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LE MUSÉE RESSUSCITÉ
TAPISSERIE D'ARRAS. — AUBIPENDIUM (1535). — PROVENANT DE L'ABBAYE CISTÉRIENNE DE FLINES, ORNÉE DES ARMOIRIES DE JEANNE DE BOUBAIS ET DE JACQUELINE DE LALLAING, 21e ET 22e ABBESSES DE CE MONASTÈRE. — DON DES HÉRITIERS DE FEU M. ET MME EDMOND AGACHE DESMEDT.
L’ADMIRABLE Musée de Lille — un des plus beaux de France, donc du monde — avait été fermé, le 23 août 1914, à l’arrivée des Allemands. Il vient d’être rouvert au milieu d’août 1924. Il a fallu dix ans pour que la civilisation pût de nouveau profiter de lumières et d’enseignements par lesquels l’humanité devrait apprendre à devenir meilleure, et que la « Schadenfreude » cette joie de nuire que les grands philosophes allemands se flattent d’avoir inventée et codifiée, menaça pendant toute la guerre et rendit impossible à réorganiser pendant plus de dix années encore.
Dix ans de trances, de débats, de luttes contre les menaces de rapt, les ordres brutaux d’enlèvement, de dangers d’une destruction à jamais déplorable ; puis de travaux incessants, de dépenses, d’à-coups, de discussions avec une municipalité bien intentionnée sans doute, mais sollicitée par tant d’autres charges, d’autres réparations ! Et quels travaux si même tout avait été sans plus de difficultés ni d’encombre, que la simple remise en état d’une institution immense, entièrement désorganisée et bouleversée de la façon la plus grave !
Voilà les épreuves, les responsabilités terribles qui pesèrent sur un seul homme et la tâche dont son énergie, son savoir et son ardeur vinrent à bout ! Cet homme, érudit autant et peut être plus que le fameux bénédictin des comparaisons, ingénieux comme une phalange de techniciens, frêle et cependant capable d’endosser la combinaison du « mécano » et de donner un efficace coup de main aux gardiens et ouvriers qu’il dirige, auxquels il communique son enthousiasme, ce fut, pendant ces dix années, Em. Théodore. Ce qu’il n’y a pas de moins surprenant dans cette histoire d’une volonté et d’une activité françaises, c’est que les partis les plus opposés, les journaux du Nord les plus divergents de tendances, lui ont tous rendu pleine justice et retrouvé, à l’occasion de la réouverture du Musée, un moment d’union sacrée.
L’importance et la beauté du Musée de Lille, la qualité des chefs-d’œuvre qu’il contient et qui est capable d’éblouir encore celui qui vient en droite ligne, soit du Louvre, soit des Musées de Bruxelles et d’Anvers — merveilleux, quasi-providentiel trait d’union ! — justifient suffisamment cette causerie de La Renaissance, et les détails principaux sur le véritable drame d’une clôture, d’un exil et d’une résurrection.
Il n’est même peut-être pas inutile de rappeler quelques-uns des trésors dont le monde civilisé aurait pu à jamais faire son deuil.
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Rubens y règne en souverain. Nous venons de dire quelles rivalités il accepte avec splendeur. La Descente de Croix qui provient du maître-autel du couvent des Capucins de Lille auxquels il fut disputé un instant
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VIERGE DE DOULEUR. — CÔTÉ DE CALVAIRE. — FLANDRE, XVᵉ SIÈCLE.
CHÊNE SCULPTÉ EN RONDE BOSSE. — HAUTEUR 1ᵐᵒ².
LEGS VERLY LECOUTRE DE BEAUVAIS, 1923.
SAINT JEAN. — CÔTÉ DE CALVAIRE. — FLANDRE, XVᵉ SIÈCLE.
CHÊNE SCULPTÉ EN RONDE BOSSE. — HAUTEUR 1ᵐᵒ².
LEGS VERLY LECOUTRE DE BEAUVAIS, 1923
(et sans succès) par le bon Louis XVI, peut soutenir la comparaison, pour le pathétique et la richesse de couleur, avec celle sur laquelle les sacristains de la Place Verte tirent le rideau.
