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PLAISIR de FRANCE ART, AMEUBLEMENT, JARDINS, MODE, TOURISME, MONDANITÉS --- SEPTEMBRE LE NUMÉRO : 7 FRANCS 13, RUE S'GEORGES, PARIS --- 1935
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PLAISIR de FRANCE ART, AMEUBLEMENT, JARDINS, MODE, TOURISME, MONDANITÉS --- SEPTEMBRE LE NUMÉRO : 7 FRANCS 13, RUE S'GEORGES, PARIS --- 1935
DANS NOTRE PROCHAIN NUMÉRO la chronique touristique sera consacrée à la CHAMPAGNE et accompagnera un article sur UN DE SES PLUS BEAUX CHATEAUX Nous donnerons encore dans ce numéro : - DES RECETTES CHAMPENOISES - SIX PAGES DE DÉCORATION AVEC DE NOMBREUSES PHOTOGRAPHIES EN NOIR ET EN COULEURS - DES IDÉES POUR LE DÉCOR DE LA TABLE - UN ARTICLE SUR LES CHARMILLES - UN INTÉRESSANT REPORTAGE SUR « LA CAMPAGNE À PARIS » - NOS CHRONIQUES HABITUELLES SUR LES LIVRES, LES EXPOSITIONS, LE THÉÂTRE, ETC., ET ONZE PAGES DE MODES DONT QUATRE EN COULEURS ET SIX EN HÉLIOGRAVURE “PLAISIR DE FRANCE” 15, RUE SAINT-GEORGES, PARIS
PLAISIR de FRANCE N° 12 SEPTEMBRE 1935. — 2e ANNÉE SOMMAIRE | Pages | |-------| | EN PAYS D'ALSACE, par GEORGES D'ANTHES.. | 2 | | STRASBOURG ET COLMAR, par LUC DIETRICH, | 7 | | CHATEAUX EN ALSACE, par H. de REINACH HIRTZBACH .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 13 | | RECETTES ALSACIENNES, par GASTON DERYS. | 16 | | LA TOUR DE SAINT-LOUP. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 17 | | UNE MAISON DE CAMPAGNE .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 23 | | MEUBLES EN FER POUR LES JARDINS.. | 24 | | LES BEAUX JARDINS DE PARIS, par LUCIEN CORPECHOT. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 28 | | LE NOUVEAU GOLF DE CHAMONIX, par ROGER BASCHET .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 30 | | VOILES..., par GEORGES-P. THIERRY. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 32 | | PORCELAINE DE SÈVRES, par EUGÈNE MARSAN. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 36 | | LE THÉÂTRE, par LUCIEN DUBECH. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 40 | | LES LIVRES, par PIERRE AUDIAT.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 41 | | LA MODE.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. | 42 | Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by « Plaisir de France », 1935. --- Phot. Occhipinti. REVUE MENSUELLE ÉDITÉE PAR « LE RAYONNEMENT FRANÇAIS », I3, RUE SAINT-GEORGES, PARIS-9e Téléphone : Trudaine 82-54 R. C. Paris 261.513 B (Selné) Chèques postaux : Paris 178.705 Le numéro : 7 francs (Étranger : port en plus.) ABONNEMENTS. — FRANCE, COLONIES FRANÇAISES ET MONACO : un an, 70 francs ; 6 mois, 37 fr. 50 ; 3 mois, 20 francs. ÉTRANGER : I. Belgique, Espagne, Italie, Luxembourg, Portugal, Suisse : un an, 80 francs ; 6 mois, 43 fr. 50 ; 3 mois, 24 francs. — II. PAYS ACCORDANT UNE REDUCTION D’AFFRANCHISSEMENT, notamment : Allemagne, Argentine, Autriche, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Congo belge, Egypte, Grèce, Haïti, Hollande, Hongrie, Mexique, Perse, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Turquie, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie, etc. : un an, 85 francs ; 6 mois, 47 francs ; 3 mois, 25 francs. — III. PAYS EXIGEANT LE PLEIN TARIF D’AFFRANCHISSEMENT : Angleterre, Etats-Unis, Pays scandinaves, etc. : un an, 100 francs ; 6 mois, 55 francs ; 3 mois, 30 francs.
