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PAUL GAUGUIN. — SOYEZ MYSTÉRIEUSES. — BOIS SCULPTÉ. — COLLECTION AMÉDÉE SCHUFFENECKER.
LES BOIS GRAVÉS ET SCULPTÉS
DE
PAUL GAUGUIN
Je ne sais pas de mot plus juste pour caractériser l’art, si troublant, de Gauguin, que celui que nous rapporte Charles Morice dans le volume qu’il lui a consacré. « Gauguin est une expression décorative ». C’est Eugène Carrière qui, en 1903, jugeait, en ces termes, le peintre de Tahiti.
En envisageant Gauguin comme une expression décorative, nous comprenons mieux, non seulement le style de sa peinture, sa technique « appliquée à sa guise, pour exprimer sa pensée, sans tenir compte de la vérité de la nature apparente extérieurement »; nous saisissons aussi le rapport étroit qui existe entre son œuvre dessiné ou peint (aquarelles, pastels ou tableaux) et ses curieux essais de céramique, exécutés avec le concours de Chaplet, ses bois sculptés ou gravés. Toute la production de Gauguin trouve ainsi sa véritable unité et sa profonde signification.
A dire vrai, le peintre nous est encore mal connu. Ses toiles, dispersées à l’étranger ou renfermées dans des collections particulières, n’ont jamais pu être réunies. L’Exposition, pourtant très riche, qu’organisa en 1906 le Salon d’Automne, trois ans après la mort de Gauguin, aussi bien que celle de la Galerie Dru, la dernière que l’on ait tentée, en 1923, n’en pouvaient donner qu’une idée insuffisante. Mais nous ignorons plus encore le graveur et le sculpteur sur bois.
Il faut nous en rapporter presque entièrement, à cet égard, en attendant le catalogue complet qu’avec une admirable conscience M. Marcel Guérin achève de dresser des gravures de Gauguin, à ce que nous en ont dit ses biographes et particulièrement Jean de Rotonchamp, Daniel de Monfreid et Charles Morice.
A l’Exposition de ses tableaux, faite en 1889 chez Volpini, au Champ de Mars, avec le groupe impressionniste
I know of no words better adapted to express the disturbing quality of Gauguin’s art, than a phrase from the volume which Charles Morice has devoted to this artist: “Gauguin is a form of decorative expression”. It was Eugène Carrière who in 1903 thus characterized the painter of Tahiti.
In considering Gauguin as a form of decorative expression, we shall not only gain a clearer understanding of his style of painting and of his technique, which is applied according to his own sweet will to express his thought “with no consideration for the truth of nature in its exterior appearance”, but we shall also grasp more clearly the close link between the work drawn or painted by him (water-colours, pastels or paintings) — and his curious attempts at ceramics, completed with the aid of Chaplet, as well as his sculptures and engravings on wood. Thus only does the sum total of Gauguin’s artistic creation come into its true unity and significance.
As a matter of fact he is a painter who remains little known to us. His pictures, scattered in foreign countries or contained in private collections, have never been assembled as a whole. The exhibition organized in 1906 by the Autumn Salon — three years after Gauguin’s death — as well as the last exhibition attempted in 1923 at the Galerie Dru, were both unable to produce any but an insufficient impression. And we know still less about him as an engraver and sculptor on wood.
In this respect, while awaiting the complete catalogue which M. Marcel Guérin is in the act of concluding with the greatest care, we are forced to rely almost entirely upon what may be gathered from his biographers — especially Jean de Rotonchamp, Daniel de Monfreid and Charles Morice.