La Mort de Madeleine qui appartint aux Récollets de Gand est profondément émouvante, et l'intuition y voit la main de Rubens, aidée peut être de celle de Van Dyck, contre l'érudition, qui se contente d'en gratifier «l'atelier» du Maître. Le saint François recevant l'Enfant des mains de la Vierge qui ornait également la chapelle des Capucins est encore une page magnifique qu'un catalogue allemand étiquette avec une jalousie ridicule «travail d'atelier».
Van Dyck se montre d'une sensibilité non moins pénétrante que dans n'importe quelle ville de sa patrie avec le Christ en Croix, la Vierge, saint Jean et Madeleine. Louis XVI, décidément malchanceux, essaya également d'obtenir la cession de ce chef-d'œuvre et reçut une réponse délicieusement ironique des Récollets de Lille à qui ce tableau avait été donné par une des familles les plus respectables de la province à la condition qu'il ne sortirait jamais de leurs mains. Un capital Miracle de saint Antoine de Padoue représente encore glorieusement l'aristocratie et l'élégance de Van Dyck.
Jordaens complète la trilogie flamande avec surtout un truculent Enlèvement d'Europe, la page peut être la plus charnelle de toute la peinture.
Mais, outre ces blocs inattaquables — qu'un obus aurait pu calciner, — que d'autres œuvres, que d'autres Maîtres ! Des Primitifs de haute importance ; des Hollandais exquis ; des Goya célèbres, des Véronèse, des Tiépolo, un Piazzeta des plus rares ; puis le plus voluptueux des Greuze, Psyché couronnée par l'Amour ; un Watteau exceptionnel le Parc au Fragment antique ; une riche série de portraits par Boilly, précieux pour l'histoire de l'art aux confins du xviiiᵉ et du xixᵉ siècles ;
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SAINT GILLES. — CHÊNE SCULPTÉ EN RONDE EOSSE.
FLANDRE, XV° SIÈCLE.
LEGS VERLY LECOUTRE DE BEAUVAIS.
enfin, pour abréger, et ne pas faire de ceci, au lieu d'un pèlerinage, un sommaire de catalogue, ce chef-d'œuvre de Delacroix, Médée; une œuvre capitale de Courbet, l'Après-dîner à Ornans ; le Sommeil, de Puvis de Chavannes et deux ou trois Corot adorables, entre autres le minuscule et grandiose Couvent à Subiaco. Encore ne parlons-nous pas de maintes autres belles pages, ni des dessins de l'inépuisable collection Wicar, ni des collections d'archéologie dont certaines pièces peuvent rivaliser avec les meilleures du Musée de Cluny.
*
Voilà ce qui, en octobre 1914, fut investi par les troupes allemandes et revendiqué par l'autorité des Kunstoffizieren, des « officiers d'art » qui prétendaient la substituer à celle du Conservateur français, après le retour rapide de l'envahisseur.
FIGURE D'ÉVÊQUE.
BOIS SCULPTÉ ET POLYCHROMÉ, HAUTEUR 1m o8.
FIN DU XIIIe SIÈCLE. — DON DE M. LÉON GRIMONPREY, 1922.
Un quartier entier de Lille flambe ; le 13 octobre soixante-dix obus tombent sur le Palais des Beaux-Arts ; les toitures sont crevées ; les vitrages se pulvérisent ; il a fallu, en hâte, compléter les déménagements déjà effectués. Mais l'eau, à son tour voudrait parfaire l'œuvre du feu ; les caves vont être inondées. Il faut improviser toute une installation de pompes d'épuisement ; créer des abris suffisamment résistants, des cachettes autant que possible impénétrables.
Ces précautions prises, une formidable explosion, celle dite des Dix-huit Ponts, ébranle la ville entière, nécessite le recommencement de toutes les précautions. Il n'y a pas de main-d'œuvre, sauf celle de trois ou quatre intrépides vieux gardiens ; pas de matériaux, ou presque pas, et impossibles à conquérir.
Alors commence à se manifester, sous deux formes, la sollicitude des représentants de la Kultur. Cette sollicitude prit, pour la première fois, la figure de deux ou
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trois gendarmes et d'un sous-officier qui, pour s'assurer si les vitrines étaient solides, en brisèrent une, et s'approprièrent, pour leur peine, une boîte en or guilloché et différentes monnaies et médailles, également en or.
