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LES ARTS N° 138 Juin 1913 LA COLLECTION MARCZELL DE NEMES LE GRECO. — PORTRAIT DU CARDINAL INQUISITEUR D. FERNANDO NIÑO DE GUEVARA (1541-1609)

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La Collection MARCZELL DE NEMES Dans les quatre galeries principales du Stadt Kunsthalle de Dusseldorf viennent d'être exposées pendant sept mois les œuvres d'art composant la fameuse collection formée avec le goût le plus sûr par un riche amateur de Budapest, M. Marczell de Nemes. Quand je dis avec le goût le plus sûr, j'emploie ces mots dans leur sens strict et non pas comme une de ces formules de politesse dont il est d'usage de se servir sitôt que l'on parle d'un collectionneur. M. Marczell de Nemes appartient, en effet, à cette famille de moins en moins nombreuse de collectionneurs pour qui un tableau de maître, si authentique soit-il, n'a pas seulement une valeur isolée, individuelle, pour ainsi dire, mais présente un intérêt supérieur, d'ordre général, au point de vue historique autant qu'au point de vue artistique, de par la place qu'il occupe, et dans l'œuvre du peintre, et dans l'école à laquelle il appartient, et dans les rapports de cette école avec les autres écoles. Ce n'est point là, on le voit, aimer uniquement l'art pour l'art, mais bien se soucier de mettre en lumière les affinités qui peuvent exister et existent plus qu'on ne le croit entre des maîtres d'époques et de nationalités diverses; c'est ce que l'on pourrait appeler, me semble-t-il, de l'éclectisme raisonné, de l'éclectisme scientifique! Ainsi s'explique aisément que M. de Nemes ne se soit point cantonné dans la passion exclusive et jalouse d'une seule école ou d'une seule époque; ainsi s'explique qu'il n'ait pas hésité à faire voir-ner à la climaise de sa collection des œuvres d'un Greco et d'un Renoir, d'un Tintoret et d'un Goya, d'un Rubens et d'un Manet, d'un Van Dyck et d'un Degas, d'un Frans Hals et d'un Corot, pour n'en citer que quelques-uns. Voilà bien, n'est-il pas vrai? la collection d'un amateur d'art éclairé du xx° siècle qui sait apprécier à fond les œuvres dont il s'entoure et qu'il choisit méthodiquement en vue de composer non pas un ramassis plus ou moins harmonieux de peintures plus ou moins célèbres, de plus ou moins grande valeur marchande, mais un ensemble précieux, une réunion volontairement sélectionnée de toiles aussi représentatives que possible et des qualités essentielles de chacun de leurs auteurs et du rôle qu'il a joué dans l'histoire de l'art. Voilà ce qui a constitué l'intérêt unique de l'exposition, dans les salles du Stadt Kunsthalle de Dusseldorf, de la collection Marczell de Nemes; voilà ce qui mérite à l'homme de goût impeccable qu'est M. de Nemes, l'estime et la reconnaissance de tous ceux qui aiment vraiment l'art. L'École italienne est, proportionnellement à son importance dans l'histoire de l'art, fort richement représentée dans la collection Nemes; les Vénitiens surtout y occupent une belle place. C'est donc sur eux que nous insisterons, non sans avoir, cependant, signalé, ne pouvant faire mieux, l'éblouissant triptyque attribué à Agnolo Gaddi, où sont groupés, à droite et à gauche de la Madone triomphante entourée d'anges musiciens, d'un côté sainte Catherine et saint Jean le Précurseur, de l'autre sainte Hélène et saint Jean l'Évangéliste, et le petit panneau de prédelle, attribué à Giambono, où le naïf artiste a peint avec une ingénuité délicieuse l'Entrée du Christ à Jérusalem. Ah! le joligeste des enfants qui, au seuil de la ville, étendent leurs man-teaux sous les pieds de l'ânesse qui porte le Sauveur du monde! Mais voici une œuvre à laquelle, tant à cause de sa qualité qu'à cause du grand renom de celui qui en serait l'auteur, je regrette de ne pouvoir consacrer plus de place; c'est une Nativité, peinte à la fresque, de Sandro Botticelli. Sans en contester l'authenticité, je me permettrai seulement d'indiquer GÉRARD DAVID. — LA VIERGE ALLAITANT L'ENFANT JESUS

