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L'HÉRITIER QUI SE DÉSHÉRITE --- Notre prestigieux pays — car il l'est, et richement, ce qui fait rager plus d'un de ses voisins, — tient absolument à se déshériter d'un des éléments les plus incontestés de son prestige. Nos législateurs se sont tellement bien embrouillés dans leurs lois qu'ils mettent les villes de France, et les plus belles, entendez-le bien, en demeure de renoncer soit à la beauté, soit au pain quotidien. De telle sorte que l'État fait figure d'un héritier qui se déshériterait lui-même, d'une sorte d'Esaü qui renoncerait à son droit d'aînesse pour une plat de lentilles. Les lentilles sont bonnes quand elles sont bien accommodées. Mais un héritage à revenus exceptionnels est encore meilleur. Nous n'allons éprouver aucune peine à le démontrer. * Croyez-vous que sa collection prodigieuse de dessins anciens et d'objets d'art aujourd'hui pouvant se chiffrer par plusieurs dizaines de millions, ait valu à la ville de Lille un grand nombre de visiteurs étrangers, dépensant de l'argent et remportant dans leur pays une idée encore plus haute et plus brillante de la France que s'ils avaient simplement visité d'admirables filatures et de parfaites raffineries ? Des filatures et des raffineries ils ont tout cela chez eux. Mais s'ils ont aussi des richesses artistiques, ils n'ont pas la collection Wicar. Croyez-vous que la ville de Montpellier tout en étant fière de son immense commerce de vins ne doit pas encore conserver une petite provision de fierté pour les Courbet, les Delacroix et l'Ingres de son Musée Bruyas ? Croyez-vous qu'il ne serait pas très regrettable pour Dijon que son Musée n'eût pas reçu outre ses personnels trésors la charmante collection Trimolet, et la collection Dard, si importante pour l'histoire de l'art au XVIe et au XVIIe siècles. Ne serait-il pas bien fâcheux si M. Depeaux, au lieu de le donner de son vivant, ayant légué à Rouen son ensemble d'impressionnistes, la capitale de la Normandie devait maintenant, faute de crédits votables par le Conseil Municipal, renoncer à cet ensemble demeuré jusqu'ici unique parmi les musées de province ? Or, sans prolonger cette énumération qui comprendrait les pièces les plus célèbres et les séries les plus éclatantes de la majorité de nos collections départementales, nous n'avons qu'à montrer du doigt le fonctionnement de l'excellente chinoiserie par le fait de laquelle aucun des actes merveilleux que nous venons de rappeler n'aurait pu s'effectuer.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE LE MUSÉE DU LOUVRE Aujourd'hui, la Ville de Paris elle-même, si les frères Dutuit, au lieu d'avoir le bon esprit de mourir une trentaine d'années plus tôt, lui offraient le splendide héritage de leurs collections, devrait y renoncer en soupirant, n'étant plus assez riche (comme on disait jadis de la France!) pour payer sa gloire. C'est étonnant ce qu'une loi mal étudiée et inopportune peut entraîner de conséquences qui friseraient la comédie si elle ne se jouait pas aux dépens de ceux qui sont moralement intéressés au spectacle. Exemple. Un Bruyas ou un Wicar veulent en considération de la sympathie que je leur ai inspirée, me faire légataire de plusieurs millions en chefs-d'œuvre. Pardon ! leur fais-je observer ; je veux bien accepter votre magnifique cadeau, mais si vous ne me donnez pas deux ou trois millions supplémentaires, vous pouvez aussi bien vendre vos tableaux et vos meubles aux Danois, aux Anglais ou aux Américains. Vous diriez de moi que je serais, en tenant ce langage, un serin et de plus un mufle, et vous auriez parfaitement raison. Et malheureusement c'est le rôle que les règlements sur les frais de succession en pareille occasion font jouer à la France. « A la France ? dites-vous. Non pas. Aux villes de France seulement ; tandis que l'État, lui, peut continuer à recevoir des cadeaux somptueux sans acquitter les droits des héritages ordinaires. » Raisonnement d'une justesse, et d'une justice, admirables. Donc le Louvre est la France, mais pas la ville de Lyon, ni celle de Marseille, ni de Nantes, ni de Lille, ni de Rouen? Bizarre conception. * Non moins bizarre, la solution qu'on a jusqu'ici trouvée, et pratiquée, pour remédier à cette situation désastreuse. Deuxième effet de comédie. Un grand artiste ou bien un puissant Mécène, léguant à une des plus grandes villes de France (il vaudrait mieux supposer une des plus petites, car ce sont celles qui héritent le moins, mais cela ferait moins d'effet), donc à une des plus grandes villes de France, une collection comme on en voit guère, et représentant, aux prix où sont les Rembrandt et le beurre, une vingtaine de millions. (Pendant que nous y sommes, nous ne regardons pas à la dépense.) La grande ville se tord les bras : « Mais vous voulez donc, soit me ruiner, soit me déshonorer ! Me ruiner si je m'endette de plusieurs millions pour accepter la donation. Me déshonorer et me valoir la réputation d'une ville non plus de France, mais de Béotie, parce que j'aurai décliné la libéralité qui m'aurait acquis

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 647 de la considération, des visiteurs, et le reste, pour des siècles à venir ! » Là-dessus, l’État intervient, doucereusement, en tapinois, et chuchote à l’oreille de la dame coiffée de tours crénelées : « Là ! là ! ne vous désolez pas, ma mie. Nous allons tout arranger. Je vais accepter tout cela pour vous ; il ne m’en coûtera pas un centime, et à vous il n’en coûtera qu’une risette. Allons je vous donnerai en dépôt mon héritage. » Moitié souriante, car c’est tout de même agréable d’hériter, moitié mélancolique, car c’est tout de même humiliant de n’hériter que par procuration, — et puis il faut tout de même faire quelques petits cadeaux à un aussi obligeant fidéi-commissaire, — elle finit par accepter la combinaison. Le seul dénouement logique, ou légal, de cet imbroglio serait que l’État surgisse alors brusquement, et saisisse l’État par le bras, en lui dressant procès-verbal et en lui infligeant une amende qu’il ne ferait pas attendre longtemps à un simple particulier. L’État, maître du fisc, subtilisant au fisc ses ressources, douanier protégeant la contrebande, pour le bon motif sans doute, c’est très beau, mais ce n’est pas absolument clair, et cela constituerait à la longue un drôle d’« Esprit des Lois ». * Si encore c’était dans un esprit de spéculation que les Villes acceptent, doivent accepter les belles donations, le ministre des Finances, ou celui du Commerce seraient des naïfs ou de mauvais serviteurs de l’intérêt public en n’établissant pas un impôt sur le chiffre d’affaires. Mais quel profit en réalité l’État peut-il retirer, non plus de ces donations, mais de celles qu’on cessera désormais de faire ? Car il est évident que voici désormais les cas qui se présenteront le plus souvent. Les villes refuseront en gémissant toute donation que le Mécène n’accompagnera pas d’une forte somme. Le Mécène voudrait bien perpétuer son nom et sauver ses objets précieux de la dispersion et de l’avilissement, mais il ne pourra tout de même pas, soit ajouter de l’argent qu’il n’aura pas, soit en frustrer ses héritiers, déjà assez vexés de voir leur échapper ce qui, pour les moins avertis, à notre époque, représente une fortune sûre. Ou bien encore, le pauvre Mécène sera harcelé, circonvenu, pour obtenir son assentiment à se séparer de ses chers objets, de son vivant. — Mais alors qu’est-ce qui me restera pour le plaisir de mes yeux et de mon esprit ? Mes murs nus