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LES ARTS N° 144 Décembre 1913 LE CHATEAU DE MONTAL --- CHEMINÉE DE LA SALLE DES GARDES AVEC LES INITIALES DE JEHANNE, LES ÉCUS DE JEHANNE DE BALZAC, DU CHEVALIER ROBERT DE MONTAL, DE NINE DE MONTAL ET DE MESSIRE ROBERT DE BALZAC

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LE CHATEAU DE MONTAL. VUE DE LA FAÇADE OUEST PENDANT LES TRAVAUX DE RÉFECTION LE CHATEAU DE MONTAL Son histoire. — Sa mort et sa résurrection En tête du premier numéro de cette Revue paraissait, il y a douze ans (janvier 1902), une courte méditation sur ce thème: Du bon usage des œuvres d’art. L’auteur y soutenait ou y esquissait cette thèse qu’il est des cas où la vieille définition romaine de la propriété : jus utendi et abutendi, devient particulièrement dure, brutale et révoltante, et il se permettait d’exhorter les heureux possesseurs de chefs-d’œuvre à s’en considérer plutôt comme les détenteurs temporaires et responsables. Il eut la joie de recevoir d’un millionnaire, plus réputé d’ailleurs pour sa haute culture que pour ses millions, cette simple approbation : « Voilà d’excellent collectivisme. » Ces souvenirs me revenaient à l’esprit, il y a deux mois, comme je suivais la route qui conduit de Saint-Céré au château de Montal. Les destinées singulières et les fortunes contraires de cette insigne et charmante demeure, — dont nous allions, en présence de M. le Président de la République, constater et fêter la résurrection, — n’étaient-elles pas comme une double et claire illustration du plus déplorable abus et en même temps du plus bienfaisant usage du droit de propriété? Avant de l’étudier dans son histoire et dans son décor, rappelons donc comment elle fut tour à tour ruinée, dépouillée, puis restaurée en sa beauté première, par ses propriétaires successifs. Plusieurs de nos lecteurs se rappellent assurément comment, au mois de janvier 1881, fut annoncé aux amateurs parisiens, et aussi à ceux de l’étranger, qu’un château de la Renaissance venait d’être, pour leur délectation particulière, transporté pierre par pierre 75, boulevard de Clichy. On est stupéfait quand on feuillette les journaux et les revues du temps d’y trouver, sous la signature de noms réputés, d’amateurs délicats, l’enthousiaste apologie de ce qui nous apparaît aujourd’hui comme le plus révoltant vandalisme. « Décidément, écrivait le spirituel et très érudit Edmond Bonnafé, décidément la curiosité ne recule devant rien pour nous servir des régals de prince… Voici qu’on nous amène du Quercy, quoi donc? Une misère, un château tout entier, avec ses lucarnes, ses portes, ses cheminées et le reste… » Et il INSCRIPTION RETROUVEE DANS LES FOUILLES

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LE CHATEAU DE MONTAL UNE VUE DE LA COUR DU CHATEAU, PRISE EN 1880, AVANT L'ENLÈVEMENT DES SCULPTURES

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LES ARTS VUES D'UN DES COTES DE LA COUR AVANT LA RESTITUTION DES SCULPTURES ARRACHEES

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LE CHATEAU DE MONTAL VUE D'UNE PARTIE DE LA FAÇADE AVANT LA RESTITUTION DES SCULPTURES ARRACHÉES

