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GOYA. — HOPITAL DE PESTIFERES, 1868. — APARTIENT AU MARQUIS DE LA ROMANA. CL. CASA MORENO
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GOYA. — HOPITAL DE PESTIFERES, 1868. — APARTIENT AU MARQUIS DE LA ROMANA. CL. CASA MORENO
LA RENAISSANCE ventions, de la tradition et des convenances surannées sur quoi se soutenait alors pauvrement la peinture religieuse en Espagne. Dans ce domaine, Goya manqua toujours d'inspiration : en l'absence de la ferveur et du mysticisme nécessaires, il cherchera à plaire par la souplesse, l'aisance et le pittoresque coloris de ses compositions. On sait que c'est dans ce genre qu'il exécuta à Saragosse ses premières œuvres. Elles ne laissent pas prévoir, paraît-il, le brillant et tardif épanouissement de son génie. En effet, bien que n'ayant jamais été méconnu, ayant même reçu très jeune et sans arrêt les encouragements, les facilités, les aides et les commandes qui pouvaient le mieux le favoriser ; ayant été présenté à la cour à 33 ans et reçu peu de temps après membre de l'Académie de San Fernando, il fut long à trouver l'expression de sa personnalité. A peine arrivé à Madrid, il fut chargé d'exécuter les cartons de tapisserie pour la Manufacture Royale, que possède le Musée du Prado et où, dans de si belles harmonies, sont représentées des scènes populaires et des fêtes campagnardes. Le tempérament de Goya put s'y développer franchement car toute liberté lui était laissée pour le choix des sujets, l'arrangement des figures et nulle tradition ne pouvait entraver sa verve. Il approchait déjà de la quarantaine lorsqu'il peignit le portrait du Ministre Floridablanca, daté de 1783, l'œuvre la plus ancienne de l'Exposition de Madrid. On y voit le ministre alors tout puissant, un des protecteurs de Goya, dans son brillant habit de cour, de face, en pleine lumière, dans le luxueux désordre de son cabinet officiel, recevant notre peintre qui lui présente très humblement une de ses œuvres. Goya est à gauche, dans l'ombre, presque de dos, dans une attitude déférante et modeste qu'il ne conservera pas longtemps, même CL. CASA MORENO GOYA. — LA CHUTE, 1787. APPARTIENT AU DUC DE MONTELLANO. temperament, enemy of conventions, of tradition and of outworn proprieties by which religious painting was feebly sustained at that time in Spain. In this realm Goya always lacked inspiration : in the absence of the necessary fervor and mysticism, he sought to please by the skill, craftsmanship and picturesque colouring of his compositions. It is known that he executed his first works of this kind at Saragossa. They do not foreshadow, it seems, the brilliant and late flowering of his genius. Indeed, though never unappreciated, having received, even at a very early age and without delay, encouragements, facilities, assistance and orders which could help him most ; having been presented at court at thirty-three and received soon after as a member of the Academy of San Fernando, he was slow in finding the expression of his personality. He had scarcely arrived at Madrid when he was asked to draw tapestry cartoons for the Royal Manufactory, which the Prado Museum possesses and where popular scenes and country festivals are represented in such beautiful harmonies. The temperament of Goya was able to develop itself freely in these, for entire liberty was given him as to choice of subjects, arrangement of figures, and no tradition could stand in the way of his verve. He was already approaching forty when he painted the portrait of Minister Floridablanca, dated 1783, the earliest work in the Madrid exhibition. One sees the minister, then all powerful, one of Goya's patrons, in his brilliant court costume, in the luxurious disorder of his official chamber, receiving our painter who very humbly presents him one of his works. Goya is on the left in the shadow, almost a rear view, in a
