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H. DOUVERMANN, — DÉTAIL DE L'ARBRE DE JESSÉ DE L'AUTEL DE MARIE.
ÉGLISE DE SAINT VICTOR DE XANTE.
L'EXPOSITION DU MILLÉNAIRE RHÉNAN À COLOGNE
L'Exposition Millénaire des Pays Rhénans, qui vient d'avoir lieu à Cologne, aura été un événement artistique trop brillant et par trop important, du double point de vue de l'histoire et de la curiosité, pour que La Renaissance qui devait avant tout se consacrer à notre immense manifestation d'art moderne, ne conserve pas au moins le souvenir de cette récapitulation si considérable d'un chapitre exceptionnel de l'art ancien.
La date de 1925 avait été choisie pour commémorer le rattachement des territoires rhénans à l'Empire allemand que l'on peut considérer comme s'étant effectué à partir de l'an 1925. Il n'était pas à douter qu'avec les trésors inépuisables qu'elle a conservés depuis des siècles, l'Allemagne dut offrir un spectacle extraordinaire et des sujets d'étude aussi riches que variées et profonds, rien qu'avec l'art ancien des Écoles rhénanes, qui dans tout l'art germanique occupent une des places les plus hautes peut-être, surtout au Moyen-Age. Ces prévisions n'ont pas été trompées et ceux de nos correspondants qui ont visité l'Exposition de Cologne, nous mettent à même d'en enregistrer l'intérêt et l'éclat. Un simple chiffre, qui d'ailleurs ne vaut que ce que valent les chiffres mais qui est significatif, puisqu'en majeure partie la qualité était à proportion de la quantité, alors que l'Exposition de Dusseldorf en 1902 contenait 2.900 numéros, celle de 1925 en aura montré environ 10.000.
On comprendra que nous ne puissions donner qu'un aperçu d'une aussi vaste manifestation qui put être réalisée en un temps relativement très bref (pas plus de huit mois) grâce au grand nombre des savants et fonctionnaires qui y collaborèrent. Le catalogue, qui relate avec détails le mécanisme de l'entreprise et les noms des coopérateurs et constitue un répertoire historique, méritera d'être étudié chez nous et sera consulté avec fruit par tous ceux qui s'intéressent à l'Art ancien, car nous n'avons pas à parler de la partie purement industrielle qui avait été organisée parallèlement.
Très méthodiquement, le tableau de l'Art rhénan du Moyen-Age était préparé par celui de l'histoire et de la topographie ; la géologie et le paysage ; le couronnement des souverains à Aix-la-Chapelle (puis à Mayence au XVIe siècle) ; les insignes de ces cérémonies ; les résidences royales ou impériales ; les forteresses et châteaux ; les monnaies au cours de siècles ; la vie religieuse enfin et les modèles et plans des églises et cathédrales, — tels étaient les chapitres d'introduction, l'enseignement préliminaire qui permettait de mieux faire revivre les objets précieux qui vont nous occuper,
Le vitrail, malgré les difficultés d'enlèvement et d'exposition n'était pas complètement absent de l'en-
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CHASSE DES MACCHABÉES. — COMMENCEMENT DU XIVe SIÈCLE. — ÉGLISE DE SAINT-ANDRÉ, COLOGNE.
RELIQUAIRE NIELLÉ. — CATHÉDRALE DE XANTE.
1re MOITIÉ DU XIIe SIÈCLE.
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CHASSE DE SUITBERT
A L'ÉGLISE DE KAISERSWERTH, TERMINÉE EN 1264.
ENSEMBLE ET DÉTAIL DES PETITS COTÉS.
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semble. Des verrières du XIIIe siècle de Saint Géréon et de Saint Kunibert, et du XIVe siècle, du Dôme même de Cologne étaient de beaux et suffisants spécimens.