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et synthétiste, Gauguin avait présenté un album de lithographies tirées en noir sur papier jaune de chrome clair, mesurant 0 m. 50×0 m. 32, publié en collaboration avec Emile Bernard. Ces lithographies étaient « visibles sur demande ». Tels furent ses débuts dans la gravure. La Bibliothèque Nationale conserve la suite de ces onze planches. On relève comme particularité la négligence de Gauguin à graver la lettre à l'envers. La signature P. G. O. est retournée : .O .D .I Lorsque parfois le titre est correctement inscrit, quelques lettres restent inversées ; les S deviennent des 2; 89 devient ρ8 , enfin « Projet d'asiet (sic) en 89 », doit être lu sous cette forme : « ρ8 πο τιειε'b τιοτρ »
Maladresses sans importance ! La qualité de ces œuvres n'en est pas moins indiscutable. L'effet est large ; les noirs ont une belle douceur et ne sont jamais bouchés, même dans les planches les plus poussées, telle que le Noyé dans les vagues. Les blancs sont réservés un peu à la manière de la gravure sur bois et l'on s'étonne que les bois gravés de Gauguin n'aient pas précédé ses essais lithographiques. De ces premières lithographies découle toute la gravure synthétique et décorative moderne. L'art de Gauguin prépare celui de Maurice Denis pour lequel synthétiser c'est, en somme, comme il le dit très clairement, « hiérarchiser, soumettre chaque tableau à un seul rythme, à une dominante, sacrifier, ordonner, généraliser ».
Sacrifices tout instinctifs chez Gauguin ! Seuls ses commentateurs et ses imitateurs feront sortir une doctrine de ce qui demeurait chez lui pure impulsion. « Vous savez, écrivait-il de Tahiti, que si les autres m'ont gratifié d'un système, moi je n'en ai pas et ne veux pas être condamné à cela. Peindre à ma guise, clair aujourd'hui, foncé demain, etc. Du reste l'artiste doit être libre ou il n'est pas artiste ». Ces paroles éclairent parfaitement aussi bien ses gravures que ses tableaux. Et mieux encore les définissent ces mots de Mallarmé, ami de Gauguin, « Suggérer au lieu de dire ».
Quelque temps plus tard, Gauguin exécuta l'unique
At the exhibition of his pictures at Volpini's in 1889, together with those of a whole group of impressionists and synthesists, Gauguin had likewise contributed an album of lithographs in black upon a light yellow chrome paper measuring 50 centimeters by 32 and published in collaboration with Emile Bernard. These lithographs were “ visible upon request ”. Such were the artists's beginnings as an engraver. The Bibliothèque Nationale has preserved a series of these eleven plates. A special negligence of Gauguin's is cited in the fact of his having omitted to engrave the text reversed. The signature P. G. O. therefore appears as .O .D .I Even when, the title appears correctly inscribed,certain lettering nevertheless remains inverted; an S becomes a 2; 89 becomes ρ8and « Projet d'asiet (sic) en 89 » appears as « ρ8 πο τιειε'b τιοτρ »
These are but trivial oversights, and the quality of these engravings is none the less beyond discussion. There is an effect of breadth ; the blacks have a fine softness and never suggest a stoppage in even the most finished plates, such as “ A Body Drowned in the Waves ”. The whites are restrained, after the fashion of wood engravings, and it is in fact surprising that Gauguin's wood engravings should not have preceded his lithographic attempts. In his early lithographs we have the origin of all modern synthetic and decorative engraving. Gauguin's art was the fore-runner of that of Maurice Denis, for whom “ to synthesize ” means, as he clearly says himself, “ to hierarchise, to subdue each picture to a single rhythm — to one dominant chord, in short, to sacrifice, to set in order, and to generalize ”.