LA RENAISSANCE exprimé dans une très jolie harmonie sans aucune recherche galante ou grivoise : pour Goya, l'escarpolette n'a pas de hasards heureux. Au reste, ces amusements champêtres, ces réjouissances populaires, ces traits de mœurs espagnoles ont toujours très heureusement inspiré Goya, sorti du peuple, le comprenant bien, aimant à s'y mêler, bien reçu à la cour et chez les grands, mais n'ayant rien d'un courtisan ni d'un flatteur. L'Académie de San Fernando a recueilli quelques-unes de ses toiles où sont représentées des courses de taureaux, des mascarades avec beaucoup de verve. On pouvait admirer à l'Exposition une brillante et vive esquisse d'un bal masqué. Pourtant, de ces tableaux inspirés par les divertissements populaires, aucun ne peut être comparé, pour la qualité, la valeur, la nouveauté, à cette foire de Saint-Isidore du Musée du Prado et où, plus peut-être que dans aucune autre peinture de Goya, se marque si bien l'heureuse union de la tradition ancienne et des tendances nouvelles de la peinture. On connaît cette toile : à quelque distance de Madrid, qui se silhouette sur un vaste ciel d'été, sur l'autre rive du Manzanarès, une foule, attirée par des réjouissances diverses, s'est répandue : foule heureuse dansant, remuant, buvant ou se reposant sous la caresse du soleil. Au premier plan, des hommes en élégants costumes et des jeunes femmes plus nombreuses sont assis à terre et devisent. Toute la scène est baignée d'une lumière grise et argentée. Des centaines, des milliers peut-être, de personnages s'agitent sur cette toile merveilleuse qui simply and gaily expressed in a very pretty harmony, without any straining after a romantic or merry effect : for Goya, the swing has no lucky chances. Furthermore, these outdoor amusements, these popular festivals, these aspects of Spanish customs always brought fortunate inspiration to Goya, born of the people, understanding them perfectly, loving to mingle with them, received well at court and among the great, but having nothing of the courtier or of the flatterer in himself. The Academy of San Fernando has collected some of these canvases on which are represented bull fights, masquerades, with great spirit. One may admire in the exhibition a brilliant and lively sketch of a masked ball. Nevertheless, none of these paintings inspired by popular diversions can be compared for quality, value, novelty, with that "Fair of Saint Isidore" in the Prado Museum, in which, perhaps more than in any other picture by Goya, the happy union of old tradition and of new tendencies of painting is so clearly marked. This canvas is known : at some distance from Madrid, which is silhouetted against a vast summer sky, on the other bank of the Manzanarès is spread out a crowd attracted by various kinds of amusement : a happy crowd, dancing, moving here and there, drinking or reposing under the sun's caress. In the foreground, men in elegant costumes and a larger number of young women are seated on the ground and talking things over. The whole scene is bathed in a gray and silver light. Hundreds, perhaps thousands of people stir about on that GOYA. — LE NAUFRAGE, VERS 1815. — APPARTIENT AU MARQUIS DE OQUENDO. CL. CASA MORENO
LA RENAISSANCE envers les plus puissants et les plus grands d'alors. L'œuvre est inégale, un peu disproportionnée, mais, en y prêtant attention, on peut déjà reconnaître, dans certaines harmonies de couleur, dans la disposition des lumières et des ombres et dans l'exécution par endroits souple et ferme, quelques-uns des traits de caractère de Goya comme peintre et comme graveur. De l'année suivante est daté un tableau fort curieux représentant Hercule aux pieds d'Omphale c'est une des rares scènes mythologiques traitées par Goya. Le guerrier à la large carrure, casqué et cuirassé selon la plus pure formule romantique, presque de dos, s'évertue vainement à enfiler une aiguille, tandis qu'Omphale, gracieuse, et en pleine lumière, le contemple avec quelque peu d'ironie. Un autre tableau, d'une vingtaine d'années postérieur, nous montrait l'Amour et Psyché à l'Exposition de Madrid en une curieuse version de la célèbre légende. Plutôt que ces fables antiques, Goya était mieux à son aise à peindre des scènes que chaque jour il pouvait avoir devant les yeux. Dans une salle étaient groupés six panneaux exécutés en 1787 pour la décoration du palais d'Alameda de Osuna. On y voit dans de très beaux paysages des scènes amusantes ou burlesques, comme la chute d'une mule que montait une vieille dame qui, du coup, s'évanouit. Comme une attaque de diligence par de galants brigands qui ne peuvent malgré leurs méfaits nous inspirer de l'horreur ; ailleurs c'est un mât de coca-gne sur une place de village ou une balançoire à la lisière d'un bois. Tout cela est simplement et gaîment GOYA. — BANDIT DÉSHABILLANT UNE FEMME, 1808. APPARTIENT AU MARQUIS DE LA ROMANA. CL. CASA MORENO shouldered warrior, casqued and cuirassed according to the purest romantic formula, seen almost from the rear, is