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LES ARTS N° 93 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Septembre 1909 LA NOUVELLE PINACOTHÈQUE DU VATICAN. — UNE SALLE
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LES ARTS N° 93 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Septembre 1909 LA NOUVELLE PINACOTHÈQUE DU VATICAN. — UNE SALLE
LA NOUVELLE PINACOTHÈQUE DU VATICAN La Galerie du Vatican est de formation trop récente pour avoir une tradition. Sa création remonte aux premières années du XXe siècle et, par une ironie de l'histoire, elle est indirectement due à Napoléon Ier. Le palais du Vatican, avant Pie VII, ne possédait pas de galerie de peintures. A côté des incomparables collections d'Antiques, à côté de la précieuse bibliothèque et du trésor inappréciable constitué par les peintures disséminées dans les chapelles et les appartements, les Papes n'avaient pas senti la nécessité ou reconnu l'opportunité d'instituer une collection de tableaux. A la vérité, quelques-uns, avant le pontificat de Pie VII, étaient conservés dans les salles Borgia, mais ils étaient en nombre trop limité et d'une valeur trop modeste pour pouvoir former une véritable pinacothèque. C'est alors qu'intervint Napoléon qui, en réunissant en trophées ces chefs-d'œuvre épars, facilita dans la suite l'institution de la fameuse collection vaticane. Le général Bonaparte, dans le célèbre traité de Tolentino, avait demandé et obtenu, comme butin de guerre, cent œuvres d'art appartenant au Pape ou aux églises et couvents des États Pontificaux. Puis, durant l'invasion, en 1798, les commissaires de la République choisirent, dans l'État Photo Anderson (Rome). BENOZZO GOZZOLI. — LA VIERGE EN GLOIRE (Vatican. — La Nouvelle Pinacothèque)
LA NOUVELLE PINACOTHÈQUE DU VATICAN. — UNE SALLE Photo G. Fois (Barnes)
LES ARTS romain, encore cent quinze peintures parmi les plus belles et les plus estimées à cette époque, et les envoyèrent en France. Le gouvernement pontifical avait dû consentir ces sacrifices, mais il ne cessa de considérer la clause du traité de Tolentino et la spoliation de 1798 comme tout à fait injustifiées. Lors des événements de 1814, qui amenèrent la chute de Napoléon, il s'efforça d'obtenir des alliés l'autorisation de reprendre les tableaux cédés à Napoléon. Le sculpteur Canova fut envoyé à Paris et chargé des négociations. Celles-ci furent longues et difficiles, car la France, soutenue par la Russie et l'Autriche, ne voulait pas céder les trophées de ses victoires. La mission de Canova menaçait d'échouer. Mais, après 1815, les sentiments des alliés s'étaient modifiés, et Canova avait gagné à sa cause l'Angleterre et la Prusse. Après de longs pourparlers, auxquels prirent part Lord Castlereagh et Lord Wellington, le traité de Vienne décida, le 30 septembre 1815, que la restitution était justifiée, et autorisa Canova à prendre possession des œuvres réclamées. Cette reconnaissance et cette autorisation ne suffirent pas à vaincre la résistance des directeurs du Louvre, et Canova dut demander le secours des forces campées à Paris pour accomplir sa mission. Et c'est seulement par l'intervention effective des troupes alliées que Canova entra en possession des œuvres d'art qui appartenaient à l'État romain (1). Cependant, les trésors ne furent pas tous rendus. Une grande partie des tableaux avait été envoyée dans différents musées et églises des départements en 1800, sur l'ordre de Bonaparte. Ces œuvres ne purent être reprises. Des cent tableaux cédés par le traité de Tolentino, soixante-dix-sept seulement retournèrent à Rome, et des cent quinze, pris en 1798, trente-six seulement furent remis au représentant du Pape et transportés à Rome. La nouvelle de la reprise des œuvres d'art fut accueillie avec joie à Rome, et leur retour donna lieu à de grandes fêtes. On célèbra cette victoire diplomatique comme un triomphe national. Toutefois, le Pape se garda de rendre à leurs légitimes propriétaires les œuvres ramenées à Rome, et, de l'ensemble des restitutions, il forma la Galerie du Vatican. La nouvelle collection se ressentit des goûts de l'époque à laquelle elle fut