With Gauguin such sacrifices were instinctive. It is only his commentators and his imitators who will make a doctrine out of what was with him purely impulsive. He wrote from Tahiti : “ You know that though others may have endowed me with a system, I myself have none, and refuse to be condemned to any. Only to paint in my own way bright tones to-day, dark ones
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soyez amoureuses
vous serez
heureuses
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eau-forte que l'on connaisse de lui, le portrait précisément de Mallarmé reproduit dans l'ouvrage de Morice. Curieuse tentative ! « Il s'adressa, nous dit Jean de Rotonchamp, au peintre Léon Fauché qui mit à sa disposition tout ce dont il avait besoin. Gauguin, s'aidant simplement d'un dessin, attaqua le cuivre avec audace. Pointe, plume, burin, grattoir, tous les moyens lui sont bons. Dans la fièvre du travail, il renverse l'eau-forte, et l'éponge avec les étoffes qui lui tombent sous la main. La planche portée à l'impression chez Delatre, rue Campagne-Première, donne un très expressif portrait du chantre de l'Après-midi d'un faune. Derrière la tête du poète se profile un symbolique corbeau, emprunté à un dessin de Manet. » On ne tira de cette planche qu'une douzaine d'épreuves en bistre. Mais on retrouve moins ici la manière de Gauguin que dans ses lithographies et dans les bois gravés ou sculptés qui seront désormais sa grande distraction entre deux tableaux.
On ne sait pas au juste à quelle époque Gauguin commença à entailler le bois, au moins pour en tirer des images. On peut admettre qu'il s'y essaya d'abord aux environs de 1897. Il envoyait le 12 avril de cette année à Daniel de Monfreid, au dos d'une lettre, un rudimentaire essai qu'il commentait ainsi : « Histoire de s'amuser. Avec n'importe quel bois, sans presse, essai de gravure ».
Toujours est-il que lorsque parut son éphémère Sou-to-morrow, etc. Besides, any artist must be free or he is no artist ». These words will serve to explain his engravings as well as his pictures. And better still is the definition in the phrase of Gauguin's friend Mallarmé : " to suggest rather than to say ".
Later on, Gauguin did the one and only etching which he is known to have attempted — a portrait of Mallarmé, which is reproduced in Morice's book. But the manner of Gauguin is far less evident here than in his lithographs and engravings or sculptures on wood, which were henceforward to prove his source of diversion between paintings.
The exact period at which Gauguin began his experiments upon wood remains unknown, but it is probable that his earliest attempts took place about 1897. On April 12th of that year he sent to Daniel de Monfreid a rudimentary effort upon the back of a letter, with the following comment : " Merely for fun. Attempt at engraving with any wood at all and without a press ".
When his ephemeral " Sourire " appeared in 1899 he himself drafted it, multigraphed it and illustrated it with wood-cuts. It is known that he busied himself at the same time in ornamenting his dwelling with stelas in relief — in sculpting masks of Maoris women, figures of Christ, fantastic monsters — and in carving designs upon wooden shoes and canes. Those of his wood carvings which were intended for engraving are inspired
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rire, en 1899, il le rédige, l'imprime à la polycopie et l'illustre de dessins reportés sur bois. On sait qu'il s'in- géniait en même temps à orner sa case de stèles en reliefs, à sculpter des masques de femmes maoris, des Christ, des chimères, à orner de figures des sabots ou des cannes. Ses bois, destinés à la gravure, procèdent du même esprit que ses bois sculptés et révèlent la même inspiration. Se moquant des lois de chaque genre, Gauguin était toujours à la recherche d'une «expression décorative».
«Je vous envoie une petite série de gravures sur bois, écrivait-il à Daniel de Monfreid, le 20 décembre 1899. Faites en des planches quelconques et avec des yeux de plus en plus mauvais, ces gravures sortent forcément du sale métier ordinaire et sont très imparfaites. Mais elles sont, je crois, intéressantes comme art».
C'étaient les gravures du Sourire. On les retrouve en partie dans l'Album tiré chez Chr. Cato, à Copenhague, à 100 exemplaires numérotés et dont le Cabinet Estampes de la Bibliothèque Nationale a acquis récemment l'exemplaire n° 9. Signées des initiales P. G. O., ces gravures sont établies sur fond noir avec des égratignures légères de blanc faites on ne sait avec quel outil by this same spirit as his wood sculptures, and reveal the same inspiration. Heedless of every kind of law, Gauguin was for ever seeking after "decorative expression".
