Excerpt
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LE PRADO
LA FEMME
DANS LA PEINTURE FRANÇAISE
ARTICLES DE
- Mme J. LOCQUIN
- WALDEMAR GEORGE
- ROBERT REY
- GASTON CASTEL
- JEAN CASSOU
- L. CHÉRONNET
- CL. ROGER-MARX
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FRENCH AND ENGLISH TEXTS
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LA RENAISSANCE
22e ANNÉE AOUT 1939 N°4 LES ÉDITIONS NATIONALES - PARIS PRIX: 30 FR.
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LA RENAISSANCE
VINGT DEUXIÈME ANNÉE N° 4
LES ÉDITIONS NATIONALES
10, RUE MAYET, 10 — PARIS VIe
TÉL.: SUFFREN + 70-70 — C. C. POSTAUX PARIS 657.03
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L'INDE INNOMBRABLE
LES CHEFS-D'ŒUVRE DU MUSÉE DU PRADO au Musée d'Art et d'Histoire de Genève
LA FEMME DANS LA PEINTURE FRANÇAISE
MARSEILLE, CAPITALE IMPÉRIALE
MARSEILLE - MARIGNANE à la croisée des chemins du ciel
L'HOTEL DIPLOMATIQUE DE FRANCE A OTTAWA
ALICE aux pays des Merveilles ou HALICKA DÉCOUVRE L'AMÉRIQUE
LE GÉNIE DU MASQUE
CHRONIQUE LITTÉRAIRE
CHRONIQUES DU MOIS Le Salon des Tuileries Le XXIXe Salon des Artistes Décorateurs
LES ARTS GRAPHIQUES Amédée de la Patellière Edgar Degas
LA SAINTE-ESTELLE et le Folklore Méridional
ÉCHOS & CHRONIQUES ENGLISH TEXTS
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COMITÉ DE RÉDACTION
Mme CHARLES POMARET MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DES BEAUX-ARTS ROBERT REY, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BEAUX-ARTS ET DES MUSÉES. JEAN CASSOU, CONSERVATEUR ADJOINT DU MUSÉE DU LUXEMBOURG GEORGES HENRI RIVIÈRE, CONSERVATEUR DU MUSÉE DES ARTS ET TRADITIONS POPULAIRES. CLAUDE ROGER MARX, INSPECTEUR GÉNÉRAL DES BEAUX-ARTS. WALDEMAR GEORGE.
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AOUT 1959
Sur la couverture : WATTEAU - Le faux-pas (Musée du Louvre)
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SOMMAIRE
Mme Jean LOCQUIN WALDEMAR-GEORGE Robert REY Gaston CASTEL M. JOUANNET A. ROULHAC Mme J. BOUISSOUNOUSE Mme Assia RUBINSTEIN Jean CASSOU WALDEMAR-GEORGE Louis CHÉRONNET Claude ROGER-MARX Emile SOGNO
Secrétaire de Rédaction Jean BOISSEAU
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TEMPLE BOUDHIQUE DE KARLI. (PRESIDENCE DE BOMBAY) - 1ST SIÈCLE AVANT J.-C.
BUDDHIST TEMPLE OF KARLI. (PRESIDENCY OF BOMBAY.) - 1ST CENTURY B.C.