La vallée de Munster. En Pays d'Alsace De l'Alsace très douce et très tendre qui parle au cœur comme une sœur ainée et de celle héroïque, âpre, grandiose, sauvage et mystérieuse je veux dire quelques mots afin que, si possible, mon amour pour elle parlant à l’âme du Français lui donne le goût de l’aller voir, la fierté de la compter en tête de ses plus belles provinces et la notion — qui ne me semble pas inutile par les temps défaitistes et troublés que nous vivons — qu’elle vaut mieux qu’une monnaie d’échange ou qu’un tampon à mettre sur la bouche avide de voisins qui la regrettent. L’Alsace est une province dans la plus vieille accep- PLAISIR de FRANCE
tion du terme et plus sans doute qu'aucune autre en France. Cela vient probablement de sa position millénaire d'État frontière en raison de quoi l'Alsacien eut de tout temps à lutter contre l'envahisseur et dut, de ce fait, vivre une vie plus personnelle à l'abri d'enceintes fortifiées. Tel le « mur païen » qui entoure la montagne de Sainte-Odile, rempart de plus de 10 kilomètres de contour, derrière lequel les premiers habitants de l'Alsace mettaient femmes, enfants et troupeaux à l'abri dès que paraissait le « Barbare » de l'autre côté du Rhin ; telles encore la plupart des villes fortifiées au moyen âge contre les grands féodaux et l'empire. Champ de bataille, elle fut aussi la voie royale par où la civilisation latine s'est introduite vers le Nord après que César eut rejeté les bandes d'Arioviste au delà du fleuve. De ces trois siècles au cours desquels la paix romaine s'est étendue sur l'Alsace il ne reste rien que quelques médailles, des bronzes et des poteries conservés dans les musées. Des périodes suivantes, carolingienne et mérovingienne, pendant lesquelles l'Alsace participa à la vie du pays franc, il ne subsiste guère davantage, et les premiers vestiges qui nous restent sont ceux des châteaux qu'élevèrent çà et là, au flanc ou au sommet des montagnes, les seigneurs féodaux. De loin le plus important était celui de la Hoh-Königsburg avant que Guillaume II l'eût fait restaurer, car, sans aller jusqu'à dire comme ceux qui tiennent pour un hommage à la France le dénigrement systématique de l'œuvre — trop souvent lourde et sans fond — des Allemands, que cette reconstruction est un crime, il est certain que, si l'on ne tient pas compte de l'intérêt architectural d'une restauration scrupuleusement exacte, la ruine, telle qu'elle dominait avant 1870 la plaine du Bas-Rhin, avait une incomparable grandeur. Un autre château, l'un des plus anciens et des mieux conservés aujourd'hui, est celui de Saint-Ulrich, au-dessus de Ribeauvillé, et dont parle plus loin le baron de Reinach. D'autres ruines encore, telles que celle de la famille d'Andlau dans le Bas-Rhin et le Freundstein aux comtes de Waldner dans le Haut-Rhin, veillent, fiers revenants d'une époque glorieuse, sur la vallée d'Alsace. Si nous y descendons, nous rencontrons les plus beaux monuments soit romans, soit gothiques de l'art alsacien. Je dis « art alsacien », car, quelle que soit l'influence étrangère qui marque les œuvres nées sur le sol d'Alsace, elles se distinguent de celles purement françaises ou purement germaniques par un quelque chose d'indéfinissable, une « nuance alsacienne » qui tient au génie même du peuple. La place me manque ici pour parler comme je le voudrais des merveilles architecturales dont les siècles ont parsemé prodigalement l'Alsace. Mais je ne veux pas omettre de citer la plus ancienne église romane, celle d'Ottmarsheim (entre la forêt de la Hardt et le Rhin), propriété d'une abbaye du xi^e siècle et qui imite fidèlement la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle; ni celle de Sainte-Foy à Sélestat, le plus beau des édifices romans en Alsace, bâti par les moines de Conques. Et pour ce qui est de l'art gothique — art plus spécifiquement français — et en dehors de la cathédrale de Strasbourg dont je me garderai bien de rien dire, car c'est de tous les monuments alsaciens le plus connu, le plus populaire et le plus admiré dans le monde entier, il me faut nommer ce chef-d'œuvre de l'art ogival, l'église de Thann, adorable réduction de cathédrale aux proportions d'une parfaite élégance et dont la flèche, terminée au début du xvi^e siècle, est une des plus fines et des plus légères qui soient au monde. Du xvi^e siècle aussi, et de la Renaissance, datent les petites villes de Riquewihr, d'Ammerschwihr et surtout de Kaysersberg, à quoi il faut tout sacrifier si l'on n'a que deux jours Près d'Eguisheim, un aspect typique de la plaine d'Alsace : vignes, blé, houblon.