constituée. Le xve et le xviiie siècle y sont le mieux et presque uniquement représentés. Des préraphaélites, dont plusieurs chefs-d'œuvre avaient été emportés en France, aucun pourtant n'était revenu. Canova, qui admirait à l'extrême les artistes du xviiie siècle, ne s'était préoccupé que faiblement de la restitution des œuvres des artistes du Quattrocento, qu'il ne pouvait pas comprendre et auxquelles il attribuait une valeur bien modeste. C'est donc Raphaël et les fastueux Seicento qui eurent la place d'honneur au retour, et la vieille pinacothèque vaticane montra clairement les préférences d'une époque très exclusive dans ses goûts. (1) Cf. Les Conquêtes artistiques de la Révolution et de l'Empire et les reprises des Alliés en 1815, par Charles Saunier (Paris, Laurens, 1902). Au groupe constitué par les restitutions vinrent s'ajouter plus tard, grâce aux soins de Grégoire XVI et de Pie IX, quelques autres œuvres de la Renaissance, tirées, pour la plupart, des églises de l'Ombrie, et qui apportèrent dans la Galerie vaticane les premiers accents du Quattrocento. Cependant la collection, tout en comprenant des œuvres fameuses de Raphaël, du Titien, du Dominiquin, ne répondait pas à la renommée du Vatican. Reléguée au dernier étage du grand palais, en des salles très modestes et très peu convenables, elle ne pouvait subir de comparaison avec la splendeur d'installation du Musée des Antiques. Le pape Pie X a donc eu une idée particulièrement heureuse en donnant aux peintures de la Galerie une installation digne de la tradition vaticane et en réunissant en une seule collection les nombreux tableaux conservés dans la bibliothèque du Vatican, la petite galerie du palais du Latran, les appartements privés du Pape et quelques magasins du palais. C'est ainsi qu'on a constitué une galerie incomparable, un complément idéal des autres collections artistiques du Vatican, une galerie parmi les plus riches, les plus intéressantes et aussi les plus élégantes du monde. De même que Léon XIII légua son nom à la restauration des salles Borgia, Pie X a marqué de son nom une des plus belles et des plus dignes institutions artistiques du Vatican. Les traditions artistiques de la papauté sont ainsi perpétuées de la manière la plus heureuse. La nouvelle Pinacothèque vaticane a été ouverte dans un local des mieux disposés. Sur les côtés de la longue voie qui mène à l'entrée du musée existaient d'énormes locaux utilisés comme magasins et remises de voitures. C'est dans ces locaux transformés et réparés que la nouvelle galerie a été installée. On a ainsi obtenu huit grandes et lumineuses salles, qui ont été arrangées avec un goût exceptionnel. L'architecte Sneider a dirigé les travaux de construction et c'est à lui qu'on doit le projet et les dessins des stucs du plafond. Les huit salles prises sur des magasins informes et laids sont à présent le siège idéal d'une parfaite galerie. Les parois ont été couvertes d'une étoffe vert foncé, encadrées elles-mêmes par des boiseries qui les détachent vivement du plafond tout blanc, aux admirables stucs inspirés de la plus belle Renaissance. Dans ce cadre heureusement conçu, les tableaux disposés par le peintre Seitz d'abord, et, après sa mort, par M. P. D'Achiardi, présentent avantageusement leurs titres de noblesse. Ainsi réinstallée, la nouvelle Pinacothèque vaticane constitue un organisme complet et parfait, d'une richesse peu commune. A côté des œuvres plus fameuses et tant connues du Cinquecento et du Seicento, la belle galerie présente des œuvres rares et délicieuses du Quattrocento et des œuvres superbes du Settecento. Ça a été une véritable révélation pour nombre d'amateurs qui avaient une idée très incertaine de la grande richesse d'œuvres primitives conservées dans le Vatican ou qui ne la soupçonnaient même pas. Les plus précieuses œuvres des maîtres florentins, siennois et ombriens
Photo Anderson (Rome). M. PALMEZZANO. — MADONE ET SAINTS (Vatican. — La Nouvelle Pinacothèque)