trying in vain to thread a needle, while Omphale, gracious and seen in full light, watches him with a somewhat ironical expression. Another painting of twenty years earlier shows us “L’Amour et Psyché,” in the Madrid exhibition and it is a curious version of that famous legend. Goya was more at his ease in painting scenes that he could have before his eyes every day, rather than these antique fables. In one room were grouped six panels executed in 1787 for the decoration of the palace of Osuna in Alameda. There one sees in very beautiful landscapes such amusing or burlesque scenes as the fall of a mule carrying an old woman who suddenly faints. There is an attack on a coach by gallant brigands who, in spite of their evil deeds are unable to fill us with horror; there is a greased pole on a village green or a see-saw in the clearing of a wood. All that is deferential and modest attitude which he did not keep long, even toward the highest and most powerful of that period. The work is unequal, somewhat disproportionate, but in giving attention to it one can recognize already certain harmonies of colour in the disposition of lights and shadows and in the execution here and there supple and firm certain traits of Goya’s character as painter and as engraver. In the following year is dated a very curious picture representing “Hercules at the Feet of Omphale” It is one of the rare mythological scenes treated by Goya. The broad-
LA RENAISSANCE tion désespérée ; ailleurs ce sont des sorcières au sabbat, hallucinantes figures de mégères portant des cadavres d'enfants pendus à une perche ou rangés dans une corbeille, entourées de chauves-souris, de boucs, de hiboux, horribles accessoires de ces scènes diaboliques. Cette macabre série pourrait être allongée de quelques tableaux plus connus : salle d'asile d'aliénés avec tout le tragique burlesque d'hommes nus et hilares se coiffant de couronnes ou se drapant d'oripeaux, scène d'inquisition où des malheureux coiffés de cagoules sont anxieusement interrogés, supplice du garrot, procession de flagellants aux torsos nus tout ensanglantés sous les coups... Peu de peintres, avant Goya, avaient représenté, avec autant de réalisme et de virulence, de si lamentables scènes Auprès de ces petites toiles si poignantes que devient la misère d'un pouilleux ou d'un mendiant de Murillo ? Pourtant, plus encore que par le pinceau, se plut-il à représenter par le burin, dans l'incomparable série de ses caprices, les douleurs, les horreurs, les tares, les vices et les misères de l'humanité. Il alla si loin que la protection royale lui fut nécessaire pour éviter les conséquences de la susceptibilité alarmée de l'Inquisition et des grands. Déjà, par bien des traits, Goya s'est élevé au rang des plus grands peintres, il nous reste pourtant à le montrer dans le genre, où il a excelle, où il a peut-être donné le meilleur de son génie, dans le portrait. Il a laissé de la haute société de son temps, des personnes qui vivaient dans son intimité, une magnifique série iconographique. C'est surtout comme peintre de portraits que Goya est représenté hors d'Espagne dans les galeries particulières et publiques, aussi pouvait-on penser le bien connaître dans ce genre, c'est là cependant que l'Exposition de Madrid nous réservait peut-être les plus a sombre sky, expressing more vividly still than the great scene of Géricault all that is tragic in a desperate situation : elsewhere there are sorcerers at a witches' sabbath, hallucinating figures of old hags carrying bodies of children hung on a pole or tucked into a basket, surrounded with bats, goats, owls, horrible accessories of these diabolic scenes. This macabre series could be extended by paintings better known : a room of an insane asylum with all the tragic burlesques of nude and hilarious men putting crowns on their heads or draping themselves in bits of tinsel, a scene of the Inquisition where the unfortunates, hooded like monks are being sternly questioned, torture of the rack, procession of flagellants with naked torsos all bloodstained under the blows. Before Goya, few painters had represented such lamentable scenes with such realism and virulence. Beside these little canvases so poignant, what becomes of the misery of a poor man or beggar by Murillo ? Nevertheless it pleased him to work with the burin even more than with the brush as in the incomparable series of the caprices, the sorrows, the horrors, the defects, the