C'est l'orfèvrerie d'église qui était peut-être la plus remarquable section de tout l'ensemble. Partant de l'Art byzantin, mais surtout de l'époque carlovingienne, les objets démontrent, à cette dernière, la proximité et les affinités de Reims pour l'Art rhénan, ainsi que d'intéressants échanges d'influences entre Trèves et Metz. C'est vers la fin de l'an 1.000, que l'histoire de l'Art devient intimement liée aux noms des Princes de l'église. Sous Egbert de Trèves, par exemple, nous voyons une pièce capitale, le Reliquaire d'André, montrant le degré d'habileté auquel étaient parvenus les orfèvres. La Croix de Mathilde, du trésor d'Essen et la plaque émaillée de Saint-Séverin (église Saint-Séverin à Cologne) sont également remarquables.
NUBEK, PEINTRE RHÉNAN,
SAINTE VIERGE, XVe SIÈCLE. COLOGNE, MUSÉE DE KIEL.
Une pièce plus belle peut être encore est le magnifique Reliquaire du trésor de la Cathédrale de Xante (première moitié du XIIe siècle). De forme basse avec couvercle bombé, orné de sobres et puissantes figures en relief séparées par des colonnettes, et, sur le couvercle, de figures à plat, ce Reliquaire est des plus originaux et rare matière à commentaires historiques et esthétiques.
Le bénédictin Rogerus (Roger de Helmershausen) apparaît comme une des personnalités artistiques dominantes du XIIe siècle dont il aide à faire évoluer l'Art. Il ne nous est pas indifférent de noter que cette évolution est fortement influencée par l'École de Reims.
Citons encore l'admirable Chasse dite Chasse des Rois Mages, où, malgré le plein cintre, s'annonce déjà une souplesse et une vie expressive caractéristiques de l'Art du XIIIe siècle, dit gothique. Celui-ci
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s'accuse tout à fait dans la si précieuse Châsse de Suiptbert (à Kaiserwerth) achevée seulement en 1264.
Sans suivre pas à pas cette histoire en vénérables objets, on a pu, d'une manière générale, constater l'extrême richesse de l'Art rhénan, ostensiors, calices, etc. Mentionnons donc seulement les Maîtres les objets profanes dont on pouvait s'attendre à voir par centaines les spécimens : coupes, hanaps, « pokals » richement travaillés, et dont les motifs décoratifs disent la gloire de la vigne.
Nous n'en avons pas fini avec l'art religieux, car le costume liturgique est un non moins important domaine.
SAINTE VIERGE. — MUSÉE DE COLOGNE.
principaux de l'orfèvrerie au xiiie siècle représentés par des œuvres opulentes autant que significatives: Eilbertus de Cologne, Frédéricus de Pantaléon, etc.
Un caractère assez curieux à relever dans l'examen des calices par exemple, c'est que, antérieurement de forme sphérique, ils tendent peu à peu vers des lignes plus élancées, et que l'ornementation, prise dans la nature végétale, devient finement fouillée.
Cette floraison de métal atteint au xve siècle encore plus de luxuriance ; les feuillages se mélangent à de ravissantes décorations de pierres précieuses.
La Réforme entrave ce développement, sauf pour L'Exposition en suivait le développement depuis les simples broderies, jusqu'aux étoffes tissées d'or. Des Écoles d'une surprenante habileté travaillèrent en ce genre sur les bords du Rhin et l'on en voit d'admirables spécimens. jusqu'à la Réforme où là encore s'opère une simplification. Nous croyons pouvoir laisser de côté les époques plus récentes, bien que l'Art de tisser fût représenté notamment avec des pièces telles qu'une grandiose tapisserie de Rubens, qui n'avait pas grand'chose à voir avec l'art rhénan.
Le catalogue émet cette opinion, en ce qui concerne la sculpture, que dans les Pays rhénans elle n'atteignit
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pas l'importance de la peinture. Il est certain que les ouvrages d'un Stéphan Lochner dont l'Exposition présentait des chefs-d'œuvre, depuis longtemps consacrés par l'admiration universelle, pouvaient éclipser les figures et retables en bois sculptés qui ont cependant un si grand charme et si particulier, sans parler des ivoires,
— une singulière Piétà, d'un art extraordinairement retardataire (ou rustique peut-être) du commencement du xve du Musée provincial de Bonn, dramatique à force de sentiment... et d'ignorance des proportions. Bien d'autres statues, ou statuettes, ou retables, pourraient encore être citées. Du moins on ne peut omettre
RELIURE XVe SIÈCLE. — COLOGNE.
