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First pages of the volume, freely accessible.

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CHINARD. — Profil de Madame Récamier. Terre cuite. (Diamètre 0,20) SOMMAIRE N°s 10-11 — OCTOBRE-NOVEMBRE 1933 La Collection E. L. ………………… Arsène ALEXANDRE (62 Illustrations). LES LIVRES ………………………………… Mathilde POMÈS La Condition Humaine ……… André MALRAUX Virages …………………………… Ventura GARCIA CALDERON Problèmes Européens ……… Jules ROMAINS --- LA RENAISSANCE 11, RUE ROYALE — PARIS Directeur: Mme CHARLES POMARET

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RENOIR. — Baigneuse assise. $(0, 38 \times 0, 46)$ $\mathcal{R} \infty_{\text{c}}$

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CLODION. — Terre cuite. (0, 14 × 0, 41)

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FANTIN-LATOUR. — Nu dans un paysage. (0,65 × 0,54) LA COLLECTION E. L. par Arsène ALEXANDRE Des deux façons d'aimer l'art, — j'entends les deux principales, car il en est quantité d'autres qui ne valent pas la peine d'être considérées — quelle est celle qu'il faut préférer : l'électisme ou l'exclusive ? Question fort peu commode à trancher, car si les « mille et trois » conquêtes de don Juan présentent forcément du bon dans la quantité, l'unique amour (avec quelques coups de canif que l'on peut tolérer au besoin) peut réserver des joies inépuisables. Le problème m'a toujours intéressé quand j'ai visité des collections. J'en ai connu de l'une et de l'autre espèce, que je définirai le plus brièvement possible. Parmi les exclusifs — je ne veux pas employer le vilain mot de spécialisés — il en est qui, avec assez de largeur, se sont voués à une seule époque ou bien à un seul pays. Cela laisse encore assez de marge à la diversité, cet assaisonnement de l'esthétique. Pour se borner au XVIIIe siècle, il est certain que la collection Arthur Veil-Picard, ou celle de Jacques Doucet avant qu'il fût gagné au modernisme, ont offert les plus larges horizons. Il serait donc injuste de les étiqueter d'une façon ou d'une autre, car, bien comprise, une même époque est, sous des formes à la fois synthétiques et nuancées, un tableau, un panorama, un clavier, comme vous voudrez, des aspirations et des directions du génie humain en général. Mais il est d'autres, de