et la figure de mes héritiers ? — Mais songez donc que vous allez peut-être mourir bientôt. Voyons. vous savez bien que nous sommes mortels. Si vous mouriez, cher Monsieur... — Ah! ça (comme dans un vaudeville célèbre) on ne parle que de ma mort là-dedans ! * Conclusion : les plus belles collections non seulement n’iront plus aux villes natales qui naguère les caressaient et choyaient leurs futurs donateurs ; mais encore elles fileront de plus en plus à l’étranger. Et un beau jour la France, héritière qui se sera déshéritée de beautés sans prix pour le mirage d’un profit problématique, se trouvera distancée dans cette sorte de concurrence artistique entre les nations qui est une singularité de notre ère, mais dont il faut bien tout de même tenir compte. Il ne faut pas, voyez-vous, faire trop de lois qui soient d’avance émoussées et destinées à ne pas atteindre leur but. Celle-ci est le modèle du genre. Elle vise les profits que le Trésor escompte des donations, en empêchant les donations d’avoir lieu. Ou bien elle indique d’elle-même les moyens de la tourner et la nécessité même de la faire tourner par le pouvoir au profit duquel elle avait été établie. Car il y a des nécessités de diverses sortes en pareille matière, et c’est ce que l’on ne comprend presque jamais BAYONNE. — LE MUSÉE LÉON BONNAT.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE chez nous, où l'on n'a pas encore pu mettre dans la tête des législateurs que les domaines intellectuels, même lorsqu'ils coûtent, rapportent autant parfois que les domaines directement monnayables. Ces villes que vous privez de leurs Musées à venir — et il est remarquable que la première de toutes, Paris, est exactement sous le même régime que Landerneau ou Manosque, qui n'attendent pas beaucoup de Watteau ni de Rubens, — ces villes, par les visiteurs qu'attirent toujours les beautés nouvelles, en bénéficieraient, et par suite en feraient bénéficier l'État, — dont elles sont plutôt encore partie intégrante que tributaires imposables. Et puis ce que l'État a pu faire pour Bayonne, par exemple, il ne pourra pas le répéter sans cesse pour des cités plus petites, ou moins favorisées par l'illustration irrésistible du donateur, et par cela même d'autant plus dignes d'intérêt. Il faudrait créer un ministère spécial : le Ministère des Détournements de Droits de Succession. (M. D. D. S.) On échappe difficilement à ce dilemme : ou bien les donations s'évaporent sans profit pour l'État et pour les Cités ; ou bien l'État trompe l'État, et n'en touche pas un sou de plus. PARIS. — LA MAISON DE LEON BONNAT, 48, RUE BASSANO. Mais voici, pour couronner le tout qui est plus bizarre encore et plus saugrenu, ce qui paraissait plus difficile. On a fait une loi contre une autre loi. Peut-être se souvient-on que l'on vota, il y a deux ou trois ans, une loi interdisant l'exportation des œuvres d'art. Elle n'a jamais fonctionné d'ailleurs, et pour cause, pour toutes sortes de causes. Mais si l'on empêche les collectionneurs à la fois de laisser partir leurs trésors pour l'étranger et de les léguer à la France, à quelle détermination désespérée ces deux lois contradictoires pousseront-elles ces malheureux ? Ah ! le rôle de donateur devient bien difficile... plus difficile que celui de contrebandier.... Dans ces conditions, on peut dire que la loi de l'héritière autodéshéritée ne vaut rien. On ne peut qu'applaudir à l'initiative de MM. Jean Locquin, Marcel Plaisant et Henri Simon qui ont proposé l'abrogation du terrible article 33, et demander aux Pouvoirs Publics de se rendre le plus tôt possible la liberté à eux-mêmes, d'autant plus qu'il n'en coûtera rien à ces Pouvoirs, et que cela leur rapportera toujours le bénéfice de ne pas persévérer dans l'absurde. ARSÈNE ALEXANDRE.

