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LES ARTS N° 149 Mai 1914 J.-B. LE MOYNE. — BUSTE EN TERRE CUITE DU MARÉCHAL DE LOWENDAL (Collection du Marquis de Biron)
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LES ARTS N° 149 Mai 1914 J.-B. LE MOYNE. — BUSTE EN TERRE CUITE DU MARÉCHAL DE LOWENDAL (Collection du Marquis de Biron)
FIGURES EN HAUT RELIEF, BRONZE CISELÉ ET DORÉ, FORMANT APPLIQUES Fin de l'époque Louis XVI COLLECTION du Marquis de Biron C'est vraiment une tâche superflue de présenter à nos lecteurs le marquis de Biron et ses incomparables collections : depuis trente ans, en effet, il n'est pas une solennité parisienne, pas une manifestation d'art auxquelles n'aît collaboré ce digne continuateur de la lignée des grands amateurs français ; il n'est pas une vente qu'il ne soit venu encourager par son expérience et par ses enchères, affirmant hardiment ses préférences, les appuyant par ses acquisitions et méritant ainsi une place d'honneur parmi ceux qui ont contribué à épurer le goût de notre génération en matière de curiosité. Il connut et fréquenta tous les grands amateurs de ces trente dernières années, communiant avec eux, non seulement en un culte passionné pour l'âge heureux de Watteau et de Fragonard, mais aussi en une pieuse admiration pour les artistes qui, au xixe siècle, continuèrent les grandes traditions. Seuls quelques initiés savaient ce que pouvaient renfermer de merveilles les quelques salons dominant l'avenue de Messine et le boulevard Haussmann, où le marquis de Biron avait groupé avec amour le résultat de trente ans de fructueuses recherches. Il ne faudra pas moins de trois vacations, les 9, 10 et 11 juin, à la Galerie Georges Petit, pour per- GRANDE JARDINIÈRE PAR FORESTIER Fin de l'époque Louis XVI
COLLECTION DU MARQUIS DE BIRON A. WATTEAU. — TÊTE DE MEZZETINDessin aux trois crayons --- SIR THOMAS LAWRENCE. — PORTRAIT DE JEUNE FEMMEEsquisse peinte --- F. BOUCHER. — BACCHANTEDessin pastellé --- M. Q. DE LA TOUR. — Mme DORIZON, NÉE MASSEPréparation au pastel ---
LES ARTS Page 4 mettre à MM. Lair-Dubreuil et Baudoin de disperser en une première vente ces trésors et encore a-t-il fallu réserver pour une seconde vente, prévue pour la fin de cette année, la série capitale des œuvres italiennes du XVIIIe siècle, soit cent cinquante dessins et esquisses par Guardi, Piazzetta et les deux Tiepolo. Dans cette première vente, le premier jour, selon l'usage, sera consacré aux dessins, pastels et peintures, le second aux sculptures et aux cadres, le troisième au mobilier et aux bronzes d'ornement. Dans les limites étroites de cet article, il ne me sera guère possible de m'étendre, mais je voudrais au moins pouvoir commenter en quelques notes ce précieux ensemble que perpétuera le somptueux catalogue, monument d'une solide érudition. Quatre-vingt-quatre numéros, c'est bien peu quand on veut renfermer le XVIIIe siècle tout entier : c'est déjà beaucoup, si l'on est tourmenté de la téméraire ambition de ne collectionner que des chefs-d'œuvre. Ce mot tant ressassé et si souvent avili semble ici trouver sa véritable application. Il n'est point un dessin du cabinet Biron que son possesseur n'aît choisi entre vingt autres dont chacun eût suffi à contenter un amateur moins scrupuleusement délicat. Nul, sous ce rapport, ne fut plus heureusement inspiré que le marquis de Biron : ses sept Fragonard nous montrent le talent de l'artiste sous ses aspects les plus divers, imitateur génial des Italiens dans l'Amour de l'or, paysagiste magistral dans la Villa provençale, la Vue de Notre-Dame de Paris, la Villa Negroni, ou le Jet d'eau dans un parc, peintre enfin des heures heureuses de la jeunesse dans la Fête galante, si exubérante de gaieté, et dans cette Étable, si aimable, si passionnée. Ce qui est vrai pour Fragonard, ne l'est pas moins pour les autres artistes : chaque dessin pose ou résout un problème. On voudrait savoir qui a posé pour cette Bacchante de Boucher, voluptueusement rejetée en arrière sur un coussin bleuâtre, pour ces têtes exquises de Boilly qu'on retrouve dans les tableaux du peintre, pour ces deux admirables académies de femmes par Prud'hon où l'on reconnaît Marguerite, le modèle favori du maître. D'autres portraits nous conservent les traits de personnages connus, comme ce médaillon, par David, dessin très achevé qui est le seul portrait connu du célèbre conventionnel Jeanbon Saint-André, compagnon de prison de l'artiste. Ces admirables dessins au crayon par Ingres, nous en connaissons les modèles : c'est Lavergne, écuyer de Charles IV d'Espagne, puis sa femme, puis