On the 20th of December 1899 he wrote to Daniel de Monfreid: "I am sending you a little set of woodcuts. Have plates made of them—with eyes growing worse and worse, these engravings are necessarily entirely outside of the sale métier ordinaire and exceedingly faulty. But they have, I believe, an artistic merit".
These were the illustrations for the "Sourire". They may be found in part in the album printed by Chr. Cato in Copenhagen — in 100 numbered copies — and of which the Cabinet des Estampes of the Bibliothèque Nationale has recently acquired copy N° 9 signed with the initiales P. G. O. These engravings are based upon a black background with thin scratches of white produced by some unknown tool; or else, decidedly edged, they show black figures upon a background of white. Gauguin seemed undecided between these two contrasting methods; he had no conception of working with black and white, in a manner more complicated, more closely-knit and more sophisticated Yet it is
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PAUL GAUGUIN. — LES CIGALES ET LES FOURMIS. — LITHOGRAPHIE.
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ou bien, fortement échoppées, elles laissent au contraire se dessiner les figures en noir sur fond entièrement blanc. Entre ces deux partis Gauguin hésite ; il n'a pas l'idée de jouer avec le noir et le blanc un jeu plus compliqué, plus serré et moins naïf. La naïveté savoureuse de la facture fait, du reste, la valeur de ces planches dont l'effet est obtenu en dehors de toutes les conventions traditionnelles, en dehors du « sale métier ordinaire », comme il le disait avec mépris.
Il faut leur préférer, malgré tout, les bois sculptés où se manifeste, plus pleinement, le tempérament décoratif de Gauguin. Nous savons qu'à droite et à gauche de l'entrée de sa case de Hiva-Hoa, à la Dominique, étaient appliquées contre le mur deux figures de femmes taillées, selon J. de Rotonchamp, « dans un style intentionnellement barbare », et des panneaux qui avaient pour légende, l'un : Soyez amoureuses et vous serez heureuses, l'autre : Soyez mystérieuses et vous serez heureuses. Le poète Albert Aurier a prétendu dégager une philosophie du premier de ces bas-reliefs, « où toute la luxure, toute la lutte de la chair et de la pensée, toute the delightful naiveté of these plates which lends them their especial interest — their effectiveness resulting from a complete absence of traditional convention, quite outside of the sale métier ordinaire.
But we must nevertheless rank ahead of these the wood carvings which more fully display Gauguin's decorative tendencies. We know that on the other side of the entrance door of his dwelling at Hiva-Hoa, in Dominica, two carved female figures were fastened to the wall — according to J. de Rotonchamp “ purposely barbarous in style ” — likewise two panels each bearing its respective inscription : “ Be in love and you will be happy ” and “ Be mysterious and you will be happy ”. From the first of these bas-reliefs the poet Albert Aurier attempted to formulate a philosophical theory : “ In which all the struggle between the flesh and the idea, all the sorrow inherent in physical passion, seem to writhe and gnash their teeth before us ”. And he added : “ How may one hope to describe the other panel Be mysterious which is a tribute to the pure joys of esoterism, the disturbing charm of an
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la douleur des voluptés sexuelles se tordent et pour ainsi dire grincent des dents ». « Comment évoquer, ajoutait-il, cet autre bois sculpté : Soyez mystérieuses, qui célèbre les pures joies de l'éso térisme, les troublants caresse- enigma, the fantastic shadows of the labyrinths of problem ? »
But perhaps this is somewhat of an exaggeration on the part of Aurier. Let us therefore replace his lyrical
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ments de l'énigme, les fantastiques ombrages des forêts du problème ? »
Peut-être Aurier exagère-t-il un peu. Préférons à son commentaire lyrique tout simplement l'aveu de Gauguin qui, tant de fois, s'est plaint des critiques qui ne l'avaient pas compris. « Avouez, écrivait-il à Daniel de Monfreid, en parlant de la sculpture, que c'est bien amusant, ou très facile, ou très difficile, très facile quand on regarde la nature, très difficile quand on veut s'exprimer un peu mystérieusement en paraboles, trouver des formes... Ayez toujours devant vous les Persans, les Cambodgiens et un peu l'Egyptien. La grosse erreur c'est le Grec, si beau soit-il ».
