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Paysage d'Estramadure, avec le Monastère de Yuste, où l'empereur Charles-Quint se retira après son abdication en 1556 et où il mourut en 1558. LA GRANDE TENTATION NOTES DE CARNET A YUSTE (Estramadure) par Henry de MONTHERLANT Dans l'église fortifiée de Poblet, en Catalogne, datant du temps des Mores, il y a une chapelle consacrée à la sépulture des princes d'Aragon. Sur leurs tombes, plusieurs de ces princes ont deux effigies : l'une les représente en guerriers, ou décorés des insignes de la puissance royale ; l'autre, en froc de moine. C'est la royauté d'Espagne, et le peuple espagnol d'hier, demi-moine et demi-soldat. Les rois goths Andeca et Vamba, les rois de Léon Bermude Ier, Alphonse IV, Ramire II meurent sous le froc. C'est la grande tentation des Charles-Quint et des Philippe II : adhiquer, laisser tout cela. Charles-Quint abdique « à l'âge où l'ambition des hommes est dans toute sa force ». (Voltaire). Il a cinquante-six ans. À cet âge meurt Jules César, renonciateur malgré lui, mais enfin qui disait : « Plutôt mourir une fois, que trembler toujours. » (magnifique cri de frousse). Charles-Quint fit-il le rapprochement ? Avait-il la sorte d'imagination qu'il eût fallu pour l'avoir souhaité ? Cette abdication, et ses funérailles, qu'il fit célébrer de son vivant, comme on sait, sont deux bons tests historiques pour sonder la médiocrité d'étage des gens. Le pape, quand il apprend l'abdication, proclame qu'il faut que l'Empereur soit devenu fou. Comparer aux abdications de Sylla, de Dioclétien. (Massis m'ayant demandé, il y a trois ou quatre

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LA RENAISSANCE C.-M. ESQUIVEL. — Visite de Saint François de Borgia à l'empereur Charles-Quint à Yuste. ans, d'écrire la préface d'une édition du dialogue de Montesquieu, je m'excusai, lui disant que ce morceau plein d'allure, délices de tout jeune homme bien né, était au fond creux et absurde. J'ai le plaisir de trouver aujourd'hui dans Villemain ces paroles de Napoléon à M. de Nabonne : « Qu'est-ce que, dans Montesquieu, cette conversation de Sylla et d'un sophiste grec ? Rien de cette pompeuse analyse des actes de Sylla n'est vrai ; et la faire admirer, c'est fausser de jeunes esprits. » Charles-Quint, pour se retirer, choisit l'Espagne, Thébaïde de l'Europe. Quand il débarque en Espagne après son abdication, encore que son arrivée ait été annoncée, il ne trouve personne pour le recevoir. Et il se plaint. Son secrétaire écrit : « On ne lui a pas écrit une seule lettre, ni envoyé savoir comment il vient. » Réjouissons-nous : désormais, quand on nous manquera, il ne s'agira que de nous croire Charles-Quint. C'est une longue retraite religieuse, fort humaine au demeurant, avec une pointe de sensualité de la solitude. Mais d'abord religieuse. Quand serai-je malade, quand serai-je en prison, pour être délivré des sirènes ? Sa pitié. C'est du mépris tourné en pitié. (Il fallait qu'il fût bon chrétien. L'opération n'est pas facile.) Charles-Quint connaît la pitié, non à cause des gens qu'il plaint, mais à cause de la magnanimité. Qu'y a-t-il de surprenant à ce qu'il ait fait célébrer ses obsèques, et y ait assisté ? Il avait demandé si cela était bon pour le salut de son âme, et on