vices and the miseries of humanity. He went so far that royal protection was necessary to save him from the consequence of the alarmed susceptibilities of the Inquisition and of men of rank. Although Goya is already lifted by many qualities to the level of the greatest painters, it still remains for us to show him in the field where he excelled, where perhaps he gave the best of his genius, in the portrait. He has left us a magnificent series, from the high society of his time, of persons who live for us in the most intimate way. It is as portrait painter above all that Goya is represented outside of Spain in private and public galleries, so that one might think he knew him well GOYA. — LA MARQUISE DE LAZAN, 1800. APPARTIENT AU DUC D'ALBE. CL. CASA MORENO
LA RENAISSANCE évoque certaines peintures comme la vue de Saragosse par Velasquez et El Mazo, mais est, en vérité, toute moderne par la délicatesse de la lumière qui l'éclaire, par l'intensité de vie qui l'anime et par la souplesse de son exécution. On peut y trouver déjà, un peu de l'art de Corot et de Manet. C'est un des chefs-d'œuvre de la peinture. Si sensible qu'il ait été aux réjouissances, aux fêtes, aux amusements du peuple d'Espagne, Goya savait cependant aussi porter ailleurs son attention, et l'Exposition de Madrid montrait une bien curieuse série de petites toiles représentant, avec une singulière force, les misères de l'humanité. Jamais peut-être on n'avait peint de scène d'une aussi tragique horreur que cette salle d'hôpital de pestiférés, qu'éclaire une lumière argentée et où se trainent lamentables, achevant de mourir, de pauvres loques humaines; des médecins les visitent avec précaution, le visage dissimulé sous un masque, afin d'écarter les corps de ceux qui sont morts de ceux qui sont encore vivants. Ailleurs, c'est une scène d'émeute ; des soldats exécutent des feux de salve la nuit sur des femmes et des enfants qui fuient parmi des corps déjà étendus à terre, ou une évocation de l'émeute du 2 Mai à Madrid, esquisse du grand tableau du Prado. Goya paraît toutefois avoir éprouvé une prédilection pour les scènes de banditisme : femme captive dépouillée de ses vêtements à l'entrée d'une sombre grotte, bandits endormis dans leur repaire, femme nue égorgée par d'affreux bandits, tous ces petits tableaux sont peints avec une très grande sensibilité. Dans d'autres, Goya nous montre d'autres scènes d'horreur : ici c'est une terrible scène de naufrage, sur une mer agitée, sous un ciel sombre, exprimant plus vivement encore que la grande scène de Géricault tout le tragique d'une situa- marvellous canvas, which calls up certain paintings or the view of Saragossa by Velasquez and El Mazo, but it is veritably altogether modern in the delicacy of the light in which it shines, in the intensity of life that animates it and in the craftsmanship of its execution. One may find there already a little of the art of Corot and Manet. It is one of the masterpieces of painting. However sensitive he was to scenes of enjoyment, to festivities, to the amusements of the Spanish people, Goya knew as well, on the other hand, how to give his attention to other things and the Madrid exhibition shows a very curious series of little canvases representing with singular force the miseries of humanity. Never, perhaps, has any one painted a scene of such tragic horror as that room in a hospital of plague-stricken people lighted by a silver atmosphere into which these lamentable creatures have dragged themselves, arriving at the point of death, as poor human wrecks; doctors examine them cautiously, the visage of each being masked, with the purpose of separating the dead from those who are still alive. Elsewhere there is a scene of rioting; soldiers fire volleys into the night upon women and children who flee among the bodies already stretched out upon the ground, an evocation of the uprising of May 2 in Madrid, a sketch of the large painting of the Prado. Goya seems at times to have felt a predilection for scenes of banditry: a captive woman dispoiled of her garments at the entrance of a sombre grotto, bandits sleeping in their den, naked woman throttled by frightful bandits, all in little pictures painted, every one of them, with very keen feeling. In others, Goya shows us other scenes of horror: here is a terrible scene of shipwreck, upon a heaving sea, under CL. CASA MORENO GOYA. — LA REINE MARIE-LOUISE, 1799. APPARTIENT A S. M. ALPHONSE XIII.
