Excerpt
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UNE GRANDE COLLECTION AMÉRICAINE
LA COLLECTION DE MRS HUNTINGTON
VASES EN FORME DE CARPES, EN CÉLADON GRIS VERT, MONTURES LOUIS XV, EN BRONZE DORÉ.
La Cinquième Avenue, la grande artère commerciale et sociale de New-York, commence à Washington Square, à la hauteur de la quatrième rue, et se dirige droit vers le nord. A la 23e rue, elle est coupée en diagonale par Broadway ; nouvelles coupures, transversales cette fois, par les larges voies de la 34e, de la 42e et de la 57e rue. A partir de la 59e rue, jusqu'au bout de l'avenue, celle-ci longe le Central Park.
Depuis quarante ans, le centre du quartier « résidentiel » se déplace peu à peu vers le nord. Les vieux quartiers de la 5e et de la 10e rue sont, à l'heure actuelle, presque abandonnés par la société élégante. De la 34e à la 39e rue, l'ilot de Murray Hill, longtemps préservé par des restrictions architecturales, se voit à son tour, depuis quelques mois, envahir par les gratte-ciels. De la 42e à la 59e rue, la Cinquième Avenue, bordée il y a vingt ans des beaux hôtels particuliers des Astor, des Vanderbilt et des Huntington, est devenue, depuis peu, une véritable rue de la Paix. Le palais de Mme Vanderbilt, au coin de la 58e rue, est guetté par les démolisseurs et le somptueux hôtel de feu Mrs. Huntington, depuis la mort récente de sa propriétaire, est sans doute également menacé.
Ce bloc solide de pierre grise, à la fois simple et imposant, occupe l'angle de la 57e rue est et de la Cinquième Avenue. C'est un des plus beaux emplacements de New-York, et feu Collis P. Huntington, hardi pionnier du chemin de fer transaméricain, savait ce qu'il faisait le jour où il posa la première pierre de sa demeure. Sa veuve, qui vient de disparaître, aimait fort sa maison et ne fut pas peu irritée quand un impitoyable règlement de voirie l'obligea, il y a deux ans, à rogner la moitié de son perron pour se mettre à l'alignement des maisons voisines. Son fils, Archer Huntington, bien connu par ses libéralités envers la Société Hispanique
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AIGUIÈRES EN PORCELAINE KANG-HI, MONTURES LOUIS XV, EN BRONZE DORÉ.
PAIRE DE VASES EN PORCELAINE KANG-HI A FOND JAUNE, MONTURES LOUIS XV, EN BRONZE DORÉ.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
de New-York et son admirable Musée, a toujours habité de son côté; ce qui, par contre, rendit la vie à l'hôtel Huntington, il y a quelques années, ce fut le remariage de Mrs. Huntington, déjà parvenue à l'âge mûr, avec un neveu de son premier mari, Henry E. Huntington, grand amateur d'art, bibliophile plus enthousiaste que Pierpont Morgan lui-même et admirateur passionné de la Californie.
C'est dans une aile de l'hôtel que, pendant dix ans, Henry E. Huntington logea son admirable bibliothèque en attendant la construction d'un bâtiment spécial aux portes de Los Angeles. C'est là que j'ai eu la bonne fortune d'être reçu, à plusieurs reprises, tant par M. Huntington que par son admirable épouse qui, l'un et l'autre, ont toujours mis, à accueillir les travailleurs, autant de simplicité que de bonne grâce. Jamais un critique étranger, jamais un étudiant ou un professeur, ne frappèrent en vain à leur porte. Ils se sont toujours montrés aussi éloignés d'une vaine publicité que de la cachotterie qui semble pousser certains amateurs modernes à dissimuler à tous leurs acquisitions.
Des collections de M. Huntington — car ces deux fidèles associés collectionnaient chacun pour leur compte — il ne sera pas question. Qu'il me suffise de dire qu'à côté de la plus belle bibliothèque anglaise et américaine du monde, il a réuni un ensemble incomparable de peintures anglaises et de meubles français. C'est de l'important ensemble d'œuvres d'art et de peintures réunies par Mrs. Huntington que je voudrais entretenir les lecteurs de La Renaissance, en leur présentant, avec quelques reproductions choisies, le résumé de mes impressions de la collection, au cours de quatre ou cinq visites consécutives.