L'INDE INNOMBRABLE
PAR MADAME JEAN LOCQUIN
Chargée de Mission au Musée Guimet
Le Saint Théodore et le Lion ailé de la Piazzetta, les coupoles de Saint-Marc, les festons du Palais Ducal se dessinent une dernière fois dans le crépuscule, sous un ciel aux couleurs délicates comme un plafond de Tiepolo : c'est la minute à la fois joyeuse et mélancolique où le paquebot, lentement, quitte la rive. Venise disparaît. Le lendemain, nous ne voyons de Brindisi, dans les lueurs d'un autre couchant, que l'escalier monumental et la colonne antique qui marquent, au bord de la mer, la fin de la Voie Appienne ; puis, le long des côtes arides de la Grèce, la grande nef blanche glisse sur l'eau bleue. Jusqu'ici, rien de très nouveau dans ce périple ; ce sont des parages connus et aimés. Avec Port-Said et la Mer Rouge commence vraiment la grande aventure. La lumière y est plus pure qu'en Méditerranée, les deux rives sablonneuses du golfe de Suez sont deux nappes d'or et, sur un fond d'azur intense, se découpe, du côté du désert asiatique, la puissante chaîne du Sinai. Sept douces journées pleines de rêve, entre les deux immensités du ciel et de l'eau, sur l'Océan Indien d'un indigo profond, vers une des contrées les plus fascinantes du monde, et nous débarquons à Colombo. Ceylan, la Taprobane des Grecs, avec le miroir de ses lacs et des canaux construits par les colons hollandais, apparaît, telle une magnifique Venise tropicale, offrant le spectacle varié de sa luxuriante végétation, de ses éléphants sacrés qui, joyeusement, s'ébattent dans l'eau fraiche des rivières, et de ses prêtres bouddhistes. Ceux-ci, la tête rasée, drapés dans la samghati comme les Romains dans la toge, munis du parasol et de l'éventail, vont à travers les villages, tendant leur bol à aumône, comme le Bienheureux leur en fit une règle, sans demander, sans insister, sans remercier, avec l'indifférence totale d'hommes qui ont résolu le problème de la souffrance par le renoncement à la vie. Le long de la route de Kandy s'échelonnent de paisibles hermitages : une salle de prières, des cellules, un blanc stupa parmi les bambous géants et les cocotiers. Dans ce décor de verdure, les moines aux éclatantes robes jaunes passent sans bruit, ombres heureuses du paradis bouddhique, et parfois, dans le court crépuscule, on aperçoit le bûcher de l'un d'eux flamber dans la nuit.
A Bombay, c'est déjà toute la couleur de l'Inde : les magnifiques guirlandes de fleurs odorantes apportées comme signe de bienvenue aux voyageurs qui débarquent, la foule bariolée, les types humains les plus divers et l'ondoiement pittoresque des turbans multicolores. Dans la fraîcheur matinale, à travers les hauteurs des Bhor-Ghats, nous prenons la route qui arrive au bas de la falaise où, vers le premier siècle avant notre ère, à l'imitation de l'Egypte et de la Perse, les Indiens creusèrent dans le roc le caitya de Karli, un des édifices les plus caractéristiques de l'architecture bouddhique. Il affecte le plan d'une basilique chrétienne avec sa large nef voûtée garnie de puissants doubleaux et l'abside ronde où s'inscrit le stupa, symbole du Nirvana de Cakyia-Muni ; les piliers aux chapiteaux bulbeux supportant des groupes de cavaliers et d'éléphants, qui séparent la nef des bas-côtés, évoquent ceux des salles
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PORTE MONUMENTALE DE LA BALUSTRADE DU STUPA DE SANCHI (INDE CENTRALE, ÉTAT DE BHOPAL). - DÉBUT DU 1er SIÈCLE AVANT J.-C.
MONUMENTAL DOOR ON THE BALUSTRADE OF THE SANCHI STUPA (CENTRAL INDIA, BHOPAL). - BEGINNING OF 1st CENTURY B.C.
royales de Persépolis, mais dans cette frise magistrale où jouent puissamment la lumière et l'ombre, le génie de l'Inde a déjà mis le sceau de son originalité. Puis, à travers la « Belle Baie », parsemée d'îles vertes et de légers bateaux pointant leurs voiles blanches, couronnée des hauteurs fleuries de Malabar où corbeaux et vautours pullulent, on arrive aux grottes d'Elephanta que le buste colossal de la Trimurti emplit de son olympienne majesté. S'il a retrouvé dans le sanctuaire de Karli la pénombre propice à la prière de nos églises romanes, devant le Siva Tricéphale, incarnation des croyances panthéistes indiennes, le voyageur occidental, imprégné de christianisme et de culture gréco-latine, est brusquement averti qu'il a pénétré dans un monde nouveau. L'impression d'Elephanta se renouvelle plus forte encore à Ellora, que l'on atteint après avoir gravi les Thal-Ghats, une des contrées les plus pittoresques de la péninsule. Les trente-quatre temples souterrains, creusés dans la roche éruptive du Deccan, sont consacrés aux trois cultes qui pendant plusieurs siècles se disputèrent les faveurs de l'âme indienne et où s'inscrit l'histoire de l'évolution religieuse qui devait aboutir au triomphe du néo-brahmanisme ; mais toutes ces confessions hostiles ont trouvé pour refuge des édifices d'une surprenante similitude et lorsque, vers le soir, les rayons obliques du soleil couchant les inondent, et donnent une vie nouvelle aux effigies des dieux qui les habitent, Bouddha, Jina, Siva, sa splendeur les confond dans une même apothéose.