Ci-dessus : la place de la Fontaine, à Ribeauvillé. Ci-contre : le village d'Eguisheim. à passer en Alsace, car d'autres provinces de France possèdent des églises romanes ou gothiques, d'autres villes françaises sont comme Boersch surmontées de tours crénelées, d'autres sont fermées par de hautes portes comme à Turckheim, on peut voir à Paris des expositions de poteries ou de meubles alsaciens, tandis que nul coin au monde ne dégage la poésie de ces petits villages ; nulle part ailleurs on ne trouvera ce frais décor de tendres légendes, ces petites places irrégulières et moussues où une fontaine sculptée chante la fuite insensible des heures, ces petites maisons aux grands toits PLAISIR de FRANCE
escarpés et d'argile centenaire, aux portes basses à large cintre, aux croisées à meneaux délicats, aux balustrades élégantes, aux poutrelles naïvement fouillées... *** J'aime l'Alsace de l'amour qu'on éprouve pour des souvenirs tendrement et mille fois repassés, et c'est pourquoi je crois pouvoir suggérer une promenade comme étant celle qui, le mieux, fera pénétrer l'âme profonde du pays. Partir de Cernay et monter au Ballon par la route nouvelle de Silberloch qui longe l'Hartmannswiller-kopf de sinistre mémoire. Le cimetière de Silberloch où voisinent, unis dans le néant, soldats français et soldats allemands, est dominé par un monument d'une grandiose et belle simplicité : une crypte où sur les trois autels, catholique, protestant et israélite, se chante le souvenir des martyrs. La route se prolonge, au flanc de la montagne, dévoilant au caprice d'un tournant la plaine d'Alsace, immense, barrée dans le lointain par la ligne douce et estompée de la Forêt-Noire et piquée de clochers. Encore vingt minutes de montée dans un parfum de résine et l'on prend la route des crêtes, chemin titanesque Kaysersberg.
et sublime si l'on songe qu'il fut tracé pendant la guerre par des soldats meurtris et abrutis par une canonade qui dans ces régions n'arrêta pas pendant cinq ans. Arrivé au Ballon, descendre par la Schlucht sur Colmar. Route longue, car on la fera lentement : il est des percées, dans la vallée éclairée par un soleil étonné d'avoir à traverser tant de forêts et dont les rayons hachés, interrompus, reprennent auprès d'une cascade une vigueur attendrie, il est des percées, des « panoramas », pour parler comme un guide, qui sont d'une splendeur quasi céleste. Et l'on arrivera, au crépuscule, à mes petits villages, le cœur préparé par la langueur mauve du soir à en goûter le charme. Enfin l'on dinera — car on ne peut se nourrir de seule poésie — à Ammerschwihr dans un restaurant dont j'ai oublié le nom si je l'ai jamais su, car c'est le restaurant d'Ammerschwihr, et là, devant une truite azurée, un Riquewihr 21 ou 29, et face aux montagnes violettes, on dira que l'Alsace est le plus beau pays du monde. GEORGES D’ANTHIES. Photographies Luc Dietrich. Paysan alsacien et son cheval.