On ne peut souhaiter meilleur commentaire de ces commentary with the confession of Gauguin himself — who had all too often to complain of being misunderstood by his critics. “ Confess ”, he writes to Daniel de Monfreid, on the subject of sculpture, “ that it is great fun, and either very easy or very difficult — very easy if one studies nature, very difficult when one desires a more subtle expression in parables and when one seeks to find the forms. Always keep in mind the Persians, the Cambodians and some of the Egyptians. The great mistake is the Greek, however beautiful it may be ”.
We can desire no better commentary upon his work than that with which Gauguin himself has furnished us. This work remains unique in the history of
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œuvres que celui que nous fournit Gauguin lui-même. Elles sont uniques dans l’histoire de notre art moderne. Elles créent un style qui s’apparente plus évidemment aux traditions de l’Extrême-Orient qu’aux traditions classiques. Et cependant l’art grec était, lui aussi, un art de synthèse, mais conçue dans un autre esprit que celle que Gauguin réalise par maladresse parfois, parfois aussi par une géniale intuition.
L’Exposition organisée par les soins de M. Masson, au Musée du Luxembourg, permettra de se faire, pour la première fois, une juste idée de la qualité du génie décoratif de Gauguin trop longtemps incompris. L’art de notre temps, imaginatif, idéiste, synthétique ou expressionniste, découle en grande partie de l’effort ingrat, poursuivi au milieu des pires souffrances et avec la plus émouvante ténacité, par le solitaire de Tahiti et des Iles Marquises. Il n’était pas inutile de le constater.
GASTON VARENNE.
our modern art. It has created a style far more closely related to Oriental than to classical tradition. For though Greek art was likewise an art of synthesis — it was nevertheless conceived in a spirit entirely foreign to that which Gauguin attains at times by accident, but at times through the intuition of genius.
The exhibition which M. Masson has arranged at the Musée du Luxembourg makes it possible for us at last to form, for the first time, an accurate conception of the quality of Gauguin’s decorative genius, which has been too long misunderstood. Contemporary art, whether it be imaginative, idealistic, synthetic or expressionistic, springs largely from the thankless efforts so long pursued through suffering and with unwavering intensity by this lonely lover of Tahiti and the Marquesas Islands, and this in itself has been a fact well worth discovering.
GASTON VARENNE.
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NOTRE-DAME DE PARIS. — PORTE DE LA VIERGE.
LA FLORE DE LA PORTE DE LA VIERGE
A NOTRE-DAME DE PARIS
La porte de gauche de la grande façade de Notre-Dame de Paris est justement célèbre. Elle est consacrée à la Vierge. Au tympan, le Christ bénit sa mère et lui rend la vie, tandis que deux anges la tirent respectueusement du cercueil et s’apprêtent à la porter au Paradis :
The left door of the principal façade of Notre-Dame de Paris is justly famous. It is dedicated to the Virgin. Upon the tympan Christ blesses His mother and restores her life, while two angels respectfully draw her from the coffin and prepare to carry her to Paradise :
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c'est la Résurrection de la Vierge. Les Apôtres assistent impassibles à la scène à laquelle ils ne prennent aucune part et dont ils sont les témoins muets. Au-dessous, six nobles figures, trois rois ancêtres de la Vierge et trois prophètes. Au-dessus, le Couronnement : la Vierge est assise à la droite du Christ qui la bénit et la fait reine this represents the Resurrection of the Virgin. The Apostles are present, impassive, but they take no active part in the scene, being but mute witnesses. Six noble figures appear below, three Kings — ancestors of the Virgin — and three Prophets. Above is represented the Coronation: the Virgin is seated on the right
NOTRE-DAME DE PARIS.