Quelques heures de voyage par la route et l'on arrive au site d'Ajanta, la vallée ombreuse qui fut un des derniers asiles du Bouddhisme. Vingt neuf grottes dont deux temples et vingt-sept couvents furent creusés, sculptés et décorés de fresques par les moines entre le ne siècle avant J.-C. et
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A gauche : STATUE DE L'EMPEREUR KANISKA. - IIe SIECLE APRES J.C. (MUSEE DE MUTTRA.)
A droite : STATUE DU BOUDDHA TROUVE A JAMALPUR. - EPOQUE GUPTA. STYLE INDO-CLASSIQUE. V° SIECLE APRES J.C. (MUSEE DE MUTTRA.)
Left : STATUE OF THE EMPEROR KANISKA. - II CENTURY A.D. (MUTTRA MUSEUM.)
Right : STATUE OF BUD-DHA FOUND AT JAMAL-PUR. - GUPTA PERIOD. INDO-CLASSICAL STYLE. V CENTURY. (MUTTRA MUSEUM.)
l'an 650 de notre ère; une étude attentive de chacun de ces monuments rend très sensibles les changements survenus dans l'esprit de la Communauté bouddhique abandonnant peu à peu la pure doctrine du Hinayana pour s'adonner à l'iconolatric mahayaniste. La nuit vient, comme une délivrance, après les brûlantes journées qui marquèrent la visite de ces lieux inoubliables. Tout paraît excessif sur la terre indienne à notre sensibilité occidentale : la Nature et l'Art. Etendue, brisée de fatigue, dans le jardin du bungalow de Fardapur où les boys ont installé les lits de repos, je regarde pâlir l'immense ciel, et l'image du Bodhisattva, admirée ce matin dans l'ombre du monastère, m'apparaît un instant, reposante comme le souffle frais de la brise ; mais à mesure que s'accrochent à la voûte sombre des myriades d'étoiles, une autre figure, puissante celle-là, et dominatrice, se substitue à la poétique vision. Siva au cruel sourire danse une danse effrénée qui emporte dans un tourbillon ses écharpes et ses longs cheveux, et les astres qui brillent au-dessus de ma tête semblent les flammes de l'orbite du monde qu'il frappe éternellement de son pied divin.
Après les falaises escarpées d'Ellora et d'Ajanta, je gravis la gracieuse colline de Sanchi, toute parfumée de roses, où s'élève encore un des édifices les plus anciens et les plus captivants de l'art indien : le grand stupa — le seul intact que possède l'Inde — avec sa massive balustrade et ses portes monumentales, transcription dans la pierre d'édifices antérieurs en bois. Toute l'histoire du Bouddha se déroule en ces bas-reliefs symboliques et anecdotiques où jamais le héros n'est représenté. Sa Naissance est évoquée par un beau lotus épanoui, son Illumination par l'arbre pipal, sa Première Prédication par une roue, la Roue de la Loi, son Nirvana par un stupa ; et même lorsque nous est raconté quelque épisode de sa dernière vie terrestre, comme l'émouvant « Grand Départ » du palais de Kapilavastu, la présence du prince Siddharta est marquée seulement par le parasol royal, que Chandaka, l'écuyer fidèle, tient près du cheval, au-dessus de l'invisible cavalier.