La seconde fois ce fut plus grave, car c'était la Science en personne qui s'en mêlait. Le professeur Demmler, après, bien entendu, de nombreuses et vexantes ingérences dans les affaires d'un Musée qui ne regardaient que la Ville et son Conservateur, vint un jour avec, simplement, un ordre de réquisition totale. En vain, M. Théodore fit toutes les oppositions et réserves ; il fallut, cette fois subir la volonté de la force contre le droit. On sait, sans qu'il est besoin de le rappeler longuement ici, que les collections inestimables de Lille furent transportées à Valenciennes, où, avec les œuvres d'art provenant d'autres grandes villes du Nord, elles constituèrent les éléments d'un Musée de choix, — le choix de l'Allemagne, si l'on en croit les aimables indications fournies, avec l'assurance que donne la victoire escomptée, par quelques-uns des plus notoires et des plus autorisés Teutons. On sait également que cette victoire changea de côté, et que, surpris par les événements, les vaincus eurent à peine le temps de diriger sur Bruxelles, dans des péniches, le contenu de Valenciennes, et qu'enfin M. E. Théodore, assisté de MM. Guillaume Jeanneau et Edouard Sarradin, représentant le Ministre des Beaux Arts, put récupérer, à très peu d'exceptions près, les collections qu'il croyait avec douleur ne plus jamais revoir.
Mais un Musée remménagé est un Musée à refaire. Il faut s'apercevoir que les mêmes œuvres ne peuvent plus être remises à la même place, même si elles sont demeurées en parfait état, et la plupart de celles de Lille avaient hélas ! à être purifiées, non seulement de l'inévitable trace que le temps laisse en pleine paix, mais aussi des ravages que les déflagrations, puis les exodes par eau leur avaient infligées.
Puis, les murs à remettre et à retendre à neuf, car on n'accroche pas des tableaux rajeunis sur des vieilles tentures. Puis les parquets à restaurer, et à approprier à un nouveau et nécessaire mode de chauffage. Ce système lui-même nécessitant les opérations les plus délicates et les plus raisonnées, car déjà autrefois les tableaux de Lille avaient eu besoin d'être guéris des effets d'un chauffage mal compris. Enfin, mille opérations de détail dont le nombre et les difficultés surprendraient, si l'on avait l'espace nécessaire pour les décrire ici, même sommairement.
Ainsi, la tâche effrayante vraiment, de la Conservation comprenait trois chapitres également considérables : reconstruction de l'édifice ; aménagement et amélioration des salles ; restauration des peintures dessins et objets précieux !
Triple besogne à mener de front, sans arrêts, sans défaillances, sans erreurs !... Et avec, au maximum, une dizaine de collaborateurs, quand il en aurait fallu le triple. Il est vrai que ceux de M. Théodore furent choisis par lui, de rudes gaillards ou des praticiens consommés. Si un jour, comme il le devrait, il publie l'histoire et la description détaillées de tout ce qu'il a fait et fait faire pendant ces six ou sept années, on aura là le plus complet traité de « muséologie », et tel que les Allemands, n'ayant point eu à souffrir de l'invasion, n'en
MEUBLE FLAMAND A COLONNES. — CHÊNE SCULPTÉ, XVIIe SIÈCLE.
LEGS VERLY-LECOUTRE DE BEAUVAIS, 1923.
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pourraient concevoir ni écrire. Le sculpteur Haeuw, les restaurateurs Chauffrey et Govaert, les fonctionnaires Henri et Jean Rigaux, les gardiens Lehague, Thibaux, Descarpentrier et Lespagnol, enfin, par ses avis éclairés dans les rapports avec la municipalité, le peintre Paul Lefebvre, voilà presque tous les collaborateurs de cet énorme travail; et ils auront droit, dans le traité désiré, à une mention d'honneur.