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LES ARTS FRAGMENT DE LA FRISE n'avait pas assez d'admiration pour le transport de ces 120,000 kilogrammes de pierres sculptées, trainés par des bœufs sur des routes improvisées, allant chercher à 25 kilomètres la plus prochaine station pour y être chargés sur un train spécial, que dis-je ? sur un train et demi de chemin de fer ! Ce train spécial avait profondément ému les imaginations. Ludovic Halévy lui-même (Univers Illustré, 26 février 1881) ne pouvait se tenir de s'en émerveiller. Après avoir félicité « le Parisien qui n'était pas bête », qui, en se promenant aux environs de Figeac, avait découvert Montal et conçu l'idée de l'expédier, — par train spécial, — à Paris, il en venait à l'objet principal de son article, qui était de conter l'anecdote, si souvent rappelée le mois dernier, d'une très ancienne visite de Gambetta et de ces vers du 3e acte de l'Ambassadrice, écrits par le futur tribun sur un pilier de l'admirable escalier du château : Que ces murs coquets S'ils n'étaient discrets, Que ces murs coquets Diraient de secrets ! M. Henry Jouin, dans l'Art, de Léon Gaucher, s'efforçait de surpasser le lyrisme de Bonnafé, et il égalait le détrousseur de Montal à lord Elgin lui-même. « Le château de Montal, écrivait-il, n'apparaissait plus au visiteur avec ses séductions. Le lierre, les mousses et les plantes grimpantes s'étaient attachés aux sculptures. C'est à peine si les bustes... se laissaient deviner dans les enfoncements dela façade. Un amateur, sans regarder aux obstacles, descella chaque pierre, fit percer une route jusqu'à la station voisine, puis de nombreux FRAGMENT DE LA FRISE FRAGMENT DE LA FRISE

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COURONNEMENT D'UNE DES FENÊTRES AVEC LES INITIALES DE JEHANNE DE BALZAC ET LA DEVISE MORT JE SUIS Y Photo Giraudon.

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LES ARTS --- wagons reçurent le château de Montal et l'apportèrent à Paris. Son possesseur loua de vastes ateliers boulevard de Clichy, et là, d'une main patiente, il a reconstruit son manoir, comme autrefois Elgin les frontons d'Athènes !... Chaque fois que je suis allé voir les bustes de Montal, je me suis rencontré avec des statuaires, des peintres, des hommes politiques, des écrivains d'art, des amateurs, l'élite de la cité... Ce concours est à notre honneur. L'admiration pourtant n'était pas unanime, il faut le constater pour le véritable honneur de ce temps. On sent déjà plus qu'une réserve dans ce simple mot de M. Jules Claretie (Temps du 5 avril 1881). « Les parvenus de la fortune vont avoir une belle occasion d'acheter non seulement des portraits d'ancêtres, mais un château tout entier... Il paraît qu'on est fort irrité dans le Lot. » Ah! oui, on était fort irrité, — et à bon droit, — dans le Lot. Qu'on en juge par cet extrait d'un article du Réformateur du Lot (31 octobre 1880): « C'est avec un frisson douloureux que nous écrivons ce titre : démolition du château de Montal. » Et l'auteur de l'article flétrissait, avec une véhémence que l'on sent sincère et généreuse, les « auteurs de ce brutal projet, » les « spéculateurs » (c'était bien le seul mot qui convint, car ces prétendus amateurs et curieux n'étaient que des marchands en quête d'une grosse affaire) qui infligeaient au pays qu'ils allaient priver d'un de ses joyaux, ce « deuil », cette « consternation profonde ». Et il émettait ce vœu, qui fut exaucé par « l'immanente justice », ce « vœu sincère » et vengeur: puissent ces spéculateurs ne trouver que la ruine ! Et l'on éprouve enfin un véritable soulagement à lire dans le Bulletin Monumental (tome I, 3° série, 1881, page 125) un article non moins indigné sur la destruction de ce Montal « dont il eût été si facile de faire une merveilleuse habitation ». Palustre, dont le nom grandit encore pour avoir signé cet article, rappelait avec amertume, que Montal était classé (on me dit que ce classement n'avait pas été prononcé), et signalait au mépris public « l'acte inqualifiable des entrepreneurs de ruines ». Il leur promettait une « triste célébrité »; il accusait de complicité coupable et honteuse le bailleur de fonds qui était entré dans l'affaire, et concluait courageusement : « Il ne faut pas que certaines UNE PARTIE DE L'ESCALIER

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LE CHATEAU DE MONTAL DÉPART DE L'ESCALIER

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LES ARTS COURONNEMENT D'UNE DES FENÊTRES AVEC LA COQUILLE DE PÈLERINS, LA CROIX DE SAINT-ANDRÉ, ET LA DEVISE « PLUS D'ESPOIR » (Provenant du South Kensington Museum)

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LE CHATEAU DE MONTAL COURONNEMENT D'UNE DES FENÊTRES (Ancienne Collection du Musée des Arts décoratifs)