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SUR QUELQUES ŒUVRES INÉDITES DE INGRES A destinée des œuvres d'art est vraiment chose singulière ! Depuis plus d'un siècle, il existe dans une famille parisienne, en plein Faubourg Saint-Honoré, deux magnifiques portraits dessinés de Ingres. Personne ne connaissait leur existence et j'en arrive même à me demander si les héritiers des modèles savaient bien ce qu'ils possédaient là, jusqu'au jour où quelqu'un de plus averti leur signala l'intérêt des deux feuillets à la mine de plomb. Ainsi, le comte Delaborde les avait ignorés et, pareillement, ceux qui organisèrent l'Exposition posthume de Ingres en 1867. Je n'avais jamais entendu parler de ces portraits, que j'aurais été fier de montrer à l'Exposition de 1911 et de reproduire dans mon livre... Mais j'ai pu les révéler cette année même et je suis heureux d'en donner ici la primeur aux lecteurs de La Renaissance de l'Art Français et des Industries de Luxe. *** Les portraits de M. et de Mme Augustin Jordan et de leurs enfants ont été exécutés à Rome en 1817. Je les reproduis face à face : on jugera de leur extrême importance dans l'œuvre dessiné de Ingres. Ils sont de la qualité de la Famille Stamaty, que le Louvre doit à la munificence de Léon Bonnat et de lady Cavendish Bentinck, dessin rapporté d'Angleterre par M. Édouard Jonas, et qui est entrée dans la collection Cognacq (1). Le modèle de Ingres est le frère du célèbre ami de Chateaubriand et de Mme Récamier, l'orateur Camille Jordan. A la Révolution, Augustin Jordan, émigra. Il vécut avec sa mère et son frère en exil, tenant boutique de librairie, tantôt en Angleterre, tantôt à Genève. Rentré en France seulement après les Cent Jours, il fut désigné par Chateaubriand pour un poste de secrétaire d'ambassade à Rome. C'est à ce moment qu'Augustin Jordan et sa femme, née Augustine de Mauduit — ils s'étaient mariés en 1809 — posèrent devant Ingres. Le maître montalbanais avait alors trente-sept ans. Marié, il végétait sans commandes, pour ainsi dire, ni de l'État ni des particuliers. Les belles effigies de M. et de Mme Jordan ne durent point les ruiner. En 1818, l'année d'après, notre consul de France à Civita-Vecchia payait 200 fr. le fameux portrait, qui préside à l'assemblée de la Famille Stamaty. Deux cents francs ! C'est en ce temps-là que les Anglais émigrés à Rome posaient à tour de rôle devant M. Ingres. L'un d'eux s'étant présenté sur ces mots : — C'est ici qu'habite le peintre de portraits ? Ingres le mit à la porte, en ripostant : — Non, monsieur, ici habite un peintre d'histoire! Ce peintre d'histoire était à la période la plus rude de sa vie alimentaire ! Les deux enfants que Ingres à dessinés, s'ap- (1) Voir notre étude : Un portrait inconnu de Ingres, LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE, Janvier 1919, pages 8 à 10. LE PEINTRE LOUIS DUCIS. — PEINTURE. — COLLECTION DU BARON GOURGAUD.

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INGRES M. AUGUSTIN JORDAN ET SA FILLE ADRIENNE. — MINE DE PLOMB. — APPARTIENT AU BARON DESPATYS.

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INGRES MADAME AUGUSTIN JORDAN ET SON FILS GABRIEL. — MINE DE PLOMB. — APPARTIENT AU BARON DESPATYS.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE puyant au père et à la mère, sont Adrienne Jordan, née à Paris, en 1811, et qui épousa en 1833 le baron Octave Despatys, fils du Président Despatys, et Gabriel Jordan, né en 1813. Ces deux portraits n'ont jamais quitté la famille de mon collègue le baron Despatys, conservateur-adjoint du Musée Cernuschi. C'est là que je les ai vus pour la première fois il y a quelques mois à peine. Et le baron Despatys est mon camarade depuis vingt ans! Qu'on juge par cette simple aventure des difficultés que l'historien d'art peut rencontrer lorsqu'il entreprend de rendre à César ce qui appartient à César, — et de dresser l'inventaire de tout ce qui est sorti de la main de Ingres. * Voici encore une autre histoire, plus rapide, d'ailleurs. Visitant un jour la collection réunie par M. François