PORTE DE LA VIERGE. — MARTYRE DE SAINT ETIENNE.
du ciel et de la terre tandis qu'un ange dépose la couronne sur sa tête. Scène magnifique par la grandeur de la composition, par le calme et la noblesse des lignes, par le sentiment de recueillement, de foi profonde, qui s'en dégage, par l'habileté de l'exécution, chant de triomphe sculpté dans la pierre en l'honneur de celle à qui est dédiée la Cathédrale. Tout autour, dans les hand of Christ who blesses her and makes her Queen of Heaven and of Earth, while an angel lays a crown on her head. All around, in the covings, we see Angels, the Kings of Judea, the Patriarchs and the Prophets on the splayings stand large statues of the diocesan Patron Saints, which — destroyed during the Revolution — were restored under the direction of Viollet-
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voussures, les Anges, les Rois de Juda, les Patriarches et les Prophètes. Aux ébrasements, les grandes statues des Saints Patrons du diocèse, détruites à la Révolution, ont été refaites sous la direction de Viollet-le-Duc, mais les charmants petits bas-reliefs sculptés sous chacune d'elles sont encore heureusement conservés comme les scènes des Occupations des Mois, des Ages de la Vie et des Saisons qui décorent les piédroits de la porte et le trumeau où la statue de la Vierge a dû être également restituée.
*
Tout le monde connaît et admire la statuaire de cette porte, une des plus belles qu'ait sculptées le Moyen Age, et l'on ne peut rester insensible devant la grandeur et la noblesse de ces scènes dont M. Male a admirablement exprimé tout le charme, dans son beau livre sur _L'Art religieux au XIIIe siècle_ : « Il n'y a rien de plus chaste et de plus grave dans tout l'art du Moyen Age que le Couronnement de la Vierge au portail occidental de Notre-Dame de Paris. La Vierge, assise aux côtés de son divin Fils, tourne vers lui son pur visage, et le contemple en joignant les mains, pendant qu'un Ange pose la couronne sur son front. Jésus, éclatant d'une beauté divine, la bénit et lui présente un sceptre qui s'épanouit en fleur. Le groupe était jadis doré, et Marie apparaissait, comme la reine du Psalmiste, vêtue d'un manteau d'or. Le soleil couchant, les soirs d'été, lui rend son antique parure. Tout autour, se groupent dans les vous-
le-Duc ; but the charming little sculpted bas-reliefs under each of them have happily survived, as well as the scenes of the Occupation of Months, Ages of Life and of the Seasons which decorate the _piédroits_ of the door and the spaces between the windows, where the statue of the Virgin has also doubtless been restored.
Every one knows and admires the statuary of this door, one of the most beautiful sculpted during the Middle Ages, and no one can remain oblivious to the magnificence and nobility of these scenes, whose charm has been so admirably expressed by M. Male in his book on Religious Art in the XIIIIth Century : “ There is nothing purer or deeper in the whole of the art of the Middle Ages than the Coronation of the Virgin on the West door of _Notre-Dame de Paris_. The Virgin, seated beside her divine Son, turns her pure face to Him, joining her hands in contemplation of Him, while an Angel lays the crown on her head. Jesus, dazzling in His divine beauty, blesses her and presents her with a sceptre which opens like a flower. The group was formerly gilded, and Mary appeared, like the Queen of the Psalmist, attired in a golden mantle. The setting sun, on a summer evening, still restores to her this ancient splendor. In the coving, grouped around her, are the Angels, Kings, Prophets and Saints, who compose the court of the Queen of Heaven. Of course we admire that exquisite picture in the Louvre in which Fra Angelico has represented Mary crowned by her