LES ARTS du xve siècle apparaissent notamment sous une lumière bien différente et bien plus propice à l'admiration et à l'étude. La nouvelle Pinacothèque vaticane comprend sept salles : quatre à droite et trois à gauche du grand salon d'entrée. Dans ces salles, les trésors d'art de la collection ont été ordonnés d'une façon logique. La première salle a été destinée aux Primitifs. Elle comprend des œuvres de la plus grande importance et de la plus exquise beauté. Avant tout, un polyptyque d'un peintre inconnu jusqu'à présent, Jean Bonsi, Florentin, qui a signé et daté A.D. MCCCCLXXI. Johannes Bonsi de Florentia Me pinsit, un grand tableau représentant la Vierge, l'Enfant et quatre Saints. C'est un tableau de l'école d'Orcagna, qui révèle une personnalité artistique de premier ordre, dont les œuvres exquises doivent, dans plusieurs collections, porter des noms très différents. Près de ce tableau est un autre polyptyque qui révèle également une main inconnue. Ce tableau représente la Vierge avec quelques Saints, et il appartient à l'école des Marches, probablement à un peintre plus vieux que Gentile da Fabriano mais influencé parfois par le grand novateur. A une autre personnalité inconnue est dû un superbe Saint François recevant les stigmates, qui montre des caractères si parents de Piero della Francesca, qu'on pourrait voir là une œuvre d'un élève du grand artiste. Mais, en même temps, le peintre paraît avoir subi de fortes influences de Beato Angelico et même de Lippi. Plusieurs petits tableaux présentent sous le meilleur jour les Écoles florentine et siennoise du xve siècle. Il y a plusieurs œuvres de Lorenzo Monaco, entre autres une superbe Crèche et une très belle Crucifixion ; plusieurs petits tableaux attribués à l'école de Giotto, et selon Berenson, à Giotto même, comme une Crucifixion et trois saints : Paul, Pierre apôtre et Ludovic, qui ont vraiment beaucoup de caractère et peuvent être attribués, sans trop d'in vraisemblance, au maître. A ce groupe bien intéressant de Primitifs viennent s'ajouter plusieurs petits tableaux d'Angelo Gaddi, de Nicolò di Pietro Gerini, de l'école de Giovanni da Milano, à laquelle appartiennent une Crucifixion et une Dernière Cène de puissant sentiment et de grâce délicate ; d'Andrea da Firenze, qui a une Naissance de la Vierge ; de Bernardo Daddi, qui a une très belle Madone, grand tableau plein de beauté et de sentiment. D'autres œuvres nous représentent deux artistes peu connus : Giovanni da Ponte et Giovanni del Biondo, deux maîtres de l'école ou du groupe formé autour de l'Orcagna. Ces tableaux, une Annonciation et Deux Saints de Giovanni da Ponte, et une Madone de Giovanni del Biondo, apportent un peu de lumière sur le développement de cette école florentine si peu connue et si digne d'être mieux appréciée et aimée. L'École siennoise nous présente un Christ devant Pilate, de Pietro Lorenzetti, un très beau Sauveur de Simone Martini, une Mort de la Vierge par Taddeo di Bartolo, une Crucifixion de Lippo Memmi, quatre petites Histoires de la Vie de saint Étienne, de l'école des Lorenzetti, mais très proches de l'art des maîtres. Tous ces beaux tableaux représentent bien dignement une école qui put un moment rivaliser avec celle de Florence. La troisième salle est dominée par la grande et magnifique fresque de Melozzo da Forli. On connaissait imparfaitement jusqu'ici la superbe peinture, qui, exposée dans la vieille Pinacothèque entre deux fenêtres, ne pouvait, par suite de la défectuosité de l'éclairage, révéler toute sa beauté puissante et suggestive. Placée aujourd'hui sur une vaste paroi, devant deux fenêtres qui versent une grande richesse de lumière, la peinture se ranime, vit d'une vie nouvelle et évoque avec force les admirables figures de Sixte IV, du Platina et de la famille du Pontife glorieux. Ce grand tableau, témoignage précieux de la vie du Quattrocento, document incomparable d'une époque lointaine, apparaît à présent comme le chef-d'œuvre de Melozzo, pour la richesse sobre et harmonieuse du coloris, pour la puisance et la pureté du dessin, pour l'évidence prodigieuse de l'architecture et de la perspective. C'est grand dommage que l'on n'ait pu exposer ici, à côté du grand tableau historique, les admirables anges de Melozzo, qui sont conservés dans la sacristie de