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LA RENAISSANCE vrais exclusifs, qui ne s'embarrassent pas de ce camaïeu de tendances propices à un même siècle, mais diversifiées par de personnels accents. Ceux-là touchent un peu à la monomanie. Je ne parle que de ceux qui éprouvent une passion sincère. J'ai connu, aux temps où l'impressionnisme était honni, un homme qui ne voulait avoir chez lui que des Claude Monet. Son appartement modeste n'en permettait aux murs qu'une trentaine. Les autres étaient serrés, innombrables, dans des casiers sur champ. Et il n'y avait pas à dire qu'il entassait ainsi pour la spéculation, car il aurait foudroyé ceux qui lui en auraient offert un prix même élevé. Mais je crois qu'il fut un des rares de son espèce; en revanche, combien j'en ai vu qui procédaient par stocks; il n'est pas d'autre mot ! Cela suffit pour caractériser leur « amour ». Mais quant à l'électisme, maintenant, je ne puis m'empêcher de penser que ceux qui le pratiquent avec discernement, et un goût véritable leur dictant leur choix, sont non seulement pour les autres amateurs des modèles, mais encore qu'ils jouent un rôle justicier, un rôle d'éclaireurs, dans les temps portés aux engouements en masse, dans les heures impératives de vogue, qui mettent des œillères aux gens même de bonne volonté et les empêchent de voir tout le paysage qui les entoure. Un des plus grands parmi ces libéraux esprits a été Henri Rouart. De cette famille est un autre amateur de qui m'était donné dernièrement de visiter l'hôtel. Il comprit une collection comme un bouquet et non comme une pépinière n'admettant que des arbres d'une seule essence, ou bien, plus exacte comparaison encore, comme un jardin où sont groupées en massifs des fleurs préférées. C'est une manière de combiner à la fois les satisfactions complètes de l'« exclusiviste » avec le point de vue plus large et plus varié de l'« électique ». Ce collectionneur n'est pas d'ailleurs inconnu des lecteurs de la Renaissance, car nous avions déjà (numéro de mai 1930) fait chez lui une admirable récolte des Roses de Fantin-Latour. Mais il existait dans cette « Collection E. L. » des parterres encore réservés, riches en les plus rares spécimens des fleurs d'art les plus diverses. Si beaucoup de collectionneurs ont des partis-pris, le temps, lui, n'en a pas. Il rapproche des œuvres qui n'apparaissent plus aussi opposées que les discussions engagées autour d'elles au moment où elles paraissaient. Cela ressort des remarques que nous pourrons faire en une promenade d'ensemble dans cette collection E. L. Et, en même temps que le plaisir éprouvé, elle nous amène à en retirer cette leçon : que l'électisme ainsi compris, en même temps qu'il prouve le goût qui le guida, nous met à même de rectifier des jugements hâtifs, enfin nous ouvre bien des aperçus par le moyen des comparaisons. Comparer ! Un vieux proverbe — faux en partie comme tous les proverbes — dit que « comparaison n'est pas raison ». Au contraire, comparer est donner des raisons diverses de comprendre, et de plus ou moins aimer. J'ai d'ailleurs la conviction que notre temps — je parle de celui de demain et non pas d'hier, qui nous a un peu lassés par l'intransigeance de ses sommations et par l'ignorance de ses négations, — que le temps qui vient, dis-je, montrera le prix de bien des choses que M. E. L. a choisies quand on les dédaignait ou les combattait, non pas parce que la mode les laissait à l'écart, mais uniquement parce qu'il en était épris. C'est pour cela que l'on y trouve de très beaux romantiques dans le voisinage de non moins significatifs naturistes, et que, continuant cette tradition, son fils, à son tour, a recherché dans le xx° siècle, ou la fin du xix°, ce qui était caractéristique dans les orientations tout à fait différentes de celles des grands prédécesseurs, et également différentes entre elles. Il n'y a qu'une forme d'art que l'on y chercherait en vain : celle des académiques, des médaillés de Salons, qui, comme a dit Degas, « se réclament des maîtres du passé en les déshonorant ». Il n'est pas académique, J.-J. Henner, excepté quand il se hâte d'accumuler les études sommaires, afin d'arrondir ses terrains en Alsace, — mais quand il caresse longuement et modèle en clair-obscure une figure comme l'Andromède. Ce n'en est pas un non plus que Chaplin, quand il obéit à son tempérament flatteur et qu'il réussit à offrir un piquant mélange anglo-français des mièvreries féminines de son époque, et une fine sensualité l'y préserve de la fadeur. J'ai tout de suite cité deux exemples qui paraissent se détacher plus distinctement sur l'ensemble, mais si l'on plaçait ces deux peintures à côté de tel Benjamin-Constant, Gabriel Ferrier, voire Bougueau, devant quoi s'attroupaienl les bourgeois des années 78, les distinctions se reconnaîtraient sans tarder. Mais je me hâte de laisser cette discussion qui nécessiterait beaucoup trop de développements et d'analyses pour rendre exactement ma pensée, et

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J.-J. HENNER. — Andromède. (1, 10 × 1, 80) FANTIN-LATOUR. — Baigneuse. (0, 25 × 0, 63)