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LA RENAISSANCE lui avait dit que oui ; c'est simple comme tout ; c'est de plain-pied. Il vivait à l'espagnole, dans la familiarité de la mort. Philippe II appelle son fils près de son lit de mort et lui dit : « Je vous ai appelé pour vous montrer à quoi tout aboutit en ce monde. » ; l'infante Marie-Thérèse d'Autriche répond, quand on lui demande ce qu'elle pense de sa réception au Louvre, comme fiancée de Louis : « Je pense à cette autre pompe qui doit un jour m'accompagner à Saint-Denis. » En regard, Louis XIV, grand mais Français, qui craint tant la mort qu'il ne peut voir, même de loin, les tours de Saint-Denis, sans détourner la tête. Les concierges trouvent que c'est impressionnant d'assister à ses propres funérailles. Pour sûr, il faut être piqué. Joie de penser qu'un empereur est un piqué, un dégénéré. Que d'absurdités écrites sur ces funérailles ! La bassesse d'esprit de Voltaire s'en régale. Il dit que Charles-Quint est mort en démence, etc... Or, toute la retraite de Charles-Quint est une chose tempérée, pleine de raison. Nulle rupture avec le monde ; il a les courtisans de sa solitude. Nulle rupture avec les affaires : il est en correspondance suivie avec l'empereur son fils, il reçoit des agents diplomatiques, etc... Il chasse le lapin. Il se prend du bec avec son médecin, qui veut l'empêcher de s'empiffrer (on sait qu'il était gourmet et goinfre, et le fut jusqu'à sa fin). Rien de romantique. Charles-Quint se couchant dans un cercueil, en sortant avec les yeux hagards, et n'en sortant que pour s'aliter à jamais, cela, c'est la couverture en couleurs du Petit Journal Illustré. Cela c'est — nous nous en parlons de visu — M. X..., de Cour intérieure du Monastère de Yuste. l'Odéon, quand il joue Auguste (de Cinna), M. Y..., de l'Odéon, quand il joue Néron (du film Quo Vadis), M. Conrad Veidt, quand il joue César Borgia (du film César Borgia). Etre prince ne s' mime pas comme cela. Le chroniqueur des Hiéronymites dit simplement que, pendant les psaumes que chante le prêtre, au moment où on va descendre le corps dans le caveau, Charles-Quint, en grand deuil, vint remettre son cierge allumé à l'officiant, — j'ajoute : comme si c'était la « lumière de sa vie » (Michel-Ange) qu'il remettait à Dieu. La cérémonie a été si peu extraordinaire qu'il n'est nullement question d'elle dans aucune des lettres des serviteurs de l'Empereur, même dans une lettre écrite, le lendemain, par son médecin. Ce silence aurait dû être celui de l'histoire : cette cérémonie méritait à peine mention. Mais les concierges veillaient, et Voltaire. Saint-François de Borgia fait son oraison funèbre à Valladolid. François de Borgia songea-t-il à sa propre retraite, à lui, le duc de Gandie, quand il n'avait pas trente ans, et que tout lui était promis ? Il prêche sur ce texte : Quis dabit mihi pennas sicut colombe et volabo et requiescam ? Ecce elongavi fugiens et mansi in solitudinem. (Ps. LIX, 7 et 8.) « Qui me donnera des ailes comme à la colombe, que je vole et que je me repose ? Mais voici que je me suis éloigné en fuyant, et je suis resté dans la solitude. » Divine incantation,pure musique de syllabes, mais dont la caisse de résonance est l'âme. Ecce elongavi fugiens... C'est que nous con naissions tout cela.

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UNE VILLE QUI MEURT par Mathilde POMÈS MEDINACELI. — Route et Vue générale. Il ne s'agit ici ni d'une Bruges, ni d'une Venise, ni d'aucune de ces cités que semble avoir touchées la baguette d'un Merlin et qui, regorgeant de trésors, continuent de vivre de la vie sourde du repliement et de l'orgueil, en attendant le réveil. Non. Il s'agit d'une ville qui meurt pour de bon, d'une ville vieillie, décrépite, que la mort enserre et tire à soi, enterre un peu plus chaque jour. Enterre! Mot juste et terrible; tragique destin d'une de ces citadelles de haut plateau, que jamais n'abattra une avalanche, ni ne recouvriront les sables ou les eaux ; dénuement affreux de murs n'ayant point abrité ces péchés magnifiques qui courroucent les dieux! Hélas ! Medinaceli, ceux-ci t'ignorent à peu près comme t'ignorent les voyageurs; d'une omission que rien ne troublerait si le hasard, un soir, ne faisait quelqu'un d'eux s'accouder à la portière à l'instant précis où l'express de Saragosse à Madrid traverse sans s'arrêter la chétive gare de Salinas. C'est juste à cette minute qui semble départager la nuit et le jour; cette minute fine, acérée, où l'on ne sait plus si dans l'air refroidi flotte un dernier flocon de crépuscule où se dilue le premier rayon des étoiles ; l'heure par excellence de la Castille, l'heure grise, un peu transie où sur cette terre sans couleur, les lignes, les arêtes s'accusent tout à coup avec une force, une netteté qui les aiguisent, les effilent, semblent les allonger, parachever en élan aérien à la Gréco les vieux palais, les églises, les tours. Pourtant, ce n'est pas une ligne verticale qui accroche le regard au passage de Salinas; c'est tout là-haut, à 1.200 mètres sur une falaise du plateau castillan, un arc romain. Les yeux étonnés voient et refusent de croire et bientôt les prestiges unis du train qui file et de la nuit qui tombe font que l'on se soupçonne victime de quelque mirage. Le voyageur, invinciblement attiré, qui revient à Medinaceli y revient d'abord pour se persuader qu'il n'a pas rêvé. Et pourtant, que fait-il d'autre lorsque, laissant derrière lui la petite gare de Salinas, il monte à