Saint-Pierre. Mal exposés, une grande partie de leur beauté reste cachée alors qu'elle serait apparue dans toute sa splendeur s'il leur avait été donné d'être placés dans les salles lumineuses de la nouvelle Pinacothèque. Ces anges auraient révélé la beauté nouvelle créée par ce maître incomparable, qui a marqué dans la peinture italienne du Quattrocento un rôle des plus éminents et qui n'a pas été encore justement apprécié. Au lieu des anges et des apôtres de Melozzo, on a exposé ici deux tableaux de son élève, Marco Palmezzano, de Forli, l'un représentant la Vierge et l'Enfant avec six Saints, l'autre représentant la Vierge et l'Enfant avec deux Saints. Le premier de ces tableaux possède la signature de l'artiste, inscrite sur un cartel fixé à la base: Marchus Palmezanus pictor foroliviensis faciebat MCCCCXXXVII; l'autre devait aussi avoir une signature sur un cartel analogue, mais elle a disparu. Ce second tableau d'ailleurs appartient à la même époque que le premier, et montre, lui aussi, l'artiste dans toute la force de son talent et de son habileté. Cependant l'un et l'autre, à côté du chef-d'œuvre de Melozzo, apparaissent bien modestes et bien pauvres d'esprit et de vie. Encore une fois le maître avance de son pas sûr, tandis que l'élève fidèle et monotone, malgré la splendeur du coloris vénitien, qu'il avait emprunté aux œuvres de Bellini, n'arrive pas à masquer sa monotonie habituelle. Un autre tableau, près de ces deux-ci, montre de frappantes affinités avec l'art de Melozzo vu à travers l'imitation de Palmezzano. C'est une grande Annonciation, attribuée jadis à Francesco Francia, sur la foi d'une signature de Francia qui a été reconnue fausse. Rien de l'art profond et expressif de Francia n'est dans ce tableau qui, au contraire,
FRA FILIPPO LIPPI - LE COURONNEMENT DE LA VIERGE (Vatican - La Nouvelle Pimacothèque) Photo: Andreas (France)
LES ARTS Photo Anderson (Rome). CARLO CRIVELLI. — LA MADONE (Vatican. — La Nouvelle Pinacothèque) peut être considéré comme une œuvre tardive de Palmezzano, surtout pour les têtes de chérubins, tout à fait identiques à celles des tableaux de l’élève de Melozzo. A gauche de la fresque de Melozzo ont été rangées des peintures florentines. Parmi celles-ci, il faut, avant tout, rappeler un grand tableau de Benozzo Gozzoli représentant la Vierge donnant la ceinture à saint Thomas. Cette peinture, qui décorait un autel d’un couvent, montre, entre le tableau proprement dit et la prédelle, une ouverture à travers laquelle on donnait la communion aux religieuses. Ce Comunichino, comme on l’appelle en Italie, n’est pas une des meilleures productions de Gozzoli. Les figures sont un peu dures, plutôt raides, et la couleur n’a pas l’éclat et l’harmonie des peintures du maître. Cependant la prédelle montre toute la grâce exquise de l’élève du Beato Angelico. Il y a, dans ces six épisodes de la vie de la Vierge qui décorent la longue prédelle, des motifs pleins de charme, qui rappellent bien fortement le Beato Angelico. Cette peinture, d’ailleurs, a été autrefois attribuée au maître, et c’est seulement ces temps derniers qu’elle a été rendue au Gozzoli, auquel elle appartient vraisemblablement. A côté de ce tableau est placé un triptyque de Filippo Lippi, le Couronnement de la Vierge. Cette peinture, admirablement conservée, garde encore aujourd’hui le charme spécial à son auteur. La foi la plus tendre y chante ses prières douces et consolantes, et la partie centrale surtout est parfumée du plus pur mysticisme. Le peintre des suaves Madones a peint ici la plus intime et la plus haute de ses prières. C’est vraiment une flamme divine que celle qui anime la Vierge pâle et modeste. Parmi les tableaux de Lippi, celui-ci peut être justement considéré, ainsi que le dit le Burckhardt, comme le chef-d’œuvre. Entre ce beau Lippi et le tableau de Gozzoli sont placées quelques scènes de l’histoire de Salomé, très intéressantes pour les costumes et pour la représentation de la vie du xve siècle, qui ont été attribuées un moment à l’École française, mais qui sont certainement l’œuvre d’un peintre florentin ou siennais influencé par les formes de Pisanello.