Muttra, avec ses Ghats, s'étage sur la rive droite de la Jumna « qui mêle ses eaux noires à celles de la Ganga sacrée ». La grande cité bouddhique de l'Empereur Kaniska a disparu. Mais les destructions impies n'ont pas effacé complètement le souvenir du Maître vénééré ni du Royal Barbare converti à la Bonne Loi, grâce à deux effigies de pierre qui comptent parmi les plus belles œuvres de la statuaire indienne. Drapé dans le manteau monastique aux plis stylisés, fait d'une légère mousseline transparente qui laisse voir le corps très pur, le Bouddha, figure idéale entourée d'un nimbe immense délicatement sculpté, dispense encore au monde le trésor de sa mansuétude et de sa sérénité. Non loin de lui, lourd et majestueux, dans sa tunique serrée à la taille, s'appuyant sur la longue épée, chaussé d'énormes bottes, qu'aujourd'hui encore portent les populations du Turkestan Chinois, se dresse le redoutable souverain Kusana. Maintenant, à Muttra et à Brindaban, celui que les foules viennent mystiquement adorer, c'est Visnu sous la forme poétique de Krisna, le Bouvier Divin.
Avant de visiter l'Inde conquise par l'Islam, il faut s'arrêter quelques jours dans ce pays du Rajputana où la civilisation européenne a si peu pénétré : Udaipur, toute blanche, immobile et silencieuse, qui se reflète dans le lac étincelant habité par un peuple de tortues sacrées ; Jaipur, la ville rose aux larges avenues, et Amber, forteresse et demeure princière abandonnée, où l'on monte à dos d'éléphant.
Plus au Nord, c'est la royale Delhi, sept fois capitale, qui s'étend dans la plaine immense parsemée de tombeaux comme une autre campagne romaine, et que domine le fier Kutb Minar. Telle une sentinelle avancée surveillant à l'Ouest les incursions de l'ennemi, Tughlaqabad élève ses massives murailles auprès du sévère tombeau de son fondateur, Tughlaq Shah. Firozabad, le palais de Firoz Shah
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et sa mosquée, sœur de la sombre Kalan Masjid, n'est plus qu'un ensemble de pierres pittoresquement entourées de vertes pelouses et de fleurs. Purana Kila, à la robuste enceinte ornée de belles portes, garde la jolie mosquée de Sher Shah, avec son bassin limpide où se mirent des cyprès ; mais seule subsiste dans son ancienne splendeur Shajahanabad, la cité mongole avec son Fort dont les murs de grès rouge entourent des palais, des pavillons et des jardins aux eaux jaillissantes et la Jami Masjid, un des plus beaux sanctuaires du monde musulman, qui découpe ses nobles dômes et ses sveltes minarets sur le ciel pur. Près de Delhi, Agra, qu'Akbar choisit un moment pour résidence et où il repose, offre à notre admiration deux pures merveilles de marbre immaculé, la Moti Masjid et le Taj Mahal, poétique mausolée où Shah Jahan déposa les restes précieux de son épouse favorite, Arjumand Banu Begam, surnommée « la Joie du Palais ».
Je quitte avec regret ces contrées, témoins d'une civilisation opulente et raffinée, et les rives de la Jumna pour celles du Gange. Bénarès étale l'amphithéâtre de ses Ghats le long du fleuve où, depuis des millénaires, un incessant flot humain vient se purifier. Brahmanes sous leurs parasols, ascètes nus en prières, pélerins extatiques épuisés par un long voyage, se pressent, se coudoient, emportés par une sorte de folie collective, insensibles à ce qui se passe autour d'eux, tandis que monte, vers le ciel dans la légère lumière matinale, la lourde fumée du bûcher des morts.
Mais, dans la voisine Sarnath, quelle impression désolée ! A côté de la grouillante et très sainte Bénarès, le désert. Un stupa en ruine marque l'emplacement du Parc aux Gazelles, lieu sacré du Premier Sermon, qui, depuis plus de deux mille ans, est l'Evangile de l'Asie. Dernière vision : nous traversons le Gange ; maintenant, seuls, dominant la ville, apparaissent les deux minces minarets de l'agressive mosquée d'Aurangzeb et la silhouette sombre de frêles palmiers qui se détachent sur l'horizon bleu et rose ; puis la nuit descend sur la cité sainte, où l'idolâtrie la plus basse a remplacé l'humaine religion du Bouddha.
Un long et fastidieux voyage le long du golfe du Bengale et de la Côte de Coromandel n'est interrompu que par la visite de Puri et de Bhuvaneswar, véritable « cité de temples » comme celles de Satrunjaya et de Khajuraho dans l'ouest et le nord de l'Inde. Une pyramide, le Sikhara, d'une inconcevable richesse sculpturale, s'élève au-dessus du sanctuaire ; mais bien que les lignes verticales y prédominent, ces temples si beaux restent attachés à la terre, privés de l'élan joyeux qui fait monter vers le ciel les flèches de nos cathédrales gothiques.