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LA RENAISSANCE j'en viens, le plus chronologiquement et rationnellement possible, aux pages et aux talents les plus précieux de la collection. Dès l'abord, j'ai parlé des Romantiques. Rien qu'avec ceux que nous rencontrons l'on constituerait, peintures, aquarelles et estampes, un musée très représentatif de ces maîtres : Eugène Lami et Alfred de Dreux. Ce sont eux qui, pour cette époque, brillent ici du plus pur éclat. Quel charmant maître qu'Eugène Lami ! Comme il évoque les faits, gestes, modes et élégances de la société à laquelle il était mêlé, et ceux d'autres époques encore. Il semble qu'il ait réellement vécu à Fontainebleau au temps de la Renaissance, à Venise sous les Doges, et qu'il ait assisté aux petits soupers du Régent. Quant à la Cour de Napoléon III, il y est vraiment aussi présent qu'en imagination dans les autres. Il nous conquiert aux charmes de la crinoline sans même nous faire sourire. Je regrette infiniment que le développement si ample de la collection et ses aspects n'ait permis que la reproduction d'un petit nombre des vingt et quelques délicieuses scènes de fêtes, de cérémonies, ou même de pur romanesque, entre lesquelles on serait bien embarrassé de choisir. Aurait-ce été la Sortie du Doge dans la Cour des Géants, cependant que s'y presse une foule splendidement parée ? Ou bien encore cette adorable évocation de Glück au clavecin chez Marie-Antoinette ? Jusqu'en les scènes où se joue l'humour, c'est partout la perfection imaginative et les jeux délicats des chatoiements. Même un petit croquis de rien en dit long : deux valseurs Second Empire ; je jurerais que je sais l'air sur lequel ils tournoient : c'est Il Baccio ! Si l'on passe à un autre romantique éminent qui fut aussi un éminent peintre de sports, Alfred de Dreux, il sera superflu de le caractériser sous ce point de vue, car on sait à quel prix sont appréciées et recherchées ses chevauchées, galopades, hautes écoles, promenades au Bois, chasses en plaines ou en forêts. Mais, en fait de chevauchées, ce tableau de la Fuite, ou de l'Enlèvement, quel que soit le titre, que nous avons la bonne fortune de reproduire, est la perfection du genre. On entend galoper les « deux palefrois » du poème de Victor Hugo. C'est une merveille de mouvement et aussi d'exécution. Quel musée aura la chance un jour de la conquérir ? D'Alfred de Dreux, est aussi une peinture qui ne le cède en rien à celle-là : la Duchesse d'Orléans à cheval, une œuvre ravissante et un beau document d'histoire. En ce sens, je vois peu de portraits dans la collection, mais ceux que je rencontre sont très expres- sifs d'un moment ou d'un caractère. Il suffit, pour en témoigner, de rapporter les suivants, d'un accent si marqué et si différent. La cantatrice Christine Nilsson, charmante dans un salon qui ne fait aucune allusion au théâtre mais conserve ce goût pseudo-dix-huitième siècle encore persistant aussitôt après le Second Empire, mériterait de remettre en lumière le nom oublié de Chavet. L'aguichant portrait de Laure Heyman, par l'endiable Boldini, demeure imprégné de cet état d'âme — et de corps — qui régnait en les années 80, sous le nom alors récemment lancé de névrose. Enfin la personne au corsage vert et au turban bleu de van Dongen en garde pour les âges à venir l'éénigme facile à découvrir du temps (le nôtre) où les femmes, masquant uniformément leur visage par le maquillage, se sont efforcées de se mettre à la portée des hommes en se donnant l'apparence d'être aussi stupides qu'eux. Ce que d'ailleurs elles ne sont pas. La collection E. L. est féconde en comparaisons de ce genre. On ne saurait trop insister sur la portée d'un aussi perspicace éclectisme, surtout quand il recherche avant tout la qualité d'art. Mais reprenons le Romantisme un moment. Une belle aquarelle de Delacroix, deux Juives d'Alger, et la Favorite, de Devéria (où l'on peut voir aussi un Othello et Desdémone), complètent ce que nous avons dit au sujet de Lami et d'A. de Dreux (ajoutons aussi Isabey) et nous amènent jusqu'auprès d'un des triomphes de l'ensemble : la réunion des œuvres de Fantin-Latour. Non pas que je me décide à considérer comme un vrai romantique le maître qui m'a été si cher ! Cela m'a été une grande joie de le trouver ici aussi splendidement représenté. « Romantisme » implique plus ou moins de théâtral. Chez Fantin rien de pareil, mais un effluve directement poétique émane de son âme musicale. Je ne puis non plus le qualifier d'idéaliste pur, puisqu'une autre considérable partie de son œuvre, les grands portraits et réunions de portraits sont du réalisme le plus noble. Comme ils sont peu nombreux et qu'ils furent tous voués, dès leur achèvement, aux musées, le collectionneur a dû se consoler (la consolation est belle !) avec ses féeriques visions, chefs-d'œuvre d'harmonisation, tels que ce petit nu au rayon de soleil, ou cette parfaite Toilette de Didon, que j'avais vue illuminer son atelier. Enfin le duo au clair de lune, avec, comme dans le poème de Verlaine, le jet d'eau qui « sanglote d'extase », est une belle inspiration d'après une mélodie de Brahms.

