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XVIe ANNÉE. N° 1-2 JANVIER-FÉVRIER 1935 LA RENAISSANCE PARIS, 11, RUE ROYALE Prix du Numéro : France. 15 frs - Etranger. 20 f.s — Abonnements : France. 150 frs - Etranger. 200 frs.
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XVIe ANNÉE. N° 1-2 JANVIER-FÉVRIER 1935 LA RENAISSANCE PARIS, 11, RUE ROYALE Prix du Numéro : France. 15 frs - Etranger. 20 f.s — Abonnements : France. 150 frs - Etranger. 200 frs.
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SOMMAIRE N°s 1-2 — Janvier-Février 1933 Auteur --- Titre --- Illustrations --- ARSÈNE ALEXANDRE --- Une enquête sur la guérison de la Crise. --- JACQUES RENOULT --- Pantagruel à la Galerie Mazarine. --- ALBERT LE BAIL --- René Quillivie, sculpteur. --- SYLVIA LYON --- La Tour de Saint-Loup. --- RAYMOND GEIGER --- Edy Legrand, graveur. --- LE CURIEUX --- Le Carnet d'un Curieux. --- LA RENAISSANCE 11, Rue Royale - PARIS Directeur : Mme CHARLES POMARET
Une enquête sur la guérison de la crise Est-elle virtuellement finie ? Finira-t-elle bien-tôt ? Comment et par quels moyens la combattra-t-on, la guérira-t-on ? C'est ce que La Renaissance a tenté d'entrevoir, ou de faire entrevoir, en s'adressant aux grandes autorités en matière d'Économie Artistique — une science à créer, soit dit en passant. A cet effet, nous avons consulté certains amateurs éminents et propriétaires des Galeries les plus universellement fréquentées, les priant soit de nous communiquer leurs vues d'ensemble sur la question, soit de répondre, pour leur plus grande commodité, à un questionnaire ainsi conçu : 1° Les prix élevés obtenus récemment dans les dernières grandes ventes indiquent-ils une fin prochaine ou possible de la crise ? 2° Dans quelle mesure pensez-vous qu'on puisse remédier à la crise ? 3° Quels moyens pratiques pourraient être tentés par l'ensemble des marchands d'œuvres d'art et possesseurs de galeries ? Voici les réponses très saisissantes qui nous sont parvenues. L'on verra une fois de plus que ce n'est pas en s'hypnotisant sur ses malaises qu'on les guérit. Et l'on verra... bien d'autres choses encore. Voici d'abord les réflexions que notre consultation a suggérées à : M. ALBERT S. HENRAUX Président de la Société des Amis du Louvre. Il n'y aura plus de crise le jour où le prix des tableaux sera redevenu normal. C'est avant qu'était la crise, au temps où, oubliant toute mesure, marchands et amateurs vendaient ou achetaient n'importe quoi à n'importe quel prix. Entre un peintre et un barbouilleur, un tableau et une esquisse, un chef-d'œuvre et une croûte, aucune différence. Il y avait trop de tout : trop de marchands, trop de peintres. Chacun se croyait artiste et avait quelque chose à dire ; et on le lui laissait croire. La crise a été impitoyable, mais elle n'a pas été aveugle : elle a séparé le grain de l'ivraie. Les dernières collections passées en vente avaient été formées par des hommes de goût : le public ne s'y est pas trompé, et les enchères ont été ce qu'elles devaient être. Le jour où à une inflation démesurée, à un bourrage de crânes pour ignorants ou naïfs aura succédé une plus juste estimation des valeurs, ce jour-là la crise sera conjurée Les belles choses restent toujours belles et gardent leur valeur : c'est elles qui rétabliront l'équilibre. Mais celui-ci ne peut se réaliser tout de suite. N'oublions pas que la néfaste époque d'après-guerre n'a pas fait d'amateurs, ou très peu, elle a fait surtout des spéculateurs. Il y a toute une éducation à faire pour élever un public qui achetait des œuvres d'art comme des titres à la Bourse. C'est à cette éducation que peuvent concourir marchands et propriétaires de galeries. Qu'ils fassent de belles expositions où la mode n'aura rien à dire, et qu'ils présentent au public de vraies belles choses, celui-ci viendra, apprendra, achètera. Pour le moment, il n'y comprend rien encore : on l'a tiré à hue et à dia parmi mille artistes qui, tous, au dire des catalogues, étaient des grands maîtres : il ne sait plus. La crise, avec ses retours fréquents au bon sens, l'a complètement découragé. Il faut l'instruire. Les anciens amateurs ne sont plus assez riches, les nouveaux ignorent tout. Que les prix redeviennent équitables, que le choix règne : tout redeviendra normal. M. ÉDOUARD BRANDUS Il est toujours infiniment agréable de s'entretenir avec M. Édouard Brandus, le grand collectionneur et l'ami des grands conquérants d'art aux États-Unis. L'emprisonner dans le cadre d'un questionnaire et se priver des mille et trois aperçus, improvisations, traits spirituels et judicieux, souvenirs enfin, dont sa conversation abonde, impossible. Mais, d'autre part, comment plier un tel entretien aux limites de la présente enquête? On n'en trouvera donc ici qu'un imparfait résumé. Pour M. Édouard Brandus, la question la plus importante, plus importante que la crise elle-même, c'est de savoir comment ranimer le goût des arts