Une impression plus étrange encore nous est réservée dans le pays dravidien, surtout à Madura. Comme alors l'Europe semble lointaine ! Comment se libérer, sinon par la fuite, de l'oppression de ces gopuram gigantesques, chargés de sculptures hallucinantes, de l'oppression plus grande encore du temple mystérieux aux longues galeries obscures, où, dans l'ombre, émergent de fantastiques animaux cabrés.
L'Inde, sans mesure en toutes choses, attire à la fois et déconcerne par la richesse de sa couleur, par le mouvement de ses foules pittoresques, et par la mystique et violente passion qu'elle apporta à la solution de l'éternel et angoissant problème de la souffrance et de la vie. Un magnifique
LE TAJ MAHAL, TOMBE DE MUMTAZ MAHAL, FEMME DE SHAH JAHAN, MORTE EN 1630. - XVIIe SIÈCLE APRÈS J.C.
THE TAJ MAHAL, TOMB OF MUMTAZ MAHAL, WIFE OF THE SHAH JAHAN, DEAD IN 1630. - XVII CENTURY A.D.
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En haut : LE TEMPLE DE MI-NASKI-MADURA. LE GRAND GOPURAM VU DU BASSIN DES LOTUS D'OR. - STYLE DRA-VIDIEN, XVIIe SIÈCLE APRÈS J.-C.
En bas : LE TEMPLE DE NEMI-NATH-KHAJURAHO (INDE DU NORD). - XIe SIÈCLE APRÈS J.-C.
Above : THE TEMPLE OF MI-NASKI-MADURA. THE GREAT GOPURAM SEEN FROM THE GOLD LOTUS POND. - DRA-VIDIEN STYLE, XVII CENTURY A. D.
Below : THE TEMPLE OF NEMI-NATH-KHAJURAHO (NORTHERN INDIA). - XI CENTURY A. D.
destin lui était échu en partage : elle avait donné le jour à Celui dont le génie lumineux avait découvert la voie de la parfaite Connaissance et répandu sur le monde la joie et la paix. Mais cette austère doctrine du Salut fut par elle très vite abandonnée. Une force irrésistible la ramena bientôt à ses vieilles croyances, à la pratique de la magie, à ses superstitions grossières, à son panthéisme ancestral, à l’adoration des dieux égoïstes et au marchandage perpétuel pour s’assurer une miette de bonheur. Avec le Bouddha, deux autres hommes l’arrachèrent pour un temps à son anarchie millénaire, en opposant à son individualisme effréné les bases d’une Nation homogène et d’un Etat organisé : Açoka et Akbar, qui par leur éclectisme et leur tolérance firent, deux fois au cours de son histoire, l’Inde grande, une et pacifique.
Cet article est une préface à l’étude plus importante qui sera publiée ultérieurement dans la Renaissance sur l’Architecture indienne, objet de la Mission archéologique confiée à Mme Jean Locquin par le Ministère de l’Education Nationale.
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LES CHEFS-D'ŒUVRE DU MUSÉE DU PRADO
VELASQUEZ - PORTRAIT DE PHILIPPE IV JEUNE. (MUSÉE DU PRADO.)
VELASQUEZ - PORTRAIT OF PHILIP IV YOUNG. (PRADO MUSEUM.)
PAR WALDEMAR GEORGE
AU MUSÉE D'ART ET D'HISTOIRE DE GENÈVE
L'exposition des chefs-d'œuvre du Prado à Genève est le point culminant de l'année artistique. Depuis août 1936 l'accès du musée de Madrid nous était interdit. Dès le début de la révolution et de la guerre civile des milliers de tableaux qui forment le patrimoine commun de l'Occident ont été décrochés, mis en caisse, et placés en lieu sûr. Si solides qu'aient pu être leurs abris, on pouvait craindre le pire. Les plus précieux joyaux d'une collection, sinon plus nombreuse, du moins plus choisie que celles de Londres, de Vienne, et de Berlin, couraient le risque d'être réduits en cendres.
