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LA PLACE LOUIS XV, 1769. — MUSÉE CARNAVALET.
CL. RENAISSANCE
LES CHAMPS ÉLYSÉES
INTERROGEZ un Parisien, questionnez un provincial, interviewez, à leur descente de car, les clients pressés de l’Agence Cook et demandez aux uns et aux autres quel est le plus beau quartier de Paris... Je crois bien que, sans hésiter, tous s’accorderont pour vous répondre : les Champs-Élysées.
C’est qu’entre la place de la Concorde et la barrière de l’Étoile se déroule vraiment une perspective unique au monde, une sorte de voie triomphale où toute la splendeur de notre ville semble se révéler d’un coup.
Nulle part ailleurs, la pierre, les gazons et les arbres, ces trois parures des cités, ne se combinent aussi harmonieusement.
D’autres jardins sont d’un style plus pompeux ou d’un âge plus vénérable, mais, comme des prisonniers de marque, ils se morfondent derrière des grilles. Seul à ne pas avoir de clôture, celui-ci garde le charme joyeux des choses libres. Il participe directement à l’animation des rues qui l’encadrent, leur prête l’ombre de ses marronniers, la vue de ses allées tournantes. Et rien ne fait mieux comprendre, du premier regard, la variété d’aspects de la capitale, sa coquetterie traditionnelle, son activité souriante, que ce voisinage immédiat de la verdure et du pavé, de l’agitation et du silence, des pelouses fraîchement tondues et de la grande voie trépidante où circulent, du matin au soir, tant de milliers de chevaux-vapeur.
Dans notre vie moderne, les Champs-Élysées tiennent une si grande place qu’on a peine à se représenter Paris sans eux. Leur création est cependant de date relativement récente. Il suffit de consulter quelque plan de la ville antérieur au règne de Louis XIV, pour voir que la future promenade n’y est encore figurée que par des champs, des sentiers de campagne, de modestes cultures maraîchères. C’est un potager de faubourg, avec ses carrés de légumes, ses mares et ses trous de fumier, une sorte d’Achères avant la lettre installé aux portes des Tuileries, incommodant par ses odeurs les promeneurs du jardin Renart, coupant la noble perspective du palais de Philibert Delorme.
Si vous rencontrez, quelque soir, en descendant les Champs-Élysées, des voitures de salades et de carottes qui se dirigent lentement vers les Halles, dites-vous bien que ces humbles végétaux ne sont nullement déplacés dans la plus brillante de nos avenues, puisque les contemporains de Richelieu et de Mazarin ne lui connurent pas d’autres ornements.
On conçoit pourtant que Louis XIV, avec son goût marqué pour les ordonnances régulières, ait trouvé que l’horizon des Tuileries manquait un peu de majesté. Pour mettre de l’ordre dans ce chaos, il se rendit acquéreur, en 1670, d’un certain nombre de terrains entre la Seine et la Chaussée du Roule — alias faubourg Saint-Honoré — et chargea Le Nôtre d’y planter, en symétrie avec le parc, une allée d’ormes qui s’étendit jusqu’au
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INAUGURATION DE LA STATUE DE LOUIS XV, GRAVURE D'APRÈS DE MACHY.
rond-point actuel des Champs-Élysées. Elle s'appela d'abord le Grand Cours ou Avenue des Tuileries et doubla le Cours de la Reine mère, que Marie de Médicis avait fait tracer, le long du fleuve, une cinquantaine d'années plus tôt, «pour s'y promener en carrosse, aux heures les plus fraîches de l'après-midi», suivant la mode florentine.