qui s'est perdu ou déformé en ces dernières années et qui en est arrivé à la confusion où nous le voyons. Il faut d'abord que les fortunes se refassent, ce qui peut être extrêmement rapide, mais aussi qu'une nouvelle évaluation s'établisse. En cela M. Brandus est d'accord, on le voit, avec les autorités dont on lit ici les opinions. Ceci, évidemment, comporte ici des développements à la fois esthétiques et économiques, dont nous sommes forcés de nous priver, et que La Renaissance pourra reprendre un jour. Restent deux questions distinctes. Celle qui concerne la production moderne et celle des œuvres d'art ancien. Pour les œuvres contemporaines, il faudrait mettre les artistes en communication plus directe que jamais avec le public, chez lequel demeure certainement le goût des arts aussi vif que toujours. Le système des uniprix qui, judicieusement guidé, réussit aux grands magasins, pourrait être utilisé avec succès pour la production moderne, chaque artiste choisi étant représenté par d'assez nombreuses œuvres. Quant aux chefs-d'œuvre du passé, il faut les classer de nouveau, leur valeur reprenant aussitôt sa force et son pres-
LA RENAISSANCE tige avec la résurrection des fortunes. Enfin les grands collectionneurs allègeraient utilement leurs galeries en faisant revenir certaines de leurs « richesses » à des prix normaux pour celles qui ont cessé de leur plaire, mais qui trouveraient de nouveaux amoureux à la recherche de conquêtes. Parmi les galeries les plus anciennes et les plus célèbres par leur éclat historique et par l'influence considérable qu'elles ont exercée sur le mouvement et l'orientation des arts, la galerie Durand-Ruel est au tout premier rang. L'héritier de cette belle tradition nous a répondu en ces termes : M. PIERRE DURAND-RUEL > La crise est trop profonde et trop générale pour que les bons résultats de quelques ventes publiques importantes puissent être considérés comme l'indice d'une reprise définitive. Néanmoins, ils prouvent que la crise de confiance ne sévit pas avec la même acuité chez les collectionneurs. Les beaux tableaux et objets d'art n'ont pas subi la même dépréciation que tout le reste (immeubles, valeurs de Bourse, etc.). Il y a bien eu bombardement sur le marché (dans une série de ventes publiques mal préparées et trop nombreuses) d'une quantité de collections faites plus ou moins hâtivement avec un goût relatif. > > Les marchands, momentanément gênés, n'ont pu soutenir et acheter ; c'est ce qui explique certains bas prix atteints depuis deux ans. Mais il a suffi de quelques grandes ventes pour prouver que les belles œuvres des grands peintres trouvaient encore des acquéreurs et à des prix que n'osaient espérer les marchands les plus optimistes. > > En effet, ceux-ci ont dû, pour payer leurs frais et continuer à pouvoir vendre, baisser leurs prix dans une très forte proportion. > > Les amateurs ne savent sans doute pas assez qu'ils peuvent trouver aujourd'hui, dans les galeries de tableaux et chez les marchands d'œuvres d'art, de beaux tableaux ou objets d'art à des prix nettement inférieurs à ceux des dernières grandes ventes publiques. > > A notre avis, il n'y a donc pas de crise à proprement parler dans le domaine qui nous occupe. Nous dépendons de la reprise des affaires en général. Et le Français, homme de goût qui aime toujours à s'entourer de belles choses, devrait réaliser qu'il peut, à l'heure actuelle, les acquérir dans des conditions favorables. > > Je ne vois guère de moyens pratiques que pourraient tenter l'ensemble des marchands d'œuvres d'art et propriétaires de galeries pour remédier à l'état de stagnation relative de nos affaires. Néanmoins, continuer à organiser de belles expositions et intéresser le public me semble le meilleur moyen de redonner de l'activité à la branche d'affaires qui nous occupe. La galerie Knœdler a été et demeure un des types les plus importants des échanges et transactions artistiques entre les deux Mondes. Récemment, la mort de M. Roland Knœdler causait chez les amateurs et les artistes de profonds regrets. M. Davey, directeur de la galerie de la place Vendôme, répond en ces termes à notre questionnaire. GALERIE KNOEDLER Première question. — De tout temps, il y a eu de l'argent disponible pour acheter aux enchères publiques les œuvres d'art de première qualité, quoique souvent elles coûtent beaucoup plus cher que chez les négociants, ceci parce qu'il y a dans le public une catégorie de gens à qui il faut le feu des enchères pour acheter, quitte à payer n'importe quel prix. Deuxième question. — En achetant dans les plus bas prix et en se contentant d'un bénéfice plus que raisonnable. Troisième question. — Rien à faire. Le public reviendra de lui-même, lorsque les prix seront au niveau de leur bourse. M. PAUL ROSENBERG L'organisateur des expositions capitales de Corot, de Delacroix et de tant d'autres manifestations décisives, nous envoie ces intéressantes considérations.