Grâce aux soins méthodiques, au merveilleux esprit de sacrifice, au courage, au sens du devoir et à l'expérience de M. Sanchez Canton, le Conservateur du Musée du Prado (aujourd'hui révoqué) grâce aussi au Gouvernement français qui a assuré, à un moment critique, le transfert des tableaux à Genève, l'Europe s'érougeillit d'avoir gardé intact un legs artistique d'un prix inestimable. Une fois de plus, la France a mérité la gratitude du monde.
Pour donner une idée, même approximative, de l'importance de l'Exposition du Musée de Genève, il suffira de dire qu'elle contient 38 Goya, 24 Greco, 33 Velasquez, 6 Raphaël, 10 Titien, 7 Tintoret, 2 Véronèse, 7 Rubens, 6 Van Dyck, 1 Giorgione, 1 Durer, 2 Granach, 1 Memling, 1 Breughel, 3 Bosch, 3 Van der Weyden.
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Il nous semble superflu de poursuivre une telle nomenclature et d'essayer de faire parler les chiffres. L'Exposition des chefs-d'œuvre du Prado s'impose d'ailleurs, non point par le nombre de tableaux mis en scène, mais par leur qualité.
Grandeur et misères de l'Espagne, tel pourrait être le titre de cette rétrospective, bien que tout ce qui rappelle, de près ou de loin, les tragiques destinées du pays de Cervantès et notamment les horreurs de la guerre et les massacres évoqués par Goya, ait été écarté.
A quoi donc tient l'impression de trouble et de malaise latent qu'on éprouve devant les toiles des maîtres Sévillans ou Madrilènes groupées au Musée de Genève ? Notre intention n'est pas de contester le génie de Velasquez, du Gréco et de Goya. Les amateurs d'âmes trouveront, en contemplant les chefs-d'œuvre du Prado, plus de sensations rares, plus d'alcools et plus de stupéfiants des sens et de l'esprit qu'au Louvre et aux Offices. « Toutes les audaces de l'art moderne sont là » s'était écrit M. Edouard Herriot en visitant, il y a quelques années, le musée de Madrid. Toutes les audaces... M. Edouard Herriot aurait pu ajouter : « et toutes les maladies ».
Dans la mesure exacte où il s'écarte de l'idéal classique et où il sacrifie la beauté, l'harmonie et l'équilibre de toutes les facultés à cette fervente recherche de caractère qui, dès le xvi^e siècle, annonce le Romantisme, l'art espagnol semble justifier d'avance les excès de l'art contemporain. En parlant, devant des œuvres célèbres telles que les Ménines, les nains et les bouffons, peints par Diego Velasquez, du réalisme, apologie du laid, du charme de l'horreur et de l'ange du bizarre, on commet sans doute un sacrilège. Mais ces constatations ne doivent en aucun cas être assimilées à des diffamations et à des calomnies. L'art espagnol s'oppose sur toute la ligne à l'académisme, à la facilité et à l'esprit bourgeois. Il nous détourne des habitudes acquises. Il ne flatte jamais l'œil. Il n'est jamais gratuit, décoratif, aimable. Il nous livre le secret d'un peuple voué au drame.
Pas un sourire n'éclaire les visages des Infants et des Princesses du Sang qu'interprétait Velasquez. Traits tirés, comme rongés par un mal inconnu, regards mornes, bouches à la lèvre pendante, cheveux pâles, corps débiles serrés dans des pourpoints ou des corsets rigides, gestes appris, façonnés par une étiquette qui bride l'individu, telle nous apparaît sa galerie de portraits. Ah, l'inquiétant artiste !
Il subit, au temps de ses débuts, l'ascendant conjugué du Caravage et d'Antonio Moro. Il peint - avec un sentiment de la réalité que ne désavoueraient ni Courbet, ni Manet, ni Gervex - un Mars qui a l'air d'un portefaix des halles costumé en dieu grec par un rapin de l'Ecole des Beaux-Arts, et une Forge de Vulcain qui pourrait passer très aisément pour un intérieur d'usine métallurgique.
