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LES ARTS N° 15 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Mars 1903 J.-B. GREUZE. — PORTRAIT D'UN VIEILLARD (Collection de M. Rodolphe Kann)

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La Collection de M. Rodolphe Kann dehors des deux grandes galeries consacrées aux écoles flamande et hollandaise et de la petite salle des Primitifs, d'autres tableaux servent à la décoration des pièces d'habitation, et c'est dans un petit salon Louis XV, parmi des meubles rares aux formes délicates, que nous allons trouver, voisinant avec une superbe épreuve en bronze du Louis XV de Lemoyne, posée sur la table de milieu aux cuivres ciselés, les quelques œuvres françaises et anglaises de l'avant-dernier siècle que possède M. Rodolphe Kann. L'impression est exquise d'harmonie, de sobre et fine élégance. Un somptueux Rigaud, le Portrait du cardinal Dubois, avec la pompe de l'ordonnance et du costume, la magnificence de son coloris, où le jaune d'or marié à différents rouges forme une brillante symphonie, évoque superbement l'époque précédente. Mais voici, à droite et à gauche, — contraste délicieux, — toute la grâce du XVIIIe siècle en deux portraits sans pose, mais pleins de distinction, d'un jeune seigneur dont l'uniforme est traversé par le grand cordon de l'ordre du Saint-Esprit et d'une jeune femme en pimpants atours, que le charmant pinceau de Nattier, plus large peut-être ici qu'à l'ordinaire, a su rendre dans toute la séduction de leur fraîche jeunesse, de leur mine aristocratique et fière. Un portrait de vieillard par Greuze, où l'on croit reconnaître les traits de son beau-père le libraire Babuty, nous montre l'artiste bien supérieur, dans l'interprétation sincère et loyale de la nature, au Greuze habituel des compositions sentimentales. Par son modèle large et sûr, cette tête l'emporte de beaucoup sur les figures douceâtres de demi-innocentes auxquelles il nous a trop habitués, et, plus rare dans son œuvre, en est d'autant plus précieuse. Une allégorie de la vie pastorale, par Boucher, moitié scène de genre, moitié paysage, où, près d'un puits rustique, des bergères en robes décolletées et de jeunes bergers sont occupés à surveiller la cuisson de leur repas, et qui, d'une facture moins superficielle qu'à l'ordinaire et d'un bel effet décoratif, compte parmi les meilleures compositions du peintre, nous transporte maintenant dans le domaine de la fantaisie, dans ce monde mi-nature, mi-irréel, sorte de Paradis perdu, ou plutôt d'île de Cythère, mensongère et charmante, où se complut l'imagination de l'époque et où nous conduit le rêve des peintres de fêtes galantes. Un de ceux-ci, Pater, va justement nous offrir, avec des Nymphes au bain — un sujet particulièrement affectionné par l'artiste, qui y trouvait prétexte à mille poses plus ou moins lascives : on se rappelle les tableaux de Potsdam admirés en 1900 au Pavillon allemand de la rue des Nations, — une de ces œuvres piquantes et légères où la fantaisie voluptueuse de la conception, le choix du décor, l'aspect brillant et profond du coloris, forment un ensemble de la plus poétique séduction. — Et voici la fleur de ce bouquet charmant : le plus féerique Fragonard qui soit, un Jeu de l'escarpolete dans la mystérieuse pénombre d'un bosquet formant salle de verdure, au bord d'un bassin où, parmi l'écroulement d'un buisson de roses au doux éclat, l'eau fraiche d'une fontaine se déverse en bruissantes cascatelles, tandis que des jeunes femmes aux claires toilettes conversent nonchalamment et que des couples s'alanguissent sous le regard d'un Amour malin prêt à leur décocher sa flèche. Notons enfin deux jolies compositions de Lancret d'après les contes de La Fontaine La Servante justifiée et Les Oies du frère Philippe, et une œuvre de jeunesse de Watteau, une Scène de camp, d'une tonalité blonde et lumineuse, où, d'un pinceau léger et spirituel, le peintre nous fait assister aux diverses occupations du bivouac, aux galants entretiens des militaires au repos. H. RIGAUD. — PORTRAIT DU CARDINAL DUBOIS (Collection de M. Rodolphe Kann) (*) Voir les Arts, n° 13 et 14. — Les reproductions qui accompagnent cet article ont été exécutées d'après les planches de La Galerie de tableaux de M. Rodolphe Kann, à Paris, Texte par Wilhelm BouE. Vienne, Société des Arts graphiques. In-pr illustré, accompagné de 100 héliogravures grand in-folio.