dont aujourd'hui l'érudition et l'esthétique font si justement plus de cas encore. Toutefois, il y eut un très riche contingent fourni par les vieux imagiers des villes rhénanes. Nous en pouvons citer quelques exemples parmi les plus expressifs : une Vierge du XIIIe siècle provenant d'une maison de Mayence, d'une dignité dans le caractère physionomique et d'une noblesse de style dans les draperies, sensiblement supérieures à l'Art de la rue, si haut qu'il ait été porté à ces époques où l'Art n'avait rien à voir avec le commerce à la série ; — également une autre Vierge, souriante et d'une malicieuse candeur, ouvrage du xve siècle, provenant de Weeze ;
le beau retable de l'église de Saint Victor à Xante, aussi remarquable pour le style des figures que pour la perfection ornementale. Enfin dans l'ordre sculptural également, comment oublier l'Arbre de Jessé, de Saint Victor de Xante, un des plus étonnants exemples de complexité dans le travail, comparable aux prodiges des calligraphes, et pourtant imposant par le caractère.
Il nous reste à dire un mot des manuscrits et missels à enluminures. Certains couvents avaient prêté des documents peu connus, aussi remarquables par la robuste candeur du décor que par la grandeur du sentiment. Période carlovingienne, représentée entre autres par
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les Lettres de Saint-Augustin, copiées par des religieuses, d’après les instructions de l’Évêque de Cologne, chapelain de Charlemagne. Période plus importante encore du xe siècle, au temps d’Otto, et principalement au couvent de Reichenau à Bodensee. Manuscrits de Trèves, du couvent d’Etternach. Magnifiques évangé-
ont visité le Musée Wallraff si riche de ces œuvres, savent que les collections privées et celles des autres villes rhénanes en possèdent encore un grand nombre et des plus intéressantes, de Maîtres la plupart du temps indéterminés et surprenants de fécondité.
De même il fallait s’attendre à ce qu’au pays de
COUVERTURE D’UN ÉVANGILE FRANCO-SAXON.
COLOGNE. — BIBLIOTHÈQUE DE LA CATHÉDRALE.
liaires de la Cathédrale de Cologne dont l’un fut donné par l’Empereur Conrad au couvent Limbourg. Enfin nombreux choix de missels du xive siècle ; suivi d’une non moins riche série des Écoles du Bas-Rhin. Tels sont les principaux trésors de cet art qu’on peut sans exagération qualifier de divin dans tous les sens du terme, parmi lesquels étincelait encore le petit livre d’heures de Stéphan Lochner, appartenant au Prince de Salm-Salm.
Il semblera presque superflu de dire que les peintres de l’Église de Cologne, une des plus riches d’Allemagne, avaient leur place d’honneur dans la réunion. Ceux qui
Gutenberg, des joyaux de l’impression sortissent des rayons des Bibliothèques. Mais par une association d’idées qu’éveille en notre esprit la reliure, nous revenons en terminant ces notes à l’Art du Moyen-Age avec les couvertures d’évangéliaires, chefs-d’œuvre parmi lesquels celle du Dôme de Mayence représentant la Vierge entre deux anges, et celle du Code Ade, de Trèves (vers 1500) merveilleuse de composition et scintillante de pierreries, œuvres qui, comme toute l’Exposition d’ailleurs, peuvent se passer de commentaires.
ARSÈNE ALEXANDRE.
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LE PAVILLON DE LA RENAISSANCE
DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
EDGAR BRANDT. — LA PORTE DU PAVILLON, FER FORGÉ.
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DERRIÈRE le Grand Palais, dans un coin agrémenté de quelques arbres, tout près du pavillon du Commissariat Général, a été bâtie, à l'Exposition, la maison de La Renaissance de l'Art. Le pavillon de La Renaissance se situe bien ainsi, entre quelques marronniers aux grasses frondaisons d'un vert franc, aux feuilles comme de larges mains, et d'autres feuillages plus légers, d'une viridité plus tendre.