LA RENAISSANCE meilleurs portraits de la série grise. La jeune Marquise est représentée en pied dans son parc en somptueuse toilette, tenant à la main une rose et accompagnée de son carlin favori. Ni la robe de tulle ornée de dentelles, de rubans et de fleurs, ni sa large coiffure ne le cèdent en élégante préciosité à celles de la Duchesse d'Osuna que nous venons de décrire, mais ce tableau se complète d'un fond de paysage orné de grands arbres, d'un sol garni d'herbes et de fleurettes, de tonalité grise et vert tendre du plus délicat effet. Le portrait de la Duchesse d'Albe est tenu dans une harmonie différente de gris, de rouge et de noir, non moins raffinée. C'est un portrait plus intime, sans chapeau, les cheveux abondants se répandent en longues boucles noires sur les épaules et le dos, la robe est droite et simple, un petit griffon blanc accompagne la Duchesse qui désigne du doigt l'inscription tracée dans le sable de l'allée : A la Duquesa de Alba Fr. Co de Goya. 1795. Née en 1762, la Duchesse d'Albe était donc alors âgée de trente-trois ans. A ces trois portraits, à ces trois merveilles, doit être rapproché celui de la Tirana peint en 1794, l'année où la célèbre tragédienne, âgée de trente-neuf ans, quitta la scène. Elle est représentée en robe de tulle sur fond jaune et dans l'harmonie grise de la toile, les mains, le visage, un bouquet ornant les cheveux, mettent les notes colorées tandis que les yeux et les cheveux tombant jusqu'à la taille sont les seules tonalités sombres. La grâce du XVIIIe siècle mourant vit dans ces charmantes images féminines et peut-être plus encore dans le surprenant portrait de la Comtesse de Chinchon qui fut une des plus aimables révélations de l'Exposition. La jeune Comtesse âgée d'une vingtaine d'années à GOYA. — LA COMTESSE DE CHINCHON, 1800. APPARTIENT AU DUC DE LA SUECA. CL. CASA MORENO portraits of the gray series. The young marquise is shown walking in her park in sumptuous attire, holding a rose in her hand and accompanied by her favorite pug dog. Neither her tulle gown trimmed with lace, ribbons and flowers, nor her large head-dress yields anything in elegant costliness to those of the Duchess of Osuna that we have just described, but this picture is made complete by a landscape background beautified with great trees and a soil covered with herbs and flowers, of a gray and tender green tonality most delicate in effect. The portrait of the Duchess of Alba is held in a different harmony of gray, of red and of black, no less refined. It is a more intimate portrait without a hat, the abundant locks spread out in long black curls upon shoulders and back, the dress is straight and simple, a little white griffon accompanies the duchess who points with her finger to the inscription traced in the sand of the alley : A la Duquesa de Alba Fr. Co de Goya 1795. Born in 1762, the Duchess of Alba was then thirty three years old. With these three portraits, these three marvels, should be placed that of Tirana painted in 1794, the year when the famous tragedienne, left the stage, at the age of thirty-nine years. She is represented in a tulle robe, on a yellow background and in the gray harmony of the canvas, the hands, the face, a bouquet placed on the hair, give the notes of colour, whereas the eyes and the hair falling to the waist are the only dark tonalities. The grace of the dying XVIIIth Century lives in these charming feminine figures and perhaps more still in the astonishing portrait of the Countess of Chinchon which was one of the most pleasing revela-
LA RENAISSANCE étonnantes surprises, parmi les portraits, au nombre d'une cinquantaine, qui y avaient été réunis. Nous avons dit plus haut que le curieux tableau représentant le Ministre Floridablanca recevant Goya était la plus ancienne peinture figurant à l'Exposition. Sur une autre toile sensiblement postérieure, notre peintre se montre dans une plus fière allure. Il se détache à contre-jour sur une fenêtre, le pinceau à la main, la palette au pouce, debout devant une grande toile, en veste courte, soigneusement brodée, le chapeau sur la tête. Cette petite toile est d'une exécution vive et charmante. Le portrait de la Duchesse de Osuna, peint en 1788, ouvre la merveilleuse série de portraits de femmes que présentait l'Exposition de