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J.-H. FRAGONARD — L'ESCARPOLETTE (Collection de M. Rodolphe Kamm)

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LES ARTS J.-M. NATTIER. — PORTRAIT D'UNE JEUNE FEMME (Collection de M. Rodolphe Kann)

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LA COLLECTION DE M. RODOLPHE KANN J.-M. NATTIER. — PORTRAIT D'UN JEUNE HOMME (Collection de M. Rodolphe Kann)

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LES ARTS L’École anglaise, peu représentée, l’est cependant de façon remarquable par deux toiles du meilleur de ses portraitistes, Gainsborough : un portrait de Mrs Fisher, d’une facture un peu flou, mais d’un charme exquis dans sa grâce vaporeuse à laquelle répond si bien l’expression rêveuse du délicat visage, et un autre portrait, plus petit mais peut-être plus séduisant encore, de Lady Sophie Sheffield, en élégante toilette, dans un paysage, esquisse du grand et célèbre tableau que possède le baron Ferdinand de Rothschild, à Londres. Enfin, un curieux Hogarth nous offre, sous le prétexte d’une Partie de cartes, une réunion de portraits de famille J.-B.-J. PATER. — SYMPHES AU HAIN (Collection de M. Rodolphe Kann) intéressante à consulter pour la connaissance des mœurs de l’époque. Il faudrait maintenant, avant de quitter l’hôtel où sont réunies les merveilles que nous venons d’énumérer, parler aussi des autres trésors qu’il renferme : sculptures du moyen âge et de la Renaissance ; vitraux nurembergeois du xvie siècle; bronzes et terres cuites de Pajou, de Houdon, de Pigalle, de Cafféri; porcelaines rares; tapisseries d’après Boucher et, encore plus précieuses, d’après des cartons d’Oudry représentant des scènes de Molière; bien des chefs-d’œuvre encore, dus au talent et au goût de nos artistes français. Nous laissons à d’autres, plus compétents, ce soin et ce plaisir, heureux d’avoir pu, pour notre part, donner quelque idée de la majeure partie de ces richesses et faire connaître une des collections parisiennes les plus belles qui soient. AUGUSTE MARGUILLIER.

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UNE DES SALLES DE LA GALERIE DE M. RODOLPHE KANN

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L'ASCENSION — L'ADORATION DES MAGES — LA PRÉSENTATION (Tympan du portail de l'église de La Charité-sur-Loire) PROMENADES ARTISTIQUES* II. — AU MUSÉE DU TROCADÉRO Les gens qui aiment à savoir les raisons des choses et à en disséter, qui veulent à tout effet trouver une cause et en suivre depuis la minute initiale de son action les conséquences, voudraient indiquer le moment précis et les circonstances dans lesquelles la sculpture monumentale se prit à revivre chez nous. Parce que deux voyageurs, venus au début du xie siècle des écoles du nord de la France dans le midi pour un pieux pèlerinage, témoignèrent devant les statues de Saint-Gérard à Aurillac et de Sainte-Foy à Conques, d'un étonnement scandalisé, dont la relation de l'un d'entre eux nous a conservé le souvenir et donné les raisons, on a cru pouvoir conclure que seule, parmi les autres arts, la sculpture, responsable aux yeux des docteurs de l'Église de tous les méfaits du paganisme dont elle avait incarné les dieux, était restée frappée d'une sorte d'anathème et que, tandis que la peinture, l'orfèvrerie, les ivoires, les émaux, avaient librement l'accès du sanctuaire et étaient admis et appelés à glorifier le culte, la statuaire avait été proscrite. Il est incontestable qu'on trouve dans beaucoup de textes la trace d'une sorte de suspicion qui pesa, au cours du moyen âge, sur les représentations anthropomorphiques taillées dans la pierre ou le marbre. Mais ce serait tirer des conséquences singulièrement exagérées de ces quelques indications, que de vouloir y trouver la preuve d'une sorte d'interdiction majeure et exclusive sur le seul art de la plastique. En réalité, d'autres textes prouvent que, au cours de l'époque carolingienne, le portail de plus d'une basilique fut décoré d'images, sans doute fort grossières ; et d'ailleurs le fait que sur les autels des églises abbatiales s'étaient multipliés les grands reliquaires anthropomorphiques, montre assez que la statuaire pouvait y avoir accès. Ce qui est vrai, c'est que, dans beaucoup d'esprits, l'idée des idoles païennes était restée naturellement associée à celle des (*) Voir les Arts, n° 13.