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Coty, dans son hôtel de la Muette, j'apprenais qu'il y avait dans la chambre de Mme Coty un portrait dessiné par Ingres. Je puis le publier aujourd'hui. Mais qui est-ce ? Cette délicieuse créature au fin ovale n'est pas, comme une étiquette, au dos, l'indique, Mme de Senonnes. La bouche de la transtéverine que M. de Senonnes avait épousée envers et contre tous les siens, est beaucoup plus petite, l'ovale de son visage est encore plus accentué... Ce portrait est passé chez M. François Coty par suite de l'acquisition d'une collection parisienne, où il s'enfermait jusque-là sans que nul fût admis à l'admirer. O l'égoïsme des collectionneurs, — de certains collectionneurs ! En publiant cette adorable image de si délicate tendresse, je puis peut-être espérer que quelqu'un nous dira son nom. C'est une œuvre exquise, d'un dessin très pur, comme si Ingres l'avait tracé à la pointe d'un crayon d'argent. Et d'ailleurs, il n'y a qu'à le voir pour l'aimer à l'égal de Madame Destouches, qui est au Louvre. * Troisième aventure. Et celle-là, on va voir pourquoi, me serre le cœur. Parcourez la liste des œuvres de Ingres dressée par lui à deux reprises, et que j'ai publiée il y a un quart de siècle. Vous y lirez qu'avant son départ pour Rome, en 1806, Ingres peignit un portrait d'homme qu'il désigne ainsi : « Talma, neveu ». Après avoir fait partie de la collection Perrody, ce portrait disparaît. Je ne l'ai rencontré sur mon chemin qu'en janvier 1926, exactement le 5 janvier : on m'en demandait 4.000 fr. On était en pleine guerre. Alors... Le lendemain, 6 février, je revis chez Kraemer, le même « Talma neveu ». Il avait gagné en vieillissant d'un jour : le prix était ici de 10.000 fr. Puis, le tableau disparut, je ne savais où, lorsqu'au printemps dernier je le retrouvai chez M. Georges Bernheim, ingriste déterminé. Je n'osai même pas esquisser une offre, sachant bien qu'un portrait de Ingres, de cette qualité, en l'an 1922, n'était pas pour moi. Le jour même j'apprenais que le baron Gourgaud s'était enrichi de cette belle perle, joyau désormais de sa collection déjà si riche. Le « neveu de Talma » est en de fort bonnes mains. Regardez-le, ce jeune homme aux yeux lumineux, à la bouche ardente, les cheveux noirs ombrageant son front et sa joue gauche. C'est une page de force, où tout est franc, le dessin du visage, la couleur du col qui l'enserre, de la cravate d'un blanc pur, solidement nouée. Voyez le gilet : c'est beau comme un Hollandais, c'est " honnête " comme un Primitif, — un de ces Primitifs dont on se réclamait dans l'atelier de David, maître de Jean-Auguste-Dominique Ingres et de « Talma neveu ». Car, « Talma neveu » selon Ingres, ou Talma « beau-frère », selon les autres, c'est le neveu de l'académicien Ducis et c'est Louis Ducis, lui-même, élève de David (1), sans grand talent au surplus, né à Paris en 1773, mort en 1847, et qui obtint une médaille de première classe quelques années après que Ingres eût peint son portrait, en 1808. Ingres devait attendre longtemps pareille récompense (?). * Je pourrais ajouter encore à cette nomenclature. Ce sera pour une autre fois : Je reparlerai alors des portraits dessinés de Ingres qui se cachent en Angleterre, — du retour récent d'Allemagne de certaines peintures, — et du prochain retour en France d'un chef-d'œuvre du maître qui est resté depuis un siècle, en Russie où il a échappé à la ruine, et que j'espère placer sous les yeux des ingristes un jour, — ou l'autre. HENRY LAPAUZE. (1) Voir Catalogue de l'Exposition David et ses Élèves, au Petit Palais, 1913. The decorative emblem at the bottom of the page is an ornamental design featuring a stylized figure with flowing hair and a dynamic expression. It appears to be a traditional or classical motif, possibly representing a deity or a symbolic representation of a divine character. The emblem is centered on the page, with a prominent centerline that divides it into two halves. The overall design is symmetrical and balanced, creating a sense of harmony and balance within the composition.