Malgré les quinconces dont Le Nôtre avait pris soin de l'encadrer, les débuts de la voie nouvelle, paraissent avoir été des plus modestes. A vrai dire, elle ne menait à rien, tandis que le Cours-la-Reine, chemin naturel de Versailles, devait longtemps conserver la vogue dont il jouissait depuis un demi-siècle. C'était là que les contemporains de Louis XIII étaient venus étaler leur luxe, là que les mousquetaires empanachés et les précieuses pas encore ridicules, délaisissant la Place Royale pendant les chaleurs de l'été, avaient fait assaut d'élégance, là que le maréchal de Bassompierre avait produit, pour la première fois, ce fameux «carrosse à glaces» dont la chronique avait tant parlé.
Le Roi Soleil une fois à Versailles, la route qui longeait la Seine vit passer plus de monde encore. Tous ceux que leur métier de courtisan attirait d'une ville à l'autre, le bel officier caracolant, le Président juché sur sa mule, le Marquis de Dangeau, en voiture, s'empressant pour le petit lever, le pauvre cadet de Gascogne blotti, au fond du coche, entre un abbé sans bénéfice et un poète en mal de pension, et les Ministres et les gentilshommes et les laquais galonnés d'argent, les pages de Madame la Dauphine, les coureurs du Duc de
STATUE DE LOUIS XV.
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LA PLACE LOUIS XV ET LES CHAMPS-ÉLYSÉES VUS DU PONT TOURNANT DES TUILERIES, VERS 1780.
MUSÉE CARNAVALET.
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FÊTES ET ILLUMINATIONS AUX CHAMPS-ÉLYSÉES, LE 18 JUILLET 1790.
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ÉRECTION DE L'OBE LISQUE DE LOUQSOR SUR LA PLACE DE LA CONCORDE, LE 25 OCTOBRE 1836, A 3 HEURES.
Rohan, les pourvoyeurs de Vatel, que sais-je ? Toute une foule fiévreuse, impatiente roula ou galopa sans trêve sur le pavé de la vieille promenade.
assignant aux Parisiens un but de pèlerinage inédit. Par la grâce d'une cantatrice métamorphosée en religieuse, nos futurs Champs-Élysées devinrent brusque-
PLACE DE LA CONCORDE. — LITHOGRAPHIE DE J. ARNOUD.
Pour connaître un succès égal, l'autre avenue, d'abord peu fréquentée, dut attendre le siècle suivant. Ce fut en 1727 que la mode se chargea de fixer sa fortune en ment populaires. Le Cours-la-Reine menait à Versailles. Eux, ils conduisirent à Longchamp.
Il est à peine besoin de rappeler l'histoire du monas-
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LA PLACE LOUIS XV, VUE PRISE DE L'HOTEL DE TALLEYRAND, PAR PAULINE DE PÉRIGORD, 1837. — AQUARELLE.
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tère jadis créé dans le bois de Rouvray, par la sœur de Saint Louis, mais qui, quatre siècles et demi plus tard, avait si bien dégénéré que sa pieuse fondatrice lui demeura fidèle. Et même, un peu plus tard, quand l'Archevêque de Paris eut consigné l'abbaye aux profanes, toute l'ancienne clientèle des Ténèbres n'en continua
devait en rougir de honte au ciel.
En fait de vertu chrétienne, les jolies nonnes de Longchamp n'avaient plus guère conservé que l'amour de la bonne musique.
Leur couvent était devenu, vers la fin de la Régence, une sorte de salle de concerts où les offices de la Semaine Sainte attiraient un public des moins édifiants.
Quand l'une des reines de l'Opéra, Mlle Le Maure, eut résolu de prendre le voile, la vogue des Ténèbres de Longchamp ne connut alors plus de bornes. Tout Paris, pendant trois carèmes, se rua littéralement vers l'abbaye. On s'écrasait dans la chapelle, dans les tribunes, jusque dans la galerie qui conduisait au chœur dont la foule forçait les portes.