Madrid. C'est un portrait d'une rare et précieuse distinction. La jeune femme, légèrement tournée à gauche, est magnifiquement vêtue d'une robe de soie bleue ornée de dentelles, et, sur le côté, de rubans et de fleurs, un châle de tulle brodé se croise sur sa poitrine, fixé par un gros nœud de ruban; dans l'une de ses mains gantées elle tient un éventail, et sur ses cheveux poudrés, disposés en larges mèches bouclées, est posé un vaste chapeau de paille blanche agrémenté de plumes, de rubans et de fleurs. Le visage aux traits harmonieux et fins est expressif et vivant. Tous les détails de ce portrait, d'une harmonie grise et argentée, infiniment délicate, sont traités avec précision dans une grande liberté. Cette heureuse exécution, ce souci des colorations fines et subtiles, qui caractérisent ces portraits gris de Goya, se retrouvent dans le portrait de la Marquise de Pontejos à peu près de la même époque que le précédent auquel il n'est certes pas inférieur. Avec toute raison le Catalogue de l'Exposition le cite comme un des CL. CASA MORENO GOYA. — LA MARQUISE DE PONTEJOS, VERS 1789. APPARTIENT AU MARQUIS DE MIRAFLORES. in this respect, yet it is here perhaps that the Madrid exhibition keeps for us the greatest surprises, among some fifty portraits which have been brought together there. We have already said that the curious painting that shows the minister, Floridablanca receiving Goya was the oldest painting figuring in the exhibition. Upon another canvas which seems even earlier, our painter shows himself in a prouder aspect. He stands out in daylight under a window, brush in hand, pallet on his thumb, upright before a large canvas, in short coat elaborately embroidered, with his hat on his head. This little canvas is of lively and charming execution. The portrait of the Duchess of Osuna, painted in 1788, opens the marvellous series of portraits of women offered by the Madrid exhibition. It is a portrait of a rare and fine distinction. The young woman, slightly turned to the left, is magnificently dressed in a robe of blue silk trimmed with lace and on one side with ribbons and flowers, a shawl of embroidered tulle crossed over her breast, fastened by a large knot of ribbon; in one of her gloved hands she holds a fan, and on her powdered hair arranged in large waved coils, is placed an immense white straw hat adorned with plumes, ribbons and flowers. The face with harmonious and fine qualities is expressive and full of life. All the details of this portrait of a gray and silvered harmony, infinitely delicate, are treated with precision, in great freedom. This happy execution, this care in the use of fine and subtle colour which characterizes these gray portraits of Goya, is found in the portrait of the Marquise de Pontejos of about the same period as the last-named, to which it is certainly not inferior. The exhibition catalogue is quite right in calling it one of the best
LA RENAISSANCE CL. CASA MORENO GOYA. — DON JOSÉ DE VARGAS PONCE, 1805. APPARTIENT A L'ACADÉMIE ROYALE D'HISTOIRE. dans sa cape, coiffé d'un large tricorne, a vraiment une magnifique silhouette. Dans le portrait de Don José de Vargas Ponce, Goya a étudié avec une grande précision la physionomie intelligente et fine de ce délicat lettré. L'exécution en est subtile et douce, il semble que ce portrait ait été peint avec une particulière sympathie et il évoque pour nous le souvenir de certaines œuvres de Prud'hon. La Marquise de Santa-Cruz, peinte également en 1805, est représentée étendue sur un divan, couronnée de fleurs, tenant une lyre à la main ; ce tableau semble révéler encore une influence davidienne : il fait un peu songer au portrait plus simple de Mme Récamier. Peut être ne sont-ce là que de fortuites coincidences, car Goya possédait un tempérament trop impérieux et trop personnel pour se laisser séduire par une influence étrangère. S'il y sacrifia un jour, il ne s'y attarda guère et on pouvait admirer, à l'Exposition même, un très beau Fernan Nunez, dated 1803 have a great appeal. Here Goya has gone back to the tradition of landscape backgrounds and the count, wearing his cape and a large three-cornered hat, has a truly magnificent silhouette. In the portrait of Don Jose de Vargas Ponce, Goya has studied with great precision the intelligent and fine