Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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“L’ILE-DE-FRANCE” AU DÉPART DU HAVRE.
LE PAQUEBOT ILE-DE-FRANCE
PAR HENRI CLOUZOT
Le 22 juin 1927, vingt mois à peine après la clôture de l’Exposition des Arts Décoratifs, le paquebot Ile-de-France levait l’ancre, emportant vers New-York la fleur de cet art de fraîche date qui avait enchanté Paris tout un été. Il n’était plus question de constructions fragiles et éphémères, comme ces palais de staff et de carton-pâte que les premières pluies d’automne avaient vu s’évanouir sur les bords de la Seine, mais d’un chef-d’œuvre d’architecture navale, d’une admirable unité de la flotte de la Compagnie Générale Transatlantique, où l’art n’avait pas seulement à satisfaire les yeux, mais à concourir à des fins précises, à des utilisations nettement déterminées.
Comme ce palais de «l’Ambassade française», qui fut, sur l’Esplanade des Invalides, le foyer même de l’art nouveau, l’Ile-de-France transportait, dans ses flancs, robustes, le meilleur de notre génie national, l’œuvre d’une équipe telle, que pour rencontrer la semblable, il faudrait remonter à la construction de l’Opéra par Charles Garnier ou plutôt aux chantiers des bâtiments royaux sous l’ancien régime, Fontainebleau ou Versailles. Mais, tandis qu’à l’Exposition de 1925 chaque créateur avait œuvré individuellement, sans souci d’accord préétabli ni d’harmonie d’ensemble, la décoration de cette nouvelle Ambassade avait été conçue, réglée, dirigée jusque dans les moindres détails par une
On June 22nd 1927, scarcely twenty months after the closing of the Exhibition of Decorative Arts, the steamer Ile-de-France weighed anchor, on her maiden trip, carrying away with her the flower of that new art which had enchanted Paris during the course of a whole summer. Here there was no longer any question of fragile and ephemeral constructions, like those palaces of staff and paste-board which vanished with the first autumnal rains on the banks of the Seine — but of a masterpiece of nautical architecture, of a fine unit in the fleet of the Compagnie Générale Transatlantique, where art was called upon not only to satisfy the eye but also to contribute toward precise ends and to a clearly determined utility.
Like that palace of the French Embassy on the Esplanade des Invalides which was the very hearthstone of modern art, the Ile-de-France carried in her vigorous flanks the best of our national genius — the achievement of a group which is only to be equalled by a construction such as that of the Opéra by Charles Garnier, or preferably that of royal buildings, such as Fontainebleau or Versailles. But, whereas for the Exhibition of 1925 each contributor worked individually, without the burden of a pre-established plan or a harmony of ensemble, the decoration of this new «Embassy» was conceived, regulated and directed in its minutest details by a single will —
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LA RENAISSANCE DE L'ART
volonté unique. M. Dal Piaz, Président de la Compagnie Générale Transatlantique, avec une sûreté de jugement et de goût dont le mérite apparaîtra de plus en plus, à mesure que le temps exercera son action et effacera l'impression de surprise qui accompagne toute conception vraiment originale, M. Dal Piaz, dans l'aménagement du superbe léviathan, a décidé des lignes, des formes, des couleurs. Son œuvre, à ce titre, appartient à La Renaissance de l'Art, qui, depuis longtemps, lui eût ouvert ses colonnes, si elle n'avait tenu à lui consacrer une étude d'ensemble, complète et précise, et à mettre sous les yeux de ses lecteurs non pas des planches ou des motifs isolés, mais l'enchaînement même d'un grand ouvrage où tout obéit à un plan, un accord, une ferme logique. C'est un tableau auquel on ne saurait enlever une touche, une page de l'histoire de l'art dont on ne pourrait supprimer une ligne. Il faut que, dans l'avenir, lorsque de nouvelles créations auront succédé à celle-ci — car la réussite de l'Ile-de-France est un stade et non un aboutissement — on puisse se reporter à ces représentations fidèles de l'œuvre de 1927, pour se convaincre que, devant la carence de l'État oubli- eux de son rôle séculaire de protecteur des arts, une grande Compagnie a réalisé le seul ensemble décoratif dont puisse vraiment se prévaloir la Troisième République.