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LA RENAISSANCE pied la dure côte du Reventon? Que fait-il si ce n'est s'abandonner à ce rêve le plus surprenant de tous : vivre en arrière — Unamuno venu visiter cette ville a sûrement dit dévivre — et hors de soi ; ce rêve inouï de ressusciter le passé, de refaire l'histoire ? Celle-ci, visible déjà sur l'espèce de haut talus qui sert de piédestal à Medinaceli, s'inscrit plus clairement encore sur les murs de la ville. Quartiers de rocs ibères, blocs romains, arcs arabes, rien n'y manque. Autour de cet anneau, ébréché par endroits, partout ruineux, un second anneau s'étend, tout scintillant dans la poussière : celui des aires. C'est la mi-août, le battage du blé est dans son plein. Sur l'ancien forum, huit ou dix groupes de batteurs s'affairent. La poussière fait, dans le soleil, une sorte de halo doré, la paille sèche a un crépitement de brindilles enflammées et les pelles, en s'enfonçant dans le grain, crissent comme celles des tireurs de gravier dans les lits des rivières ; sous la grande arche qui fit auréole à quelque triomphateur, s'égrène un convoi d'ânes chargés de sacs. L'inscription de bronze ayant été arrachée du fronton et perdue, on ignore quel fut ce triompha-teur. Ce qui est certain, c'est que l'arc enjambe une route, l'une des principales voies romaines en Espagne, celle de Caesaraugusta à Toletum — de Saragosse à Tolède. Et si nous ne savons pas le nom du personnage pour qui il fut élevé, du moins sa-vons-nous celui d'un autre ambitieux et d'un autre victor qui passa dessous : c'est à Medinaceli que mourut, en 1002, le célèbre Al-Mansour. Un siècle plus tard, la ville qui était alors « très forte, très bonne, très abondante et très belle », fut prise par l'un des plus fameux lieutenants du Cid Campéador. Repérue par les chrétiens, elle fut re-conquise définitivement en 1123. Lors de la distribution des récompenses à ceux qui l'avaient aidé à détrôner son frère Pierre le Cruel, Henri de Trans-tamare — devenu Henri II de Castille — la donna en fief à Bernat de Béarn, bâtard du comte de Foix. Les Rois catholiques élevèrent ce Comté au rang de Duché et en firent l'apanage de l'une des plus illustres familles du royaume. Le palais ducal sur une place de belles proportions — une place de grande ville— est encore intact. Mais devant un autre noble édifice du xvir siècle, déchu jusqu'au débit de vins, des fûts s'entas-sent ; ailleurs, ce sont des sacs empilés, plus loin un mulet attaché à une colonne, partout, un air de rus- LA COLLÉGIALE — Le Christ Miraculeux. LA COLLÉGIALE. — Le Grand Autel (1520 à 1540)