physiognomy of that delicate man of letters. The execution here is subtle and gentle, it seems that this portrait was painted with a particularly sympathetic feeling and it evokes for us the memory of certain works of Prud'hon. The Marquise of Santa Cruz, painted likewise in 1805, is shown lying on a divan, crowned with flowers, holding a lyre in her hand; this picture seems to reveal again the influence of David; it makes one think a little of the simpler portrait of Mme. Recamier. Perhaps these are only chance coincidences, for Goya possessed a temperament too imperious and too personal to let himself be seduced by a foreign influence. If he
LA RENAISSANCE peine, toute fraîche et toute blonde; nous est présentée presque de face, assise dans un fauteuil doré. Elle est bien simplement vêtue d'une robe de satin blanc laissant les bras nus, et coiffée, non sans une heureuse recherche, d'un petit bonnet, dont les brides sont nouées sur le côté, orné d'épis de blé mûr qui font avec la mousse dorée des cheveux de la jeune femme la plus charmante harmonie. Le fond de la toile est sombre et donne un grand relief à cette fine et jolie figure que l'on peut ranger parmi les chefs-d'œuvre de Goya. La même année fut peint le portrait de la Reine Marie-Louise que prêta S. M. Alphonse XIII, qui est de la plus belle exécution et qui fait un excellent pendant au portrait de Charles IV en chasseur, d'une dizaine d'années antérieur, prêté également par le Roi d'Espagne. Le grand mouvement davidien devait avoir un écho en Espagne, atténué il est vrai, mais dont le vieux Maître Goya devait lui-même subir quelque peu l'influence. Il ne se manifeste guère que dans le portrait car les sujets antiques ne paraissent pas avoir eu de faveur alors en Espagne. Le beau portrait de la Marquise de Lozan, appartenant au Duc d'Albe, en est une preuve indéniable, par l'arrangement de la figure autant que par le choix de ces colorations foncées ; mais l'exécution demeure légère et souple, c'est bien celle du vieux peintre espagnol qui ne se laissa pas entraîner bien loin par le mouvement alors à la mode. Il eut surtout le bon esprit de ne rien modifier à la composition de ses couleurs, aussi n'apparaissent jamais sur ses toiles ces craquelures si fréquentes et si affligeantes sur tant de tableaux de David, de ses élèves et de ses contemporains français. Les portraits du Comte et de la Comtesse de Fernan Nunez, datés de 1803 ont grande allure. Ici Goya a repris la tradition des fonds de paysages et le Comte drapé CL. CASA MORENO GOYA. — LE COMTE DE FERNAN NUNEZ, 1803. APPARTIENT AU DUC DE FERNAN NUNEZ. tions of the exhibition. The young countess of scarcely twenty, all fresh and all blond is shown to us nearly full-face, seated in a gilded armchair. She is very simply dressed in a robe of white satin leaving the arms bare, and wearing a little bonnet, not lacking in a happily studied effect, the strings being tied at one side, decorated with heads of ripe grain which make, with the golden spray of the young woman's hair, the most charming harmony. The background of the canvas is dark and throws into strong relief that fine and lovely figure who may be ranked among the masterpieces of Goya. In the same year was painted the portrait of Queen Marie-Louise, loaned by king Alphonso XIII, which is most beautiful in craftsmanship and which makes an excellent pendant to the portrait of Charles IV in hunting costume, of a dozen years earlier, and loaned also by the King of Spain. The great Davidian movement was bound to have an echo in Spain, slight, naturally, but enough to exert some influence upon Goya, the old master. This shows itself only in the portrait, for the subjects appear never to have been in favour then, in Spain. The hand some portrait of the Marquise of Lozan, belonging to the Duke of Alba, is an undeniable proof of this in the arrangement of the figure as much as in the choice of heavier colourings : but the execution remains light and supple, it is indeed that of the old Spanish painter who did not allow himself to be drawn far by the movement then in favour. He had above all the wisdom not to modify the composition of his colours, so that on his canvases are never seen those cracks so frequent and so distressing upon so many of the paintings of David, of his pupils and of his French contemporaries. The portraits of the Count and of the Countess de