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--- I. — R. DE BIANIA.TOMBE D'UN ÉVÊQUEA ELNE.PYRÉNÉES ORIENTALES. --- 2. — GUILLAUME DE PLALLY.TOMBE DE PHILIPPEDE CAHORS.1281. --- 3. — G. PAULUS.TOMBE DE JEANDE CHANLAY.1291. --- 4. — JEAN DE SAINT YORÉ.TOMBE DE GUYDE SAILLY.1252. --- LES GRANDS TOMBIERS DU MOYEN AGE PENDANT que les Italiens conservaient pieusement les noms des artistes qui avaient fait au moyen âge la gloire de leur patrie, les Français, paraît-il, par un étrange détachement, par un incroyable oubli, laissaient si bien à l’abandon la fortune des leurs, « que nous ne savons rien d’eux, que nous ne pouvons rien entrevoir de leurs mœurs et des conditions de leur vie », nous affirmait hier, gravement, dans la Revue des Deux Mondes (novembre 1918), un des maîtres de la science. Tel est en effet l’enseignement officiel. Mais si l’anonymat, le mépris dans lequel vivaient ces admirables ouvriers est actuellement une formule académique, ne serait-elle pas comme tant d’autres, simplement commode, mais fausse ? Commode ? Assurément, car c’est la théorie du moindre effort, de l’inutilité de la recherche, puisque nous ne devons espérer dans ce domaine, aucune découverte ; enfin, c’est le triomphe du psittacisme (perroquetage), que déplorait, dès le xiiie siècle, Roger Bacon, quand il vint professer en Sorbonne. Aussi convient-il d’en examiner la valeur. Or, dès les premiers pas, on constate que nous sommes en plein rousseautisme, embourbés dans la pure littérature romantique de Chateaubriand, de Victor Hugo qui font fi de la gloire… pour les autres, car il n’en fut jamais question, avant un article du Journal de Paris, du 15 juillet 1837. Montfaucou, Millin, Lenoir, Emeric David (1817) citent au contraire de nombreux artistes français du xe au xvie siècle, et permettent ainsi déjà de constituer des listes du plus haut intérêt, que Laborde, un des premiers, vint plus tard accroître de la richesse de son érudition.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Mais, lorsqu'au milieu du xixe siècle il fut officiellement déclaré qu'il était interdit aux artistes de faire connaître leurs noms, les excellents travaux des érudits provinciaux, qui patiemment fouillaient leurs archives, qui publiaient dans leurs revues provinciales le fruit précieux de leurs recherches, demeurèrent vains, parce qu'aucun lien central ne permettait de les réunir, car la chose était attentatoire à la Tradition ; on pourrait citer de bien curieux exemples de l'accueil qui leur était fait en haut lieu, quand ils avaient l'audace de s'y aventurer. Plus d'un millier de ces volumes, depuis Augustin Thierry si regrettament oublie aujourd'hui, parcourus la plume à la main, m'ont alors permis de classer déjà environ vingt-cinq mille noms de ces artistes français déclarés anonymes ; l'an dernier, j'apportais à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres plus de six cents des architectes qui ont élevé nos vieilles basiliques ; demain, plus de trois mille paraîtront. Ils nous permettent les rapprochements les plus inattendus, ils nous font connaître des dynasties d'artistes qui ont orgueilleusement traversé les âges ; ils nous montrent enfin, que loin d'être tributaire de l'étranger, comme le prétendent les admirateurs de la science d'outre-Rhin, c'est à la France au contraire, que pendant tout le moyen âge, l'Angleterre, l'Allemagne, la Suède, l'Espagne, l'Italie elle-même, ont fait appel, pour suivre le sillon que son génie sut toujours faire rayonner sur le monde. Aujourd'hui, je voudrais simplement résumer un chapitre de ce long travail, celui des grands tombiers du moyen âge, dont les œuvres parvenues jusqu'à nous, identifiées par des comptes, des chroniques indiscutables, permettent de montrer, que loin