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TAPIS EN SAVONNERIE DE LA MANUFACTURE DES GOBELINS DE L'ÉPOQUE LOUIS XIV (2m×2m)
Collection de M. le Comte de Camondo.
SOMMAIRE. — N° 6 - Juin 1933
TROIS RÈGNES
Princesse BIBESCO
Exposition organisée à Londres chez Sir Philip Sassoon au profit du Royal Northern Hospital
E.-J. FINBERT (Prix de la Renaissance 1933)
Mathilde POMÈS
TABATIÈRE EN PORCELAINE DE SÈVRES
LES CHIENS DE Mme ADELAIDE
Collection du Baron Robert de Rothschild.
LA RENAISSANCE
Revue mensuelle
11, Rue Royale — PARIS
Direction : Mme Charles POMARET
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Chez Sir Philip Sassoon pendant l'Exposition. — Le Grand Salon.
Chez Sir Philip Sassoon pendant l'Exposition. — Le Grand Salon (autre aspect).
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TROIS RÈGNES
LOUIS XIV - LOUIS XV - LOUIS XVI
A but féerique, moyen féerique :
Je devais me rendre à une grande fête d'imagination qui se donnait à Londres, au profit d'œuvres charitables. Un avion de plaisance, bleu comme ces pierreries vivantes, à hélice de tulle, qu'on nomme en anglais « dragonflies » et en français « des demoiselles », est venu me chercher au Bourget, pour me conduire à Heston.
Voyage à dos de libellule, à travers un ciel ému de février. Des hauts et des bas. Pendant que je volais, la France, le soleil, la mer, la côte anglaise, me sont apparus à travers de brusques éclaircies. Des ondées, des rayons. Par moments, le monde se rembrunissait; l'instant d'après, je croyais voyager à travers un sourire. Plaisirs mythologiques.
Envolée à midi cinquante, j'étais déposée doucement sur le gazon anglais un peu avant trois heures. Et la féerie continuait. J'étais logée à Hill Street, où se trouve le plus beau Turner qui soit au monde; il est Romain, et, des yeux, j'habitais ce tableau, blond comme des raisins muscats en septembre, en compagnie de mes hôtes, de Cicéron et de Mécène, qui s'y promènent après le soleil couché.
*
A Park Lane, dans le voisinage, la maison de Sir Philip Sassoon était en fête et en rumeur, pour l'arrivée des rois de France : Louis XIV, Louis XV et Louis XVI.
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Chez Sir Philip Sassoon pendant l'Exposition. — La Salle de Bal.
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« Chez les Louis », comme on dit à Londres, le Grand Roi est sur l'escalier. Son bronze équestre accueille les visiteurs, ou plutôt leur commande d'entrer. Une fois son geste obéi, nous voici au pays du bonheur de vivre. Il n'y a pas d'autre nom pour cette période française, qui va du dix-septième jusqu'à la fin tragique du dix-huitième siècle. Ce sont des temps de liesse infinie. J'ai l'habitude d'habiter les tableaux que j'aime; j'en respire l'air, j'en sens la lumière, j'entre dans le jeu du paysage, je m'y promène longuement. Je m'adonne à la « joie opportune », en entrant dans cette pastorale d'Antoine Watteau :
*Leurs courtes vestes de soie,
Leurs longues robes à queue,
Leur élégance, leur joie
Et leurs molles ombres bleues
Tourbillonnent dans l'extase...*
Verlaine a été le poète d'un temps qui l'a précédé d'un siècle, le chantre de ces fêtes qui ne nous seront rendues que par les yeux, car plus jamais pareille ivresse de vivre n'habitera la terre.
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Les tableaux s'intitulent « Les Plaisirs de l'Été »; les meubles s'appellent des « bonheurs du jour ». La mode est si visiblement à la joie qu'une sorte très subtile de mélancolie naît en contemplant ces images délicieuses, qu'on pourrait appeler : le regret du bonheur des autres, la tristesse des gaités passées...