Après le départ de la belle artiste, l'habitude de se rendre à Longchamp au moment de la Semaine Sainte était tellement enracinée que chacun pas moins à suivre sa route accoutumée. On n'entrait plus dans le monastère, on le contournait simplement. Où la dévotion avait servi de prétexte, la mode régnait seule désormais. Et les Champs-Élysées, cette antichambre du Bois de Boulogne, virent grossir, d'année en année, pendant la moitié de semaine qui précédait les fêtes de Pâques, le flot des promeneurs et des voitures qui se dirigeaient vers Longchamp.
Aucun de nos défilés modernes ne saurait donner la moindre idée de ce que fut, sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, cette étrange mascarade à date fixe, ce coudoïement de tous les mondes, cette exhibition traditionnelle des équipages les plus somptueux, des robes les plus extravagantes, des coiffures les plus impossibles. Versailles, Paris et Cythère se rencontraient là sans vergogne. Tel prince du sang ne craignait
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PLACE DE LA CONCORDE, 1924.
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pas de s'y déguiser en postillon pour galoper devant le char de quelque belle fille à la mode, travestie en divinité. Et le petit peuple, amassé dans les contre-allées de la promenade, suivait avec ébahissement diamants, apparaissait dans une calèche microscopique trainée par six poulains pas plus gros que des ânes et conduite par un postillon et un hussard lilliputiens. Plus tard, la livrée de la Deschamps faisait scandale, en face du carré
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LA TERRASSE DES FEUILLANTS, 1924.
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LA TERRASSE DES FEUILLANTS, 1924
cette féerie aux décors multiples, en reconnaissait les premiers rôles, mettait un nom sur chaque visage et une épigramme sous chaque nom.
Une année, c'était la Le Duc, qui, toute couverte de Marigny, par sa débauche de dorures et de pierres précieuses. Plus tard encore, deux célébrités de l'Opéra, Mlle Duthé et Mlle Cléophile se disputaient la palme avec des carrosses ciselés comme des pièces d'orfèvrerie.
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Ou bien la lutte s'établissait entre une grande dame authentique, la Duchesse de Valentinois, et une figurante de théâtre, Mlle Beaupré, qui s'étaient produites l'une et l'autre dans des calèches de porcelaine.
Avec ses quatre chevaux isabelle, harnachés de velours tiser : couleur dos de puce, cuisse de puce, entrailles de petit maître, vive bergère, boue de Paris, soupir étouffé, bref, tout ce que le goût de nos aieux sut créer, en l'espace d'un siècle, d'adorable ou de singulier, ne trouva jamais meilleur terrain de lancement et de diffusion que bleu foncé et sa caisse décorée de peintures galantes, l'équipage de l'actrice ayant paru le plus brillant, la Duchesse reçut bientôt ce spirituel bulletin de défaite :
Belle Valentinois, laissez sous la remise Ce carrosse fragile avec raison vanté : La vertu d'Opéra doit, en [toute entreprise, L'emporter en fragilité.
Il faudrait des pages et des pages pour évoquer, par le menu, tous les défilés de Longchamp. Ce serait faire, en quelque sorte, une histoire des modes parisiennes, car les inventions les plus charmantes ou les plus saugrenues d'un Léonard ou d'une Bertin, les coiffures à la Mappemonde, en Moulin à vent, au Zodiaque, les chapeaux au Char de Vénus, les Bonnets au Berceau d'Amour ou aux Relevailles de la Reine, comme les robes aux formes changeantes, comme les soieries aux tons multiples que des teinturiers fantaisistes s'évertuaient à bap-
la grande foire aux coquetteries qui se déroulait, chaque saison, sous les arbres des Champs-Élysées.
*
On se représenterait fort mal le cadre de cette exposition de modes ambulantes en imaginant l'avenue telle ou à peu près telle que nous la connaissons aujourd'hui. Elle avait subi, sous Louis XV, des remaniements importants, mais était encore loin d'offrir la physionomie générale qu'elle devait prendre par la suite.
