisible. Et puis, je réfléchis à la réponse. Elle va loin. Elle en dit long. Pour ce garçon, le mot « courtoisie », comme d'autres, existe mais ne compte pas. Il est relégué au rang d'une pièce de collection. Une plante desséchée entre deux feuillets d'un herbier avec un nom en dessous. Ainsi, pour toute une partie de la génération montante, certaines valeurs, à ses yeux périmées, ont pris leur place dans le musée de papa. Ce ne sont plus des objets de consommation. Lors d'une récente et mémorable conférence de presse un journaliste, près de moi, à propos de l'Europe, posa cette question : « Ne pensez-vous pas que la notion de patrie est de nos jours dépassée ? » Si la séance et le lieu n'avaient pas été aussi solennels, j'aurais répondu à cet humaniste évolué : « Allez donc dire cela aux Russes ou aux Anglais ! » Sans doute pour lui les noms d'Espagne et d'Irlande, voire ceux d'Alsace et de Bretagne, étaient-ils seulement « dans le Larousse ». Dans le Larousse où pourraient être bientôt enfouis comme au cimetière, recouverts d'une croix de céramique ou d'une couronne de perles, beaucoup de mots ou d'actes qui, pendant des siècles, ont été des réalités vivantes. Joli, le mois de mai ! Il est vrai qu'à notre époque tout semble s'en mêler pour causer et entretenir la confusion des valeurs et que cette « génération », dont je parlais plus haut, ne manque ni de raisons ni d'excuses pour pratiquer le scepticisme et donner dans l'aberration. Tandis que, tout ce mois durant, nous nous reviennent par le froid et par la pluie, nous croyant plutôt en mars qu'en mai, dans une capitale les derniers survivants des rois, tenant une manière de congrès, célèbraient les noces de l'héritier présomptif d'un trône ; dans notre capitale, cependant, d'autres syndicats ordonnaient la grève pour réclamer des salaires un peu moins étroits. Là-bas, une princesse était conduite à l'église dans un carrosse doré capitonné de soie rose, tiré comme dans les contes de fesses, par huit chevaux blancs. Ailleurs, dans le même temps, des ouvriers mineurs qui ne gagnent pas mille francs (anciens) par jour, étaient sévèrement réprimés. Et tandis qu'au bord de la Méditerranée une foule vibrante acclamait quelques filles couvertes de millions, sur la rive d'en face... Passons. Actualité variée par quoi on ne doit point se laisser déprimer mais on peut difficilement n'être pas déconcerté. C'est dans l'Evangile. Il est vrai, soit dit encore pour amnistier mon plaisantin de tout à l'heure, que de nombreux commandements devenus lettre morte, on pourrait dire, à son exemple : « C'est dans l'Evangile. » Et ces principes-là sont tout aussi peu appliqués que les notions confinées dans les pages du Larousse. Pour mesurer la distance qui sépare l'enseignement de l'usage, la théorie de la pratique, en matière cette fois de religion, il n'est que de lire ce petit livre de Banine : Après (1). Il fait suite à son ouvrage : J'ai choisi l'opium, dans lequel cette musulmane encouragée dans sa confidence par d'éminents religieux nous racontait sa conversion, aussi éprouvante que bénéfique, au catholicisme. Ils sont là — dans ces pages écrites à la bonne franquette et dont cependant le style révèle souvent un écrivain-né — ces principes omis ou négligés : le « Tu ne tueras point », et la vertu d'humilité, et l'appel au socialisme que les chrétiens ont laissé réaliser par d'autres au nom d'une collectivité athée. Le retour au village. Un jeune sociologue me disait l'autre jour que la vie communautaire dans ces modernes « ensembles » ou habitent des milliers de familles avait fait la preuve de ses inconvénients. Il n'y a guère dans ces cités nouvelles que de jeunes ménages et leurs enfants. Les vieux ont dû conserver leur logement plus ou moins vétuste dans les faubourgs de la ville ou leur petit pavillon individuel dans la banlieue. Les immeubles carrés, tout blancs, à multiples étages, que l'on a construits pour loger les cadres et le personnel d'un groupe d'usines, abritent surtout des ingénieurs, des techniciens, ou des employés dont la plupart ont moins de quarante ans. Il manque des vieux pour faire la balance, des vieux qui restent à la maison ou prennent l'air sur un banc, sur une place, dans un square et avec lesquels les enfants ont des échanges, comme dans les villages. Le contact est perdu entre l'alpha et l'oméga, le circuit entre les extrêmes est coupé. Une fois de plus, le progrès technique est allé à l'encontre de la nature, de la vie. A défaut d'un retour à la terre, y aura-t-il un retour au village ? Qu'est-ce que le « Plan » ? Ce projet ne figure certes pas dans le fameux « Plan » avec un P majuscule, dont, depuis des années, on nous parle périodiquement. Derrière ce mot qui pour la plupart des Français n'est guère plus qu'une onomatopée inspirée du tambour, qu'y a-t-il ? L'avenir de notre pays, de notre vie matérielle. Deux chiffres illustrent le problème : bientôt une France de 50 millions d'habitants, et une voiture pour quatre Français ! Ces habitants, où les loger ; ces voitures, comment les faire circuler ? Les sages de toutes professions qui scrutent ces perspectives ont raison de voir plus loin que le bout de leur nez, d'essayer de prévoir pour, d'avance, résoudre. On s'aperçoit alors que face à la poussée démographique et à la production industrielle sans cesse grandissante, nous manquons de tout : d'écoles et d'appartements, d'hôpitaux, d'autoroutes et d'églises. Tant pis, c'est l'été : nous sommes en vacances ! Olivier QUÉANT. (1) Stock, ed.