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PROMENADES ARTISTIQUES. — AU MUSÉE DU TROCADERO ADAM ET ÈVE (Chapiteau à Notre-Dame-du-Port. — Clermont-Ferrand) COMBAT DES VERTUS CONTRE LES VICES (Chapiteau à Notre-Dame-du-Port. — Clermont-Ferrand) statues, et il n'est pas douteux que les deux écolâtres d'Angers, auxquels nous faisions allusion tout à l'heure, appartenaient au parti de ceux qui en redoutaient les dangers. Ce n'est cependant pas dans ces résistances dogmatiques qu'il faut chercher la cause de la longue éclipse de la sculpture monumentale. Si, entre les derniers ateliers des sculpteurs de sarcophages gallo-romains et les premiers imagiers des églises romanes, nous ne trouvons aucune statue qui puisse témoigner de la continuation et de la vitalité de cet art, c'est plutôt que les races nouvelles qui, avec les invasions, étaient entrées en scène, et qui allaient d'une façon si profonde se mêler aux éléments de la future France, étaient complètement ignorantes de toute éducation plastique ; et comme, d'autre part, au moment de ces invasions, cet art de la sculpture en ronde bosse était tombé, chez ceux même qui en avaient été les dépositaires et les maîtres, dans une profonde décadence, il n'y a pas lieu de s'étonner que toute trace en ait en quelque sorte disparu. Dans les travaux des orfèvres d'ailleurs et dans ceux des fondeurs, quelques monuments témoignaient encore de la survivance d'anciennes traditions, et la statuette de Charlemagne, que nous avons au Musée Carnavalet, est, à ce titre, un document précieux. Du jour où l'architecture se prit à renaître et où, dans chaque province, se constituèrent les écoles qui allaient couvrir la France de monuments si divers et si beaux, la sculpture, elle aussi, tendit à reprendre vie. Ce ne fut plus seulement comme décorateurs et ornemanistes que les sculpteurs furent associés à l'œuvre des constructeurs ; ils eurent, pour leur part, à exprimer aussi aux yeux des fidèles les formes et les images qui, dans la conception générale de l'édifice, devaient contribuer à l'enseignement et à l'édification. On ne comprendra bien l'art du moyen L'ANGE ET JOSEPH (Chapiteau à Notre-Dame-du-Port. — Clermont-Ferrand)

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LES ARTS --- âge, surtout à ses débuts, qu'en se pénétrant de cette idée : le programme n'est pas l'œuvre des artistes; ils le reçoivent tout fait de l'Église qui, — pareille à cette femme d'un évêque auvergnat que Grégoire de Tours nous montre assise dans la nef, un livre sur les genoux et indiquant au peintre les sujets qu'il devait représenter, — dicta à tous ces ima- giers le thème et l'ordonnance des scènes qu'elle leur donnait à illustrer. Il serait vain de vouloir préciser l'heure et l'endroit où commença la renaissance de la sculpture. Trop de monuments d'une part ont disparu et la difficulté de dater ceux qui restent est trop grande pour qu'on puisse prétendre à une LA PENTECOTE (Tympan du portail de l'église Sainte-Madeleine, de Pézelay) pareille détermination. D'ailleurs, dans ce grand œuvre de la naissance et de l'évolution d'un art, où concourent toutes les forces de la vie et de l'histoire, il n'est pas de minute précise où l'on puisse saisir l'œuvre et l'action créatrices ; c'est par une lente et profonde évolution que de pareilles manifestations humaines arrivent à la lumière, et l'on ne commence à les constater que lorsque déjà elles sont depuis longtemps en gestation. Dans quelle mesure pourrait-on retrouver, dans les églises romanes et sur les façades de telle ou telle d'entre elles, des fragments réemployés des époques précédentes qui, gravés plus que sculptés, très pauvres dans leur sentiment de la forme et très timides dans l'expression du relief, semblent bien remonter aux temps préromans..., cela assurément vaudrait la peine d'être cherché. Mais ce n'est pas au Musée du Trocadéro que nous trouverions des documents pour ce travail. Parmi les plus anciens morceaux que l'on y peut étudier de la statuaire proprement dite, il faut placer les chapiteaux des églises d'Auvergne. Dès la fin du xie siècle, cette admirable architecture auvergnate, si robustement assise sur le vieux sol gaulois et qui fit de la lave de ses volcans un emploi si simplement décoratif, se dressait au fond des vallées ou contre les parois des montagnes du Puy-de-

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LES ARTS Cliché Giraudon. PORTE DE L'ÉGLISE SAINT-LAZARE D'AVALLON