À droite et à gauche du Grand Cours, communément appelé avenue des Tuileries ou de Neuilly — le nom de Champs-Élysées ne devant se répandre qu'un peu plus tard — les anciens quinconces de Le Nôtre avaient été replantés par le Duc d'Antin d'abord, puis par le Marquis de Marigny ; mais, cette vaste étendue boisée demeurait toujours mal entretenue « fangeuse ou poussiéreuse, au gré du ciel, le jour sans agrément, le soir non sans dangers. »
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CHARLES-LOUIS ZECHENDER DE GUERZENSÉE. — VUE DE PARIS PRISE DU CÔTÉ DE CHAILLOT.
Du côté de la Seine, l'avenue d'Antin qui portait le nom de son créateur, réunissait, depuis 1723, le Rond-Point de la route centrale, avec celui du Cours-la-Reine. Mais des guinguettes, des échoppes, jusqu'à des tentes en plein vent donnaient à toute cette région une allure de banlieue médiocre.
Dans l'autre partie de la promenade, celle qui bordait les jardins du faubourg Saint-Honoré, le progrès avait marché plus vite. On y apercevait une ligne de belles maisons que les dresseurs de plans intituleront bientôt « Suite d'hôtels magnifiques ». Mais, hélas ! une de ces demeures, l'hôtel d'Évreux, constituait précisément pour les Champs-Élysées un voisinage des plus redoutables. La Marquise de Pompadour, y ayant élu domicile, n'avait pas craint de faire abattre par l'obéissant de Marigny, son frère, tout un carré d'ormes superbes qui lui cachaient la vue de la Seine. Navrés de voir tomber de si beaux arbres, les Parisiens avaient trouvé que décidément les Poisson aimaient un peu trop les rivières...
Peu de temps après la favorite eut de nouvelles exigences. Elle voulait agrandir son parc et Louis XV, pour lui complaire, lui céda gracieusement, en 1763, « un terrain situé aux Champs-Élysées, mesurant une superficie de 1202 toises ou environ, et faisant suite au jardin de son hôtel ».
C'était la partie en hémicycle qui termine aujourd'hui le parc de l'Élysée et qu'on voit s'avancer, moindrant sur l'avenue Gabriel. La Pompadour n'eut rien de plus pressé que de l'entourer d'un grand mur pour cacher le jardin au public. Mais, cette fois, la mesure était comble et, sur le plâtre neuf, un latiniste mécontent vint griffonner cette inscription : Ædes-reginae meretricum laquelle ne signifiait nullement : Maison d'une reine pleine de mérites...
Si Louis XV, en cette occasion traita fort mal les Champs-Élysées, reconnaissons qu'une vingtaine d'années auparavant, il leur avait rendu le plus signalé des services. Et cela tout simplement en faisant semblant de mourir.
Sans la providentielle petite vérole que le Bien-Aimé daigna contracter à Metz, pendant la campagne du Rhin, la plus belle place de Paris — celle qui allait précisément servir d'entrée à notre avenue — n'aurait peut-être jamais existé, les deux palais de Gabriel n'y dresseraient pas leurs colonnades, Santerre aurait dû faire exécuter ailleurs son fameux roulement de tambours, les contemporains de M. Thiers n'auraient pas vu s'élever là les statues des villes de France formant un cercle sympathique autour de la pierre de Louqsor et, comme tout s'enchaîne ici-bas, la femme d'un ingénieur célèbre n'aurait pas pu faire graver sur ses cartes de visites, après la mort de son mari :
Mme Hippolyte Lebas
Veuve de l'Obélisque.
Mais remontons aux origines...
Lorsque le peuple de la capitale apprit la guérison du Roi, en 1778, sa joie fut si grande que les échevins, désirant la traduire par quelque monument durable, commandèrent à Bouchardon une statue équestre de Louis XV. Non content de prêter ses traits, l'auguste modèle offrit encore un emplacement pour recevoir son effigie. Ce fut tout l'espace compris entre le fossé des Tuileries, l'ancienne porte Saint-Honoré, les allées de l'ancien et du nouveau Cours et le quai bordant la rivière, vaste terrain dont le monarque faisait cadeau à la Ville, en lui enjoignant d'y construire, pour son propre
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embellissement, tout un ensemble décoratif imaginé par Gabriel, premier architecte de la Couronne. La place de la Concorde était née.