Les portraits de Velasquez qui représentent Philippe IV et Don Carlos, second fils de Philippe II, datent aussi de la jeunesse du peintre. Ces tableaux, peints au xvii^e siècle, peuvent-ils être rattachés à la tradition de François Clouet et d'Angiolo Bronzino ? Leur archaïsme voulu est aussi surprenant, aussi déconcertant que la magie du portrait présumé de Francesco Pacheco et le maniériste d'un portrait plus tardif du roi Philippe IV. Les dernières toiles de Velasquez : les Ménines, le Portrait de l'Infante Marquerite d'Atriche, le Portrait du Bouffon Antonio el Inglés révèlent un maître entièrement dégagé des influences étrangères. La couleur, qui jadis adhérait à la forme, agit séparément. Elle ne transmet ni sensations de poids, ni sensations de densité plastique. C'est une merveilleuse sténographie tonale ou un système de taches qui animent la
VELASQUEZ. LES MENINES (DÉTAIL). L'INFANTE MARQUERITE MARIE. (MUSÉE DU PRADO.)
VELASQUEZ. LAS MENINAS (DETAIL). THE INFANTA MARQUERITE MARIE. (PRADO MUSEUM.)
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attestent la même tendance à poser la couleur par hachures que les œuvres de Velasquez exécutées entre 1650 et la mort de l'artiste.
Goya n'a jamais peint de nains ! Mais il a peint des monstres. A l'exception de quelques rares portraits, ceux notamment de sa bru et de son fils ainé, en dehors des Jeunes du Musée de Lille et des deux Majas qui sont, avant toute chose, des images de la femme instrument de plaisir et démon familier, l'œuvre de Goya est un jeu de massacre d'un accent frénétique. Ses sinistres effigies de souverains et des grands de ce monde forment une galerie d'hallucinants fantoches. Les Bourbons d'Espagne sont pour l'artiste des modèles plus indulgents encore que les Habsbourgs l'étaient pour le maître des Ménines. Velasquez se bornait à dire la vérité. Il gardait les distances et il ennoblissait,
En haut : GRECO - LE SONGE DE PHILIPPE II. (PALAIS DE L'ESCURIAL.)
En bas : GRECO - SAINT EUGÈNE, ARCHEVÊQUE DE TOLEDE. (PALAIS DE L'ESCURIAL.)
Above : GRECO - THE DREAM OF PHILIP II. (PALACE OF THE ESCURIAL.)
Below : GRECO - SAINT EUGENE, ARCHBISHOP OF TOLEDO. (PALACE OF THE ESCURIAL.)
Photo Anderson.
surface et suggèrent les objets, sans les rendre perceptibles par le sens du toucher.
Si nous avons parlé de Velasquez, avant même d'aborder le Gréco qui lui est antérieur c'est que son art domine la peinture espagnole. Gréco, ce Crétois qui a reçu à Venise les conseils du Titien, ce Byzantin qui joint à la composition des mosaïstes grecs et au dessin étiré en longueur de Pontormo et de Parmegianimo, la couleur ardente du Tintoret, est un cas absolument unique dans les annales d'un art qui a donné au monde Ribera, Moralès et Murillo, Zurbaran et Goya. Son Songe de Philippe II et sa Résurrection, son Saint-Ildenfonsse et son Baptême du Christ sont les produits d'une imagination de visionnaire qui regarde l'univers avec des yeux éblouis. Les déformations linéaires du Gréco, ses glacis, ses couleurs qui flamboient, fusent, scintillent, irradient l'atmosphère et éclatent en fanfares, sont plus hardies que celles de Velasquez. Mais le Gréco, malgré toutes ses licences, reste un décorateur qui obéit à une loi du cadre et à une eurythmie.
Nous voici à présent devant le personnage, dont l'œuvre forme le dernier volet du triptyque espagnol. Nous avons nommé Goya. Débute-t-il sous le signe de François Boucher ? Ses premiers cartons de tapisserie portent la marque de fabrique de notre XVIIIe siècle. Quelques-uns de ses portraits procèdent, d'autre part, des archétypes anglais. Mais tout y est faussé ; les proportions, le dessin, la couleur et ce sentiment singulier de la forme qui échappe chez le peintre des Caprices à la commune mesure.
Si Goya ne doit rien au Gréco, il est l'héritier naturel de Velasquez. Il ne viendrait sans doute à l'idée de personne de chercher d'étroites corrélations entre les manières de peindre des deux artistes, bien que les œuvres de vieillesse de Goya