Ce serait déjà fort beau que d'avoir mené à bonne fin une telle entreprise. Mais ce diable d'homme ne voulut pas se contenter d'avoir ressuscité son Musée tel et mieux qu'il était avant le cyclone. Il lui fallut encore l'enrichir grâce à ses excellents rapports avec des donateurs, assurés de voir appréciées et honorées comme il convient, leurs libéralités. C'est ainsi qu'il compte trois cent soixante-quinze œuvres d'art de plus qu'au moment où commencèrent | ses épreuves. M. Léon Grimonprey, M. Donat-Agache, Mme Girod de Resne, Mme Verly, née Lecoutre de Beauvais, Mme Decisy, furent ces mécènes qui eurent confiance dans le triomphe assuré de la civilisation, et la résurrection définitive de Lille et de son Musée.
Voilà donc le Musée de Lille ressuscité, amélioré, augmenté, et prêt à recevoir la visite de tous ceux qui ressentent la beauté et la nécessité de l'art, et qui méritent d'aimer la France et d'être aimés d'elle. Nous nous en réjouissons pleinement, bien qu'une légère critique doive être adressée, non point au Musée et à ceux qui lui ont rendu vie et splendeur, mais à propos de lui. Un petit catalogue provisoire, point trop mal fait d'ailleurs, vient d'être publié, et décrit «cent tableaux» du Musée de Lille. Cette limitation arbitraire a forcé sans doute les auteurs à éliminer le parfait Watteau auquel il a été fait allusion plus haut ; mais ce ne serait qu'une omission accidentelle. Plus regrettable est la référence presque constante à l'«autorité» de l'officier d'art qui fut proposé aux enlèvements. Cette référence va jusqu'à citer son nom lorsqu'il cite un ouvrage français ! Oui, nous savons bien que l'Allemagne eut le topet de publier un catalogue du Musée factice de Valenciennes, pensant par là, quelle belle preuve! montrer son amour de l'art (à la façon dont le loup aime l'agneau). Mais si un cambrioleur de vos collections se trouvait être, ou supposé être, un érudit de premier ordre et un impeccable appréciateur, est-ce de ses restrictions que vous feriez état, ou même de ses admirations que vous vous targueriez?
...Enfin, cela n'est rien, l'important seul est que la lumière resplendisse de nouveau dans le Nord de la France, à Douai, à Saint-Quentin bientôt, à Arras un jour, à Lille enfin, tout entière et toute bienfaisante.
ARSÈNE ALEXANDRE.
ARMIOIRE, CHÊNE SCULPTÉ ET MARQUETÉ. — FLANDRE XVIIe SIÈCLE. LEGS VERLY-LECOUTRE DE BEAUVAIS, 1923.
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LE MUSÉE INSTRUMENTAL
EPINETTES ET VIRGINALES, LUTHS, MANDORES, TYMPANONS
DE GAUCHE A DROITE:
- POCHETTE ITALIENNE.
- COLL. CLAPISSON.
- POCHETTE EN IVOIRE GRAVÉ.
- CHEVILLES ENRICHIES DE GRENATS.
- COMMENCEMENT DU XVIIe SIÈCLE.
DE GAUCHE A DROITE (Suite)
- POCHETTE ÉBÈNE ET FILETS ARGENT.
- COLL. CLAPISSON.
- POCHETTE ITALIENNE, ÉCAILLE DE L'INDE ET FILETS IVOIRE.
- COLL. CLAPISSON.
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CL. RENAISSANCE
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PARMi les objets d'art ancien que l'on collectionne, en est-il de plus émouvants que les instruments de musique ?
Ils sont un peu de la vie d'autrefois, demeurée vibrante. Ils ont duré, quand la main qui les animait s'est glacée puis réduite en cendre ; ils ont exprimé le plaisir et l'amour, l'angoisse et la mélancolie ; ils ont participé, dociles, à tous les mouvements de l'âme des morts ; ils gardent de la main, l'empreinte, et, de l'âme, la nostalgie ; témoins sensibles du passé, ils rendent aujourd'hui des sons tirés, semble-t-il, des profondeurs de l'au-delà ; ils ressuscitent « l'inflexion des voix chères qui se sont tues », des chères voix qu'on croit entendre, chantantes, planantes encore, sur l'accompagnement resté le même.