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LA COLLECTION MARCZELL DE NEMES LE TINTORET. — PORTRAIT D'HOMME

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LES ARTS LUCAS CRANACH, LE VIEUX. — L'ANNONCIATION A JOACHIM qu'elle ne figure dans aucune liste des ouvrages du plus florentin des peintres florentins, pas même dans celle des ouvrages naguère encore considérés comme appartenant à l'auteur de la Primavera et maintenant attribués par M. Berenson, sans aucune preuve d'ailleurs, à celui qu'il a appelé l'Ami de Sandro. Ce serait en tout cas, s'il faut en croire le catalogue de la collection Nemes, une œuvre de la toute première jeunesse du peintre; c'est-à-dire de l'époque où il subissait le plus l'influence de Filippo Lippi. Elle est charmante d'ailleurs et bien empreinte de cette élégance et de cette grâce que nul peut-être parmi les artistes les plus élégants et les plus gracieux du xve siècle florentin n'a possédées à un pareil degré. L'Ensevelissement du Christ de Sebastiano di Bartolo Mainardi et la Madone avec un donateur de Giovanni Bellini portent, en revanche, incontestablement, la marque du génie de ces deux maîtres si différents l'un de l'autre. C'est, ici, la sécheresse de caractérisation qui chez certains quattrocentistes fait songer parfois à l'École allemande; c'est, là, cette espèce de plénitude, de gravité voluptueuse particulière aux peintres de Venise que nous allons retrouver dans son plein épanouissement chez Véronèse et chez Tintoret. Arrêtons-nous, en attendant, devant le beau Portrait d'homme de Cariani, d'une allure décorative si spéciale avec le citronnier contre lequel il est appuyé, tenant de la main gauche un des lumineux fruits d'or-et, le plus admirable encore Portrait d'homme du grand portraitiste qui a nom Moroni. Le fier et subtil constructeur de visages humains que celui-là! Si épris de vérité, si ennemi de tout maniériste, si simple et si sain, comme s'effaçant toujours devant son modèle, et si loyal dans son exécution! Quelle différence entre cette sobriété et le luxe d'un Véronèse! La Venise aux pieds de la Madone est d'une splendeur ruisselante, de même, cette Scène champêtre du Bassan, dont les personnages familiers semblent revêtus de pierres précieuses; mais voici Tintoret. Tout, devant son souverain génie, fait d'une si parfaite science et d'une si audacieuse liberté, d'une si magnifique imagination et d'une si étonnante passion de la vie, tout s'amoidrit, tous s'efface. La Résurrection, le Christ et la Femme adultère et deux portraits, celui de Trois Donateurs et un portrait d'homme témoignent entièrement de ses prodigieuses facultés. Ah! l'admirable maître qui a su donner à tout ce qu'il a touché cette espèce de grandeur héroïque, cette somptuosité, cette tragique beauté! Deux portraits d'hommes de Dominique Tintoret, deux Tiepolo enfin, et un Guardicomplètent la galerie de l'École italienne de la collection Nemes. Si petits qu'ils soient, les deux Tiepolo, surtout l'Immaculée Conception, enchâneront tous ceux qui admirent et aiment, comme il mérite d'être admiré et aimé, le fécond créateur de tant de chefs-d'œuvre, le génial décorateur du Palais Labia et de la villa Valmarana, du palais épiscopal de Wurtzbourg et du palais royal de Madrid. Elle faisait partie de la collection Weber, BARTHOLOMOEUS BRUYN. — LA VIERGE, L'ENFANT JESUS, SAINTE ANNE SAINT GÉRÉON ET UN DONATEUR

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LA COLLECTION MARCZELL DE NEMES LE TINTORET. — TROIS DONATEURS

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LES ARTS de Hambourg, et c'est sous ce titre qu'elle figure dans l'ouvrage de Pompeo Molmenti comme attribuée non pas à Tiepolo, mais à un de ses imitateurs. Quoi qu'il en soit, elle paraît bien porter la marque de sa main; ce sont bien là les colorations qui lui sont familières, ces blancs dorés, ces roses chauds et fins, ces bleus exquis, et ces touches sombres ici et là, toute cette harmonie enfin qui résume si complètement aux yeux de ceux qui connaissent bien Venise l'atmosphère de la ville enchantée. A côté de Tiepolo, Francesco Guardi, représenté par P.-P. RUBENS. — PORTRAIT DE L'ARCHÉVÈQUE ANTOINE TRIEST, DE GAND

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LA COLLECTION MARCZELL DE NEMES A. VAN DYCK. — PORTRAIT DU CARDINAL DOMENICO RIVAROLA

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LES ARTS LE TINTORET. — LE CHRIST ET LA FEMME ADULTÈRE (détail) une unique toile, d'un caractère assez exceptionnel dans son œuvre; ce sont des Ruines antiques où le maître précieux a su, aussi bien que dans ses sujets habituels, montrer l'adorable finesse de sa vision, la délicatesse prestigieuse de son pinceau et faire vibrer avec autant de charme, sur ces colonnes de marbre envahies par la végétation, sur ces

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PAOLO CALIARI, dit VÉRONÈSE. — LA VILLE DE VENISE ADORANT L'ENFANT JESUS ET LA VIERGE

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LES ARTS portiques délabrés, sur les petits personnages et les animaux qui animent le paysage, la lumière, la tendre et chatoiante et soyeuse lumière du ciel vénitien... Venons-en maintenant à l'École espagnole. Il ne manque que Velazquez pour que les trois maîtres qui, aux yeux des artistes et des amateurs d'aujourd'hui, en sont les représentants les plus glorieux, s'y trouvent réunis. Le Greco est là avec dix toiles et Goya avec six. Qui n'aurait jamais vu aucune de leurs œuvres et ne les connaîtrait que par REMBRANDT. — PORTRAIT DU PÈRE DE L'ARTISTE

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LA COLLECTION MARCZELL DE NEMES LE GRECO. — JÉSUS AU MONT DES OLIVIERS