Ces arbres prêtent au pavillon le décor qu'a souhaité son architecte, M. Guillaume Tronchet. Celui-ci, qui a témoigné dans ses précédentes créations architectu-
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LE PAVILLON DE LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS. — GUILLAUME TRONCHET, ARCHITECTE.
GRILLE EN FER FORGÉ ET OCULUS D'EDGAR BRANDT. CONSTRUCTEUR, DECHEZLEPRÊTRE.
rales qu'il était nourri de la plus gracieuse tradition française, a eu le dessein de construire une maison de repos, largement ouverte, par de grandes baies vitrées, à la lumière et à la verdure environnantes. Ce pavillon joue un peu le rôle, dans l'Exposition des Arts décro-
ratifs de cet élégant pavillon de la Musique dans les jardins du Petit Trianon, à Versailles. On se rappelle ce pavillon que je me plais à surnommer celui des Saisons et dont quatre bas-reliefs, d'un style harmonieux, ornent les baies rectangulaires.
MEUBLES DE D. I. M.
CL. RENAISSANCE
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INTÉRIEUR DU PAVILLON. — VASQUE EN FAIENCE DE RAOUl DUFY.
SIÈGES DE JARDIN DE RATEAU.
Pourtant la conception de M. Tronchet ne se présente pas comme un reflet du passé. Loin de là. Son pavillon apparaît d'un modernisme de bon aloi dans l'originalité de l'invention. Et s'il se rattache à la tradition, c'est à la manière qu'un meuble de Dim ou de Sûe et Mare renoue avec la simplicité linéaire du Louis XVI ou du Louis Philippe. Sobre d'aspect aussi se montre l'architecture de cet édifice, à la forme d'un hexagone dont les angles sont retenus par huit contreforts. Les surfaces de cet hexagone sont très ajourées, trouées de « windows » à droite et à gauche, en bas comme en haut. La toiture a été couverte de tuiles dont les tons roses se découpent, non sans bonheur, sur les bleus ou les gris délicats du ciel. En employant cette couverture de tuiles, Guillaume Tronchet a voulu réunir dans une double marque d'attachement son pays méridional, dont il est originaire, et notre cher Directeur Henry Lapauze qui était son compatriote. Henry Lapauze, devenu l'une des personnalités les plus nécessaires à la vie de la Capitale, avait gardé toujours le culte de la petite patrie, de Montauban. C'est encore en songeant aux habitations occitanes que M. Guillaume Tronchet a eu la pensée de revêtir les murs extérieurs d'un badigeon au lait de chaux également rosé. Ce crépi habille bien le pavillon du vêtement rustique qu'a cherché à lui communiquer son auteur. Rusticité pimpante pourtant, avec l'enjolivement des jardinières rectangulaires où
DÉCORATION FLORALE PAR CHATELAIN.
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COLLECTION DE « LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS » RELIÉE PAR Mme MAROT.
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des fleurs alternent leurs diaprures et d'où s'élèvent des arbustes en boule. Si le pavillon de M. Tronchet, construit par M. Dechezleprêtre, entrepreneur général, est campagnard, c'est avec des allures de gentilhomme campagnard. Nous imaginons que l'architecte en chef du Gouvernement qu'est M. Tronchet,
neuse, ce jaune, dont sont enduites les parois ainsi que dans le plafond formé d'une coupole en plusieurs étages, partageant bien la lumière. Pour obéir toujours à son idée directrice, l'architecte a rejeté la mosaïque et a adopté, pour le revêtement du sol, le carrelage des demeures méridionales. Celui-ci est constitué par des
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LA VASQUE. — MAQUETTE DE RAOUl DUFY.
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architecte de l'Élysée, a dû trouver lui-même un délassement à combiner cette maison d'une sobriété avanante, sans prétention, dépourvue de marbres et de bronzes et qu'il offre à notre repos.
L'intérieur répond à l'extérieur. L'impression de clarté se retrouve dans la teinte essentiellement luminales, formant des faisceaux rouges et jaunes.
L'ensemble du mobilier séduit par son goût à la fois le plus moderne et le plus sûr. Des sièges, des tables de jardin, d'une solidité confortable, de Rateau, s'allient bien avec les meubles, d'une solidité raffinée, un secrétaire, en bois précieux, une petite table basse, disposés