Puissants évocateurs, leurs formes et leurs couleurs, et leurs ornements, furent aussi des accompagnements, des accords où se trouvent comme résumés les atours ou les haillons des viellesseuses et des harpistes, des sonneurs de cornemuse. Le théorbe gracile et pur va comme un gant à la finette de Watteau. Quant à la canne-flûte, elle fait invinciblement songer à la redingote puce de ce bon M. des Brotteaux, qui pourtant n'en joua point : chose étonnante.
Ce sont aussi de somptueuses œuvres d'art. L'ébène, le cèdre, le cyprès et le citronnier, toutes les plus nobles essences, sont leur ordinaire matière, finement assemblée, amoureusement sculptée. Les éclisses d'épinettes, et de clavecins, s'ornent de marqueteries, ainsi que les fonds de violes, de théorbes, de luths et de guitares. En vermeil, en argent ciselé, sont les viroles et les anneaux des hautbois et des flûtes. Les serpents et les cornets s'emmlitonnent d'arabesques, chefs-d'œuvre de gainerie. L'écaillle, la nacre, l'ivoire, matériaux délicats de la tabletterie, s'incrustent dans le bois précieux des mandores et des pochettes, des virginales et des tympanons. La chaudronnerie elle-même, appelée à la rescousse, décore trompettes et trombones, les timbales et les cors. Une épinette d'Annibal de Rossi, conservée au Kensington Museum, est revêtue d'une merveilleuse
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VIOLON FRANÇAIS,
PEINTURE SUR FOND GRIS PERLE.
QUEUE ET MÉDAILLON
ÉMAILLÉS SUR CUIVRE.
VIOLON ALLEMANN EN ÉCAILLE,
D'UN LUTHIER DE BRESLAU
JOHANNES RISMAN, 1680. APPARTINT
À LA CHAPELLE DE MUSIQUE DE LOUIS XIV.
COLL. CLAPISSON.
PETIT VIOLON LOUIS XIV, EN ÉCAILLE.
(FACE ET DOS).
PASSE POUR AVOIR APPARTENU À LULLI.
COLL. CLAPISSON.
GRANDE POCHETTE (FACE ET DOS),
FIN DU XVIe SIÈCLE.
ORNÉE DE FINES SCULPTURES ET ENRICHIE
D'ONYX ET AUTRES PIERRES DURES.
CL. RENAISSANCE
TÊTE DE L'ORPHÉORÉON.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
chape de pierreries, où chatoient deux mille turquoises, lapis, améthystes et topazes, émeraudes, cornalines et saphirs, rubis, agates — tout un trésor. Les clés de mandolines et les boutons de harpes sont parfois couronnés de diamants et de perles. Furetière vit un luth, à Paris, tout en or. Non moins riches, mais plus fines, sont les gouaches que l'on voit souvent aux tables des tympanons. Les vieilles, qui furent tour à tour, selon la mode du moment, passe-temps de dames ou gagne-pain de filles perdues, d'aveugles, de petits savoyards, sont des joyaux quand ils n'affectent point le morne aspect d'un outil hors d'usage. Point de surprises de ce genre, et pour cause, avec les violons de faïence et les flûtes de cristal ! Quant aux clavecins décorés par Oudry, Watteau, Coypel, Van der Meulen, Audran, tous les Maîtres et petits-maîtres, est-il vraiment besoin de les célébrer de nouveau ?
Tous les vernis d'ancienne lutherie, pour leur transparence et leur éclat, ont fait, font et feront l'admiration des peintres. Gainsborough confessa éprouver le même émoi devant un beau violon que devant un beau tableau. Mais il ne fut point seul, apparemment, de cet avis : rien qu'en notre Musée du Louvre, nombreuses sont les prestigieuses œuvres de peinture où les instruments de musique sont magnifiés pour la grâce de leurs contours, la splendeur de leurs parures, la mystérieuse poésie qu'ils signifient. Un théorèe, à fine rosace découpée «à la cathédrale », figure dans La leçon de musique de Lancret. Watteau, dans son Assemblée dans un parc, a mis un subtil joueur de flûte. La vielle et la guitare accompagnent congrument les Comédiens de Pater. La guitare et le clavecin, et la mandore, ont tour à tour inspiré à Téniers, et Fragonard, des harmonies profondes et profondément dissemblables.