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LA RENAISSANCE MEDINACELL. — Sentier Muletier, dit du Reventon. ticité, cette utilisation insolite que les paysans découvrent aux éléments de la beauté et qui serre le cœur comme un avilissement. Cet air de grandeur inutile, de fierté désaffectée, ce retour aux champs de ce qui fut une place forte de premier ordre, on le respire davantage encore dans les rues étroites qui se pressent autour de la Collégiale : murs branlants ou à demi écroulés, poutres tenant par miracle, décombres, touffes d'orties ou de raifort, tas de fumier, poules grattant dessus, pores en liberté et de-çà, de-là, la bêche qui a déjà retourné le cailloutis d'une cour pour faire MEDINACELL. — Art Romain (2e siècle après Jésus-Christ). place à quatre plants de pommes de terre ou de tournesol. Bientôt, ce sera la charrue. Chose étrange : en dépit des ruines, cette forteresse agonisante conserve sa sonorité. La pureté, la résonance des sons dans cet air vif, archi-sec, tient du miracle. Les paroles de deux paysans qui passent vibrent comme dans une chaire. On se prend à penser — à rêver — au trouvère qui, sans doute, essaya à cette même place les premières laisses de cet admirable chant qui devait devenir l'Iliade de son pays et de sa race. L'auteur de la Geste du Cid est de Medinaceli et ces montagnes, ces ravins, ces

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LA RENAISSANCE MEDINACELI. — Place Mayor. (à gauche, Palais des Ducs de Medinaceli et derrière la place, Tour de la Collégiale). collines que nous découvrons ont leur nom dans le poème. Leur même nom d'aujour-d'hui. Revenu à la tête de ses mesnies, le Cid les redirait sans hésiter. Al-Mansour les reconnaîtrait. Et peut-être le général romain pour qui fut élevée la porte gardienne de siècles. Nous voici de nouveau devant elle. Jamais pierres assemblées ne composèrent un plus pathétique visage. Car l'arc de Medinaceli semble vivre. De l'exacte couleur du paysage qui l'entoure et à sa juste échelle, il n'a plus cet air de surajouté, d'aventice et lâchons le mot, de factice de l'œuvre d'art. Incorporé au sol, à l'atmosphère, il n'est plus qu'un accident cosmique. Le terrible vent d'hiver déchaîné sur ces plateaux arides comme une trombe de glace a arraché les corniches, le soleil torride de l'été fendu les petits frontons latéraux, les pluies, les neiges, les grélons, les projectiles maures ou chrétiens et peut-être aussi les coups de fronde des enfants, mordu, rongé, brisé, meurtri ces pierres à la façon dont l'Océan meurtrit et ronge les galets. Mais n'est-ce pas, quand on tourne le dos à la ville, l'Océan que l'on découvre par delà l'ouverture de l'arc ? Ces ondulations grises à perte de vue, cette solitude, ce silence ont quelque chose de prodigieux et composent le plus magnifique paysage castillan qui existe peut-être, ce paysage où la terre apparaît avec son vrai visage, celui que les dieux lui ont fait et qu'elle aura encore alors qu'elle ira « ...seule et sereine en un chaste silence. » portant toujours — qui sait ? — cet arc sous lequel la vie a roulé tant de ses flots divers et qui n'est plus aujourd'hui que l'entrée d'une ville où l'on voit, aussi clairement que sur un visage humain, la mort faire son œuvre. MEDINACELI. — Porte arabe.

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LA JEUNE PEINTURE ESPAGNOLE par Jean CASSOU Photo Galerie Simon JUAN GRIS. — Le Buste. Les inquiétudes de la peinture française ont été sollicitées et remuées par l'arrivée en France de deux illustres peintres espagnols : Domenico Theotcopoulos, dit le Gréco, et Pablo Picasso. Ni l'un ni l'autre ne se situent dans le temps. Et même dans l'espace, leur origine est difficilement déterminable. Le premier, à travers les siècles, venait de Tolède après avoir parcouru tout un prisme méditerranéen : il y avait en lui du byzantin, du vénitien et du juif. Il y a aussi un peu de tout cela chez l'Andalou Picasso qui, après avoir traversé le baroque modern-style de Barcelone, a surgi dans un nid de poètes cosmopolito-montmartrois. Cette bigar- rure, ces pérégrinations soutenues par le génie arbitraire propre à l'Espagne suffisent à expliquer que, depuis vingt ans, la peinture française ait gardé une allure aventureuse, une odeur de port, une atmosphère de perpétuel départ. La découverte du Gréco, pressentie par Cézanne, a communiqué à l'esprit moderne la plus vibrante excitation. Le lyrisme exacerbé, cet expressionnisme aigu, cette irrésistible volonté de déformation ont agi à travers les siècles et demeurent une somme d'enseignements passionnés. Désormais, c'est au Gréco que s'associe l'image de l'Espagne ; c'est par le Gréco que se définit celle-ci. Et c'est par