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J.-J. HENNER. — Madeleine dans le désert. (0,64 × 0,44) J.-J. HENNER. — Nu couché. (0,27 × 0,19)

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LA RENAISSANCE Il y aurait bien d'autres découvertes et remarques à faire si nous n'étions pas attirés encore par tout un autre aspect si riche et si luxuriant qu'il serait facile de s'y perdre, je veux dire d'y demeurer en contemplation — et nous ne voulons pas oublier tout ce qui reste encore. C'est du paysage moderne que je parle, du paysage après Corot-Daubigny-Rousseau. Très judicieusement on a commencé ici avec Jongkind qui a été un véritable initiateur, et avec Boudin qui, le premier,aida le jeune Monet à voir clair en lui-même. De Boudin, la partie la plus originale, les Plages sous le Second Empire, rassemblent, pour notre insatiable plaisir, les dames à ombrelles, à toques, et à jupes dites polonaises, dont les papillotantes couleurs babillent, comme leurs conversations, dans la transparence de l'air et sous le ciel ignorant des modes. On a mis, pour la comparaison, une Venise de la dernière époque du maître, mais son évolution était passée lorsque l'impressionnisme avait déjà remporté ses décisives victoires. Sisley est là dans toute l'expansion de sa joie en présence de la nature. Dans sa peinture aucun drame, aucune trace des rigueurs de la vie dont il souffrit plus qu'un autre. On ne saurait trouver plus de fraîcheur, de sentiment sain et apaisant, que dans ces tableaux : le Pont de Conflans; cette fin de journée à Moret, où l'on entend le murmure des peupliers bordant l'eau qui va s'endormir ; enfin cette admirable Avenue qui fit partie d'une série exposée — sans succès ! — à la Galerie Georges Petit, et qui, à cause de cet insuccès même, me valut, pour mes protestations, son amitié. Il m'est permis de dire, sans me mettre en scène, que j'ai ainsi rencontré dans cette maison maintes émotions éprouvées autrefois, parce que je suppose que d'autres ont alors connu les mêmes. De Claude Monet, je remarque une très belle vue d'Argenteuil avec une barque rouge, et cette âpre vue de Vétheuil par temps de neige, deux spectacles animés de son génie de façon très complète. Pissarro n'est pas absent, il s'en faut, de la réunion, car une vue du Pont des Arts, d'une harmonie nacrée, et le Coin d'Eragny, reproduit ici, montrent deux faces typiques de son œuvre si variée. L'esprit de recherche se rencontre encore ici avec un paysage de Caillebotte, œuvre vigoureuse d'un homme qui a contribué à rendre célèbres ses amis, sans pouvoir conquérir pour lui-même la célébrité qu'auraient méritée son talent clair et fort et ses belles convictions d'art. Mais le temps répare quelquefois lui-même ses distractions. On verra plus tard. D'excellents paysagistes sont en dehors d'un impressionnisme caractérisé, mais ils ont droit à de belles places dans l'histoire du naturisme au cours de la seconde partie du siècle dernier. De ce nombre, le blond et fin talent de Lépine, et le diapré Lebourg, voire Veyrassat, de qui la collection possède ce qu'on pourrait appeler un chef-d'œuvre de détail, des plus intéressants, malgré ou à cause de cela. Puis trois précieux Raffaëlli, dans sa période si brillante et si incisive des débuts : une vue de l'Eglise de la Trinité, un Port et un Boulevard extérieur. Ce sont des bijoux d'observation finement ciselée, ce qui n'inferme pas le puissant intérêt que devait atteindre sa manière élargie. Enfin, l'on pourrait commenter diversement d'autres très bons maîtres qui marqueront dans l'histoire du paysage français. Un des plus attachants est Lhermitte, parfaitement représenté avec un Berger et un Faucheur, tous deux de belle couleur et de pénétrant sentiment de vie rustique. On lui a parfois reproché de rendre la nature trop aimable. Cette critique n'a aucune raison d'être pour qui connaît, et aime comme elle doit être aimée, l'Ile-de-France. L'évolution du paysage a été ici notée jusqu'à ses phases proches de notre temps, puisque nous trouvons ici le plus important champion du néo-impressionnisme, Signac ; que nous voyons le résultat de la doctrine sur le tempérament réaliste d'un Luce et l'application qu'avait franchement essayé H.-Edmond Cross d'en faire aux compositions à personnages ; — enfin que Marquet, Utrillo, Jules Flandrin, Jean Puy (en tant que ce beau peintre de la vie féminine a essayé ses pinceaux au paysage) disent leur mot opportunément. Il aurait été surprenant que les écoles de 1892, avec Ch. Guérin, Bonnard, Vuillard, Roussel, d'Espagnat, Manguin, d'autres encore, eussent passé inaperçues du continuateur de la collection. J'indique seulement leur présence, — en avouant que ces mots : Ecoles de 1892, de qui l'histoire, quoique déjà mûre, n'a pas encore été écrite d'ensemble, sont assez élastiques. J'aurai fini en disant un mot de cette peinture de Falguière, les Nains, à la Goya; elle est bien connue et confirme le regret que son œuvre peinte n'ait pas empiété sur sa sculpture parfois un peu redite. La collection en offre encore un exemple avec une