La basse de viole, prise pour thème par Oudry, enthousiasme celui-ci au point de lui fournir la matière de son chef-d'œuvre. Paul Véronèse, dans ses Noces de Cana, présente le ténor et la contrebasse de viole, le soprano ou violetta (précurseur du violon), la trompette et le cornet à bouquin, le tout à la fois lyrique et précis. Le Dominiquin associe la harpe à son Roi David et la basse de gambe à sa Sainte Cécile. Mignard rend, lui aussi, hommage à la sainte musicienne mais l'environne, d'une harpe, d'une basse à volute massive, d'une flûte à bec, d'un hautbois à deux clés, et d'un tambour de basque. Rubens, dans l'Education de la Reine, exalte le théorbe et la basse de viole ; dans la Régence de Marie de Médicis, il restitue avec tant d'exactitude le modèle de certaines trompettes qu'il démontre, aux spécialistes, la possibilité d'exécution de quelques partitions longtemps réputées inexécutables. La noble lyre émet ces deux génies parents : Nicolas Poussin (Apollon et le Poète) et Jean-Dominique Ingres (Homère déifié). La basse de viole, derechef, séduit Eustache Lesueur (Melpomène, Erato, Polymnie). Les Le Nain, dans le Repos des Paysans, mettent une poétique viole aux mains du plus jeune de ces robustes laboureurs. Latour adorne d'une guitare son spirituel Portrait de Mme de Pompadour. L'aigre cornemuse signale L'arrivée des moissonneurs dans les Marais Pontins, par Léopold Robert. L'exotique rebab (ancêtre du violon) et la guiterne, animent curieusement la Noce juive de Delacroix. Courbet, dans l'Atelier, jette négligemment une guitare magistrale. Quant à Manet, il donne un immortel accent à la surette ritournelle du Fifre de la Garde. Giorgione (Le Concert champêtre), lointain mais formidable annonciateur du Déjeuner sur l'herbe, tire de l'archiluth de souveraines cadences plastiques, et, de la flûte, un soupir de la lumière. La rustique cornemuse reparait dans le Concert après le repas, du gras Jordaëns. L'épinette carrée et le petit luth font les délices, bourgeoises, de Metzu. Des luthistes encore, dans le Bal à la cour de Henri III. Trompettes, rebecs, guiterne, dans le Couronnement de la Vierge, du suave Angelico. Le Valentin, un peu gauche mais si touchant, dit ingénument la vénusté des violes et de l'épinette, la force épaisse et mâle du cornet à bouquin, l'élégance de l'archiluth. Quant à Chardin, dans une harmonie douce où palpitent tous les gris, il montre la musette et la trompette, le cor, la mandoline, le violon, et la flûte traversière — en buis, cette dernière, à une clef d'argent...
De tous les temps et de tous les pays, tous les poètes ont chanté, sur tous les tons, la diverse splendeur, si complètement expressive, de tous les instruments de musique, anciens, nouveaux, voire même imaginaires. M. René Brancour, dans un récent travail de musicographie que couronna l'Académie Française, s'est même plu à composer l'anthologie, copieuse, des poèmes ou beaux vers où transparaît la magnanime volonté de définir les formes, le décor, la voix, la personnalité, en quelque sorte, l'âme et le corps individuels de chaque œuvre de lutherie. Mais pourquoi notre ingénieux anthologiste a-t-il cru devoir exclure, de son quasi complet recueil, toute citation empruntée au plus tendrement musical de nos poètes : Stéphane Mallarmé ?
La viole, la flûte, la mandore et la harpe «de santal vieux qui se dédore », accompagnent la statue de Sainte que Stéphane Mallarmé, évitant de nommer sainte Cécile, décerne cependant à cette vierge «musicienne du silence ». Apparition : des séraphins en pleurs rêvent, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs vapeureuses, et tirent «de mourantes violes, de blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles ». Le poème du Guignon évoque le tambour et le «buccin bizarre »; quant aux «mendieurs d'azur », il les montre, sarcastique, faisant «l'amusement des racleurs de rebec »— merveille, ces derniers mots, d'harmonie imitative.
Hilare or de cymbale à des poings irrité...