Elle s'appela d'abord Place du Roi, : « On y travaille présentement, nous apprend le Voyage pittoresque dans Paris, publié en 1751. L'image en relief qu'on voit à Versailles, met tout le monde à portée de juger de la beauté des plans de M. Gabriel. Le vainqueur de Fontenoy, noblement placé à cheval, y paraîtra avec ce visage de bonté et de clémence qui caractérise le Roi bien-aimé. Autour du piédestal, on verra non les peuples qu'il a vaincus, mais les Vertus qui le font régner sur nos cœurs... »
Tout cela s'annonçait à merveille. Mais on avait compté sans la lenteur de Bouchardon et sans l'humeur fantasque des Parisiens. Dix-neuf ans après, quand le bronze fut enfin terminé, le protecteur de la Pompadour était devenu franchement impopulaire. Aussi, lorsqu'on le vit apparaître couronné de lauriers, vêtu à la romaine et montant un coursier fougueux, lorsqu'on apprit surtout que les quatre figures qui lui servaient d'escorte symbolisaient la Prudence, la Force, la Justice et la Paix, toute la ville éclata de rire.
Le héros arrivait trop tard; il avait manqué son entrée. Au lieu des bravos attendus, on lui décocha ces deux vers :
*Ah! la belle statue! Ah! le beau piédestal!
Les Vertus sont à pied et le Vice à cheval...*
A l'aventure, les Champs-Élysées gagnaient du moins un accès vraiment digne d'eux. Remplaçant les baraquements de l'ancien dépôt des marbres qui avaient si longtemps encombré ces parages, la décoration de Gabriel comportait de larges gazons et toute une ligne de fossés que franchissaient des ponts de pierre et que flanquaient huit pavillons destinés à recevoir des statues. Au nord de la place, les deux colonnades harmonieuses de l'Hôtel Crillon et du Garde-Meuble devaient servir de toiles de fond.
Elles n'étaient pas encore achevées quand une effroyable catastrophe se produisit dans ce décor nouveau.
Le 30 mai 1770, la France mariait son dauphin. A la suite d'un feu d'artifice tiré sur la place Louis XV, une panique s'empara de la foule. Une fusée mal dirigée venait d'incendier une charpente ; des voix avaient crié : « Au feu ! » Parmi cette populace nerveuse qui cherchait vainement une issue du côté de la rue Royale, encore encombrée de pierres de taille, et du côté de la Seine où le pont n'existait pas encore, c'en fut assez pour déterminer un véritable affolement.
On se rua les uns sur les autres ; dans les fossés de la place neuve, plus de cent victimes s'écrasèrent. La sauvagerie de quelques brutes qui tirèrent l'épée du fourreau vint mettre le comble au désordre.
Il faut entendre le bon Mercier nous relater l'événement avec son emphase habituelle : « Le pied du fils foulait involontairement les flancs de la mère ; le père avait beau se défendre, il passait sur le corps de son fils. On voyait périr à ses côtés l'objet le plus cher ; on devenait malgré soi, l'instrument de sa mort... Les cris, les hurlements étouffaient la prière du sexe faible ; l'enfance et la beauté avaient perdu leur charme et leur pouvoir ! »
Rien à ajouter à ce tableau, sinon que les reporters du XVIIIe siècle avaient une bien curieuse façon de rédiger les faits divers...
CL. RENAISSANCE
LES CHAMPS-ÉLYSÉES. — TOILE DE NANTES. — PORTE LA MARQUE DE FABRICATION, FABRE PETITPIERRE, 3 CIE À NANTES. GARANTIE BON TEINT. — COLLECTION GEORGES TURPIN.