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LA RENAISSANCE JUAN GRIS. — Le Comptoir de raisin. Il a été à la fois le théologien et l'humaniste du cubisme. Il a tenté de fixer les principes de celui-ci, mais en même temps en l'humanisant, en lui laissant sa marge d'émotion significative. Il l'a exorcisé de cette insaisissable diablerie qu'y mettait la perpétuelle révolution picassienne. Son œuvre, noble et concertée, et bien telle qu'il l'a voulu, ne bouge plus. Elle a atteint, dès sa naissance, son équilibre et sa plénitude. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit froide, ou morte. Mais elle est réalisée, et il s'en dégage une impression de sérénité totale et parfaite. Il faut mettre à part l'école catalane, dont nous avons ici peu d'échos et qui va de Nonel à Sunyer. On connaît à Paris Torrès Garcia. Mais est-il bien Catalan ? La Catalogne en tout cas, selon ce qu'écrivait il y a quelques années Eugenio d'Ors, le réclamera un jour à l'Uruguay, sa patrie. Notre snobisme a prisé récemment les étranges ouvrages de cet artiste singulier : ces toiles découpées comme des vitraux, bleues, grises et roses, où des signes enfantins évoquent tout un destin. On connaît un peu également à Paris Solana, curieux personnage, peintre de l'Espagne noire, celle des idiots et des fous. Cet artiste, intermédiaire entre Goya et les peintres dont les ouvrages se retrouvent au marché aux puces, était fait pour être le peintre favori, un Espagnol déraciné de l'Espagne, et si profondément installé à Paris qu'on oublie son caractère d'Espagnol, c'est par un Espagnol dont la gloire est exclusivement due à Paris que cette Espagne du Gréco continuera d'agir en France sur la poétique picturale française. L'esprit du Gréco réincarné en Picasso trouble et agite Paris, y fomente des batailles, des inventions, des recherches, y suscite des poètes, y fonde des écoles, y remet perpétuellement toute chose en question. L'influence de la peinture picassienne appartient à l'histoire. Ce qui n'appartient pas à l'histoire, ce qui rejette la peinture picassienne, avec celle du Gréco, dans un lieu idéal, c'est l'essence même de cette peinture, ce par quoi elle est l'Espagne même, c'est-à-dire une source. Une source perpétuellement jaillissante et dont, sous des aspects divers, la vertu reste identique à elle-même. Picasso n'est pas seulement un peintre, c'est-à-dire une façon d'envisager le monde. Il est un monde. Ceci posé, nous pouvons rentrer dans le cours de l'histoire, considérer le développement de la peinture espagnole inspirée de Picasso, passer en revue la suite de peintres qu'il a engendrée. A côté de Picasso et pendant l'époque du cubisme se dresse l'une des figures les plus sympathiques de ce temps révolu : Juan Gris. L'œuvre de Juan Gris connaît en ce moment, grâce à l'exposition de Zurich, une vogue nouvelle. En réalité, elle n'a jamais été goûtée que d'une façon secrète et privilégiée. Elle-même s'est toujours défendue de toute familiarité. « Chez Gris, a écrit l'excellent critique Guillermo de Torre, la virtuosité de Picasso, sa façon de faire les choses en jouant se tourner en rigueur disciplinée et en austérité fervente. » TORRÈS GARCIA. — Nature Morte.

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LA RENAISSANCE Page 159 Photo Galerie Percier. PRUNA. — Portrait de femme. Photo Galerie Percier. PRUNA. — Portrait de femme. Photo Galerie Percier. BORÈS. — L'apéritif. Photo Galerie Vavin. COSSIO. — L'Homme au chapeau clair.