L'illusion d'optique est plus forte dans cette exposition de Park Lane que dans n'importe quelle autre, parce que ceux qui l'organisèrent lui ont donné pour cadre une maison habitée. L'odeur des fleurs est si envirante, dès qu'on entre, qu'elle s'exprime enfin dans ce tableau d'aiguille, un exquis morceau de tapisserie de Beauvais prêté par le comte de Camondo; c'est un bouquet de fleurs, les plus odorantes : chèvrefeuille, lilas, giroflées, pivoines, roses et jasmins, au pied duquel git, ivre-mort, la patte raide et l'œil éteint, tué par le parfum des fleurs, un ravissant petit oiseau. C'est le temps de la floraison française. L'Amour de Fragonard et la Folie, deux enfants fous de joie, bondissent à travers des buissons de roses.
La Fête champêtre, prêtée par « Sa Grâce le Duc
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de Wellington », comme on dit ici, et j’ajouterais : « peint par Sa Grâce Antoine Watteau », est si galante qu’il semble qu’on entende ses personnages murmurer, sous les grands arbres, la phrase du poète :
> Ramures de l’été, dans l’azur, que vos courbes sont [belles].
Un soupir d’aise semble sortir du cou des femmes, comme un roucoulement. Fut-il jamais plus grandes délices que de respirer en France sous ces trois règnes, auxquels j’en ajoute un quatrième, celui du féminin, qui contient tous les autres ?
Des figures de femmes, et quelles femmes ! reçoivent les visiteurs comme chez elles, dans ces salons français de Londres. Qu’elles sont spirituelles, aimables, moqueuses, attendries et attendrissantes, en commençant par cette blonde de Fragonard, pensionnaire du Louvre, avec sa gorge ronde et ses doigts effilés, se jouant aux pages des livres qu’elle a tous lus, on le sent à son regard malicieux. Et cette autre, si délicatement attentive, qui, dans le tableau de Jean-François de Troy, intitulé Scène galante, attache un flot de rubans à l’épée d’un amoureux colonel de vingt ans. Et cette Liseuse, si tranquille, où Fragonard a peint l’innocence qui s’instruit, et cette Jeune fille en Vestale, l’œuvre la plus ravissante du maître de Grasse, où Jean-Honoré révèle qu’il sera le père de Manet. Quelle vierge sage, et comme elle sourit divinement sous sa coiffe de mousseline fleurie, tenant sa lampe d’or d’une main soigneuse ! Et l’on devine aisément quelle est la nature du feu qu’elle porte à l’autel... La fougueuse Invocation à l’Amour, l’Heureuse Famille, le Printemps, les Comédiens français, le Menuet dans un pavillon, Lancret, Watteau, François Boucher et Fragonard, encore, dont c’est ici le triomphe, peuplent ces salons d’heureux et d’heureuses. Leurs meubles, leurs bibelots, leur vaisselle, tous les objets dont ils se sont servis, tabatières et éventails, qui furent créés pour eux dans la joie, tous ces témoins de leur bonheur gardent je ne sais quel reflet d’un soleil disparu, quelle touche de perfection légère qui ne fut jamais surpassée. O la charmante société! Des gens dispos, des gens bien-aise, cela se voit dans tous les détails de leur vie.
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LA TOILETTE DE PSYCHÉ. Tapisserie de Beauvais d'après le carton de François Boucher (1703-1770) (3m³0×4m⁸0) Collection de Lord Duveen.