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ORPHÉORÉON
EXÉCUTÉ VERS 1570
AU DOS :
APOLLON ET LES MUSES,
D’APRÈS LUCA PENNI
DON DE Mme LA BARONNE
CH. DAVILLIER.
CL. RENAISSANCE
GRANDE VIOLE D’AMOUR
(NON SIGNÉE),
MANCHE ORNÉ D’UNE TÊTE D’AMOUR
AILÉ,
TOUCHE MARQUETÉE SUR FOND D’OS.
COLL. DU De FAU.
CL. RENAISSANCE
GUITARE ITALIENNE EN MARQUETERIE.
ROSACE EN IVOIRE SCULPTÉ,
FRANCESCO SILVESTRI, 1808.
COLL. CLAPISSON.
CL. RENAISSANCE
VIOLE DE GAMBE.
MONTÉE A 6 CORDES ET 12 CORDES
SYMPATHIQUES,
ELLE PORTE 2 ÉTIQUETTES :
SÉRAPHIN SANTO VENEZIA
ET NICOLAS LUPOT.
CL. RENAISSANCE
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
Dans la Prose pour des Esseintes, ce concis et fort tableau, d'un écrasant midi :
L'or, de la trompette d'été.
Et ne dit-il point, le subtil poète, dans Feuillet d'album : le bois de mes diverses flûtes — et son désespoir de ne savoir point imiter, dans ses vers, ce
Rire d'enfant qui charme l'air...?
Dans l'Hommage au Dieu Richard Wagner il y a cette parfaite miniature :
Trompettes tout haut d'or pâmé sur les vélins...
Dans l'Hommage à Puvis de Chavannes, les clairons d'azur de la gloire, cette sourde. Et ce chant grave et doux comme l'instrument qu'il évoque, dans Une dentelle s'abolit :
Tristement dort une mandore Au creux néant musicien...
*
Célébrés par les peintres, louangés en prose et en vers, pris pour motifs par les sculpteurs, les architectes, les artistes décorateurs de toutes les écoles, les instruments de musique, si profondément amis pourtant de l'âme humaine, ont péri, pour la plupart, fort misérablement. Les rares spécimens antiques aujourd'hui conservés dans les Musées n'ont été préservés de la destruction qu'à la faveur de la nuit des tombeaux où ils sont demeurés des siècles. Rien ne nous est resté du Moyen- âge, sinon dans la pierre sculptée des églises, les enluminures
A DROITE ET A GAUCHE:
ARCHILUTH ITALIEN.
(FACE ET DOS)
DE MATTEO-SELLAS.
IVOIRE GRAVÉ SUR ÉBÈNE
AU MILIEU :
ARCHILUTH RENAISSANCE
IVOIRE GRAVÉ
SUR ÉBÈNE
LONGUEUR TOTALE, 1m 55.
... entendez-vous, dans ce splendide vers, la vibration même du cuivre ? Plus loin :
Hosannah sur le cistre !.. Et la belle image du sonneur :
Cependant que la cloche éveille sa voix claire
À l'air pur et limpide et profond du matin...
Puis, dans le Don du poème, cette inoubliable Voix : rappelant viole et clavecin. Et le Faune :
Ne murmure point d'eau que ne verse ma flûte
Au bosquet arrosé d'accords...
Les creux roseaux domptés par le talent :
pipeaux ; pipeaux encore,
Le jonc vaste et jumeau dont sous l'azur on joue.
Et leur voix même :
Une sonore, vaine, et monotone ligne.
ROSACES DÉCORANT CLAVECINS,
BASSES DE VIOLES, GUITARES ET AUTRES INSTRUMENTS À CORDES,
XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES.
CL. FENAISSANCE
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LYRE-GUITARE ORNÉE DE PEINTURES
DE PAUL GUÉRIN — ATELIER IGNACE PLEYEL.
COLL. CLAPISSON.
CONSCIENCE DE LUTHIER, XVIIe SIÈCLE.
HARPE EXÉCUTÉE EN 1780
PAR NADERMAN PÈRE
POUR LA REINE MARIE-ANTOINETTE.
FLUTE
EN FAIENCE
DE NEVERS.
COLL. CLAPISSON.
TROMPE
EN FAIENCE DE NEVERS.
COLL. CLAPISSON.
CL. RENAISSANCE