Strasbourg et Colmar L'ombre de la cathédrale de Strasbourg. ENTRE les Vosges montantes et le Rhin, au milieu des blés denses de la plaine d'Alsace, Strasbourg, la ville des routes, amasse sa force et sa richesse au pied de la cathédrale. Traversée par sept lignes de chemin de fer, sillonnée de routes nombreuses, bourdonnante de l'activité incessante du port et des quartiers neufs, glorieuse de son passé religieux, littéraire et artistique, Strasbourg est plus qu'une grande ville de province : c'est une capitale. PLAISIR de FRANCE
Cette grande impression d'opulence et de paix surprend quand on se remémore les luttes dont elle fut le théâtre. Car, assise ainsi au centre de l'Europe, il n'y a pas eu depuis le temps des Romains de mouvements de révolte et de guerre qui n'aient passé par ce couloir : invasions barbares d'abord, des Huns, des Burgondes, des Alamans, des Francs. Ensuite luttes de la papauté et de l'empire, où la puissance des évêques de Strasbourg joua un rôle de premier ordre. Luttes de la bourgeoisie et du clergé pour la conquête des privilèges et de la liberté, ligues des princes et dévastations successives, guerres de Religion qui divisèrent la ville en deux, puis guerres de la maison de France avec la maison d'Autriche et l'annexion à la France, enfin guerres nationales de la France et de l'Allemagne et retour de cette belle perle à la couronne des grandes provinces de France. Couleur de sang sec, sa cathédrale est un index tendu vers le ciel. Il faut faire l'ascension de la flèche par jour de vent et sentir venir les nuages ; il faut voir se creuser les ruelles où la foule court et, surtout, découvrir au hasard des marches telle joueuse de théorbe, dont on n'aperçoit que le coude nu et le profil, ou tel renard songeur au milieu du vide. On est là suspendu comme une coccinelle à quelque jonc creux. Les nuages sont de grandes barques qui menacent de coucher la tige. La ville se sillonne comme une terre labourée. Un vol de cigognes se détache d'une cheminée. Un son de cloche part, rebondit sur le dôme vide du ciel, traverse les vertèbres de l'édifice, semble un souffle de l'au-delà qui anime la chevelure de pierre des anges. Détail du grand portail (partie gauche).
Dans la vieille ville, la « Petite France », les maisons pesantes du moyen âge s'ornent de géraniums, de poutres sculptées, de grappes d'enfants qui sortent des portes basses. La coupe du toit des vieilles maisons alsaciennes fait penser à la ligne en dents de scie du sapin. Le triangle de l'arbre des Vosges a, sans doute, inspiré l'angle aigu du toit où les fenêtres s'ouvrent comme des branches. Entre la cathédrale, qui semble un feu de brindilles, et le quai des bateliers aux maisons pansues pareilles à des mottes de beurre s'élève, avec ses parallèles tranquilles, ses tilleuls taillés, ses grilles aux courbes légèrement ironiques, le palais des princes-évêques de Rohan qui fait penser au siècle du grand roi. Et l'on aimerait voir, sur une de ces places, Ludovicus Magnus sur son cheval immo- Les joueuses de théorbe. bile et frémissant, le sceptre posé sur un genou. Au bain des plantes, sur les quais de l'Ill barrée d'écluses, les maisons plongent dans l'eau d'étain l'image complète de leurs façades où le bois, la pierre, la chaux et les tuiles se distribuent et se croisent selon de justes proportions. Dans les ruelles, un fil de jour sépare le bord des toits et les fenêtres se touchent presque de l'un à l'autre bord, comme les feuilles d'un livre, tandis qu'élargies à la base elles laissent passer les charrettes à bras. Contre une façade à pans de bois, à quelques pas d'une église romane lourde et rousse, l'homme de fer dont on n'aperçoit en raccourci que la pointe des pieds, Détail du grand portail (partie droite).

Ce numéro de "Plaisir de France" explore l'Alsace à travers ses paysages, son histoire et son architecture, avec des articles sur Strasbourg, Colmar, les châteaux et les villages. Il présente également des recettes alsaciennes, des jardins parisiens, le golf de Chamonix, la porcelaine de Sèvres, ainsi que des chroniques sur le théâtre et les livres. La section "La Parisienne portera" détaille les tendances de la mode pour la saison.