Une femme est au métier, que nul ne s'y trompe ! c'est elle qui règne sur ce monde délicieux. Son métier est un symbole. Cette bonne bourgeoise française, la marquise de Pompadour, tire l'aiguille d'un air entendu. Elle n'est déjà plus jeune, double menton, coiffe attachée sous le second, mais quels yeux fins ! Peinte par Drouais, prêtée par Lord Roseberry, Jeanne Poisson a élu domicile en Angleterre. Blanche, dodue, nourrie de choses exquises, couverte de soie fleurie, de dentelles et de gais rubans, elle domine de haut cette assemblée galante. Au travail, comme toute la France, pays des bons artistes et des bons artisans! Une ouvrière, la grande protectrice des arts, qui elle-même s'ingénie : une mandoline est à ses pieds, des cartons à dessin sont appuyés à sa table à ouvrage; j'aperçois des livres précieux et mal rangés, ce qui est bon signe, dans une bibliothèque de choix, à portée de sa main. Son petit chien fait le beau; elle est la reine des belles. Elle brode au métier, ce métier où la France excelle,
bien mieux représenté par elle que par la pauvre Polonaise :
« J'ai vu Mme de Pompadour, la seconde reine, et qui en a bien plus l'air que l'autre », écrira le prince de Ligne, qui s'y connaît. L'aimable femme ! Vénus, mère des ateliers. Elle a nourri d'innombrables artistes; des sculpteurs ont donné son apparence mortelle à des déesses; et elle a fait peindre tout ce qui lui appartenait : ses fleurs et ses oiseaux, par Oudry, oiseaux des îles, cardinaux, perroquets couleur de rose, picorant des cerises, et qui donnent, eux aussi, l'impression d'être heureux, puisqu'ils sont en liberté !
Il est à craindre qu'aucune société humaine ne soit faite pour le bonheur. Dans ce monde enchanté où l'on pénètre à Park Lane, grâce aux organisateurs d'une exposition qui ont su recréer l'atmosphère du temps, et cela en mêlant aux tableaux des meubles et des objets de la vie courante, des déjeuners de
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Tapis de table en tapisserie de la manufacture royale de Beauvais (2m×2m).
Tapisserie à fond jaune avec un semis de roses. Marque de la Manufacture au dos.
Collection du Comte de Camondo.
porcelaine faits pour des lèvres divines, des pen-
dules qui n'ont sonné que les heures du berger, j'ai
vu sur une console le portrait en porcelaine du petit
chien d'appartement de la reine Marie-Antoinette,
la mal gardée : c'est un pauvre « King Charles »
qui n'aurait su tenir les sans-culotte en respect.
Et voici l'inscription qui accompagne ce jouet de
la Monarchie morte :
« Cette figure, faite par ordre de Sa Majesté, à la
Manufacture de Sèvres, fut trouvée dans la chambre
de toilette, aux Tuileries, après le 10 août 1792... »
Princesse BIBESCO.
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JEAN-BAPTISTE OUDRY (1686-1755). — Les Oiseaux de la Marquise de Pompadour.
Peinture sur cuivre (0"41 x 0"32) signé et daté de 1750.
Collection de M. Gailloux.
NICOLAS DE LARGILLIÈRE (1656-1746). — La Belle Strasbourgeoise (1938 x 1905).
Collection de M. François Colp.
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NICOLAS LANCRET (1690-1743). — Le Joueur de Vielle. $(\theta=92 \times \theta=75)$ .
Collection du Baron Maurice de Rothschild.
JEAN-FRANÇOIS DE TROY (1679-1752). — Scène Galante. $(\theta=81 \times \theta=64)$ .
Collection du Baron Louis de Rothschild.
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ANTOINE WATTEAU (1684-1721).
Scène Champêtre.
Collection du Comte de Iveagh.
ANTOINE WATTEAU (1684-1721).
Etude de Vierge à l'Enfant (0m36×0m29).
Collection de M. Jean-Gabriel Goulina.
ANTOINE WATTEAU (1684-1721).
Le Menuet au Pavillon (0m55×0m45).
Collection de Lord Duveen.
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CARLE VAN LOO (1705-1765). — Enfant en bleu ( $0^{m}54 \times 0^{m}43$ )Collection de M. Cailleux.
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CARLE VAN LOO (1705-1765). — Enfant en rouge ( $0^{m}54 \times 0^{m}43$ ).Collection de M. Cailleux.
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ANTOINE WATTEAU (1684-1721). — Tête de Jeune hommeDessin au crayon noir et sanguine ( $0^{m}17 \times 0^{m}17$ ).Collection O. Gutekunst, Esq.
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