Cette beauté moderne — disons plutôt cette beauté d'à présent, car toutes les époques, le xixe siècle excepté, ont été modernes à leur tour — il fallait une belle audace pour l'appliquer à un de ces palais flottants, destinés à des occupants pour qui le luxe ne se concevait jusqu'alors que dans le décor du passé. Il y avait une sorte de contrainte à exercer sur leurs goûts, une bataille à livrer contre leurs préjugés. La Compagnie Transatlantique l'a gagnée, en prenant pour alliées l'élegance, la clarté, la mesure, qui sont les qualités essentielles de notre race.
that of Mr. Dal Piaz, President of the Compagnie Générale Transatlantique — and with a sureness of judgment and taste, which will be more and more remarked as time produces its effect and eliminates that impression of surprise which accompanies every really original conception. It was Mr. Dal Piaz who, in the arrangement of this superb monster ship determined the lines, forms and colours. His work justly concerns the Renaissance de l'Art, which would long since have thrown open its columns to this subject, had it not been decided to devote to it a whole study, accurate and complete, and to present its readers not merely with separate illustrations and motifs, but rather with the whole well-knit development of a construction where everything is ruled by plan, harmony and rational logic. It forms a picture from which not a single stroke should be removed, a page in the history of art which should not be shortened by a single line. In the future, when still newer creations will have succeeded these — for the success of the Ile-de-France is but a stage, and not an end — there will be need of referring to these faithful reproductions of 1927 in order to be convinced that notwithstanding the insolvency of a State become oblivious of its former rôle as protector of the arts, a great Company has realized the only decorative ensemble upon which the Third Republic may truly pride itself.
A fine audacity was needed to apply this modern beauty (let us rather say this beauty of the present day, for all periods, except the XIXth Century, were modern in their time) to one of those floating palaces destined for occupants whose only conception of luxury had hitherto been visualized in decorative surroundings taken from the past. It was necessary to exercise a form of constraint upon their taste, to battle against their prejudices; in this battle Mr. Dal Piaz was victorious — his allies being the elegance, lightness and pro-
L'ÉTRAVE DE " L'ILE-DE-FRANCE ".
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LE SUN-DECK DE " L'ILE-DE-FRANCE ".
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"L'ILE-DE-FRANCE" AU QUAI D'EMBARQUEMENT.
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UN GROUPE DE CHAUDIÈRES.
CHAMBRE DES MACHINES.
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L'Ile-de-France est un « palace » flottant, équivalent sur mer, de ces immenses hôtels modernes, dont les Etats-Unis ont créé le type et où ils ont accumulé tout ce que l'existence la plus raffinée peut exiger de luxe et de confort. C'est le plus grand paquebot français et le plus grand paquebot de la flotte mondiale construit depuis la guerre. Il est surtout de beaucoup le plus moderne.
Il sort des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire-Penhoët, qui avaient déjà construit le France et le Paris. Sa longueur atteint 241 mètres, sa largeur 24 mètres, son creux sur quille 21 m. 50, sa jauge brute 42.050 tonneaux. Plus large que le Paris de 3 mètres, il ne le dépasse cependant en longueur que de 7 mètres. Son équipage comprend 800 hommes et ses locaux sont aménagés pour recevoir 684 passagers de première classe, 409 de deuxième classe et 596 de troisième classe-touriste et de troisième classe ordinaire, soit 1.689 passagers.
L'Ile-de-France chauffe au mazout à l'aide de 32 chaudières disposées en quatre groupes et assurant au navire, actionné par quatre turbines, une puissance de 55.000 chevaux. Deux cheminées suffisent pour alimenter ses portion which are the essential qualities of our race.
The Ile-de-France is a floating palace, the equivalent on sea of those immense modern hotels of a type created in the United States, where all the luxury and comfort necessary to the greatest refinement of life have been accumulated. She is the largest French steamer — the largest steamer of the world's fleet built since the War — and the most modern. She came from the "Chantiers et Ateliers de St-Nazaire-Penhoët" which had already built the France and the Paris. Her length is 241 meters, her width 24 meters, her depth in keel 21 meters 50, her gross tons 42.050, 3 meters wider than the Paris, she is however 7 meters shorter. She has a crew of 800 men and can accomodate 684 first class passengers, 409 second class, and 596 passengers of the third, tourist and ordinary class : 1.689 passengers in all. The Ile-de-France is an oil-burner ; the 32 boilers are arranged in four boiler-rooms, and she is driven by four turbines. The total designed power of these 32 boilers is 55.000 HP. Two funnels suffice for these stoke-holes, the third serving only for ventilation. This is a valuable concentration which is intimately associated with the archi-
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CANAPÉ ET BAIE VITRÉE.
NELSON, DÉCORATEUR.
UN DES CÔTÉS DU SALON.
SALON DE CONVERSATION. — SUE ET MARE, ARCHITECTES.