GRAND PANNEAU BOIS GRAVÉ. — SAPIN. — FACE PEINTE HAVANE, GRAVURE GOMME LAQUÉE, ARGENTÉE ET ÉMAILLÉE NOIR ET ROUGE. SALLE D'EXPOSITION DE BILLANCOURT DES ATELIERS D'ART GAËTAN JEANNIN. — COMPOSITION DE CL. MAZARD. GAËTAN JEANNIN Ingénieur E. C. P. DÉCORATEUR MODERNE par LUI-MÊME Une revue d’art, dans son numéro de septembre de cette année, a publié un article documentaire sur la renaissance de l’art du vitrail, où l’auteur s’efforce, avec une ardeur louable, de mettre à l’honneur quelques verriers contemporains. Je lisais avec sympathie la prose élégante du rédacteur virtuose qui l’avait composée et je me proposais déjà de lui envoyer de chaudes félicitations pour la belle distribution d’éloges dont il avait si ingénieusement paré son texte, lorsque, je puis bien l’avouer, l’ultime paragraphe, qui m’était sournoisement réservé, vint brutalement jeter une douche froide sur mon amical enthousiasme. Le brillant auteur s’y exprime ainsi : « Gaëtan Jeannin ne nous écrivait-il pas que les découvertes qu’il met actuellement au point dans ses laboratoires vont transformer la technique de la glace gravée et émaillée qui lui doit déjà, on le sait, la faveur dont elle a joui ces dernières années. L’éminent ingénieur me permettra-t-il de rappeler qu’au milieu du XIXe siècle, Dihl avait révolutionné l’opinion en exposant à Paris ses glaces peintes. Des auteurs croyaient même qu’elles étaient appelées à prendre la place du vitrail dans l’habitation. Mais heureusement nos contemporains savent allier à la curiosité des techniques nouvelles le respect de celles qui nous furent léguées par l’histoire. » JEAN-JACQUES GRUBER. Mon cher maître, au commencement de votre article vous rappelez avec humour à vos lecteurs que vers 1840 un technicien remarquait que les journalistes à court de copie se jetaient sur le sujet du vitrail. Ne pensez-vous pas que les techniciens d’aujourd’hui vont être tentés, après vous avoir lu, de faire la même remarque. Je ne vous ai jamais rien écrit au sujet de mes décou- In the September issue of this year, an art review published an informing article on the renaissance of the art of glass, in which the author exerted himself with praiseworthy enthusiasm to bestow honor upon some of the glass workers of our time. I read with appreciation the elegant prose of the editorial virtuoso who wrote this and I had already decided to felicitate him warmly for the fine sprinkling of enlogies with which he has so ingeniously adorned his text, when, I may as well confess, the last paragraph, which was craftily kept for me, turned a cold douche on my friendly enthusiasm. The brilliant author thus expresses himself : “Gaëtan Jeannin did not write us that the discoveries which he is making in his laboratories at the moment will transform the technique of engraved and enameled glass which, as one is aware, owes to him the favor it has enjoyed during these last years. The eminent engineer will permit me to remind him that, in the middle of the XIXth Century, Dihl revolutionized public opinion by exhibiting his painted glass in Paris. Some authors even thought that this was destined to take the place of ordinary window glass in dwelling houses. But fortunately the people of our day are able to join with their curiosity as to technical processes the respect for those that were left us by history.” JEAN-JACQUES GRUBER. My dear sir, in the first part of your article you humorously remind your readers that about 1840 a technician remarked that the journalists short of copy flung themselves into the subject of stained glass. Don’t you think that the technicians of today will be tempted after reading you to make the same remark? I never wrote you anything on the subject of my

Ce numéro de "La Renaissance de l'art français" présente une analyse approfondie de l'œuvre du peintre espagnol Francisco de Goya. Il explore ses différentes périodes artistiques, de ses premières œuvres religieuses à ses portraits de la haute société, en passant par ses scènes populaires et ses représentations plus sombres de la misère humaine et des horreurs de la guerre. L'article met en lumière la modernité de Goya, son réalisme et sa capacité à capturer l'essence de ses sujets.