Joséphine Lacroix, l'éternelle fiancée de l'architecte Mazois, c'est l'épouse du peintre Verboeckhoeven, c'est enfin Madame Gallois, accoudée de face dans une bergère, page splendide de la maturité de l'illustre dessinateur. Mais Ingres portraitiste n'est pas tout Ingres et notre amateur le sait mieux que personne, puisqu'aces incomparables crayonsil atenu à joindre quatre puissantes études pour Raphael et la Fornarina, pour le Vœu de Louis XIII, pour l'immortelle Source du Louvre et enfin pour l'Odalisque à l'esclave de la collection Pereire, dessin d'une spontanéité et d'une délicatesse qu'on a bien rarement égalées. Dans les trois préparations de La Tour, le maître revit tout entier, portraiturentpour l'Académie le peintre Dumont le Romain, finissant avec tendresse le masque de sa cousine Madame Dorizon ou jetant sur une feuille les études extraordinairement poussées de trois mains d'homme, saisissantes de vie et d'expression. Depuis quelques années, nous recherchons les dessins des sculpteurs de notre époque, et des enchères récentes nous ont témoigné tout le cas que nos amateurs font des moindres croquis par Carpeaux et par Rodin : le marquis de Biron n'avait attendu personne pour recueillir les rarismes dessins des sculpteurs du XVIIIe siècle : Clodion, dont il possède une feuille incompa-
COLLECTION DU MARQUIS DE BIRON rable, de la même suite que celles des cabinets Bonnat et Veil-Picard ; Pajou aussi, toujours rare et toujours recherché. Des trois frères Saint-Aubin, le XVIIIe siècle n'a jamais vraiment connu et admiré qu'Augustin : les Goncourt ont, sinon découvert Gabriel, du moins rendu à ce grand artiste sa véritable place. Les amateurs d'estampes se passionnent pour ses rarissimes eaux-fortes; quant à ses dessins, ils ne paraissent que de loin en loin dans les ventes et les collectionneurs se les disputent à des prix de plus en plus élevés. Le marquis de Biron, là comme ailleurs, fut donc heureusement inspiré en retenant au passage une demi-douzaine d'œuvres de premier ordre, choisies avec ce souci de l'éclétisme qui caractérise si parfaitement toute sa collection : il faut placer au premier rang le Triomphe de l'Amour et le dessin infiniment spirituel qui nous montre Gabriel en train de crayonner indiscrètement le portrait de l'Évêque de Chartres. On conçoit mal une galerie consacrée à la gloire du siècle de Voltaire et d'où Watteau serait absent : GRAND BUREAU PLAT, SURMONTÉ D'UN CARTONNIER, BOIS DE ROSE ET BOIS SATINÉ, SIGNÉS P. GARNIER ÉCRITOIRE SIGNÉE P. GARNIER Début de l'époque Louis XVI
LES ARTS est-il besoin de dire que nous n'avons pas à déplorer cette lacune? On trouverait difficilement un dessin plus parfait de conservation, plus expressif de facture, plus représentatif des meilleures heures du maître que cette Tête de Mezzetin hardiment enlevée aux trois crayons, saisissante étude pour le tableau bien connu du Musée de l'Ermitage. Il me reste à signaler parmi les dessins la belle suite des Hubert Robert, les deux feuilles exceptionnelles de Rubens et de Rembrandt, qui sont là, semble-t-il, pour affirmer une fois de plus que l'art n'a pas d'époque, des Prud'hon exceptionnels, enfin ce mystérieux portrait de Diderot, qui ne peut guère être que de Perronneau, et les deux introuvables dessins de Chardin, les plus grandes raretés peut-être de toute la collection. Les quinze ou vingt tableaux de la collection complètent heureusement la série des dessins. Et encore ne sont-ce pas presque des dessins, cette tête d'étude d'Ingres pour l'Apothéose d'Homère et cet idéal masque de jeune femme par Lawrence? Seule la série des sept Hubert Robert, d'un charme et d'une pureté incomparables, rentre à proprement parler dans la série des peintures de chevalet, avec les deux charmants portraits par Dubufe. Une trentaine de terres cuites, choisies, répétons-le encore, avec le souci évident de voir représentés dans la collection un grand nombre d'artistes différents, est une des plus instructives que l'on puisse voir. Chaque pièce a son état civil et ce n'est pas un médiocre plaisir pour l'historien de l'art que de trouver ainsi groupés des maquettes HUBERT ROBERT. — LE PARC DE SAINT-CLOUD Peinture INGRES. — MADAME LAVERONE Dessin pour Fontainebleau par Jacques-Philippe de Beauvais, des sculptures par Boizot, d'exquis petits Clodion, un précieux Voltaire de Houdon, des Lecomte, un Le Pautre et un fronton de Pajou. La perle de la série est l'admirable buste du Maréchal de Lowendal par LeMoyne, pendant de ce buste du Maréchal de Saxe qui figura à la vente Jacques Doucet. La précieuse collection de bronzes d'ornement