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G.-L. JAULMES. — PANNEAU DÉCORATIF.
chaufferies, la troisième ne servant que pour l’aération. Précieuse concentration, intimement liée à l’architecture du paquebot, car les chaufferies s’étendent sous la partie centrale du navire réservée aux passagers de première classe. Leur rattachement, à l’aide de rampants, à deux cheminées uniques, a permis d’obtenir entre leurs cages des intervalles de 24 mètres, ce qui, avec les entreponts élevés à 5 mètres sous plafond, autorisait des proportions vraiment majestueuses pour les pièces d’apparat. Ce « clair » entre les cheminées n’atteint que 14 mètres sur le France et 16 sur le Paris.
Les locaux mis à la disposition des passagers de l’Ile-de-France, cabines et appartements de luxe largement éclairés, puissamment ventilés, abondamment pourvus d’eau courante, salons de conversation,
tecture of the steamer ; for the stoke-holes extending under the central part of the vessel, which is reserved for first class passengers, as well as their connection by the aid of uptakes to but two funnels, has permitted intervals of 80 feet in width between the funnel casings, which — with the between deck reaching 5 meters below ceiling — allow of really magnificent proportions for the public-rooms. This clear-space is only 14 meters on the France and 16 on the Paris.
The accommodations at the disposal of passengers on the Ile-de-France — cabins and suites de luxe plentifully lighted, well ventilated and abundantly provided with water, drawing rooms, smoke-rooms, dining saloons and all the rest — all these are distributed on the upper deck, the promenade deck and
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SALON DE CONVERSATION. — SIÈGES, PAR SUE ET MARE, GARNIS DE VELOURS-TAPISSERIE, PAR MAURICE LAUER.
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fumoirs, salles à manger et le reste, sont répartis sur le pont supérieur, le pont promenade, et cinq ponts désignés par les lettres A, B, C, D, E. L'entrée se fait au cœur du navire, sur le palier de la descente centrale qui, comme dans les autres unités de la Compagnie Générale Transatlantique, constitue un vaste dégagement vertical, servant de liaison entre toutes les parties décorées. Ainsi, dès son arrivée, le passager reçoit une large impression d'espace libre.
Une remarque générale — et qui s'applique à tous les appartements de luxe du navire — c'est la disposition nouvelle des foyers lumineux. Depuis que l'am- poule électrique a remplacé les anciens modes d'éclairage, les décorateurs n'ont pas su réaliser les appareils à la fois pratiques et esthétiques qu'on attendait de leur talent. Il en est résulté que le verre a pris la place du bronze, du fer et du bois, et que, depuis quelques années, le luminaire est incorporé à l'architecture à l'aide de gouttières, de corniches, de rampes, de caissons, voire même de poutres en verre pressé et gravé. La lumière est projetée sur la surface réfléchissante du plafond, d'où elle retombe en nappe dans la pièce. C'est peut-être, sur l'Ile-de-France, la première application en grand de ces nouveaux principes, appelés à révolutionner, dans un avenir prochain, l'éclairage domestique.
Les pièces de réception des premières classes, qui comportaient naturellement la décoration la plus somptueuse, sont disposées à l'air libre sur le pont-promenade, entourées, comme d'un chemin de ronde, par le promenoir couvert.
Le Salon de conversation, dont l'exécution a été con-
five decks denoted by the letters A.B.C.D.E. The entrance is in the very heart of the ship, at the landing of the main stairway, which, as on other vessels of the Compagnie Générale Transatlantique, constitutes a vast vertical clearing four decks in height and connecting all the decorated portions. Thus, from the moment of arrival, the passenger receives an impression of spaciousness.
A general remark which applies to all the suites de luxe on the vessel is the new system of lighting. Since the electric bulb has replaced the old system of lighting, decorators have not known how to apply fixtures both practical and aesthetic — such as might have been expected to develop from their talents. The result has now been that glass has replaced bronze, iron and wood, and that for several years past electricity has been incorporated with architecture by the aid of cornices, ramps, ceiling compartments and even beams of pressed and engraved glass. The light is thus projected onto the reflecting surface of the ceiling, whence it falls in a sheet of illumination into the room. It is perhaps on the Ile-de-France that the application at large of these new principles called upon to revolutionize future domestic lighting, has first been carried out.
The first class public rooms, which are of course sumptuously decorated, open onto the promenade deck, surrounded, as it were, by the chemin de ronde of the sheltered promenade
The Lounge, which was entrusted to Messrs Sue et Mare, gives one on entering an impression of richness and grandeur which few decorators could have
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SALON DE CONVERSATION. — VUE D'ENSEMBLE.