LA NOUVELLE PINACOTHEQUE DU VATICAN M. PALMEZZANO (?). — L'ANNONCIATION (Vatican. — La Nouvelle Pinacothèque)
LES ARTS Plusieurs maîtres siennois complètent ici la physionomie de l'école glorieuse. Sano di Pietro, Sassetta, Pellegrino di Mariano, Giovanni di Paolo viennent ajouter une nouvelle branche de laurier à la couronne idéale de la grande école. En face, de l'autre côté de la salle, ont été exposés les tableaux de l'École lombarde. Près du fameux Saint Jérôme de Léonard, gloire de la galerie, est placé un délicat portrait de Bernardino de Conti. Ce tableau, qui décorait jusqu'ici l'antichambre du Pape, représente Francesco Sforza, fils de Gian Galeazzo, ainsi que l'affirme une inscription disposée à la base et qui révèle aussi la signature de l'auteur. Parmi les œuvres si rares de Bernardino de Conti, celle-ci tient dignement une place d'honneur. Elle n'a pas une grande expression; on y chercherait inutilement une reproduction ou plutôt une interprétation pittoresque d'un caractère. Le modèle lui-même ne pouvait le fournir, car le petit Sforza est représenté à l'âge de six ans. D'ailleurs, Bernardino de Conti a été surtout un grand et habile décorateur, qui se complit dans la représentation de belles étoffes et de riches costumes. Près de ce petit et gracieux portrait sont encore d'autres œuvres de différentes écoles : une Madone de Moretto, un beau portrait de Morone, une Madone de Lorenzo di Credi et une Sainte Famille de Garofalo. Deux grands tableaux complètent la collection : les deux apôtres saint Pierre et saint Paul, de Fra Bartolomeo. Vasari, qui signale les deux tableaux, ajoute que Fra Bartolomeo n'arrivant pas à exécuter à sa satisfaction les deux peintures, car il ne pouvait pas travailler à Rome aussi bien qu'à Florence, partit de Rome avant de les terminer, et laissa à Raphaël le soin d'achever le Saint Pierre. Le récit de Vasari semble peu vraisemblable : lui-même, d'ailleurs, le contredit dans la vie du Rosso, car il raconte que Fra Bartolomeo quitta Rome sans y avoir rien peint. Les deux tableaux ne révèlent aucun caractère, ni de couleur ni de dessin, de Raphaël. Au contraire, c'est l'esprit formidable de Michel-Ange qui y apparaît. Fra Bartolomeo peignit les deux tableaux sous l'inspiration puissante et inévitable du Buonarroti. C'est dans ce moment très intéressant de sa vie que les deux tableaux furent exécutés. Non seulement la disposition sculpturale des deux figures, mais le coloris même, sombre et sans éclat, avec des harmonies très foncées, rappelle puissamment Michelangelo. La troisième salle comprend des peintres de l'Ombrie et des Marches, et révèle des personnalités inconnues et en caractérise d'autres insuffisamment connues. C'est ainsi que Allegretto Nuzi, Ottaviano Nelli et Francescuco Ghissi représentent la plus vieille tradition ombrienne ravivée dans le Quattrocento, et répètent le dernier écho du mysticisme de saint François. Tandis que les peintres ombriens évoquent la grâce douce et tendre des peintres siennois, dont ils sont les légitimes héritiers, les peintres des Marches reprennent et continuent l'art incomparable de Gentile da Fabriano, maître de toutes les élégances et de toutes les douceurs poétiques. De Gentile da Fabriano, la collection du Vatican nous fait entendre un écho puissant, non seulement dans