d'être inférieurs à leurs confrères d'Italie, les Nicolas d'Apuilie, les Donato et Lapo de Florence, les Arnolfo di Cambio, les Tino di Camaino, les Agostino et Agnolo di Ventura, les Nino Pisano, Donatello même, leurs noms réunis, leurs personnalités dégagées, sont dignes d'occuper une place — au moins égale —, dans l'histoire de l'art, à celle qu'on prétend être l'apanage de l'Italie. Si nous interrogions le haut moyen âge, il nous fournirait déjà les noms de plusieurs grands artistes funéraires : Hincmar, archevêque de Reims, sculpte « de ses propres mains » et signe en 844, le tombeau de saint Rémi, Rémigaudus, exécute et signe en 873, le tombeau de saint Césaire à Arles. Mais de ceux-là, nous n'avons pas à parler ici : leur œuvre était uniquement destinée à la gloire des Confesseurs. Pour les tombes laïques, j'ai montré naguère à propos du tombeau de Charlemagne à Aix et de sa légende, que la liturgie interdisait, à cette époque, les tombes magnifiques ; le grand seigneur, comme le dernier des paysans, devait simplement « rendre à la terre, ce qu'il avait pris à la terre »; seule, une simple dalle entourée d'un aristato (grille de fer), sur laquelle, à certains jours, on étendait des tapis, marquait l'emplacement du cadavre : c'était tout. Ce n'est qu'après l'an mil, quand l'humanité,qui a cru proche la fin du Monde, commence à respirer, que les funérailles vont devenir somptueuses, et vers la fin du xie siècle, les chroniques commenceront à nous parler de la représentation du défunt sur la tombe, qui peu à peu s'élèvera de terre, jusqu'aux tombeaux des ducs de Bourgogne, à Dijon, jusqu'au mausolée de Philippe Pot, qui, au Louvre, nous en dit la grandiose expression. Une des premières dont le souvenir soit parvenu jusqu'à nous, est peut-être la statue funéraire de Guillaume le Conquérant que l'orfèvre Othon exécuta, en 1087, pour couvrir la tombe du Duc, à Caen. Il n'est pas surprenant qu'elles aient disparu, on pourrait même ajouter assez rapidement, car à cette époque, elles étaient de métal précieux et au cours des guerres, elles partagèrent la triste destinée des châsses des saints, qui alimentaient le trésor des combattants. Avec le xiiie siècle, commencent à apparaître les monuments de pierre : en 1169, le célèbre tombeau de l'évêque Jean d'Asside, à Saint-Etienne de Périgueux, est signé de Constantin de Jarnac. Mais voilà le xiiiie siècle : les sculpteurs, maîtres de leur art, vont briller d'un magistral éclat. A Elne, dans les Pyrénées-Orientales, on admire aujourd'hui le beau gisant de la sépulture de F. de Soler, exécutée en 1203, par R. de Biana, dont on peut lire le nom sur la pierre. Précédemment l'artiste avait déjà exécuté à Elne, la tombe d'un évêque dont nous ignorons le nom (fig. 1). Parfois, des lames de métal gravé, représentant le défunt, remplacent les statues funéraires. Un des artistes de cette époque, porte le nom d'Hugues de Plally. En 1221, il place dans l'abbaye de Joyenval, une large plaque de bronze représentant Barthélémy de Roye, chambrrier de France, archidiacre de Noyon, fondateur du monastère. En 1236, il ciselera pour l'abbaye de Saint-Jean-en-l'Isle, la tombe de la reine Insburge de Danemark, femme de Philippe-Auguste ; il la signera : Hugo de Plaliaco me fecit. Elles ont disparu : Gaignières, Montfaucou, Millin, nous en ont bien conservé le dessin ; mais comme à le voir, on croirait que ce sont de véritables statues de pierre, nous ne pouvons juger du talent de l'artiste. Au contraire, la belle lame de Philippe de Cahors, évêque d'Évreux, signée par Guillaume de Plally (fig. 2), probablement fils du précédent, nous montre le style de cette époque, à laquelle appartient également un artiste nommé G. Paulus, qui signe en 1291, à Preuilly, la lame de cuivre