LA RENAISSANCE Les prix élevés des dernières ventes indiquent, à mon avis, que les amateurs réalisent qu'une œuvre d'art reste toujours une valeur stable, moins sujette à des fluctuations que des valeurs matérielles. Les collectionneurs estiment que le moment est venu d'acheter, et ils sont stimulés par l'atmosphère spéciale des grandes ventes. Ils prouvent qu'il y a beaucoup d'argent disponible qui ne demande qu'à s'employer ; mouvement qui ira en s'amplifiant dès que la confiance renaîtra, vu que des signes indéniables d'amélioration se font sentir. Il n'y a jamais eu de crise dans le commerce des œuvres d'art, mais mévente. Le commerce, qui n'est pas producteur, a souffert par contre-coup de la crise qui sévit dans les autres branches de métiers, dont il est tributaire. L'Art n'a rien à voir avec une crise qui peut avoir pour effet une difficulté de placement par suite de la réduction des revenus des amateurs, puisque, en effet, sa valeur spirituelle ne varie pas. La mesure par laquelle on peut remédier à la crise dépend uniquement de la situation économique et financière des pays et dans le réajustement des prix en rapport avec la capacité d'achat des amateurs. Il est hors de doute que, si les impôts étaient mieux établis et même réduits, cela libérerait des capitaux qui en supportent seuls le poids, et s'emploieraient en dépenses somptueuses ; transactions qui seraient profitables au Trésor public. Il y a actuellement déséquilibre entre l'offre et la demande, et le marchand est placé dans une situation anormale où les vendeurs exigent plus que les acheteurs veulent ou peuvent payer. Lorsque la situation se redressera et qu'il sera permis au marchand, qui est un intermédiaire entre l'acquéreur et le vendeur, de pouvoir vendre en conservant un léger bénéfice, les transactions seront plus nombreuses et le commerce retrouvera une activité qui ne s'est jamais démentie au cours de l'histoire de l'Art. Le moyen pratique est de tenir compte de la situation actuelle et de partir sur des bases nouvelles que tout le commerce est décidé d'adopter. Enfin, je ne vois comme moyens pratiques qui pourraient être tentés par l'ensemble des marchands d'œuvres d'Art qu'une active propagande pour nos grands artistes, sans différence de tendance, et de vendre à des prix les plus possible ; ce que, pour ma part, je suis tout disposé à pratiquer. M. MARCEL BERNHEIM Voici les réponses de M. Marcel Bernheim, de qui l'activité et l'éclétisme conscient du goût moderne, sont appréciés sur le marché. Réponse à la question no 1 : Les résultats obtenus dans les dernières grandes ventes, s'ils n'apportent pas la preuve de la fin de la crise, démontrent tout au moins que, même actuellement, de nombreux amateurs sont disposés à consacrer des sommes importantes à l'achat d'objets d'art ; il a été établi, en effet, qu'à sommes égales investies la dépréciation est plus considérable sur un portefeuille composé de valeurs de premier ordre que sur une collection choisie avec discernement. En ce qui concerne plus particulièrement le marché des tableaux modernes, ces résultats prouvent également que, quoi qu'on en ait dit, les collectionneurs ne se sont pas détournés de la peinture. Les prix se sont facilement maintenus à un niveau qui n'a été que très légèrement inférieur à celui atteint pendant la période de prospérité ou même ils se sont élevés à des chiffres qui, à aucune époque, n'avaient été réalisés en vente publique : il n'y a guère eu de défaillances que sur certaines œuvres dont les prix avaient été artificiellement poussés par quelques amateurs et marchands à l'esprit trop spéculatif. Réponse à la question no 2 : La crise qui a frappé la peinture n'est que la conséquence directe et immédiate de la crise générale qui sévit dans le monde. Les remèdes à appliquer pour y mettre fin dépendent de règlements internationaux : accords politiques et économiques, suppression des barrières douanières, solution des problèmes monétaires, etc., etc. Réponse à la question no 3 : Le nombre des marchands d'objets d'art est infiniment trop minime pour que ceux-ci puissent avoir une action quelconque sur des questions d'aussi vaste envergure. M. ADOLPHE BASLER Critique subtil et caustique, directeur d'une galerie, et marchand d'œuvres modernes choisies, M. Adolphe Basler émet ses aperçus originaux :

Ce numéro de janvier-février 1933 de la collection "La Renaissance de l'art français et des industries de luxe" présente un sommaire varié. Il inclut des articles sur la guérison de la crise, des critiques d'art sur des sculpteurs et graveurs, ainsi que des reportages sur des lieux comme la Tour de Saint-Loup. La publication met également en avant des publicités pour des maisons de luxe, des galeries d'art et des manufactures.