Des Écoles primitives, je parlerai peu, bien que Mrs. Huntington en ait recueilli des échantillons infiniment précieux, une Madone authentique de Giovanni Bellini, un excellent Francia, de l'ancienne collection Taylor, une Vierge de Pierfrancesco Fiorentino, une autre de Matteo di Giovanni, un Filippo Lippi, jadis chez Lord Brownlow, dix ou douze autres peintures italiennes du Quattrocento, toutes de la plus belle qualité. Peu d'œuvres des Écoles du Nord, à part un Christ parmi les Docteurs, donné avec vraisemblance à Simon Marmion et une admirable Madone, de Rogier Van der Weyden, que feu Rodolphe Kann tira jadis de la collection Willett, à Brighton.
Sans doute, Mrs. Huntington avait-elle également recueilli quelques peintures capitales du XVIIIe et du XIXe siècles,
BRULE-PARFUMS EN CÉLADON FLEURI, MONTURE LOUIS XV, EN BRONZE DORÉ.
VASE A TÊTES DE BÉLIERS, EN CÉLADON GRIS VERT, MONTURE LOUIS XV, EN BRONZE DORÉ.
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FRANS HALS. — PORTRAIT DE JEUNE HOMME.
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FRANS HALS. — PORTRAIT DE JEUNE FEMME.
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REMBRANDT. — PORTRAIT DE HENDRICKJE STOFFELS.
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REMBRANDT. — HENDRICKJE STOFFELS EN FLORE.
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REMBRANDT. — LE SAVANT.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
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— comme la Lady Smith de Reynolds, les admirables Calmady Children de Lawrence et une Andromaque de Prud'hon qui m'a bien paru être le tableau de la vente Secrétan. Sa vraie prédilection fut toujours pour les Maîtres hollandais du XVIIe siècle, base inébranlable, depuis deux cents ans, de toutes les grandes collections de peintures.
La dispersion, en 1907 et 1908, des trésors d'art réunis, dans son hôtel de l'avenue d'Iéna, par Rodolphe Kann, fournit à Mrs. Huntington une occasion unique et qu'elle sut mettre à profit. Tout d'abord elle en tira deux Rembrandt et deux Frans Hals d'une importance capitale.
Le premier des Rembrandt, Le Savant, est une des compositions les plus émouvantes de la maturité du Maître. Coiffé d'un large chapeau, un homme mûr et barbu, d'une gravité imposante, pose la main sur un buste d'Homère, qu'il contemple avec un regard profond. Cette grande peinture carrée, datée de 1653, est l'égal des œuvres les plus célèbres de Rembrandt et suffirait, à elle seule, à faire la gloire d'un grand Musée. Nulle part l'artiste n'a déployé plus d'audace et de science dans l'opposition des ombres et de la lumière, nulle part il n'a plus profondément empreint sa toile des mélancolies qui assom-
brissaient sa vie. Une peinture semblable est un grand poème pour celui qui sait y lire les efforts et les souffrances de l'auteur.
À peine moins émouvante, dans sa discrétion infinie, est cette Hendrickje Stoffels, de 1660, drapée dans le velours et la fourrure, parée de bijoux, mais toute enveloppée d'une demi-teinte mélancolique et penchée avec bonté sur son fidèle compagnon dont l'affection lui a valu l'immortalité.
Cette même Hendrickje Stoffels, la voici, de quatre ou cinq ans plus jeune, vêtue en Flore, et toute fière de sa gloire mythologique. Ce magnifique morceau de peinture, jadis le joyau de la galerie de Lord Spencer, à Althorp, est véritablement un morceau de bravoure, avec les empâtements audacieux de la coiffure, la grande tache lumineuse de la tunique, le beau visage doux et noble, l'ample geste des deux mains.
Que dire de la maestria des deux portraits de Hals et de la bonne fortune qui réunit sur un même panneau ces deux œuvres exécutées à un an d'intervalle et si bien faites pour servir de pendants. Le Jeune Homme, avec son riche habit à large col de linge blanc, ses longues boucles s'échappant de dessous un chapeau coquettement perché sur l'oreille, son
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PENDULE LOUIS XV, PAR SAINT-GERMAIN.MOUVEMENT PAR J.-B. BAILLON.
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PENDULE LOUIS XVI EN CÉLADON FLEURIET BRONZE DORÉ.
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CONSOLE LOUIS XIV EN BOIS DORÉ.
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GRANDE CONSOLE LOUIS XV EN BOIS DORÉ.
BUREAU PLAT LOUIS XV EN MARQUETERIE AVEC BRONZES.