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FANTIN-LATOUR. — La Toilette de Didon. (0,97 × 0,78) FANTIN-LATOUR. — Nu au rayon de soleil. (0,48 × 0,40)

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LA RENAISSANCE grande Cène, demeurée inachevée. En même temps, une très belle Madeleine au désert, de Henner, dédiée à Falguière, rappelle leur amitié. Toute une très importante partie de la collection devra, bien à notre regret, être mentionnée ici sous forme d'énumération, car ce serait encore une revue relativement égale à celle qui précède qu'il en faudrait faire : celle des aquarelles et dessins. On y trouverait les noms de Gavarni, d'Henri Monier, de Chéret, de Degas, de Forain, de Seurat, — et des sanguines de Renoir, nom sur lequel il est impossible de mieux finir cette revue trop rapide de la peinture. Mais nous avons encore à parler de la sculpture, qui ne ménage pas de moindres joies et qui procède du même goût raffiné et averti. L'art statuaire, dans cette collection, ne pouvait être omis, puisqu'on a vu qu'elle présente une vue d'ensemble de l'art au xixe siècle pour la majeure partie et celle qui est déjà consacrée, et en dehors des polémiques. Or, il est une forme de la sculpture qui complète admirablement les arts du pinceau et du crayon : c'est la sculpture réduite aux proportions du bibelot familier, que l'on trouve pour ainsi dire en même temps sous l'œil et sous la main. C'est l'esprit qui les agrandit à son gré aux proportions monumentales. Ainsi se trouve-t-elle en parfaite harmonie avec la muraille tandis qu'elle semble apporter au tableau ou bien au dessin un élément important de participation et comme de contrôle parce qu'elle nous rappelle à l'appréciation des volumes. C'est ce qui a été réalisé ici avec un petit nombre de maîtres, mais un nombre important de leurs ouvrages. Ainsi la démonstration de l'harmonie d'une époque est obtenue, et un grand artiste se montre plus au complet, ce qui ne pourrait être réalisé avec un seul spécimen de son génie. Carpeaux et Barye se prêtent à ce rôle, à cette mission, dirai-je, avec une opportunité singulière. Ils ont tous deux le caractère monumental au plus haut point, et leur œuvre permet cependant cette sorte de familiarité que ne refusent pas certains grands maîtres. Ainsi, pour Carpeaux, la maquette de l'Ugolin est tout aussi puissante que le groupe dans son format original, et, d'autre part, à l'inverse, le premier jet du Groupe de la Danse annonce toute la couleur, le mouvement, le lyrisme du haut-relief de l'Opéra. Carpeaux, d'autre part, se rencontre aussi avec quelques bustes choisis parmi les plus expressifs : une femme au caractère charmant de distinction mélancolique, le buste d'un Chinois, etc. Pour Barye, il n'est pas une de ses œuvres dans ce format, que nous avons qualifié de familier, qui ne puisse être agrandie par la pensée aux dimensions du Colleone : le Gaston de Foix et les autres figurines équestres reproduites ici, et ce prodigieux Combat du Centaure et du Lapithe. Les animaux de ce maître unique dans l'art moderne offrent toujours un spectacle passionnant, et on ne les interroge jamais assez, parce qu'on croit trop facilement les connaître. Mais à la contemplation ils reprennent la souplesse de leur férocité, l'intensité de leurs instincts, et ce caractère grandiose dans la vie, que jamais le meilleur de nos nombreux animaliers contemporains, si varié que soit leur talent, ne peut atteindre. L'art exquis du xviiie siècle se trouve, en retour, faire un contraste charmant avec toute cette tragédie de poche, ou plutôt de table de drawing-room, par exemple avec un ravissant petit groupe en terre cuite de Clodion; et sur les frontières du xviiie siècle et du romantisme, un médaillon de Mme Récamier, par Chinard, assez rarement présentée de profil, n'est pas moins évocateur. Enfin la collection possède la maquette du célèbre Ratapoïl de Daumier, qui, entre autre intérêt, présente celui d'affirmer le côté sculptural du grand peintre. Nous n'avons pas à répéter ce que nous avions fait prévoir au début de cette étude succincte. Cependant nous insisterons sur ce point, important pour bien juger de l'art français en ne cédant à aucun parti-pris, qu'une collection ainsi comprise donne l'idée de l'équilibre dont se charge l'histoire, en dehors des jouissances que nous partageons.