les œuvres de ses imitateurs ou continuateurs, mais aussi dans celle d'un fils dont nous connaissions seulement le nom : Francesco di Gentile. La Madone peinte par le fils du délicieux maître de Fabriano, œuvre vraiment unique dans l'histoire de l'art, révèle une personnalité artistique très intéressante, car tout en se montrant inspiré de l'art de son père, Francesco di Gentile apparaît sous l'influence de Crivelli, dont les peintures naturalistes et décoratives, souvent revêtues des plus belles couleurs de l'École vénitienne, ont laissé des traces bien marquées dans l'art des Marches. Plusieurs autres artistes complètent les écoles de l'Italie centrale : Lorenzo d'Alessandro da Sanseverino, Pinturicchio, un maître inconnu de l'école de ce dernier, qui rappelle beaucoup l'art d'Antonio da Viterbo, et Antoniazzo Romano, dont la Madone, peinte pour les Uditori di Rota, est le dernier écho de l'art de Melozzo. Enfin, Cola dell'Amatrice clôt la série avec une grande Assomption, document très intéressant pour l'histoire de l'art. Car le maître, qui a signé le tableau avec son nom et la date, 1515, apparait en ces premières années du xvie siècle qui marquent les plus hautes envolées de l'art italien, comme un tardif survivant du Quattrocento, un peintre rude et vulgaire dont une certaine habileté et une certaine audace du coloris n'arrivent pas à cacher la monotonie et la pauvreté d'exécution et d'inspiration. Dans la salle suivante, le Cinquecento s'affirme au contraire dans toute sa plénitude, dans toute la richesse de sa floraison. Cette salle est dominée et presque consacrée à Raphaël. Près de la Transfiguration, de la Madone de Foligno et du Couronnement de la Vierge, ont été exposés la Madone en trône avec quatre Saints, de Perugino ; un Saint Jérôme de Giovanni Santi, et la Madonna de Monteluce de Giulio Romano et Francesco Penni. Ainsi, à côté des peintures immortelles du Sanzio sont exposées les œuvres de son père, de son maître et de ses élèves. La célébration de Raphaël n'aurait pu réussir plus complète et plus significative. De l'autre côté de l'entrée s'ouvrent trois salles, dont la première est consacrée aux peintres vénitiens. La série commence par un polyptyque d'Antonio Vivarini, signé : 1464. Antonius da Murao pinxit. Ce curieux tableau, moitié peinture, moitié sculpture, est de la dernière époque de l'artiste, et se ressent beaucoup de la vieillesse du peintre, qui apparaît ici assez négligé, surtout dans le dessin des mains et des pieds, et dans le coloris, qui a perdu son harmonie délicate et profonde et se charge d'ombres matérielles et vulgaires. Une Madone de Carlo Crivelli, signée et datée 1482, montre l'École vénitienne dans sa première et étincelante floraison. Cette Madone est une des œuvres les plus exquises de Crivelli et même de toute la peinture vénitienne, car à la
LA NOUVELLE PINACOTHEQUE DU VATICAN BERNARDINO DEI CONTI. — PORTRAIT DE FRANCESCO SFORZA (Vatican. — La Nouvelle Pinacothèque)

Cet article décrit la création et l'organisation de la Nouvelle Pinacothèque du Vatican, issue des restitutions d'œuvres d'art après les campagnes napoléoniennes. Il détaille les salles et les œuvres majeures exposées, notamment les Primitifs italiens des écoles florentine et siennoise, ainsi que des peintures de Benozzo Gozzoli et Filippo Lippi.