comprenant plus de cent dix numéros, celle non moins précieuse des cinquante cadres en bois sculpté et des trente petits cadres en bronze, mériteraient qu'on leur consacrât un article spécial. Il est lamentable de songer que des ensembles pareils, fruit de trente années de recherches soient appelés à être dispersés. Ne se trouvera-t-il pas un musée pour sauver au moins la collection si bien choisie de ces bronzes d'applique? Arrêtons-nous enfin sur le précieux mobilier qui termine le catalogue. Des commodes et bureaux signés par Riesener, Saunier, Garnier, Héricourt, Levasseur et Montigny n'ont pas besoin d'autre recommandation: les noms de ces grands ébénistes du XVIIIe siècle sont familiers à tous les amateurs. Quant aux meubles de Lemarchand, de Forestier, des frères Jacob, ils seront pour beaucoup de visiteurs une révélation: le public connaît surtout du style Louis XVI les meubles de transition exécutés par les ébénistes de la fin du règne de Louis XV et où le jeu harmonieux des lignes courbes garde encore plus d'un souvenir de la rocaille disparue; quant au style Empire, auquel on rend enfin justice, il nous est surtout
COLLECTION DU MARQUIS DE BIRON MEUBLE D'ENTREDEUX, AVEC PANNEAUX DE LAQUE, SIONE SAUNIER Époque Louis XVI familier par des meubles d'apparat qui le caractérisent assez mal et dont beaucoup datent de la Restauration. Lavente Biron remettra au point bien des jugements partiels : nous apprendrons à connaître mieux le véritable style Louis XVI, celui des dix dernières années du règne, le style classique entre tous et qui est représenté chez le marquis de Biron par des exemples d'une incomparable pureté. Nous aurons également la joie de voir compléter cette série par des meubles Empire d'une exceptionnelle qualité, bien plus beaux et bien plus harmonieux que tous ceux qu'on nous a montrés depuis quelque temps. Puissent-ils apprendre à nos contemporains que le Louis XVI n'est pas tout et que l'histoire du mobilier français ne s'est pas brusquement terminée au dix-huit Brumaire. SEYMOUR DE RICCI. BUREAU DE DAME, ACAJOU ET BRONZES DORÉS, SIONE RIESENER Époque Louis XVI
LUIGI CHIALIVA. — LA BERGERIE LUIGI CHIALIVA (1842–1914) Le peintre Chialiva qui vient de mourir à l’âge de soixante-douze ans, était né à Caslano, dans le canton du Tessin, et avait passé la plus grande partie de sa vie en France et en Angleterre. Ce sont aussi, pour la plupart, des paysages de France et d’Angleterre, des scènes de la vie rurale française et anglaise dont il a fixé, dans ses œuvres nombreuses et toutes empreintes d’un charme si pénétrant et si vrai, la physionomie et le mouvement. Il aimait de tout son cœur d’homme et d’artiste la nature de ces pays qu’il avait adoptés et il a dépensé à l’étudier et à la peindre dans son intimité le talent le plus probe et le plus scrupuleux, les dons d’observation les plus délicats, le sens le plus fin de la poésie des êtres et des choses, des terrains, des arbres, des animaux, de l’atmosphère qui les enveloppe, de tout ce qui constitue, en un mot, la beauté spéciale et caractéristique des spectacles du monde extérieur. Mais avant de parler de l’œuvre, il me paraît nécessaire de rappeler, dans ses grandes lignes, la vie de l’homme. Il passa son enfance sur les bords du lac de Lugano, dans ce décor enchanté de montagnes et d’eaux miroitantes dont la séduction est irrésistible ; il vécut ses premières années au milieu de ce Petit monde d’autrefois dont Antonio Fogazzaro a conté avec tant d’exactitude les mesquineries et les héroïsmes, les puérilités et la grandeur. Puis, son père l’envoya faire ses études en Allemagne, en Suisse, en Angle- LUIGI CHIALIVA. — LE PETIT GARDEUR D’OIES
LUIGI CHIALIVA LUIGI CHIALIVA. — MOUTONS A L'ABREUVOIR
LES ARTS LUIGI CHIALIVA. — LES GÉNISSES terre. Élève du Polytechnicum de Zurich, il en sort le premier pour entrer dans l'atelier de Semper, le célèbre architecte du théâtre de Dresde et du musée de Vienne, à qui Wagner devait plus tard confier la construction de son théâtre de Bayreuth. C'est par Semper, avec qui il travailla trois ans, que Chialiva entra en relation avec le LUIGI CHIALIVA. — LES MOUTONS
LUIGI CHIALIVA. — AU BORD DE LA RIVIÈRE

Ce numéro de la collection « Les Arts » présente la collection du Marquis de Biron, dispersée lors de ventes aux enchères en juin 1914. L'ouvrage détaille une sélection d'œuvres d'art, incluant des dessins, pastels, peintures, sculptures, meubles et bronzes, couvrant principalement le XVIIIe siècle français. Il aborde également le Salon de 1914 et rend hommage au peintre Luigi Chialiva, décédé la même année.